Tag: violences sexistes

  • Une crise sociale secoue le Théâtre du Briançonnais

    Une crise sociale secoue le Théâtre du Briançonnais

    Depuis plusieurs semaines, le Théâtre du Briançonnais est en proie à une profonde crise interne. L’élément déclencheur : une publication Facebook, fin août, qui rend publique des accusations de violences conjugales visant son directeur, Romaric Matagne. D’autres signalements, qui concernent à la fois la sphère professionnelle et la sphère privée du dirigeant, ont émergé. Ce qui a conduit la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) à saisir le parquet de Gap, qui a ouvert une enquête préliminaire pour des soupçons de violences sexistes, physiques, verbales et psychologiques.

    Si les accusations publiques sont nouvelles, les souffrances au travail au théâtre seraient bien plus anciennes, selon le collectif #ThéâtreDebout, créé mi-octobre. « Plusieurs salariés s’interrogeaient déjà depuis longtemps sur certaines difficultés professionnelles, managériales ou relationnelles au sein du théâtre », explique le collectif, qui réunit des salariés, des anciens salariés, des artistes ou encore des spectateurs. « Tensions, épuisement, pressions »… Selon le collectif, la situation se serait aggravée depuis la rentrée : « Il y a un cumul de problématiques de fonctionnement qui ressortent en ce moment, parce que le contexte fait que nous avons pris du recul sur la manière dont nous travaillons au quotidien au théâtre. » Au-delà de ce qu’il qualifie de « système problématique », le collectif dénonce une mauvaise gestion de la crise de la part du directeur et du président, René Bonnet : « En termes de dialogue social, c’est catastrophique. L’écoute concernant les souffrances est inexistante. On se retrouve face à un président qui est occupé à prendre la défense du directeur plutôt que de prendre conscience de la souffrance des salariés. » Le collectif demande la mise à pied du directeur actuel et le départ du président, ainsi que la refonte d’un conseil d’administration.

    De leur côté, Romaric Matagne et René Bonnet ont porté plainte pour diffamation le 13 octobre. « Romaric Matagne est toujours en poste parce que ni la Drac, ni qui que ce soit ne lui a communiqué un quelconque signalement le mettant en cause, et justifiant que le théâtre prenne une quelconque mesure à son encontre », a précisé leur avocat, Me Roland Lienhardt, qui parle de « calomnies » et « d’entreprise de déstabilisation ». « Ceux qui manifestent pour qu’il en soit autrement sont animés par des principes contraires à l’esprit démocratique, poursuit-il. Et ils sont soutenus par une organisation qui se revendique de l’anarchisme. » Le collectif est soutenu par le STUCS, le syndicat des travailleurs unis de la culture et du spectacle. « L’anarcho-syndicalisme constitue une tradition syndicale historique parfaitement légale », répond le collectif, qui précise que plusieurs de ses membres sont adhérents à la CGT.

  • Des hébergements pour les femmes victimes de violences

    Des hébergements pour les femmes victimes de violences

    Le CIDFF 04 (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles) compte se doter, pour la première fois, d’un lieu d’hébergement pour les femmes victimes de violences et leurs enfants, à Digne. « L’idée, c’est d’avoir un refuge où elles peuvent se poser, travailler leur situation, sécuriser le volet social, mettre en place l’accès aux droits, travailler la situation des enfants, et se projeter, en fonction de leur situation professionnelle, vers l’après, avec un hébergement plus pérenne », explique Wided Halaoua, directrice du CIDFF 04.

    L’idée est de réaménager un bâtiment appartenant au bailleur social H2P, situé près du centre-ville de Digne, « de le réhabiliter, parce qu’il est un peu vieillissant, et d’en faire des locaux plus accueillants et plus confortables. La Cepac a la volonté d’apporter un standing plus élevé pour les femmes victimes de violences et leurs enfants, pour qu’elles aient un environnement agréable dans lequel vivre », avance la directrice. Un ascenseur doit notamment être installé. « Actuellement, le logement est occupé par une autre association qui va déménager. H2P attend un engagement définitif de l’État sur le projet, puisqu’on ne peut pas se lancer dans les travaux et réhabiliter complètement le logement si derrière, on n’a pas l’assurance que l’État financera des places d’hébergement pour le CIDFF », précise Wided Halaoua.

