Tag: violences sexistes

  • Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Mardi matin, la rue Paul-Baptistin Lombard s’éveille. Les volets métalliques des commerces se relèvent, les habitants claquent leur porte d’entrée pour filer au boulot. Tout semble ordinaire. Pourtant, la veille, des équipes de la police scientifique s’affairaient dans un appartement du deuxième étage, situé à deux pas du cours du 4-Septembre, jusque tard dans la soirée. « Il y avait des rubalises pour bloquer la rue et énormément de forces de l’ordre », témoigne une voisine, encore sous le choc.

    Lundi, aux alentours de 16h, les pompiers ont été appelés pour secourir une jeune femme de 25 ans. Ils ont trouvé la victime en arrêt cardiorespiratoire dans son appartement du deuxième étage. Lardée de « plaies transperçantes », elle n’a pas pu être réanimée. Son compagnon, qui avait donné l’alerte affirmant l’avoir retrouvée dans cet état en rentrant du travail, a été placé en garde à vue. L’homme, âgé de 39 ans et au casier judiciaire vierge, s’y trouve toujours. Le procureur d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, précise néanmoins : « À cette heure, je ne peux pas dire que nous avons des éléments suffisants pour affirmer qu’il s’agit d’un homicide conjugal. »

    La Ville appelle

    à la retenue

    Walid, jeune vendeur de la supérette située au rez-de-chaussée du bâtiment, ne comprend pas ce qu’il a pu se passer, mais il veut rendre hommage à la victime. « On entend plein de rumeurs. Moi, je verrai plus ma voisine et ça me déchire. Je l’aimais beaucoup, c’était une femme pleine de vie, souriante, toujours en train de passer la tête pour dire bonjour. »

    Dans ces « circonstances douloureuses », le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, appelle à « la retenue », « au recueillement et à la solidarité ». « Alors que de nombreuses informations, commentaires et interprétations circulent déjà sur les réseaux sociaux et dans certains médias, nous nous refusons à toute spéculation, écrit-il. Contrairement à ceux qui se précipitent pour tirer des conclusions ou attribuer des responsabilités, nous considérons qu’il est de notre devoir de respecter le travail des enquêteurs et de la justice. »

    S’agissant de la détection des situations de violences, Éric Florentino, directeur adjoint de Solidarité Femmes 13, souligne : « On est dans un département plutôt bien doté en termes de structures de proximité de soutien social, psychologique ou juridique. La Ville de Martigues est très impliquée sur le sujet, il y a beaucoup de permanences sur le territoire. L’Apers et notre association sont, par exemple, à la Maison de la justice et du droit, l’hôpital a développé un service spécifique qui s’appelle Sofa, le commissariat de Martigues est très sensibilisé. On comprend la mécanique la peur, mais il y a des interlocuteurs pour recevoir la parole et organiser une prise en charge. »

  • Un appel contre les violences faites aux femmes

    Un appel contre les violences faites aux femmes

    Elles sont entre 45 et 64, âgées de 9 à 90 ans. Tuées par leurs conjoints, pères, ex-maris, fils, petits amis ou par des inconnus. Battues à mort, poignardées, asphyxiées, défenestrées, noyées, égorgées, abattues. Cette liste dressée par le collectif NousToutes recense les féminicides perpétrés depuis le début de l’année 2026. « Le but est de dire stop aux féminicides et de rendre hommage à toutes les femmes qui ont été assassinées », pousse Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille. L’association est une des composantes du Collectif droits des femmes 13, qui est à l’initiative d’un rassemblement à 18h mercredi, sous l’ombrière du Vieux-Port. « Nous sommes la voix de celles qui n’en ont plus », veut croire la militante.

    Grande cause, petits moyens

    À Martigues, une femme de 25 ans a été poignardée lundi, sans que ce drame puisse être qualifié de féminicide à ce stade (lire ci-contre). Le même jour, une femme de 37 ans est décédée à Sarreguemines, en Moselle ; son conjoint a déclaré l’avoir étranglée. Dimanche, un homme a été mis en examen et écroué pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner commises par le conjoint » et « violences habituelles commises par le conjoint », à Mont-de-Marsan. Le corps sans vie de sa compagne de 61 ans présentait « des ecchymoses multiples » témoignant de « violences habituelles ». Il avait été condamné à trois reprises pour violences conjugales, entre 2008 et 2022. Jeudi 28 mai, à Choisy-le-Roi, un homme, une femme et leur enfant sont retrouvés morts, tués par balles dans un appartement en flammes. La piste de meurtres suivis d’un suicide est privilégiée.

