Tag: virus

  • Dans le Var, précautions de mise contre l’introduction de la rage

    Dans le Var, précautions de mise contre l’introduction de la rage

    Malgré sa réputation de mal d’un autre siècle, la rage continue de représenter un danger de nos jours, et ce jusqu’à chez nous. En 2025, 370 animaux domestiques (chiens, chats, furets…) ont été introduits illégalement dans le département en provenance de pays non indemnes de rage (pays du Maghreb et de l’est de l’Europe).

    Une situation à surveiller, car la maladie est 100% mortelle lorsque les premiers signes cliniques (anxiété, hypersalivation, agitation, troubles de la conscience, similaires à ceux des animaux) apparaissent, après une période d’incubation de un à deux mois : « Elle se transmet essentiellement par morsure, griffure, une brèche cutanée avec de la salive qui contamine la peau puis remonte les voies nerveuses par les nerfs périphériques », explique le docteur vétérinaire Laurent Magne. « Quand ça atteint le système nerveux central, la course est perdue. »

    D’autant plus que la maladie a récemment sévi en France : six personnes sont décédées entre 2017 et 2025 après avoir subi des morsures d’animaux à l’étranger, tandis que deux cas de chiens infectés (dans la Loire en 2015, et dans le Var en 2023) ont été recensés. Dans ce contexte, comme l’a rappelé mercredi lors d’un point presse la directrice départementale de la protection des populations Nathalie Guerson, il demeure impératif, « quand on ramène un animal de l’étranger, de s’assurer qu’il soit soumis à un vaccin homologué dans l’Union européenne, mais aussi dans l’autre sens, quand on emmène son animal dans des zones non indemnes ». Cela permettrait, selon le docteur Magne, de diminuer les risques de contamination « de 90-95%, même si le risque zéro n’existe pas ».

    De même, en cas de morsure par un animal à l’étranger – subie par un homme ou un animal -, il convient de réagir vite, « car c’est une course contre la montre », prévient Nathalie Guerson. « Même si on a été exposé au virus, le vaccin et l’immunité auront le temps de se mettre en œuvre. Il faut donc rapidement consulter un centre anti-rabique, bien savonner, désinfecter la plaie au moment de la morsure. » Des réflexes qui peuvent sauver des vies et éviter une potentielle épidémie.

  • [Entretien] Mircea Sofonea, épidémiologiste : « Il faut attendre début juin pour être sûr qu’on a échappé à une propagation »

    [Entretien] Mircea Sofonea, épidémiologiste : « Il faut attendre début juin pour être sûr qu’on a échappé à une propagation »

    La Marseillaise : Cet hantavirus n’est pas un virus qu’on découvre. Que sait-on à
    son sujet
     ?

    Mircea Sofonea : On parle ici du virus des Andes, qui fait partie d’un ensemble de virus appelé hantavirus, transmis par des rongeurs. Il en existe 53. On les divise en deux sous-groupes : ceux de l’ancien monde : Eurasie-Afrique, qui causent des syndromes néphropathiques et sont relativement moins létaux ; et ceux du nouveau monde, qui causent ce qu’on appelle le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus, présentant des niveaux de létalité très élevés, au-delà de 30%. La particularité de ce virus des Andes est qu’il est le seul hantavirus pour lequel il est établi une transmission interhumaine.

    C’est un virus qui circule dans le sud de l’Amérique du Sud, essentiellement Argentine, Chili et Uruguay. Depuis 1995, il fait une centaine de cas par an en Argentine, 300 environ dans le continent sud américain. Dans l’immense majorité, il s’agit de cas liés à des transmissions depuis les réservoirs animaux. C’est-à-dire l’inhalation ou le contact avec des excréments de rongeurs infectés. Mais, même si on connaît l’existence de ce virus depuis longtemps, on ne le connaît pas si bien que ça. On peut parler de maladie tropicale négligée, qui n’a pas suscité beaucoup de recherches. On se trouve donc dans une relative incertitude.