    Éloigner du danger

    « L’idée, c’est qu’il y ait des salariés dédiés pour le bâtiment, un temps d’accompagnement social et un temps de psychologue, et possiblement un veilleur de nuit », explique la directrice du CIDFF 04. Un psychologue et un travailleur social devront notamment être recrutés par l’association pour ce projet.

    La Caisse d’Épargne financera le bâti, et Solidarité Femmes 13 aidera le CIDFF « dans tout ce qui sera aménagement des locaux. Ils vont nous accompagner sur la recherche de financement liée spécifiquement à ça », indique Wided Halaoua. Une fois le bâtiment livré, la gestion courante sera financée par le CIDFF.

    L’association Solidarité Femmes 13 « porte toute l’ingénierie du projet, et nous fait bénéficier de leur expertise, puisqu’ils gèrent actuellement de l’hébergement pour les femmes victimes de violences, contrairement à nous », avance la directrice. Le projet prévoit 19 places d’hébergement et 11 logements, du studio au T2, selon elle.

    Des femmes d’autres départements pourront être orientées vers ce lieu d’hébergement à Digne « pour éloigner de manière plus efficace la personne ». De la même manière, des femmes du département des Alpes-de-Haute-Provence « à plus fort risque de représailles pourraient être orientées hors département » pour mieux les protéger et les éloigner du danger.

    Le besoin d’hébergement est d’autant plus important dans le département rural, « où les gens sont excentrés » et ont plus de mal à accéder aux services publics, avance Wided Halaoua.

  • La Maison des femmes ouvre ses portes à Nîmes

    La Maison des femmes ouvre ses portes à Nîmes

    Pousser cette porte n’a rien d’anodin. « Cela peut être une étape très difficile », rappelle Alexandra Lamy. Vendredi 25 septembre, la comédienne gardoise, marraine de la Maison des femmes du Gard, était à Carémeau pour l’inauguration officielle d’un lieu qui fonctionne déjà depuis janvier 2025. Son message tient en quelques mots : les femmes qui viennent ici doivent savoir « qu’elles seront écoutées, crues et accompagnées, et qu’elles ne sont pas seules ».

    Derrière les discours et le ruban coupé, c’est surtout là que se trouve l’intérêt de la structure : éviter aux victimes de devoir frapper à cinq portes différentes pour obtenir de l’aide. Médecin, sage-femme, psychologue, assistante sociale ou conseiller juridique peuvent intervenir dans un même lieu, avec un parcours adapté au rythme de chacune. « Notre rôle est de permettre aux femmes de trouver au même endroit une écoute, des soins et un accompagnement adapté à leur situation  », résume la docteure Sylvie Ripart, médecin coordinatrice. La porte est ouverte sans condition aux femmes victimes de violences intrafamiliales ou sexuelles, mais aussi à celles confrontées à la précarité, l’isolement, une détresse psychique, un handicap, un parcours migratoire ou la prostitution. Elles peuvent être orientées par un professionnel ou une association, mais aussi venir spontanément. Un interprétariat téléphonique est prévu pour celles qui ne maîtrisent pas le français.

    Tout au même endroit

    Soigner, donc, mais aussi protéger. La Maison peut assurer des consultations gynécologiques, des dépistages, l’accès à la contraception ou accompagner les victimes de mutilations sexuelles. Lorsqu’une femme souhaite porter plainte, l’assistante sociale peut solliciter police, gendarmerie ou justice : le dépôt peut même être réalisé directement au CHU. Des certificats médicaux peuvent également y être établis.

    Une prise en charge pensée comme un tout. « Les violences ont des conséquences multiples sur la santé et sur la vie quotidienne. La prise en charge doit donc être globale et coordonnée », insiste Sylvie Ripart. Autour du CHU gravitent ainsi le parquet, les forces de l’ordre, le CIDFF, le CCAS de Nîmes, Via Femina Fama, La Clède ou encore la Croix-Rouge. Une organisation qui répond à une réalité lourde : 1 740 femmes ont été victimes de violences au sein de leur foyer dans le Gard en 2024, selon les services de l’État. En 2025, 284 femmes ont été accompagnées par la Maison, alors ouverte du lundi au jeudi, de 9 heures à 17 heures.

