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  • Inceste : une commission dénonce des « défaillances »

    Inceste : une commission dénonce des « défaillances »

    « L’inceste est un crime de masse, qu’on ne peut traiter comme un fait divers ou une série de crimes isolés. C’est un phénomène de société qui appelle une politique publique à part entière, à 360 degrés », a expliqué à l’AFP son rapporteur, le député PS Christian Baptiste.

    Dans son rapport, officiellement publié jeudi matin, la commission rappelle que 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles, soit un enfant victime de viol ou d’agression sexuelle « toutes les trois minutes ». Dans 81% des cas, l’agresseur appartient à la famille. Plus de 20 000 victimes mineures de violences sexuelles intrafamiliales ont été enregistrées en 2025 par les forces de l’ordre (+170% par rapport à 2016).

    Experts judiciaires critiqués

    Cet état des lieux s’inscrit dans le contexte d’une importante mobilisation associative, depuis un an et demi, pour une « loi intégrale » contre les violences sexuelles. Une proposition de loi a été déposée, fin 2025, par la députée socialiste Céline Thiebault-Martinez, texte dont le gouvernement s’est engagé à reprendre certaines mesures à l’automne, en réponse à l’émotion suscitée par le viol et la mort de la collégienne Lyhanna et par les multiples affaires dans le périscolaire.

    Le rapport pointe « des défaillances à chaque maillon de la chaîne pénale », « de l’enquête au jugement ». Face à « l’explosion des plaintes », les moyens humains sont « largement insuffisants », avec seulement 2 000 enquêteurs spécialisés, et les professionnels – forces de l’ordre, experts, magistrats – insuffisamment formés, décrit-il. Conséquence : des procédures longues, des enquêtes « au point mort » et un faible nombre de condamnations (380 pour viols incestueux en 2024).

    Les auditions des enfants sont parfois mal conduites et ont lieu plusieurs mois après la plainte, leur parole est « trop souvent mise en doute », critique la commission. Les enquêtes sont « limitées voire indigentes dans de trop nombreux dossiers ».

    Le rapport se montre particulièrement sévère envers les expertises judiciaires : les experts psychologues et psychiatres sont trop peu nombreux, pas toujours spécialisés. Certains ont encore recours à des « concepts pourtant bannis par la communauté scientifique, comme le syndrome d’aliénation parentale », et prennent « parti pour le parent mis en cause, parfois sans avoir même rencontré l’enfant ou le parent mis en cause », note la présidente de la commission Maud Petit (Modem).

    Concernant les « parents protecteurs », souvent des mères, la commission décrit un « mécanisme récurrent » : lorsqu’un enfant révèle un inceste, la mère qui cherche à le protéger en ne le confiant pas au père est souvent accusée de manipuler son enfant. Poursuivies pour « non-représentation d’enfant », « traitées comme des délinquantes », les mères en perdent la garde, l’enfant est parfois confié au père ou à l’Aide sociale à l’enfance, où il est exposé à des violences sexuelles, explique Christian Baptiste.

    Parmi ses préconisations, la commission recommande de « dépénaliser la non-représentation d’enfant » en cas de suspicion de violences sexuelles et de « prendre obligatoirement en considération le refus de l’enfant de voir son parent ». Elle souhaite une « ordonnance de protection de l’enfant » permettant sa mise en sécurité dès les révélations et « l’obligation de mener les principaux actes d’enquête dans un délai de trois mois » après la plainte. « Il faut mettre l’enfant en sécurité sans attendre l’issue du procès », insiste le rapporteur.

    Alors que beaucoup de procédures n’aboutissent pas faute de preuve matérielle, le rapport suggère de considérer les « troubles psychotraumatiques comme une preuve médico-légale ». Il préconise le recours à l’imagerie cérébrale pour « mettre au jour les traces physiques des traumatismes subis ». La commission se prononce pour « l’imprescriptibilité des crimes, notamment incestueux, sur mineur ».