    Quel regard portez-vous sur les dispositifs mis en place pour contenir l’hantavirus en France ?

    M.S. : Il y a une patiente française actuellement en réanimation, qui n’aurait pas pu être prise en charge sur le bateau ni dans un port de fortune. C’est ça qui lui permet de survivre. Ensuite, les cas contacts ont été identifiés, ils sont hospitalisés pour être isolés dans les meilleures conditions possibles. Si jamais ils déclarent des symptômes, ils seront pris en charge rapidement et dans des conditions qui permettent l’absence de transmissions secondaires, c’est-à-dire en dehors du contexte de la croisière ou des vols de rapatriement. La bonne nouvelle, c’est que ces cas contacts français ont été testés négatifs. Or contrairement au Covid, où on pouvait être contagieux en l’absence de symptômes, on ne peut pas être contagieux sans être positif. Avec le virus des Andes, vous avez une longue période d’incubation d’une vingtaine de jours qui peut durer jusqu’à 40 jours, ce qui explique la durée d’isolement imposée de 42 jours, par sécurité. Ce protocole est donc pour le moment tout à fait adapté.

    L’OMS estime que le risque de propagation à grande échelle reste très faible. Qu’en pensez-vous ?

    M.S. : Dans le risque, il y a l’aléa, c’est-à-dire la probabilité que cela arrive, qui est relativement faible, j’en conviens, a fortiori depuis ces résultats de tests négatifs pour la France. Mais dans l’estimation du risque, il y a aussi l’enjeu : que se passerait-il si… ? En l’occurrence s’il y avait des transmissions secondaires (non liées au contexte de croisière et des vols de rapatriement), on serait en difficulté car on pourrait ne plus savoir qui a pu être cas contact, ça ferait plusieurs chaînes de transmission indépendantes ; ensuite, la létalité très importante (50 fois plus que le Covid) fait que même avec une propagation de faible ampleur, il y aurait un nombre de décès conséquent parmi les personnes infectées.

    Il faut être optimiste : on est sur la bonne voie, mais ce n’est pas joué. Il faut attendre début juin pour être presque sûr qu’on a échappé à une propagation en dehors de ce contexte de croisière. Ensuite il faudra se poser la question : comment limiter l’impact de ces événements à l’avenir ? Car nous sommes en train de les favoriser par l’impact anthropique sur les systèmes naturels, par une forme de naïveté vis-à-vis de la nature, en particulier de ces réservoirs de virus qu’on connaît encore assez mal et aussi par un manque d’investissement dans la recherche et la prévention.

    On n’a donc pas tiré toutes
    les leçons du Covid ?

    M.S. : En 6 ans, la recherche sur ces questions a bénéficié de quelques avancées et investissements, mais quand on regarde dans le détail, on est très loin du compte pour faire face aux nouvelles pandémies. Je déplore qu’il faille à nouveau un épisode de flambée épidémique pour qu’on se pose une nouvelle fois la question de l’investissement, dans la recherche fondamentale ou appliquée mais aussi dans la prévention et dans l’éducation à la santé. On a besoin d’investissements massifs sur ces questions car malheureusement ce type d’épisode sera de plus en plus fréquent.

    Il faut également mettre en place des systèmes plus réactifs : augmenter le nombre de personnes travaillant dans la surveillance épidémiologique, rajouter des moyens dans la surveillance des eaux usées, se pencher sur la façon de garantir que l’air que nous respirons dans les établissements recevant du public, en particulier, soit dénué de germes (aération, ventilation, purification, filtration…). Autant de questions qu’on aurait dû se poser dès 2020 et qui ne sont toujours pas prises en compte. Et il faut également mettre des moyens dans la recherche sur les traitements : vaccins, antiviraux, anticorps monoclonaux et dans tout ce qui est épidémiologie prospective. On peut très bien s’en sortir cette fois-ci, mais on sera quand même passé à côté d’une crise qui aurait pu être dramatique pour une poignée de nos concitoyens et d’autres personnes dans le monde.