    Et la reconstruction ne s’arrête pas à la consultation. Karaté, yoga, écriture, groupes de parole : près de 200 séances collectives doivent être proposées en 2026 pour rompre l’isolement et reprendre confiance. « Ces espaces sont aussi importants que le soin », défend S. Ripart. Car une fois écoutée ou soignée, reste une autre bataille : se réapproprier son corps, recréer du lien et retrouver une place dans la vie sociale.

    * Adresse : CHU de Nîmes, pavillon 3, du lundi au jeudi, de 9h à 7h. Contact : 04.66.68.32.18. ou maisondesfemmes@chu-nimes.fr

  • À Gap, un collectif pour la loi intégrale s’organise

    À Gap, un collectif pour la loi intégrale s’organise

    « Collectif pour une loi intégrale » : tel sera le nom de ce groupe citoyen, né de la mobilisation hebdomadaire organisée devant le palais de justice de Gap, en hommage à la jeune Lyhanna, assassinée fin mai, ainsi qu’à toutes les femmes et tous les enfants victimes de violences sexuelles.

    « Lundi dernier, nous avons pris la décision de nous constituer en collectif. Pour faire passer notre message dans les médias et poursuivre notre action de plaidoyer, il fallait que nous soyons plusieurs et que chacun puisse prendre sa part dans cette mobilisation », explique Madeleine, l’une des initiatrices du mouvement. Constituer un collectif permet aussi de déposer des demandes de manifestation auprès des autorités.

    Lors des rassemblements, les participants ne défendent pas forcément les mêmes réponses politiques au problème. Afin de définir ce qui les rassemble malgré leurs divergences, les membres du collectif prévoient la rédaction d’une charte. « S’il y a des divergences politiques, on est tous d’accord pour le soutien à la loi intégrale », affirme Lisa. « Pas plus, pas moins », complète Xavier.

    Pour le groupe, l’essentiel est de maintenir la mobilisation en faveur de l’adoption de cette loi. « Comme la loi a été inscrite pour être votée en septembre, des gens vont peut-être se dire “ça y est c’est gagné”, il faut donc rester mobilisé, être en surveillance », affirme Madeleine.

    Xavier ajoute : « Sébastien Lecornu, Premier ministre, a dit qu’ils allaient la présenter, mais hachurée, avec seulement 78 des 140 mesures initialement proposées. Et là-dedans, huit dépendraient de l’équilibre budgétaire. Cela montre bien que la mobilisation doit rester constante. Quand on voit la façon dont les arbitrages budgétaires sont parfois rendus par le gouvernement, cela suscite de grosses inquiétudes. Le texte ferait passer le budget en la matière de 12 millions actuellement à 3 milliards, on se demande comment ils vont arbitrer. »

    Une charte est en cours d’élaboration

    Pour le moment, Madeleine affirme n’avoir eu « aucune réponse » des associations locales concernées par les questions de violences faites aux femmes et aux enfants. Selon les membres du collectif, leur objectif est donc aussi de combler un manque de mobilisation locale sur ces sujets.

  • Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Soupçon de féminicide à Martigues après la mort d’une femme de 25 ans

    Mardi matin, la rue Paul-Baptistin Lombard s’éveille. Les volets métalliques des commerces se relèvent, les habitants claquent leur porte d’entrée pour filer au boulot. Tout semble ordinaire. Pourtant, la veille, des équipes de la police scientifique s’affairaient dans un appartement du deuxième étage, situé à deux pas du cours du 4-Septembre, jusque tard dans la soirée. « Il y avait des rubalises pour bloquer la rue et énormément de forces de l’ordre », témoigne une voisine, encore sous le choc.