    En 2017, Emmanuel Macron se déclarait candidat « féministe » à la présidence de la République. Une fois élu, il érige l’égalité entre les femmes et les hommes comme « grande cause » de ce que sera son premier quinquennat. Avec quels moyens ? Selon Oxfam, « le ministère de la grande cause dispose de l’un des plus petits budgets : moins de 100 millions d’euros en 2025, soit 0,02% du budget général de l’État ». « C’est à peine la moitié de ce qu’a coûté l’organisation des législatives anticipées de juin 2024 », déplorait alors Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne justice de genre chez Oxfam France.

    Selon les derniers chiffres officiels publiés par le gouvernement, en octobre, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% en France entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. « On attend une véritable prise de conscience collective, des moyens à la hauteur pour les associations qui accueillent, protègent et accompagnent les victimes et une loi-cadre. On demande aussi une formation sérieuse et obligatoire des policiers, gendarmes, personnels de justice, ainsi qu’une politique ferme contre les discours masculinistes », insiste Annick Karsenty.

    REPÈRES

    63

    C’est le nombre de féminicides perpétrés en France depuis le 1er janvier 2026, d’après le dernier décompte du collectif féministe NousToutes, dont l’objectif affiché est d’en « finir avec les violences sexistes et sexuelles ». Il en répertorie pour l’instant 61, auxquels s’ajoutent ceux cités ci-dessus, à Sarreguemines et Mont-de-Marsan.

    213 000

    C’est, en moyenne, le nombre de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint chaque année en France. Le chiffre est issu du rapport 2019 de l’enquête « Cadre de vie et sécurité », menée par l’Insee. Parmi elles, 29% sont âgées entre 18 et 29 ans. Au total, 72% des victimes de violences conjugales sont des femmes.

    1992

    C’est l’année à partir de laquelle la qualité de conjoint d’une victime devient une circonstance aggravante. En 2006, cette disposition est élargie aux concubins, aux pacsés et aux anciens partenaires. Jusqu’en 1975, le meurtre d’une épouse par son époux était considéré par la loi comme « excusable » en cas de flagrant délit d’adultère.

  • Procès de Cyril Zattara à Aix-en-Provence : les débats se dérouleront à huis clos

    Procès de Cyril Zattara à Aix-en-Provence : les débats se dérouleront à huis clos

    Dans la salle des pas perdus ce matin là, les parties civiles – toutes des femmes – sont entourées de proches et avocats. Elles remplissent ensuite rapidement la salle dans laquelle elles affronteront Cyril Zattara. Ce lundi, devant la cour criminelle départementale, le quadragénaire est traduit en justice pour viols aggravés. Le professeur de danse aixois, autoproclamé hypnothérapeute se tient vêtu de noir, épaisses lunettes vissées sur un visage pâle, crâne rasé, dans le box des accusés face à 19 femmes constituées parties civiles. 14 d’entre elles, dont les cas seront jugés au cours d’un procès de trois semaines, sont victimes d’un procédé rôdé exercé par Zattara : celui-ci les aurait drogué, avant de les violer. L’homme est aussi renvoyé pour atteintes à la vie privée, ayant enregistrés des femmes à leur insu (voir notre édition du 5 janvier). Il reconnaissait, pour certaines des femmes apparaissant dans ces fichiers « l’administration de substance et les avoir déshabillées par voyeurisme ». Un procès hors normes, dont les débats se dérouleront finalement derrière une porte close, à l’abri des caméras et du public.

    « On n’est pas 20 »