  • [Entretien] « J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid »

    [Entretien] « J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid »

    Alors qu’une jeune femme a été évacuée mardi de Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) vers un hôpital de Marseille pour une infection possiblement liée à l’hantavirus Andes, le chef de l’État Emmanuel Macron s’est voulu rassurant en déclarant que la situation en France était « sous contrôle », le gouvernement ayant mis en place « des protocoles extrêmement rigoureux » en consultation avec les « meilleurs experts ». « Maintenant, il est important qu’il y ait une vraie coordination européenne, c’est-à-dire que les protocoles aillent vers les standards les plus exigeants qui ont été définis à très court terme, et que l’Organisation mondiale de la Santé puisse coordonner tout cela comme il se doit ». La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a écarté le scénario d’une « circulation diffuse » en France et a précisé que sur les 5 Français ayant voyagé sur le MV Hondius, une femme est « dans un état grave. »

    La Marseillaise : Que pensez-vous de la gestion de l’hantavirus pour le moment ?

    Philippe Halfon : En termes de gestion de crise, c’est catastrophique. Disons que, si on cherchait à disséminer une épidémie, nous n’aurions pas pu faire mieux. Dans les gestions d’épidémie qu’on a connue dans le passé, lorsqu’il y avait des maladies graves comme la peste ou autre, on appliquait le principe de quarantaine. Dans le cas qui nous intéresse, on avait la chance d’avoir les patients regroupés à l’intérieur d’un bateau, où aurait pu se tenir cette quarantaine. Il aurait été possible de mettre en place un bateau médicalisé, avec tout ce qu’il faut en termes de ventilation mécanique, de réanimateurs et autres. Car bien sûr, il n’est pas question de laisser mourir les gens. Ce qui se passe actuellement est vraiment le résultat d’une très mauvaise gestion au départ. J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid. D’autant que, dans le cas du Covid, il était beaucoup plus difficile de contenir l’épidémie dans la mesure où les gens n’étaient pas au départ confinés sur un bateau.

    Que sait-on de l’Hantavirus actuellement ?

    P.H. : C’est un virus qu’on connaît depuis très longtemps. Ce n’est pas nouveau comme le SARS-CoV-2 [Virus responsable du Covid-19, Ndlr]. À l’époque on connaissait le coronavirus, mais pas le SARS-CoV-2. Là, les hantavirus sont très connus. On savait qu’il y avait des contaminations inter-humaines [la majorité des hantavirus ne touchent que les rongeurs, Ndlr]. Il existe un centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur depuis 2016 [Les Centres nationaux de référence sont des laboratoires, qui, en centralisant les informations à l’échelle nationale, participent à la lutte et au contrôle des maladies, Ndlr]. Les hantavirus ont été parfaitement décrits en médecine, dans les syndromes rénaux, dans les syndromes cardiopulmonaires, sur la base de toutes petites épidémies, très confinées.

    Quels sont les symptômes que peut impliquer une infection ?

    P.H. : Les premiers symptômes sont la fièvre, les courbatures, les douleurs articulaires, la fatigue, autrement dit les syndromes très communs des virus. Dans les cas qui nous intéressent, il y a eu des syndromes pulmonaires, avec une atteinte respiratoire, parfois hémodynamique, [circulation du sang, Ndlr] avec des hypotensions qui peuvent nécessiter une admission en réanimation. C’est ce qu’il s’est passé pour les patients décédés, ils sont morts d’un symptôme respiratoire aigu.

    Le virus est-il aussi dangereux pour tout le monde ?