    Lundi, aux alentours de 16h, les pompiers ont été appelés pour secourir une jeune femme de 25 ans. Ils ont trouvé la victime en arrêt cardiorespiratoire dans son appartement du deuxième étage. Lardée de « plaies transperçantes », elle n’a pas pu être réanimée. Son compagnon, qui avait donné l’alerte affirmant l’avoir retrouvée dans cet état en rentrant du travail, a été placé en garde à vue. L’homme, âgé de 39 ans et au casier judiciaire vierge, s’y trouve toujours. Le procureur d’Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, précise néanmoins : « À cette heure, je ne peux pas dire que nous avons des éléments suffisants pour affirmer qu’il s’agit d’un homicide conjugal. »

    La Ville appelle

    à la retenue

    Walid, jeune vendeur de la supérette située au rez-de-chaussée du bâtiment, ne comprend pas ce qu’il a pu se passer, mais il veut rendre hommage à la victime. « On entend plein de rumeurs. Moi, je verrai plus ma voisine et ça me déchire. Je l’aimais beaucoup, c’était une femme pleine de vie, souriante, toujours en train de passer la tête pour dire bonjour. »

    Dans ces « circonstances douloureuses », le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, appelle à « la retenue », « au recueillement et à la solidarité ». « Alors que de nombreuses informations, commentaires et interprétations circulent déjà sur les réseaux sociaux et dans certains médias, nous nous refusons à toute spéculation, écrit-il. Contrairement à ceux qui se précipitent pour tirer des conclusions ou attribuer des responsabilités, nous considérons qu’il est de notre devoir de respecter le travail des enquêteurs et de la justice. »

    S’agissant de la détection des situations de violences, Éric Florentino, directeur adjoint de Solidarité Femmes 13, souligne : « On est dans un département plutôt bien doté en termes de structures de proximité de soutien social, psychologique ou juridique. La Ville de Martigues est très impliquée sur le sujet, il y a beaucoup de permanences sur le territoire. L’Apers et notre association sont, par exemple, à la Maison de la justice et du droit, l’hôpital a développé un service spécifique qui s’appelle Sofa, le commissariat de Martigues est très sensibilisé. On comprend la mécanique la peur, mais il y a des interlocuteurs pour recevoir la parole et organiser une prise en charge. »

  • Un appel contre les violences faites aux femmes

    Un appel contre les violences faites aux femmes

    Elles sont entre 45 et 64, âgées de 9 à 90 ans. Tuées par leurs conjoints, pères, ex-maris, fils, petits amis ou par des inconnus. Battues à mort, poignardées, asphyxiées, défenestrées, noyées, égorgées, abattues. Cette liste dressée par le collectif NousToutes recense les féminicides perpétrés depuis le début de l’année 2026. « Le but est de dire stop aux féminicides et de rendre hommage à toutes les femmes qui ont été assassinées », pousse Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille. L’association est une des composantes du Collectif droits des femmes 13, qui est à l’initiative d’un rassemblement à 18h mercredi, sous l’ombrière du Vieux-Port. « Nous sommes la voix de celles qui n’en ont plus », veut croire la militante.

    Grande cause, petits moyens

    À Martigues, une femme de 25 ans a été poignardée lundi, sans que ce drame puisse être qualifié de féminicide à ce stade (lire ci-contre). Le même jour, une femme de 37 ans est décédée à Sarreguemines, en Moselle ; son conjoint a déclaré l’avoir étranglée. Dimanche, un homme a été mis en examen et écroué pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner commises par le conjoint » et « violences habituelles commises par le conjoint », à Mont-de-Marsan. Le corps sans vie de sa compagne de 61 ans présentait « des ecchymoses multiples » témoignant de « violences habituelles ». Il avait été condamné à trois reprises pour violences conjugales, entre 2008 et 2022. Jeudi 28 mai, à Choisy-le-Roi, un homme, une femme et leur enfant sont retrouvés morts, tués par balles dans un appartement en flammes. La piste de meurtres suivis d’un suicide est privilégiée.

    En 2017, Emmanuel Macron se déclarait candidat « féministe » à la présidence de la République. Une fois élu, il érige l’égalité entre les femmes et les hommes comme « grande cause » de ce que sera son premier quinquennat. Avec quels moyens ? Selon Oxfam, « le ministère de la grande cause dispose de l’un des plus petits budgets : moins de 100 millions d’euros en 2025, soit 0,02% du budget général de l’État ». « C’est à peine la moitié de ce qu’a coûté l’organisation des législatives anticipées de juin 2024 », déplorait alors Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne justice de genre chez Oxfam France.