  • Les victimes de l’incendie de l’Estaque déterminées

    Les victimes de l’incendie de l’Estaque déterminées

    « Un an déjà que l’incendie du 8 juillet 2025 a ravagé nos vies, nos foyers, notre quartier et nos repères. Un an que des dizaines de familles se battent. » Les habitants des hauts de l’Estaque sont venus en nombre assister ce mercredi 8 juillet au point presse organisé par l’association des victimes de l’incendie. Avec émotion et colère, sa présidente, Mathilde Favier, dénonce « le manque de suivi et de prise au sérieux de la détresse des sinistrés par les autorités compétentes. » Une situation « intenable, humainement, psychologiquement, financièrement. »

    Et de revenir sur « ce qui s’est passé ce jour-là. » Pour avoir des réponses, l’association a demandé à la préfecture, par le biais de son avocate dès le 7 septembre, de lui remettre l’ensemble des documents concernant les opérations de secours. Sans succès, malgré l’« avis favorable de la Commission d’accès aux documents administratifs en février 2026 » rappelle Mathilde Favier. Le tribunal administratif a été saisi.

    La Ville en soutien

    Une centaine de plaintes ont été déposées, « on ne sait pas ce qu’elles sont devenues », affirme-t-elle. L’association réclame la mise en place d’un comité local d’aide aux victimes (CLAV) et dit avoir rencontré la Ville.

    Autre point noir, l’attitude des assurances. Un « système opaque » selon la présidente de l’association, au point que des expertises doivent encore avoir lieu pour certains en août. Elle demande la prolongation des relogements quand plus des trois quarts des sinistrés n’ont pu entamer de reconstruction de leurs maisons, assure-t-elle.

    Contactée, la préfecture n’a pu nous répondre. De son côté, la Ville, « aux côtés des sinistrés », confirme la tenue d’une réunion le 30 juin, avec Samia Ghali, maire adjointe (DVG) et Jean-Marc Coppola, maire PCF des 15-16, qui « a permis de faire le point sur les dossiers encore en souffrance. » Sur le CLAV, les deux élus ont rappelé qu’ils avaient écrit, comme le maire, au préfet pour qu’il le mette en place. Pour la Ville, « cette instance est la plus adaptée » mais si « l’État n’exerce pas pleinement et rapidement ses responsabilités, le maire de Marseille convoquera, en septembre, une réunion à l’Hôtel de Ville » avec l’ensemble des acteurs.

  • [Incendies] Christian témoigne de ses difficultés à (se) reconstruire

    [Incendies] Christian témoigne de ses difficultés à (se) reconstruire

    Tout en haut de la montée Pichou, une vue à couper le souffle sur la mer… Et des collines toujours noircies après le passage des flammes, voilà un an déjà. C’est là qu’habite Christian Apercé. De sa petite maison de 50 mètres carrés au sol il ne restait rien que quatre murs noircis. « On a évacué avec ma femme et nos petits-enfants. Je suis toujours perturbé, en colère, parce que j’estime que ma maison n’aurait pas dû brûler », nous confie-t-il ému.

    S’il a eu « la chance » de pouvoir être logé par sa famille puis de trouver un appartement meublé en location au Rove, il aura passé l’année à se battre avec les assurances. « C’est un véhicule qui a brûlé qui a provoqué l’incendie, on a notre assurance en première ligne, qui rembourse en principe les frais de la maison, mais pas tout », explique-t-il. Et pour ce qu’elle ne prend pas en charge, c’est avec celle de « la voiture, la Métropole, la commune des Pennes Mirabeau, du conseil départemental » qu’il faut traiter. Malgré six réunions, le chiffrage des dégâts est repoussé « en novembre, puis décembre, janvier, février » poursuit-il, « et là, je l’ai eu dernièrement au mois de juin. » Problème : il n’est pas d’accord. Pour lui il manque 50 000 euros…

    Des normes drastiques

    Car sa maison, située en zone rouge, nécessite des mises aux normes drastiques. « Certains postes n’ont pas été pris en compte pour la reconstruction », précise Christian, comme l’installation d’un écran entre les tuiles et la charpente pour éviter l’embrasement ou des volets capables de résister une demi-heure au feu.