    Le huis clos, ordonné par le président d’audience Roger Arata a d’ailleurs été une question en suspend, puis tranchée dès la première heure du procès, suivant ainsi la demande de Me Caroline Kazanchi au nom de sa cliente, plaidant pour que cette affaire soit abordée « dans la dignité ». « Le huis clos n’est pas un silence, ce n’est pas une absence, c’est un pouvoir pendant une procédure » poursuit Me Kazanchi. Les autres plaignantes elles, ne s’opposaient pas à la publicité des débats. « Je ne demande pas que le procès se fasse à huis clos, mais je peux comprendre que des victimes le demandent, et je ne m’y oppose pas, estimait en amont de l’audience Ludivine B. Quant à la suite du procès cette ancienne amie de Zattara estime que « s’il est difficile d’en attendre quelque chose, il [Zattara] a tellement menti et manipulé que même s’il présentait ses excuses, je ne suis pas sûre de pouvoir les croire. Mais on aura peut-être des explications », rapporte la jeune femme, avant de poursuivre : « Il y a eu des plaintes déposées en 2001, 2003 et 2012, on ne les a pas écoutées, comme malheureusement beaucoup de plaintes déposées pour viol en France. Il a continué parce qu’il savait qu’il s’en sortirait. Parler aujourd’hui, c’est une manière de me reconstruire : on a été réduites au silence. J’ai besoin que cette étape se passe pour entamer ma reconstruction. » Si les débats sont à huis clos, parmi les femmes, la parole se libère. « Je respecte profondément la position de la victime qui a demandé ce huis clos, notre vie privée a suffisamment été exposée. Celles qui demandent à être respectées dans leur intimité on le droit profond que cela soit respecté. Ce n’était pas mon choix, ça ne l’est toujours pas, parce que je n’ai rien à perdre, témoigne Flore P., ex-amie de Zattara. Je veux m’inscrire dans la lignée des Gisèle Pélicot et de toutes celles qui ont osé prendre la parole et m’ont donné le courage de la prendre aujourd’hui (…) on est face à un problème de société qui mérite que je sacrifie mon identité. Il est urgent que les gens prennent conscience qu’il y a un phénomène de fond qui se produit. Je connais beaucoup de personnes, ayant été proche de lui. Des femmes qui m’ont parlé, qui ne sont pas là aujourd’hui et qui ne peuvent pas pour diverses raisons porter cette parole. Je veux porter leur parole (…) on n’est pas 20, on est 40, 50, 100, 200… Quel pourcentage ose parler ? » poursuit face à la presse Flore P. « On attends de ce procès la reconnaissance de la qualité de victime de toutes nos clientes, et une forme de prise de conscience de la particularité de ce procès, qui fait résonner l’existence du caractère collectif du viol en série, qui aujourd’hui n’est pas nécessairement reconnu par le droit français », rappelait de son côté Me Marylou Diamantara, avocate de six des parties civiles en amont de l’audience. Zattara lui, encourt 20 ans de réclusion.

  • Les violences sexistes et sexuelles dans le sport passées au crible

    Les violences sexistes et sexuelles dans le sport passées au crible

    La faculté d’économie et de gestion d’Aix accueillait, mercredi, une journée régionale de formation dédiée à la prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le sport. Une initiative proposée par la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof). Le Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (Creps), situé à côté de la fac et relais institutionnel sur le sujet, et la Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (Drajes) ont également piloté cette journée.

    Des ateliers se sont tenus l’après-midi alors que la matinée était consacrée à des interventions de professionnels. Parmi eux, Roxana Maracineanu, ancienne championne de natation et ministre des Sports entre 2018 et 2022. Secrétaire générale de la Miprof, elle mène la lutte pour former les personnes qui entoureront les victimes de violences sexistes et sexuelles : « On crée des outils de formation et nous pilotons ça avec l’Observatoire national des violences faites aux femmes pour délivrer une réalité que personne ne peut contester, qui est celle des données et des chiffres. »

    La championne du monde du 200m nage libre 1998 a évoqué ses combats lorsqu’elle était au gouvernement et la difficulté de libérer la parole : « Ce n’est pas un travail facile que de parler des violences, parce que personne n’a envie de les aborder. On va rencontrer des victimes, les entendre. Et dire aussi aux personnes qui étaient autour de ces victimes et qui ont dit ne pas avoir su “qu’est-ce que vous faites encore là, Monsieur ? Vous n’avez pas agi, votre rôle, ce n’est pas que de rapporter des médailles”. »

    Les rôles détaillés

    Cette matinée de sensibilisation a offert aux 250 personnes installées dans le nouvel amphithéâtre de la faculté, un point global sur les VSS, avec chaque spécialiste, dans chaque domaine. La Miprof a d’abord expliqué les formes de violence et leurs impacts avec, en point d’orgue, une définition générale des VSS : actes et comportements à caractère sexuel exercés sous la contrainte, en raison du genre, dans le but de dominer.

    Deux gendarmes et une magistrate spécialistes de la jeunesse ont détaillé leur champ d’action, avant que l’une des juristes du Comité national et olympique du sport français (CNOSF), Anne-Sophie Weisz, s’étende sur les sanctions pour les agresseurs. Cette journée, riche en échanges, a permis de sensibiliser et d’informer sur un sujet majeur.