    Selon les derniers chiffres officiels publiés par le gouvernement, en octobre, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% en France entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. « On attend une véritable prise de conscience collective, des moyens à la hauteur pour les associations qui accueillent, protègent et accompagnent les victimes et une loi-cadre. On demande aussi une formation sérieuse et obligatoire des policiers, gendarmes, personnels de justice, ainsi qu’une politique ferme contre les discours masculinistes », insiste Annick Karsenty.

    REPÈRES

    63

    C’est le nombre de féminicides perpétrés en France depuis le 1er janvier 2026, d’après le dernier décompte du collectif féministe NousToutes, dont l’objectif affiché est d’en « finir avec les violences sexistes et sexuelles ». Il en répertorie pour l’instant 61, auxquels s’ajoutent ceux cités ci-dessus, à Sarreguemines et Mont-de-Marsan.

    213 000

    C’est, en moyenne, le nombre de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint chaque année en France. Le chiffre est issu du rapport 2019 de l’enquête « Cadre de vie et sécurité », menée par l’Insee. Parmi elles, 29% sont âgées entre 18 et 29 ans. Au total, 72% des victimes de violences conjugales sont des femmes.

    1992

    C’est l’année à partir de laquelle la qualité de conjoint d’une victime devient une circonstance aggravante. En 2006, cette disposition est élargie aux concubins, aux pacsés et aux anciens partenaires. Jusqu’en 1975, le meurtre d’une épouse par son époux était considéré par la loi comme « excusable » en cas de flagrant délit d’adultère.

  • Procès de Cyril Zattara à Aix-en-Provence : les débats se dérouleront à huis clos

    Procès de Cyril Zattara à Aix-en-Provence : les débats se dérouleront à huis clos

    Dans la salle des pas perdus ce matin là, les parties civiles – toutes des femmes – sont entourées de proches et avocats. Elles remplissent ensuite rapidement la salle dans laquelle elles affronteront Cyril Zattara. Ce lundi, devant la cour criminelle départementale, le quadragénaire est traduit en justice pour viols aggravés. Le professeur de danse aixois, autoproclamé hypnothérapeute se tient vêtu de noir, épaisses lunettes vissées sur un visage pâle, crâne rasé, dans le box des accusés face à 19 femmes constituées parties civiles. 14 d’entre elles, dont les cas seront jugés au cours d’un procès de trois semaines, sont victimes d’un procédé rôdé exercé par Zattara : celui-ci les aurait drogué, avant de les violer. L’homme est aussi renvoyé pour atteintes à la vie privée, ayant enregistrés des femmes à leur insu (voir notre édition du 5 janvier). Il reconnaissait, pour certaines des femmes apparaissant dans ces fichiers « l’administration de substance et les avoir déshabillées par voyeurisme ». Un procès hors normes, dont les débats se dérouleront finalement derrière une porte close, à l’abri des caméras et du public.

    « On n’est pas 20 »