    Membre de l’association des victimes de l’incendie qui rassemble selon lui 200 personnes, il attend toujours le compte rendu de l’intervention des pompiers pour savoir ce qui s’est passé ce 8 juillet 2025, estimant que les réponses de la préfecture ne sont « pas très claires. » « Pourquoi les pompiers ont mis tant de temps à venir ? Pourquoi on n’a pas eu les canadairs ? Pourquoi nous a-t-on confinés ? Une voisine a cru mourir dans sa cave ! », déroule-t-il dans un souffle. Il raconte les gens qui ont éteint avec des seaux plongés dans la piscine, cette voisine qui a été brûlée par le nuage de cendres chaudes… « Et pendant qu’on cramait, Monsieur le préfet félicitait ses troupes », s’indigne-t-il.

    Durant 20 ans, il a sensibilisé sur les risques incendie avec son association environnementale. « On a mis des citernes dans la colline autour, elles n’ont pas servi. Tout ça pour ce résultat catastrophique… », se désole-t-il. Ce qui le fait tenir, c’est la solidarité. « On sent qu’il y a des liens très forts, des copains que je n’avais pas vus depuis longtemps m’ont recontacté », raconte-t-il. Malgré les incendies qui ont de nouveau démarré cette année, il n’a « pas peur ». Et pense réintégrer ses pénates en début d’année prochaine, « si ça se passe bien… ».

  • À l’Estaque, un an après, le feu pose question

    À l’Estaque, un an après, le feu pose question

    Des flammes hautes de plusieurs mètres, poussées par le vent, avec des sautes de feu de 300 mètres, atteignant au plus fort de son activité les 1 200 mètres par minute… De l’enfer de l’incendie du 8 juillet 2025, les sinistrés de l’Estaque n’ont rien oublié, encore traumatisés. Parti d’une voiture en feu aux Pennes-Mirabeau en fin de matinée depuis le tunnel des 4 vents, sur l’A55, l’incendie avait atteint rapidement le Jas de Rhode, nourri par les déchets du centre de tri de la métropole, avant d’accélérer, encore, jusqu’au nord de Marseille, s’attaquant aux collines du Verduron. En centre-ville, une ambiance fin du monde. Un panache de fumée jaunâtre, avec des quantités de particules fines « 10 fois supérieures au seuil journalier réglementaire », analysait alors AtmoSud, association de surveillance de qualité de l’air, avait obscurci le Vieux-Port, recouvrant la ville de cendres.

    Bilan malgré la mobilisation de 875 sapeurs et marins-pompiers : 750 hectares ravagés, 91 maisons touchées. Et tout de suite, lors des premières réunions avec les autorités, une polémique majeure sur la lenteur d’intervention des secours et l’absence de moyens aériens immédiats. S’ils soulignaient la réaction rapide de la Ville avec la mise à disposition du centre social pour l’accueil, les dons et des permanences pour les accompagner dans leurs démarches, les habitants des Hauts de l’Estaque pointent la responsabilité du préfet d’alors, Georges-François Leclerc qui a pris la main sur les opérations et transféré le commandement des sapeurs-pompiers, en charge du départ du feu aux Pennes-Mirabeau, aux marins-pompiers de Marseille, compétents sur le territoire de la deuxième ville de France, au milieu de l’après-midi. Dans la foulée, un collectif est créé.

    Après le feu, la pluie

    et les coulées de boue

    Le très long communiqué du préfet qui tente de se justifier ne convainc pas. Nombre de sinistrés reprennent les propos de Grégory Allione, ex-patron du Sdis 13 (Service départemental d’incendie et de secours) jusqu’en janvier 2023, aujourd’hui député européen macroniste, qui s’insurge contre une décision purement « administrative » des opérations de secours prise par la Direction générale de la sécurité civile à Paris, pour l’envoi des canadairs. « Quand vous êtes dirigés par des gens qui n’ont jamais commandé un feu c’est une difficulté opérationnelle, ce type de décision m’exaspère », dénonce-t-il à qui veut l’entendre.