    P.H. : Comme dans le cas de n’importe quelle infection, bactérienne ou virale, ce que vous voulez, l’état de la défense immunitaire du patient ou la présence de comorbidité a une grande influence. Naturellement, nous sommes tous infectés tous les jours par des virus, et des bactéries. On les sent plus ou moins passer, mais il ne se passe pas grand-chose. On a un petit coup de pompe, on est un peu fatigué, on se sent un peu fiévreux. Mais on ne sait pas forcément d’où ça vient, on ne va pas se tester. Il y a toujours un hôte et un virus, une bactérie avec son hôte. Comme dans le cas des rongeurs, qui parfois peuvent être asymptomatiques, il est possible qu’un humain infecté ne sente rien.

    Mais le taux de mortalité reste plus élevé que dans le cas du Covid…

    P.H. : Bien sûr. Dans le cas du Covid-19, on est à moins de 1%. Pour l’épidémie actuelle, si on compte 3 décès pour 8 cas, on obtient 38%. Je pense que ce chiffre très élevé de mortalité va baisser. On n’a pas encore de photographie globale. Dans d’autres cas, comme l’épidémie qui a eu lieu pendant la guerre de Corée, la première qui a été décrite [c’est le fleuve Hantaan, situé entre les deux Corées, qui donne son nom aux hantavirus, Ndlr], le taux de mortalité était de 5 à 10%. Dans d’autres cas plus récents, le taux de mortalité était de 50%. J’ai l’impression que chaque épidémie à son taux de mortalité, mais ça reste bien plus élevé que le Covid.

    Le virus est-il aussi contagieux que le Covid ?

    P.H. : La contagiosité est bien inférieure à celle du Covid. On sait que, dans les précédents cas, les épidémies sont restées très confinées, ce qui est plutôt bon signe.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud

  • L’épidémie qui vient ?

    L’épidémie qui vient ?

    L’expérience de la pandémie de la Covid des années 2020-2021, qui a totalement paralysé le monde et confiné des milliards de personnes, sur tous les continents, sera-t-elle mise à profit pour appréhender au mieux la menace représentée par l’hantavirus ? La question est dans toutes les têtes. Sans tomber dans la psychose, il convient de prendre très au sérieux la possible propagation de ce virus. Tout d’abord parce qu’il se transmet d’humain à humain et que sa période d’incubation, évaluée à six semaines, est longue. D’où des mesures de quarantaine réelle mise en œuvre (42 jours préconisés par l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS). Encore faut-il que les personnes « cas contact » se manifestent. 22 sont recensées en France.

    L’hôpital sur la corde raide

    Au-delà, l’autre grande interrogation est la capacité de notre hôpital public à faire face à une flambée épidémique. Cela dépasse le cas précis de l’hantavirus car le risque de nouvelles pandémies, quelle que soit leur nature, doit être anticipé. Il ne suffit pas pour cela de posséder des stocks de masques et de tests mais de s’assurer de la solidité du système de santé public, hôpitaux en tête. Or, nulle leçon n’a été véritablement tirée de la précédente pandémie. L’hôpital est toujours sur la corde raide et soumis à des contraintes budgétaires contraires à l’intérêt général. Il convient de muscler et de développer les structures de santé publique et donc d’inverser la logique libérale. C’est le seul chemin pour être prêts à proposer un accès à la santé pour tous, de prévenir et de faire face à des pandémies dont il serait illusoire de croire qu’elles n’adviendront plus jamais dans nos sociétés mondialisées.

  • Le moustique tigre sous haute surveillance dans notre région

    Le moustique tigre sous haute surveillance dans notre région

    Devenu invité permanent de nos jardins ou de nos balcons, le moustique tigre reste surtout un vecteur important de maladies, transmettant aux humains les virus de la dengue, du zika et du chikungunya, rappelle l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), qui a officiellement ouvert la saison de surveillance de la bestiole le 1er mai.