    Le huis clos, ordonné par le président d’audience Roger Arata a d’ailleurs été une question en suspend, puis tranchée dès la première heure du procès, suivant ainsi la demande de Me Caroline Kazanchi au nom de sa cliente, plaidant pour que cette affaire soit abordée « dans la dignité ». « Le huis clos n’est pas un silence, ce n’est pas une absence, c’est un pouvoir pendant une procédure » poursuit Me Kazanchi. Les autres plaignantes elles, ne s’opposaient pas à la publicité des débats. « Je ne demande pas que le procès se fasse à huis clos, mais je peux comprendre que des victimes le demandent, et je ne m’y oppose pas, estimait en amont de l’audience Ludivine B. Quant à la suite du procès cette ancienne amie de Zattara estime que « s’il est difficile d’en attendre quelque chose, il [Zattara] a tellement menti et manipulé que même s’il présentait ses excuses, je ne suis pas sûre de pouvoir les croire. Mais on aura peut-être des explications », rapporte la jeune femme, avant de poursuivre : « Il y a eu des plaintes déposées en 2001, 2003 et 2012, on ne les a pas écoutées, comme malheureusement beaucoup de plaintes déposées pour viol en France. Il a continué parce qu’il savait qu’il s’en sortirait. Parler aujourd’hui, c’est une manière de me reconstruire : on a été réduites au silence. J’ai besoin que cette étape se passe pour entamer ma reconstruction. » Si les débats sont à huis clos, parmi les femmes, la parole se libère. « Je respecte profondément la position de la victime qui a demandé ce huis clos, notre vie privée a suffisamment été exposée. Celles qui demandent à être respectées dans leur intimité on le droit profond que cela soit respecté. Ce n’était pas mon choix, ça ne l’est toujours pas, parce que je n’ai rien à perdre, témoigne Flore P., ex-amie de Zattara. Je veux m’inscrire dans la lignée des Gisèle Pélicot et de toutes celles qui ont osé prendre la parole et m’ont donné le courage de la prendre aujourd’hui (…) on est face à un problème de société qui mérite que je sacrifie mon identité. Il est urgent que les gens prennent conscience qu’il y a un phénomène de fond qui se produit. Je connais beaucoup de personnes, ayant été proche de lui. Des femmes qui m’ont parlé, qui ne sont pas là aujourd’hui et qui ne peuvent pas pour diverses raisons porter cette parole. Je veux porter leur parole (…) on n’est pas 20, on est 40, 50, 100, 200… Quel pourcentage ose parler ? » poursuit face à la presse Flore P. « On attends de ce procès la reconnaissance de la qualité de victime de toutes nos clientes, et une forme de prise de conscience de la particularité de ce procès, qui fait résonner l’existence du caractère collectif du viol en série, qui aujourd’hui n’est pas nécessairement reconnu par le droit français », rappelait de son côté Me Marylou Diamantara, avocate de six des parties civiles en amont de l’audience. Zattara lui, encourt 20 ans de réclusion.

  • Les violences sexistes et sexuelles dans le sport passées au crible

    Les violences sexistes et sexuelles dans le sport passées au crible

    La faculté d’économie et de gestion d’Aix accueillait, mercredi, une journée régionale de formation dédiée à la prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le sport. Une initiative proposée par la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof). Le Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive (Creps), situé à côté de la fac et relais institutionnel sur le sujet, et la Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (Drajes) ont également piloté cette journée.

    Des ateliers se sont tenus l’après-midi alors que la matinée était consacrée à des interventions de professionnels. Parmi eux, Roxana Maracineanu, ancienne championne de natation et ministre des Sports entre 2018 et 2022. Secrétaire générale de la Miprof, elle mène la lutte pour former les personnes qui entoureront les victimes de violences sexistes et sexuelles : « On crée des outils de formation et nous pilotons ça avec l’Observatoire national des violences faites aux femmes pour délivrer une réalité que personne ne peut contester, qui est celle des données et des chiffres. »

    La championne du monde du 200m nage libre 1998 a évoqué ses combats lorsqu’elle était au gouvernement et la difficulté de libérer la parole : « Ce n’est pas un travail facile que de parler des violences, parce que personne n’a envie de les aborder. On va rencontrer des victimes, les entendre. Et dire aussi aux personnes qui étaient autour de ces victimes et qui ont dit ne pas avoir su “qu’est-ce que vous faites encore là, Monsieur ? Vous n’avez pas agi, votre rôle, ce n’est pas que de rapporter des médailles”. »

    Les rôles détaillés

    Cette matinée de sensibilisation a offert aux 250 personnes installées dans le nouvel amphithéâtre de la faculté, un point global sur les VSS, avec chaque spécialiste, dans chaque domaine. La Miprof a d’abord expliqué les formes de violence et leurs impacts avec, en point d’orgue, une définition générale des VSS : actes et comportements à caractère sexuel exercés sous la contrainte, en raison du genre, dans le but de dominer.

    Deux gendarmes et une magistrate spécialistes de la jeunesse ont détaillé leur champ d’action, avant que l’une des juristes du Comité national et olympique du sport français (CNOSF), Anne-Sophie Weisz, s’étende sur les sanctions pour les agresseurs. Cette journée, riche en échanges, a permis de sensibiliser et d’informer sur un sujet majeur.

  • Violences faites aux femmes : une journée pour réfléchir au rôle de l’entreprise dans l’Hérault

    Violences faites aux femmes : une journée pour réfléchir au rôle de l’entreprise dans l’Hérault

    Quel rôle pour les entreprises face aux violences faites aux femmes ? Un sujet important qui sera au centre de tables rondes*, le 25 novembre, au siège d’IBM à Montpellier. Portée par l’association Les créateurs d’énergies positives, la journée sera l’occasion de sensibiliser directions et salariés à ce fléau présent aussi bien dans la sphère privée que professionnelle.