    Plaintes contre X

    « Pour avoir des réponses »

    Deux mois plus tard, les sinistrés allaient subir la double peine. À l’incendie dévastateur, succèdent des coulées de boues lors des premiers épisodes cévenols de la fin septembre. Le mur de la gare de l’Estaque, une dizaine de mètres de haut, explosé par les flots, les rails emportés. Chemin de la Nerthe, chemin du Marinier, d’énormes bouts de bitumes dévalent la route. Là encore la solidarité joue à plein.

    Au fil des mois, la galère se poursuit avec les assurances qui font traîner. Si le directeur de « France assureurs » a assuré dans nos colonnes au lendemain du feu que des correspondants en région étaient missionnés pour faciliter les choses, les experts tardent à passer et les litiges se multiplient retardant d’autant la reconstruction. Le conseil municipal a voté une aide exceptionnelle d’un million d’euros, la métropole de 500 000 euros pour éviter de faire l’avance des frais.

    Du collectif émane mi-décembre une association des victimes de l’incendie de l’Estaque, les plaintes contre X « pour avoir des réponses »
    commencent à tomber. Aujourd’hui, elles seraient une centaine. Le mode de commandement n’a pas évolué et Georges-François Leclerc est devenu préfet d’Île-de-France. Promis en février, le comité local d’aide aux victimes n’a pas eu lieu assure un sinistré quand pour l’actuel préfet Jacques Witkowski, cette aide relève du ministère de la Justice…

  • Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Quatre autres suspects ont été interpellés, ce mardi 30 juin, dans l’enquête sur l’assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, 20 ans, dont le frère Amine est une figure de la lutte contre le narcotrafic, ont indiqué, mercredi, une source policière et une autre source proche du dossier, confirmant une information du Parisien.

    Fin mars, six personnes, cinq hommes et une femme, avaient déjà été mises en examen dans l’enquête sur la mort du jeune homme de 20 ans, totalement étranger au trafic et inconnu de la police comme de la justice, tué de plusieurs balles, en plein après-midi à Marseille, le 13 novembre 2025.

    Trois des suspects sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la logistique, en ayant participé à l’organisation ou aux actes commis après les faits, selon la source proche.

    Le quatrième, d’après la même source, aurait été engagé comme tireur pour une opération la veille, qui n’a finalement pas eu lieu. Ce dernier est présenté comme un exécutant de la DZ Mafia, précise Le Parisien.

    L’assassinat de Mehdi Kessaci avait provoqué une onde de choc, le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, évoquant d’emblée un meurtre « d’avertissement ». S’en était suivie une vaste marche blanche d’hommage au jeune homme, à Marseille et un peu partout en France, à l’appel de l’association Conscience, fondée par Amine Kessaci, pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic.

    Une exécution menée

    par la DZ Mafia ?

    Les enquêteurs de la police judiciaire et de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), qui voient dans ce meurtre la main de la DZ Mafia, gang marseillais de narcotrafiquants, sont parvenus à déterminer que les tueurs s’étaient « trompés de cible » et qu’ils visaient Amine Kessaci.

    Militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, Amine Kessaci (EELV) est devenu depuis 4e adjoint au maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), à l’issue des élections municipales fin mars.

    L’information judiciaire sur la mort de Mehdi Kessaci a été confiée à des juges d’instruction parisiens et suivie par le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

    Le narcobanditisme a coûté la vie à 17 personnes en 2025 à Marseille, selon les autorités, un chiffre en baisse par rapport aux précédentes années (24 morts en 2024 après le record de 2023 avec 49 morts liés à une guerre des gangs pour le contrôle des points de deal dans les Bouches-du-Rhône).

    Pour Amine Kessaci, le combat continue. « Je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays, on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays », indiquait le jeune élu dans nos colonnes, fin mai. Favorable aux prisons de sécurité mises en place par Gérald Darmanin, ministre de la Justice, il s’est aussi engagé à travailler en profondeur sur la prévention avec la Ville, et également à apporter un soutien aux familles de victimes, dans le cadre d’un comité inter-bailleurs, en tant que président de Marseille Habitat, pour les reloger.

    « Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir », estimait Amine Kessaci, bien décidé à agir pour y parvenir.

  • Le diocèse de Marseille installe une plaque pour les victimes de violences sexuelles

    Le diocèse de Marseille installe une plaque pour les victimes de violences sexuelles

    « L’Eglise reconnaît leur souffrance. Elle leur demande pardon pour les violences subies et s’engage à ne pas oublier, à faire la vérité et promouvoir la justice », y est-il écrit. En septembre, le cardinal réfutait toute « complaisance » sur ces questions après la publication d’une enquête par Paris Match et promettait de poursuivre ses efforts.

  • [Quoi de neuf] « Le parcours judiciaire, c’est le parcours du combattant »

    [Quoi de neuf] « Le parcours judiciaire, c’est le parcours du combattant »

    Oriane Castan : France Victimes 34 est une association d’information et d’aide aux personnes victimes. Dans quel domaine se situent ces personnes victimes et comment se traduisent ces deux pôles, informer et accompagner ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : L’information est destinée au grand public mais aussi à tous les professionnels avec qui nous travaillons et qui ne sont pas forcément du milieu judiciaire. Nous travaillons bien évidemment de façon très étroite avec les représentants du Parquet, les avocats, tous les services qui interviennent dans le cadre des procédures judiciaires mais aussi les hôpitaux, les autres associations et avec tous ceux qui peuvent nous aider à être en bonne connaissance des difficultés que rencontrent les victimes.

    Olivier Nottale : Des psychologues aussi ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Oui, des psychologues, des travailleurs sociaux. C’est toujours très compliqué de parler d’une association qui intervient dans des procédures judiciaires, des parcours judiciaires. J’utilise un langage qui n’est pas toujours compris du grand public. Je discutais récemment avec quelqu’un et on parlait des classements sans suite. Moi je sais précisément de quoi il retourne mais dans le grand public, à moins d’avoir été soi-même concerné, on ne connaît pas les définitions.

    Oriane Castan : Pour bien comprendre, concrètement, c’est quoi le parcours « type » d’une personne victime ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Vous êtes, Madame, Monsieur, victime d’un vol de carte bleue, d’une agression ou d’insultes dans les transports, de harcèlement sur la voie publique ou, plus grave, d’une atteinte à la personne. En principe, on intervient à partir de la plainte et le temps de la procédure judiciaire.

    Oriane Castan : Votre accompagnement se fait de manière automatique ou la personne doit en faire la demande ?

    Roselyne Leplant-Duplouy :

    On ne travaille jamais sans que la personne victime nous donne son accord, évidemment. Il nous arrive d’aller au devant, d’être proactifs. Les services de police et de gendarmerie ont tout un protocole qui induit une orientation vers France Victimes pour toutes les plaintes, quelle qu’en soit la nature. Dans ce cas de figure là, quand on a la saisine, c’est-à-dire le signalement par les services de police, de gendarmerie, voire les juges d’instruction, on contacte la personne victime et on lui propose nos services. Il n’y a pas de contraintes. La justice ne contraint pas à être accompagné par France Victimes. Il faut vraiment qu’il y ait une adhésion. Cela ne pose aucun problème dans 90% des cas.

    Olivier Nottale : La personne est rassurée de trouver une oreille attentive ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Oui, une oreille attentive et des professionnels qui vont lui expliquer quel va être son parcours. Car le parcours judiciaire, c’est le parcours du combattant.

    Oriane Castan : Comment
    ce parcours se traduit-il
     ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : La plupart des associations du réseau national de France Victimes – nous sommes 130 associations sur le territoire, en métropole et outremer – nous avons des juristes formés en droit pénal et des psychologues formés en victimologie. C’est l’équipe de base. Après, il y a le volet social dont on s’occupe avec notre partenaire, le Département [de l’Hérault] qui depuis de nombreuses a engagé des fonds pour mettre à disposition des commissariats et des gendarmeries des assistants du service social. Ils sont spécifiquement là pour compléter notre travail.