    Avec plus de 97% de la population de la région qui vit au contact de cet insecte, un nombre inédit de cas autochtones a été enregistré en 2025 en Paca. Entre début juin et début novembre, 450 cas de chikungunya et 16 cas de dengue ont été recensés, « répartis en 35 épisodes distincts de transmission, essentiellement dans les Alpes-Maritimes, le Var et les Bouches-du-Rhône », précise l’ARS.

    Un suivi précis des cas

    Ce qui fait de Paca la région la plus touchée, avec près de 60% des cas identifiés en France. Un niveau important comme « jamais elle n’en avait connu », commente l’ARS, même si la tendance est à l’augmentation, depuis 2022.

    Raison pour laquelle la mobilisation des professionnels de santé, des collectivités et de la population demeure essentielle, « pour prévenir la transmission et limiter la prolifération de l’insecte ». D’autant que, suite à la hausse des températures et à l’allongement des journées, les larves sont actuellement en plein développement après avoir passé l’hiver sous la forme d’œufs. Et vont rapidement devenir des moustiques tigres adultes, capables de piquer.

    Pour lutter contre ce fléau, l’ARS recommande d’éliminer les petites réserves d’eau une fois par semaine, notamment les coupelles de plantes, de bâcher ou recouvrir d’une moustiquaire les réserves d’eau, de ranger à l’abri de la pluie tout ce qui peut en contenir, et de nettoyer les gouttières ainsi que de ramasser les déchets verts.

    Grillages et moustiquaires, vêtements couvrants et amples, répulsifs et ventilateurs à fond peuvent aussi permettre de profiter de son extérieur. En cas de symptômes, tels que la fièvre brutale, des douleurs articulaires ou musculaires, des maux de tête et une éruption cutanée, l’ARS recommande de consulter sans attendre son médecin traitant. Chaque cas de dengue, chikungunya ou zika confirmé devant être déclaré pour identifier les lieux de contamination éventuels.

  • [Entretien] Mireille Ansaldi : « Les bactéries s’adaptent face aux virus… qui s’adaptent eux aussi »

    [Entretien] Mireille Ansaldi : « Les bactéries s’adaptent face aux virus… qui s’adaptent eux aussi »

    La Marseillaise : Quel est l’état de l’utilisation des virus mangeurs de bactéries –bactériophages– contre les maladies infectieuses en santé humaine ?

    Mireille Ansaldi : C’est commun dans certains pays de l’ex-URSS, comme la Russie et la Géorgie. Dans l’Union européenne, c’est interdit. Mais certains pays l’autorisent en complément à des antibiotiques dans des cas particuliers. Par exemple en Belgique dans des préparations pharmaceutiques ou en France dans le cadre de traitements compassionnels – quand aucun traitement mis sur le marché n’est efficace.

    Les bactéries s’adaptent pour résister aux antibiotiques. Peuvent-elles le faire face aux virus ?

    M.A. : Oui. C’est la beauté de l’évolution : face à un agresseur, l’agressé trouve un moyen de se défendre. Si l’usage de bactériophages se répand, il faudra veiller à ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avec les antibiotiques. Toutefois, les virus ont un avantage : ils s’adaptent eux aussi pour contourner les défenses des bactéries. Cette lutte perpétuelle existe depuis des millions d’années.

    Ces virus bactériophages sont-ils dangereux pour l’humain ?

    M.A. : Absolument pas. Ceux connus et utilisés en thérapie sont inoffensifs. Et l’hypothèse d’un virus de bactérie qui s’adapterait pour infecter nos cellules est très improbable. Nos cellules sont très différentes des bactéries car les deux ont divergé il y a très longtemps. Contrairement à des virus comme ceux de la grippe aviaire ou de la grippe porcine, aucun virus bactérien n’est capable d’infecter une cellule animale ou végétale.

