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  • Le plus grand rassemblement bouddhiste d’Europe est lancé à Marseille

    Le plus grand rassemblement bouddhiste d’Europe est lancé à Marseille

    « Aujourd’hui, dans une atmosphère sereine et joyeuse, toute l’assemblée s’est réunie avec ferveur pour célébrer la cérémonie d’ouverture du 37e séminaire d’enseignement du bouddhisme », scande le vénérable Thich Quang Dao, de la pagode Truc Lam, à Marseille (11e). Ce mercredi matin s’est tenue la cérémonie d’ouverture du 37e rassemblement annuel de la Congrégation bouddhique vietnamienne unifiée en Europe.

    Venus de tout le continent, fidèles et sages se rassemblent à Marseille pour partager, du 22 au 30 juillet, la philosophie bouddhiste. « Les vénérables ont la responsabilité de transmettre l’enseignement du bouddha, les laïques (les fidèles Ndlr) reçoivent l’enseignement du bouddha pour l’appliquer dans leur quotidien, dans la famille ou dans la société », explique Thich Nhu Dien, vice-président de la congrégation et vénérable de la pagode d’Évry.

    Devant la halle sportive du lycée professionnel de la Cadenelle (12e), transformée en pagode sacrée pour l’événement, les chaussures des 1 200 participants s’accumulent. à l’intérieur, en tenue traditionnelle, tous les sympathisants sont assis en tailleur sur de petits coussins marron. Face à eux, se tiennent les vénérables des différentes pagodes de la congrégation, assis dans une tribune. Entre discours, invocations et chants rituels, la cérémonie suit son cours.

    « Cela représente un an de préparation, de rencontres et d’études préalables, puis plus d’une semaine d’aménagement du campus », témoigne Romain Birot, directeur général du lycée. Les salles de classe ont notamment été reconfigurées en dortoir.

    Pour préserver la culture

    Les fidèles présents au séminaire sont majoritairement d’origine vietnamienne. Ces rassemblements « permettent aussi aux enfants vietnamiens nés en Europe de pratiquer la langue, la culture et la religion vietnamienne », remarque Lan Mayet Nguyen, organisatrice de l’événement. Au-delà des vertus spirituelles du rassemblement, c’est l’aspect culturel et l’importance que revêt l’événement pour la diaspora vietnamienne en Europe qui sont mis en avant. L’organisatrice ajoute : « Il y a 10 000 habitants vietnamiens à Marseille, dont 5 000 sont des pratiquants bouddhistes ». Selon Romain Birot, le choix de la Ville de Marseille s’ancre lui aussi dans cette logique, « au regard de la forte communauté vietnamienne dans le sud de la France ».

    Le reste de la semaine sera partagé entre méditations et échanges, permettant à chaque fidèle de s’enrichir spirituellement.
  • Tran To Nga, rescapée de l’agent orange témoigne

    Tran To Nga, rescapée de l’agent orange témoigne

    Quel meilleur témoignage qu’une rescapée de l’épandage de 80 millions de litres d’herbicides déversés, pendant la guerre du Vietnam par les États-Unis. Avec des enfants qui, pour la quatrième génération, continuent de lourdement pâtir de ce poison produit entre autres par les sociétés pétrochimiques américaines Monsanto-Bayer et Dow Chemical.

    Pour mémoire, la résistante vietnamienne a engagé un procès international contre ces firmes. Elle viendra notamment donner les dernières informations concernant son prochain rendez-vous au tribunal le 16 juin à Paris.

    Le comité varois de l’Association d’amitié franco vietnamienne (AAFV) expliquera son implication au bénéfice de ces enfants lourdement handicapés ou atteints de cancer. Notamment par l’achat, grâce au lancement d’une souscription, d’un troupeau de vaches destiné à un village du Sud, afin qu’ils aient accès à la viande fraîche et au lait. Mais aussi en essayant de créer plus de solidarité. Une école maternelle pour les enfants handicapés par la dioxine a également été construite ainsi qu’une de réserve d’eau potable.

    On sait maintenant combien ces poisons sont absorbés puis stockés dans les organismes et les conséquences sur le long terme et combien l’environnement est pollué par ces substances dangereuses. Un sinistre bilan sanitaire qui devrait conduire les politiques publiques à beaucoup plus de prudence.