    Une première table ronde sera consacrée aux violences conjugales. « Elles ont un impact sur la vie professionnelle, il s’agit de voir comment les entreprises peuvent aider », soutient Sandrine Musel, directrice de l’association. Satya Goetz Lancel, responsable du programme de protection des salariés victimes de violences conjugales des Magasins U, y partagera son expérience. Confrontée à plusieurs féminicides de salariées, cette dernière a mis au point une bopite à outils interne à l’entreprise. « C’est un dispositif de “droits exceptionnels” – qui n’existe pas dans le droit du travail – ne coûtant rien. Le temps de travail peut être aménagé avec plus ou moins de télétravail, on peut avoir des autorisations spéciales pour aller à l’audience de son agresseur, une mobilité géographique d’urgence, etc. », énumère celle qui est aussi membre de l’association organisatrice. Des propositions reprises dans un guide de l’Association nationale des DRH, mis à disposition des entreprises.

    Mais ces violences se retrouvent également au sein de l’entreprise, sujet qui fera l’objet d’une seconde table ronde. « Des règles juridiques existent, pour autant, ça n’est pas suffisant, parfois ces comportements sexistes ne sont pas bien identifiés. On met en place des méthodes soft, voire ludiques – comme des formations – pour faire passer des messages de prévention et d’éradication de ces comportements », détaille Michèle Tisseyre, membre de l’asso et présidente de Face Occitanie, soulignant le caractère « volontaire » de certaines entreprises. Les outils sont là, il n’y a plus qu’à.

    * Ouverts à tous, billetterie, infos sur lescreateursdemotionspositives.com.

  • Les syndicats de l’éducation exigent des moyens pour protéger le personnel

    Les syndicats de l’éducation exigent des moyens pour protéger le personnel

    Hasard du calendrier, la journée contre les violences faites aux femmes tombe le même jour que le Conseil social académique (CSA), au rectorat d’Aix-Marseille. L’occasion pour la CGT Éduc’action et le Snes-FSU de remettre le sujet des violences sexistes et sexuelles (VSS) sur la table. En marge des discussions, les syndicats se sont également mobilisés, floqués de violet, pour rappeler les enjeux du sujet et demander, surtout, plus de moyens pour prévenir les agressions sur les agents féminins. « En 2025, l’état des lieux c’est : les violences faites aux femmes existent, c’est un vrai sujet, qui a été occulté pendant longtemps, pointe Maria Ignacio, pour le Snes FSU. Ces violences sont de plusieurs ordres. Il y a les agissements dans certaines salles des profs, avec un vocabulaire et des formulations décomplexées, clairement sexistes que personne ne relève. À côté de ça, il y a des agressions. Depuis 2022, une cellule d’écoute est mise en place par le rectorat, nous avons soutenu sa création (…) mais écouter ne suffit pas, il faut qu’il y ai un suivi, de la protection. » Entre-temps, un contrat avec l’association Egae a également été signé l’année dernière, mais ne sera pas renouvelé cette année, faute de budget rapportent les syndicats. « On demande à ce que cette cellule ait des moyens spécifiques et qu’ensuite on travaille toutes les étapes de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, insiste Marion Chopinet, pour le Snes -FSU. Il faut des formations obligatoires dans tous les établissements (…) Actuellement, il n’y a aucune prise en charge du traitement des signalements. On écoute gentiment la victime, mais il n’arrive rien à l’agresseur désigné. » Plus de moyens financiers, humains sont réclamés. « On dénonce ces faits régulièrement, on interpelle le rectorat, il n’y a pas de réponse. Il y a un affichage de protection des personnels, dans la réalité des faits : pas d’action véritable », poursuit Françoise Julia de la CGT Éduc’action. Le rectorat, de son côté, précise déployer « des formations sur la prévention des VSS auprès de l’ensemble de ses personnels et a été la première à déployer un dispositif d’écoute et de traitement des VSS (…) lorsqu’une situation est signalée, elle est traitée immédiatement avec la plus grande attention par les services concernés ».