Pour Clara Fischer, la journée a commencé à 6h30. Depuis ce lundi, premier jour des vendanges, elle n’arrête pas. « Nos journées s’arrêtent quand il n’y a plus de travail », résume-t-elle simplement. Habituellement chargée des assemblages, elle alterne depuis le début de la semaine organisation de la cave, vinification et travail dans les vignes, en compagnie de la première équipe de vendangeurs arrivée sur le domaine du château Revelette. à ses côtés, son frère, Hugo, gère plutôt la partie vigne. « On s’aide mutuellement », précise Clara Fischer.
En 2023, frère et sœur ont également monté la « Family Fischer » négoce. « Pour contrer les aléas que l’on pourrait avoir, résume Peter Fischer, leur père. L’année dernière, on a perdu 75% de la récolte à cause du gel de printemps. On a décidé d’acheter du raisin pour temporiser un peu le volume », contextualise ce dernier. S’il tente de garder un œil positif sur le marché du vin, il ne cache pas son inquiétude pour les prochaines générations, le vin, « et le monde en général ». « On a un peu écarté l’export des états-Unis. On travaille beaucoup au Canada, c’est un peu en baisse aussi. Heureusement qu’on a de la demande en France », souligne Peter Fischer.
« C’est plus le dérèglement (climatique) qui fait peur. D’une année à l’autre, ça va être différent. Mais, comme avec mon frère on a connu que ça, on sait que c’est le jeu », estime de son côté Clara. D’ici quelques mois, ce sont Clara et Hugo qui reprendront la main du château Revelette, jusque là dirigé par Peter Fischer, arrivé en 1985.
Il est occupé, ce mercredi, troisième jour des vendanges, à gérer différents rendez-vous et à superviser la mise en bouteille, programmée depuis un an. Elle n’aurait pas du tomber en saison des vendanges, qui bat un record de précocité cette année, faute au dérèglement climatique. Alors ce jour, c’est double charge de travail au château Revelette. Le domaine appartenait autrefois au père de Sandra Fischer, épouse de Peter Fischer, chargée, elle, du volet administratif. « On a une petite équipe de saisonniers qui est là cette semaine pour les plants les plus précoces. Dimanche, le reste arrive. On va pouvoir attaquer sérieusement la semaine prochaine. En tout, ce sont 18 saisonniers qui viennent pour les vendanges, explique Peter Fischer. Une dizaine est dans les vignes, cinq qui arrivent le week-end et trois font des tâches diverses. On essaie de pas faire plus de six heures par jour, car ce sont des journées très physiques. L’équipe mange dans les vignes, descend ici en fin de journée pour prendre le café ensemble et on fait un jeu de boules, de fléchettes, les cartes… Ils restent un peu ici ». Les vendanges devraient être terminées d’ici fin septembre.
Quatorze cépages poussent sur le domaine, chacun mûrissant à son propre rythme. Trois vins y sont produits : principalement du rouge (50%), ainsi que du blanc et du rosé (25% chacun), dédiés en partie aux « belles tables de restauration » et aux « bons cavistes ».
Dans la cour du domaine ce matin-là, des caisses entières de raisin blanc sont rapatriées par tracteur. à quelques kilomètres de là, les saisonniers continuent de tailler le raisin blanc. Alors que 10h du matin sonnent, les travailleurs posent seaux et sécateurs au sol, direction le casse-croûte de la matinée. Dans le lot se trouvent des étudiants, retraités, reconvertis dans le vin ou simplement à la recherche de nouvelles expériences. « Globalement, on avance tranquillement, il y a une bonne ambiance », décrit Yona, 20 ans et étudiante en urbanisme, dont le père a longtemps travaillé dans les vignes. Cette semaine, c’est Jean-Régis Valour, ancien vigneron, qui chapeaute l’équipe. « On arrive encore à trouver des gens du coin, ou qui veulent faire des saisons. Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de prestataires qui se sont montés. On a de tous les âges, des anciens des nouveaux, et des jeunes, c’est mélangé ! (…) Là, on est sur la deuxième remorque, il faudrait qu’on en fasse quatre. »
Clara elle, fait partie des novices du job. « J’en ai souvent entendu parler, j’ai eu envie d’essayer. L’équipe est géniale, on rencontre des personnes et moi qui viens de Metz, ça me fait découvrir des choses », résume la jeune femme de 20 ans, qui travaille aux côtés de plus expérimentés. « En dix ans, le métier n’a pas tant changé que ça finalement », résume Théo, qui vendange depuis une décennie. « Tous ces profils ne se seraient peut-être pas rencontrés dans un autre contexte de vie, conclut finalement Clara. C’est ça aussi, qui est chouette. »
« On a de tous les âges, des anciens des nouveaux et des jeunes,
c’est mélangé ! »