  • Violences faites aux femmes : une journée pour réfléchir au rôle de l’entreprise dans l’Hérault

    Violences faites aux femmes : une journée pour réfléchir au rôle de l’entreprise dans l’Hérault

    Quel rôle pour les entreprises face aux violences faites aux femmes ? Un sujet important qui sera au centre de tables rondes*, le 25 novembre, au siège d’IBM à Montpellier. Portée par l’association Les créateurs d’énergies positives, la journée sera l’occasion de sensibiliser directions et salariés à ce fléau présent aussi bien dans la sphère privée que professionnelle.

    Une première table ronde sera consacrée aux violences conjugales. « Elles ont un impact sur la vie professionnelle, il s’agit de voir comment les entreprises peuvent aider », soutient Sandrine Musel, directrice de l’association. Satya Goetz Lancel, responsable du programme de protection des salariés victimes de violences conjugales des Magasins U, y partagera son expérience. Confrontée à plusieurs féminicides de salariées, cette dernière a mis au point une bopite à outils interne à l’entreprise. « C’est un dispositif de “droits exceptionnels” – qui n’existe pas dans le droit du travail – ne coûtant rien. Le temps de travail peut être aménagé avec plus ou moins de télétravail, on peut avoir des autorisations spéciales pour aller à l’audience de son agresseur, une mobilité géographique d’urgence, etc. », énumère celle qui est aussi membre de l’association organisatrice. Des propositions reprises dans un guide de l’Association nationale des DRH, mis à disposition des entreprises.

    Mais ces violences se retrouvent également au sein de l’entreprise, sujet qui fera l’objet d’une seconde table ronde. « Des règles juridiques existent, pour autant, ça n’est pas suffisant, parfois ces comportements sexistes ne sont pas bien identifiés. On met en place des méthodes soft, voire ludiques – comme des formations – pour faire passer des messages de prévention et d’éradication de ces comportements », détaille Michèle Tisseyre, membre de l’asso et présidente de Face Occitanie, soulignant le caractère « volontaire » de certaines entreprises. Les outils sont là, il n’y a plus qu’à.

    * Ouverts à tous, billetterie, infos sur lescreateursdemotionspositives.com.

  • Les syndicats de l’éducation exigent des moyens pour protéger le personnel

    Les syndicats de l’éducation exigent des moyens pour protéger le personnel

    Hasard du calendrier, la journée contre les violences faites aux femmes tombe le même jour que le Conseil social académique (CSA), au rectorat d’Aix-Marseille. L’occasion pour la CGT Éduc’action et le Snes-FSU de remettre le sujet des violences sexistes et sexuelles (VSS) sur la table. En marge des discussions, les syndicats se sont également mobilisés, floqués de violet, pour rappeler les enjeux du sujet et demander, surtout, plus de moyens pour prévenir les agressions sur les agents féminins. « En 2025, l’état des lieux c’est : les violences faites aux femmes existent, c’est un vrai sujet, qui a été occulté pendant longtemps, pointe Maria Ignacio, pour le Snes FSU. Ces violences sont de plusieurs ordres. Il y a les agissements dans certaines salles des profs, avec un vocabulaire et des formulations décomplexées, clairement sexistes que personne ne relève. À côté de ça, il y a des agressions. Depuis 2022, une cellule d’écoute est mise en place par le rectorat, nous avons soutenu sa création (…) mais écouter ne suffit pas, il faut qu’il y ai un suivi, de la protection. » Entre-temps, un contrat avec l’association Egae a également été signé l’année dernière, mais ne sera pas renouvelé cette année, faute de budget rapportent les syndicats. « On demande à ce que cette cellule ait des moyens spécifiques et qu’ensuite on travaille toutes les étapes de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, insiste Marion Chopinet, pour le Snes -FSU. Il faut des formations obligatoires dans tous les établissements (…) Actuellement, il n’y a aucune prise en charge du traitement des signalements. On écoute gentiment la victime, mais il n’arrive rien à l’agresseur désigné. » Plus de moyens financiers, humains sont réclamés. « On dénonce ces faits régulièrement, on interpelle le rectorat, il n’y a pas de réponse. Il y a un affichage de protection des personnels, dans la réalité des faits : pas d’action véritable », poursuit Françoise Julia de la CGT Éduc’action. Le rectorat, de son côté, précise déployer « des formations sur la prévention des VSS auprès de l’ensemble de ses personnels et a été la première à déployer un dispositif d’écoute et de traitement des VSS (…) lorsqu’une situation est signalée, elle est traitée immédiatement avec la plus grande attention par les services concernés ».