    Oriane Castan : Si vous n’intervenez pas pour accompagner ces personnes victimes qui le fait ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Personne. Les avocats font leur travail. Après on a tout un réseau d’associations partenaires et de services qui nous connaissent. On peut venir taper à notre porte quelle que soit l’étape du parcours judiciaire.

    Olivier Nottale : Les personnes victimes se trouvent confronter à un mur, celui de la justice…

    Roselyne Leplant-Duplouy : Oui, vous avez complètement raison. On n’est pas là pour minimiser la nature de l’infraction. Un vol de carte bleue, par exemple, je vais savoir quoi faire. Mais un vol de carte bleue chez une personne qui est fragilisée sur le plan social, psychologique ou voire en situation de handicap ou âgée, peut représenter un traumatisme. Tout le monde peut être victime à un moment de sa vie, potentiellement.

    Olivier Nottale : Il y a la question du temps de la justice, des moyens mis à disposition…

    Roselyne Leplant-Duplouy : La France a un des dispositifs sociaux, dans son ensemble, qui ne ressemble à aucun autre pays en Europe. On a des choses très structurées depuis des lustres qui ont besoin d’être mises au goût du jour. On a un système judiciaire très structuré et, en même temps, ces rouages font que, lorsque l’on fait remonter, cela prend du temps.

    Les choses sont faîtes très sérieusement en matière judiciaire, je le dis haut et fort parce qu’il y a des discours en ce moment. Il faut avoir les moyens et se focaliser sur ce que l’on peut améliorer.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les combattants précaires aidés

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les combattants précaires aidés

    « Mieux repérer et accompagner les anciens combattants en situation de grande précarité » : tel est l’objectif de la convention signée, mardi, entre la préfète, l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG) et la Protection civile. Cette convention crée un dispositif de détection et d’orientation pour repérer les situations de précarité et de détresse chez les anciens combattants. C’est « une première nationale », selon la préfecture.

    « Les bénévoles de la Protection civile, présents sur le terrain lors des maraudes, pourront repérer et signaler à l’ONaCVG toute personne susceptible d’être ressortissante de l’Office afin qu’elle soit identifiée, contactée et accompagnée dans ses démarches », explique la préfecture. De son côté, l’ONaCVG pourra alerter la Protection civile de la situation d’un ressortissant sans abri afin qu’une maraude soit organisée.

    « Ce que le service public doit être »

    « En associant l’ONaCVG et la Protection civile autour des anciens combattants les plus précaires, nous créons une chaîne de vigilance. La reconnaissance de la Nation se voit traduite en actes, en présence et en humanité concrète. C’est ce que le service public doit toujours être : discret, patient, obstinément tourné vers les autres », avance la préfecture.

    Le département compte près de 5 000 ressortissants de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre : combattants de toutes générations du feu, blessés, invalides, harkis, veuves, orphelins ou encore victimes d’actes de terrorisme. « Derrière chaque dossier, il y a une vie, derrière chaque demande, il y a une dignité à préserver », souligne la préfecture.

    La préfète Isabelle Tomatis, la directrice générale de l’ONaCVG Marie-Christine Verdier-Jouclas et le président de la Protection civile 04 Samuel Juestz d’Ynglemare ont signé la convention à l’occasion du conseil départemental des anciens combattants, mardi.

  • Une Marche des fiertés à Toulon pour dire non aux discriminations

    Une Marche des fiertés à Toulon pour dire non aux discriminations

    C’est demain sur le pavé toulonnais que la nouvelle édition de la Marche des fiertés est attendue. Le principe est simple : rendre visibles celles et ceux qui ont longtemps été contraints au silence à cause de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, victimes de rejets et de violences ou de stigmatisations sociales.

    Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il reste encore du boulot, d’autant plus dans la Var, où l’extrême droite exerce de plus en plus son emprise sur les consciences. Rappelons que la députée RN Laure Lavalette avait dénoncé la programmation du Théâtre Liberté sur la thématique du genre avec ce type de propos : « Non, nous ne sommes pas tous concernés par ces théories nauséabondes… propagande LGBTQI avec l’argent du contribuable. »

    Raison de plus pour venir se mobiliser dans l’espace public et dire non à toutes les discriminations qui demeurent encore hélas une réalité dans de nombreux domaines.

