C’était un pari insensé, mais Nadine et Franck Renouard l’ont fait ! Tout a commencé en 2000, lors d’un repas entre amis, un soir, en Petite Camargue : « On avait un peu fêté Bacchus et on s’est dit : tiens on va faire du vin. C’est parti comme ça… », se souvient Franck Renouard.
Passionné de vin et d’écologie, ce couple de chirurgiens-dentistes qui vit alors à Paris décide de franchir le pas et de créer un vignoble de toutes pièces. « Quand on est arrivés, il n’y avait rien, que quelques vieilles vignes qu’on a récupérées. On a tout construit de zéro. C’était un projet complètement fou, inconscient, qui a été très dur pendant 10 ans », confie Franck Renouard. Mais ça en valait la peine ! 26 ans plus tard, le domaine Scamandre, situé à Vauvert, n’a plus rien à prouver : ses vins, dont l’élaboration repose sur une alliance subtile entre tradition et rigueur scientifique, comptent parmi les meilleures références de la Vallée du Rhône.
Conduit en agriculture biologique, le domaine s’étend sur 30 ha dont 10 ha de vignes, qui comptent 18 cépages différents. Les rendements sont volontairement maîtrisés, les vendanges réalisées exclusivement à la main et les vinifications se font en barrique. Mais ce qui fait surtout la singularité du domaine de Scamandre, c’est le choix qui y a été fait, très tôt, de planter des arbres, notamment au milieu et en bordure des vignes. Le domaine fait ainsi partie des quelques pionniers qui se sont lancés dans l’agroforesterie il y a environ 20 ans.
« On s’était associés, dès nos débuts, avec un œnologue de Bordeaux, Stéphane Beuret. Quand je lui demandais de me parler des grands vins, à chaque fois on revenait sur la biologie, le sol. On s’est donc posé très vite la question : comment faire pour que le sol soit le plus équilibré possible ? », relate Franck Renouard.
La rencontre avec la Scop gardoise Agroof, spécialiste de l’agroforesterie, va déterminer le choix de la vitiforesterie (agroforesterie viticole). Outre une forêt d’un hectare de chênes plantée quelques années plus tôt, « on a commencé en 2010 à planter des arbres dans les vignes et en bordure, pour faire des haies. Avec l’expertise d’Agroof, on a développé l’agroforesterie dans une perspective de biodiversité et d’amélioration du sol. Si vous voulez que votre sol retienne l’eau, il faut de l’humus. Or les arbres sont de grosses sources d’humus par leurs racines et par leurs feuilles », détaille le vigneron. Aujourd’hui, le domaine compte 2 500 arbres. « Au début, on était un peu romantiques, on a mis des fruitiers dans les vignes, qui sont quasiment tous morts… Désormais on a restreint notre palette : on plante plutôt des chênes, des oliviers, des essences locales endémiques qui s’adaptent plus facilement. »
Concernant le potentiel protecteur des arbres contre le dérèglement climatique, « il faut être très prudent », insiste ce scientifique de formation. « Il faudrait pouvoir comparer, avec deux parcelles identiques, une avec des arbres et l’autre sans. Toutefois, j’ai la sensation que ça sert à quelque chose. Par exemple, les haies protègent des vents. Car un des gros problèmes du dérèglement climatique, ce sont les vents chauds, qui brûlent les plantes. Par ailleurs, les arbres transpirent, donc apportent une petite humidité (2% de plus autour d’un arbre). Sans oublier que grâce à leurs racines, ils vont pomper de l’eau qu’ils font remonter, et je pense que c’est un bienfait pour la vigne qui est autour. »
L’agroforesterie présente également un indéniable intérêt pour la biodiversité. « J’ai identifié 39 espèces d’oiseaux différentes sur le domaine ! Il y a aussi les lézards, les serpents. Un peu les insectes, mais on est une goutte d’eau car on est entouré de beaucoup de fruitiers qui traitent tout le temps », poursuit Franck Renouard, qui mentionne également « l’aspect esthétique » de ces paysages rompant avec la monotonie de la monoculture de la vigne.
En décembre, Franck et Nadine Renouard planteront « 200 nouveaux arbres dans une parcelle de très vieux carignan. Et je vais refaire des haies qui vont protéger des parcelles du mistral ». Pour lui, ce choix est une évidence. « La question c’est : est-ce qu’aujourd’hui on peut encore faire de l’agriculture, de la viticulture avec 20 ha sans un arbre ? Si vous n’avez pas d’humus, le sol ne retient pas l’eau. Si je retournais 20 ans en arrière, je replanterais beaucoup plus vite des arbres », assure-t-il.

![[Quoi de neuf] « Nous espérons créer une émulation autour du jazz »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/06/52c3889f0cf40d52a12ee8470e089c1d.jpg)




![[Entretien] Marion Mazauric : « Ne laissons pas passer le moindre acte de censure »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/05/d7acd4a1ec40e516f8d3aa7ec9fde730.jpg)