  • Violences faites aux femmes, la lutte totale

    Violences faites aux femmes, la lutte totale

    Cinq titres et 78 articles pour investir de A à Z la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Après avoir réuni, en janvier, des parlementaires de tous bords (à l’exception de l’extrême droite), pour créer une coalition transpartisane, Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste de Seine-et-Marne, a présenté, ce lundi 24 novembre à l’Assemblée nationale, une loi « intégrale » pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Intégrale pour signifier « solennellement qu’il faut en finir avec le pointillisme législatif », a précisé l’élue.

    L’idée : traduire en « feuille de route » les 140 propositions émises en octobre 2024 par une soixantaine d’associations féministes, a-t-elle rappelé. « On ne peut pas se contenter de répondre uniquement par la répression », estime Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes. « Ça suffit les mesurettes, les petites formules », a enchaîné Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, « fière » de ce travail « collectif » accompli face à l’urgence. « En 2024, 94% des plaintes pour viol ont été classées sans suite », a-t-elle rappelé. Des plaintes qui depuis le lancement du mouvement Metoo, il y a 9 ans, ont été multipliées par 3, ajoute-t-elle.

    Justice, enfance, cyberviolences, travail, santé… Concrètement, le texte s’appuie sur de grands chapitres avec de nombreux leviers d’actions. D’abord, renforcer l’arsenal judiciaire. Pour « combler les angles morts du droit » et assurer correctement l’ensemble « du parcours judiciaire des victimes, du dépôt de plaintes jusqu’aux tribunaux », explique Céline Thiébault-Martinez. En supprimant notamment les cours criminelles départementales pour retourner à la cour d’assises, en inscrivant noir sur blanc que le « devoir conjugal » n’existe pas ou en élargissant la possibilité pour les associations de se constituer partie civile.

    Nombre d’articles se concentrent sur le volet « enfance ». Avec pas moins de 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année selon la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), c’est une véritable « chappe de plomb » qu’il faut lever en mettant le focus sur la prévention et les soins, explique Arnaud Bonnet, député écologiste.

    L’interdiction du mariage forcé et des mutilations sexuelles inscrite dans le Code pénal, la formation des professionnels de santé pour mettre fin aux VOG (violences obstétricales et gynécologiques), la réglementation de l’espace numérique et une meilleure prévention au travail quand il peut s’agir d’un « lieu de prédation mais aussi un lieu pour s’en sortir », indique Myriam Lebkiri, secrétaire confédérale activité femmes-mixité à la CGT, sont aussi prises en compte.

    Aurore Bergé dégaine

    sa « loi-cadre »

    Relevant qu’il est peu probable qu’une proposition de loi de cette ampleur soit inscrite à l’ordre du jour, Céline Thiébault-Martinez espère que certains articles seront repris dans des propositions de loi de groupes, dans leurs niches parlementaires, ou par le gouvernement. C’était sans compter avec la ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes-hommes Aurore Bergé qui, dans un entretien accordé à l’AFP, a annoncé dans la foulée de la conférence de presse de la députée socialiste que… la future loi-cadre sur les violences faites aux femmes était « prête ». Comportant 53 mesures visant à « mieux former, mieux détecter, mieux prévenir et mieux sanctionner », le texte devrait être inscrit à l’ordre du jour parlementaire « dès que cela sera possible », a affirmé la ministre déléguée.

    Quel que soit le texte qui aboutira, la question des moyens reste entière. Comme l’a souligné la syndicaliste CGT durant la présentation collective de la première proposition, le contexte actuel est celui de l’austérité, « avec des subventions aux associations qui se réduisent. » Le coût de ses mesures est estimé à 3 milliards d’euros. Des crédits que les associations, toujours en mode combat, n’ont de cesse d’arracher. « Nous l’avons appris de nos aînées, la meilleure des manières de ne pas reculer c’est de continuer à avancer », assène Anne-Cécile Mailfert.