    Festive et revendicative

    Et toutes les avancées obtenues ont été arrachées comme toujours par la lutte et la mobilisation. La Marche des fiertés s’inscrit dans cette tradition de lutte collective.

    L’occasion aussi d’alerter sur les violences homophobes et transphobes qui continuent.

    Une Marche des fiertés revendicative donc qui n’en oublie pas pour autant la dimension festive. La joie, la créativité et l’expression collective devenant alors aussi des moyens de résistance aux passions tristes exacerbées par les réactionnaires de tout crin.

    Rendez-vous donc ce samedi 13 juin dès 13h sur la place d’Armes.

    Pour ce qui est du programme, la journée sera marquée par plusieurs temps forts politiques et associatifs. Ainsi de 14h45 à 15h15, les associations prendront la parole afin de rappeler les réalités vécues par les personnes LGBTQIA+, les combats encore nécessaires et l’importance d’une mobilisation collective face aux discriminations.

    À noter également parmi les prises de paroles annoncées, la présence du premier adjoint à la mairie de Toulon, Julien Orlandini, ainsi que de Patrice Cazaux, adjoint à la Citoyenneté. Un signe fort envoyé par la municipalité à toutes les minorités.

    Vers 17h15, le cortège aura rejoint l’avenue de la République où un discours militant sera prononcé par le Collectif Fiertés Toulon et l’association Trans-mission Var. Afin de rappeler que « la République doit protéger tous ses enfants, quelles que soient leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou leur expression de genre ».

    Chacun devant prendre sa part dans la construction d’une société réellement égalitaire.

    La journée se terminera par la fête de 19h30 à 00h avec DJ Set sur la place de l’Equerre.

  • Casser la vérité

    Casser la vérité

    Dans le théâtre trouble des réputations publiques, il est des visages que l’on refuse d’assombrir.

    Certaines figures semblent protégées par une sorte d’immunité morale : l’abbé dont l’hiver 54 refroidissait les colères mêmes des anticléricaux, ce comédien populaire à l’appétit d’ogre, le chanteur familier des souvenirs fiévreux d’adolescentes et de la réalité brumeuse de quinquagénaires.

    Comme si la mémoire affective constituait une cuirasse contre le soupçon.

    Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la sidération lorsque surgissent des accusations visant ces figures, mais le réflexe quasi immédiat de déni. Le cerveau social se cabre : « Lui ? impossible. »

    L’argumentaire suit, mécanique, presque rassurant dans sa répétition. Il aurait « trop de succès », « trop d’argent », « trop de charme » pour avoir besoin de commettre l’irréparable. Comme si la violence sexuelle relevait d’un manque à combler, et non d’un rapport de pouvoir.

    Les victimes en deviennent des prédatrices. « Elles n’en veulent qu’à son fric. Après tout ce temps vous pensez bien… »

    Ce raisonnement en dit moins sur les faits eux-mêmes que sur notre besoin de préserver certaines icônes. On ne juge pas seulement des actes supposés, on protège une image, celle d’une époque, d’une jeunesse, d’un attachement intime. Et ceux qui s’y accrochent deviennent parfois les gardiens d’un récit plus que les défenseurs d’une vérité.

    Le contraste est d’autant plus saisissant lorsque l’accusé n’a ni visage connu ni capital symbolique. Là, la présomption d’innocence s’effrite plus vite, remplacée par une suspicion immédiate, parfois brutale. Deux poids, deux mesures : indulgence pour les figures familières, sévérité pour les anonymes. Selon que l’on soit riche ou puissant, Selon que l’on soit célèbre ou inconnu, le tribunal populaire lui-même fait preuve iniquité.

    Cette dissonance révèle une faille profonde : nous ne réagissons pas seulement aux faits, mais à ce qu’ils menacent en nous, souvenirs, appartenances, mythologies personnelles.

    Et tant que cette mécanique restera invisible, elle continuera d’influencer notre manière de croire, de douter… ou de refuser de voir.