  • Virus et antibiotiques : une alliance contre les bactéries résistantes

    Virus et antibiotiques : une alliance contre les bactéries résistantes

    Les bactéries aussi ont leurs virus. Mais ils ne provoquent pas chez elles un rhume : ils les dévorent. Et d’autant plus facilement avec une petite dose d’antibiotique. « Cette synergie entre antibiotiques et virus dits “bactériophages” est connue depuis les années 1970, reconnaît Mireille Ansaldi, directrice de recherche CNRS au Laboratoire de chimie bactérienne (Aix-Marseille Université/CNRS). Mais nous ignorions les mécanismes qui en sont à l’origine. » Dans une étude parue dans Plos Pathogens, la chercheuse et son équipe montrent que cette meilleure efficacité des bactériophages est due à la forme des bactéries, modifiée par l’antibiotique. « Cela aide à comprendre comment fonctionne cette combinaison de traitements prometteuse face à l’antibiorésistance », ajoute-t-elle.

    Car l’emploi massif d’antibiotiques a fait émerger des bactéries résistantes. « Les impasses thérapeutiques se multiplient », insiste Mireille Ansaldi. Certaines maladies infectieuses ne se soignent plus car les bactéries responsables résistent à tous les antibiotiques connus. « Des études de The Lancet estiment que, d’ici 2050, les maladies infectieuses causées par des bactéries résistantes causeront plus de morts que les cancers », ajoute-t-elle.

    Les virus bactériophages – combinés aux antibiotiques – regagnent donc en intérêt. Cette piste ancienne a été délaissée à l’arrivée des antibiotiques. « Pendant la guerre froide, l’URSS n’avait pas accès aux antibiotiques et a beaucoup travaillé sur les bactériophages, précise Mireille Ansaldi. Aujourd’hui, la Géorgie est toujours à la pointe. »

    Éponge à virus

    Certains antibiotiques rendent la bactérie plus allongée ou plus ronde. Or, une bactérie allongée est plus facilement infectée. « Elle est comme une éponge plus grosse, avec plus de récepteurs à sa surface, explique Mireille Ansaldi. À l’intérieur, le virus se réplique mieux car le cytoplasme est plus gros et il y a plus de ressources. » Pour expliquer la meilleure efficacité des virus sur des bactéries arrondies, les scientifiques n’ont que des hypothèses, admet la chercheuse : « Nous pensons que cela permet aux virus de mieux se diffuser et d’infecter plus d’hôtes. »

    Pour s’assurer que c’est bien la forme des bactéries qui facilite le travail des virus, les scientifiques l’ont modifiée génétiquement, sans antibiotique. « L’effet est le même, assure Mireille Ansaldi. Cela confirme l’importance de la forme, même s’il y a peut-être d’autres facteurs impliqués. »

    Un modèle mathématique a été mis au point pour prédire la meilleure association entre un antibiotique et un virus contre une bactérie. « Nous souhaitons aller plus loin en utilisant l’intelligence artificielle afin d’analyser toutes les données existantes et faire des prédictions et du conseil auprès des praticiens hospitaliers, indique la chercheuse. C’est l’étape ultime. Mais il y a encore du travail. »

    REPERES

    1917

    C’est la date à laquelle le biologiste canadien Félix D’Hérelle publie la première étude sur les virus bactériophages – mangeurs de bactéries. Utilisés à des fins thérapeutiques au XXe siècle, ils sont délaissés dans certains pays au profit des antibiotiques et connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt face à l’antibiorésistance.

    2

    C’est le nombre de virus bactériophages –T5 et T7, connus depuis longtemps– testés dans l’étude de Plos Pathogens pour lutter contre des bactéries E. coli, en association à cinq antibiotiques en quantité non-mortelle pour les bactéries.

    Plage de lyse

    C’est le nom de la tache blanche qui se forme dans le milieu de culture à l’endroit où les bactéries ont été tuées par les virus. Mesurer la surface de ces taches permet d’évaluer l’efficacité de l’association d’un virus et d’un antibiotique face à une bactérie.