  • L’extrême droite opposée aux droits des femmes au Parlement

    L’extrême droite opposée aux droits des femmes au Parlement

    Si la présence de Marine Le Pen à la tête du groupe RN à l’Assemblée nationale et les vidéos de Jordan Bardella rassurent ces derniers mois un électorat féminin qui a longtemps été réfractaire à voter à l’extrême droite (30% des femmes ont voté pour Bardella aux dernières élections européennes pour 32 % des hommes), les votes de l’extrême droite au Parlement ne vont pourtant pas dans le sens de la défense des femmes et devraient alerter cet électorat.

    Le dernier exemple en date sur l’inscription de la notion de non-consentement dans la définition pénale du viol fin octobre est particulièrement frappant. Si l’écrasante majorité des groupes a voté unanimement pour ce changement d’approche sur la définition du viol, seuls les groupes du RN et de l’UDR (Ciottiste) ont voté contre. C’est le cas de cinq députés gardois : Yoan Gillet, Pascale Bordes, Pierre Meurin, Sylvie Josserand et Alexandre Allegret-Pilot (UDR). Nicolas Meizonnet et les cinq députés d’extrême droite de l’Hérault ne se sont pas donnés la peine de suivre les débats dans l’Hémicycle.

    « L’actualité locale a pourtant récemment mis en avant l’impérieuse nécessité de déployer de nouveaux moyens pour lutter contre le viol et les agressions sexuelles. Les deux procès de l’affaire Pélicot qui se sont déroulés à Avignon et à Nîmes à quelques mois d’intervalle, ont permis de constater l’ampleur du phénomène et le déni qui y est encore attaché », ont réagi à ces votes des députés d’extrême droite, les Unitaires du Gard, composés de L’Après, Debout! et Génération.s.

    « Fémonationalisme »

    Ce dernier vote n’est que l’ultime acte d’une stratégie d’un RN opposé à légiférer pour réduire les violences sexistes et sexuelles (VSS). En 2018, les députés RN se sont abstenus lors du vote de la loi « renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ». En 2022, ils votent contre la proposition « sur l’outrage sexiste » visant à durcir l’amende pour le harcèlement de rue. L’année suivante, le RN vote contre la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre les VSS. En réalité, pour le Rassemblement National, la lutte contre les VSS ne s’appuie que sur le « femonationalisme », c’est-à-dire l’instrumentalisation du féminisme pour stigmatiser certaines populations, porté notamment par le Collectif Némésis. Jordan Bardella expliquait ainsi en 2024 que l’insécurité « fait régresser la liberté de chaque femme de France de se déplacer dans la rue et dans l’espace public ». Le président du RN oublie ainsi un peu vite que neuf victimes sur dix de viol ou de tentative de viol connaissaient leur agresseur.

  • Femmes : manif bruyante face à l’hécatombe silencieuse

    Femmes : manif bruyante face à l’hécatombe silencieuse

    Mélina, Laure, Élodie et Béatrice. Ce sont les prénoms des quatre femmes qui sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint pour la seule journée de jeudi dernier, le 20 novembre. « Quand on voit ça, on se dit qu’il y a peut-être un déficit total de prise en compte alors qu’Emmanuel Macron avait promis, il y a huit ans, de faire de ce sujet-là la cause de son premier quinquennat », dénonce Catherine Lecoq, membre du Collectif 13 Droit des femmes. La représentante de la structure culturelle Éclosion 13 tient la banderole à la tête du cortège féministe parti à 14h, samedi, de la gare Saint-Charles pour réclamer une politique de lutte contre les violences faites aux femmes « à la hauteur ».

    La colère est grande, car les chiffres sont alarmants. Entre 2023 et 2024, les féminicides ont augmenté de 11%, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint l’an dernier. Cette année, elles sont déjà 145 à avoir perdu la vie. « C’est sans compter les tentatives de féminicide, 270, et les suicides : plus de 900 femmes ont mis fin à leurs jours ou tenté de le faire en 2024 à cause du harcèlement de leur conjoint ou ex-conjoint », précise Nathalie Tessier, conseillère municipale de Marseille (PCF) déléguée aux droits des femmes.

    Une loi intégrale

    Les associations dénoncent une baisse de moyens. Fin août, la Fondation des femmes a publié une enquête sur l’impact des restrictions budgétaires sur l’accompagnement des femmes victimes de violences réalisée auprès de 148 organisations féministes. Le résultat est sans appel : en 2025, plus de 70% d’entre elles déclarent une situation financière dégradée, conséquence directe de baisses de subventions ou de retards de versement des financements publics.