  • [Entretien] Pierre Daum : « Travailler sur ce passé colonial indochinois est un devoir »

    [Entretien] Pierre Daum : « Travailler sur ce passé colonial indochinois est un devoir »

    La Marseillaise : Vous êtes spécialiste du passé colonial de la France. L’histoire de ces travailleurs indochinois exploités, est-elle exposée pour la première fois de manière aussi détaillée ?

    Pierre Daum : Oui. Pour ce deuxième ouvrage, Colonisés, déplacés, exploités, je suis allé beaucoup plus en profondeur sur le sujet. Mon premier ouvrage, Immigrés de force, publié en 2009, traitait l’histoire des 20 000 paysans vietnamiens recrutés de force en 1939, par la France. Envoyés par bateaux vers la métropole. Arrivés à Marseille et immédiatement conduits à la prison des Baumettes. Puis envoyés dans une quinzaine de départements.

    Pour ce premier ouvrage, qui a révélé cette page cachée du passé colonial de la France, j’avais recueilli les témoignages des derniers travailleurs indochinois encore en vie, et travaillé avec les archives départementales. À ce moment-là, les archives de la Direction des travailleurs indochinois (DTI) aux Archives nationales de la France d’Outre-mer (ANOM) étaient considérées comme disparues.

    Quinze ans plus tard, il s’est passé une chose extraordinaire. J’ai reçu un mail de Jacques Dion, le responsable des archives de l’Indochine aux ANOM, qui me disait : « Cher Pierre, j’ai retrouvé les archives de la DTI. » Aujourd’hui, le fonds de la DTI, c’est 280 cartons d’archives. Un trésor d’histoire coloniale.

    C’est de là que viennent les photos d’archives ?

    P.D. : Pas seulement. Ce qui a aussi donné naissance à mon nouveau livre, c’est la rencontre avec un certain Michel Lecat. Quand son grand-père Robert Bondier, photographe à Bergerac, est décédé, Michel a retrouvé 150 000 photos dans sa cave, dont un millier qui concerne les Indochinois de Bergerac. Entre 1940 et 1948, 4 000 travailleurs indochinois de la Seconde Guerre mondiale sont passés par la poudrerie et le camp d’internement de Bergerac.

    C’est là où je réponds très directement à votre première question : grâce à la découverte des archives de la DTI et la découverte des photos de Robert Bondier, mon second ouvrage est beaucoup plus précis, beaucoup plus approfondi que le précédent. Il concerne spécifiquement les 4 000 travailleurs indochinois passés par la Dordogne.

    En quoi est-ce important d’en reparler aujourd’hui ?

    P.D. : Je précise tout de suite que je n’ai aucun lien familial avec le Vietnam. En revanche, je suis intimement convaincu que la société française de 2026 est en grande souffrance de son passé colonial. De très nombreux travaux existent, sur les horreurs et les crimes commis par les différents gouvernements français successifs, au nom de la France. Mais depuis la fin de la colonisation, nos gouvernants contemporains n’ont jamais officiellement reconnu ces crimes, ni pris de décision pour mettre la diffusion de l’histoire coloniale au centre de leur politique. L’argent public n’a jamais été suffisamment donné à la production cinématographique, à la production éditoriale, à la diffusion de la connaissance du passé colonial. Aujourd’hui, le racisme qui gangrène la société française tire ses racines dans les crimes coloniaux, et ce passé colonial. Travailler sur ce passé colonial est un devoir pour la santé de la société française. Et c’est aussi pour les familles de ces 20 000 hommes. Depuis 20 ans, je rencontre sans cesse des enfants ou des petits-enfants de travailleurs indochinois qui veulent connaître l’histoire de leur père ou de leur grand-père. Beaucoup sont venus me voir pour me dire : « J’ai découvert l’histoire de mon père dans votre livre. »

    Qu’allez-vous présenter lors de cette conférence ?

    P.D. : Je ne raconte pas mon livre. Je raconte tout mon travail d’historien que je mène depuis 20 ans pour exhumer cette page du passé colonial qui a été enfouie depuis 80 ans. La conférence s’accompagne de la projection de très nombreuses photos d’archives. En effet, une conférence comme celle-là fait partie de ce travail de diffusion de la connaissance sur le passé colonial.

    Salle des Rotatives de La Marseillaise 18h30.