    « Ça part de là, ça part aussi du déficit de services publics sur le territoire, comme pour ce jeune, Mehdi Kessaci qui vient d’être assassiné, affirme Catherine Lecoq. Ce sont tous ces jeunes qui sont laissés à eux-mêmes dans les quartiers, à qui on ne propose rien alors que les narcotrafiquants proposent, eux, des choses. C’est la même chose pour les mecs qui sont violents envers leur femme. On est là chaque année les 25 novembre et 8 mars pour faire reculer les féminicides et les violences, mais si rien n’est fait en amont, que voulez-vous qu’on fasse ? C’est pas deux journées dans l’année qui vont faire basculer les choses. Il faut des réformes de grande envergure. »

    Pour y parvenir, les associations portent une loi-cadre intégrale de 140 propositions, parmi lesquelles un investissement annuel de 2,6 milliards d’euros contre les violences sexistes et sexuelles contre les 12,7 millions d’euros actuels ; la sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes dès le plus jeune âge en rendant effectives les trois séances d’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école ; ou encore le remboursement à 100% par la Sécurité sociale des soins psychologiques et du traitement du psychotraumatisme et la création de centres de prise en charge d’urgence accessibles 24h/24, sur le modèle belge. « Oui ça marche, il suffit de regarder en Espagne, où les moyens ont été mis sur la table et aujourd’hui les féminicides ont été divisés par quatre, assure Nathalie Tessier. Cette société patriarcale avec ce continuum de violence, ça peut s’arrêter. Il faut juste avoir la volonté. »

    Un banc rouge pour la mémoire des femmes

    Samedi, la municipalité marseillaise a inauguré son 20e banc rouge, à l’espace Mistral de l’Estaque (16e). « Il est un rappel, au cœur de l’espace public, de la lutte essentielle à mener contre les violences faites aux femmes et un symbole pour la mémoire des victimes de féminicides », soulignait la conseillère municipale (PCF) déléguée aux droits des femmes, Nathalie Tessier, présente aux côtés de l’association Femmes solidaires à l’origine de cette initiative. Neuf autres bancs rouges doivent être installés au fil de la semaine dans les parcs et jardins de la ville.

    Y.S.

  • Opale Care : un outil digital pour sortir du déni des violences conjugales

    Opale Care : un outil digital pour sortir du déni des violences conjugales

    Évaluer en toute discrétion son exposition aux violences conjugales de toutes sortes, puis recevoir gratuitement un diagnostic personnalisé et si besoin des conseils pour s’orienter auprès de professionnels. Voilà les services que propose gratuitement la plateforme Opale Care*.

    Créé en 2024 par l’entrepreneuse montpelliéraine Vigdis Morisse-Herrera, cet outil digital unique de prévention, diagnostic et de suivi, propose de combler un manque pour les victimes. « J’ai été moi-même victime de violences conjugales sexuelles et psychologiques. J’ai créé la plateforme dont j’aurais eu besoin à l’époque », résume cette passionnée de French Tech.

    Elle explique que la multiplicité des atteintes (psychologiques, physiques, sexuelles, économiques, administratives, cyberviolences), complique souvent la prise de conscience des victimes, des femmes à 87% parmi les 271 000 plaintes déposées en 2023 (sachant que seules 14% des victimes réclament réparation). « Le sujet est souvent abordé sous l’angle de la femme battue, ce qui invisibilise toutes les autres formes de violences, laisse entendre que le reste n’est pas grave. »

    Pour avoir dû elle-même partir en quête d’informations, elle décide d’en faciliter l’accès. « Le numérique est un énorme levier », assure Vigdis tandis qu’Opale Care compte déjà 7 500 utilisateurs. Discret, le questionnaire anonyme de 200 occurrences (20 minutes) permet de lever les doutes ou sortir du déni. « Il catégorise les choses sans avoir le tabou de la réponse. » Sans interlocuteur physique à qui se confier, « il n’y a pas de gêne ni de honte. C’est parfois plus facile que de faire la démarche d’appeler un numéro d’urgence ou se déplacer dans une association. »

    Via une analyse juridique de ce que la loi interdit, la version pro d’Opale Care pousse l’expertise jusque dans l’entreprise pour l’inciter à « protéger et accompagner ses salariés ». Quel que soit le cadre des violences, les victimes sont renseignées sur les aides publiques (CAF, banque, assurance…) auxquelles elles ont droit et si besoin redirigées vers des associations ou professionnels compétents.

    Plus d’infos sur : opale.care