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  • [Patrimoine] La citadelle de Sisteron, un témoin de l’histoire

    [Patrimoine] La citadelle de Sisteron, un témoin de l’histoire

    Libération de résistants emprisonnés, bombardements de Sisteron, travail forcé de prisonniers politiques… La citadelle de Sisteron témoigne de nombreuses pages de l’histoire de France, et en particulier celle de la Seconde guerre mondiale. Des résistants y avaient été emprisonnés par des Allemands, qui avaient investi la citadelle pendant la guerre. « Leurs collègues ont usé d’un stratagème à la manière d’un cheval de Troie. Ils se sont déguisés en gendarmes, et ils ont fait comme s’ils amenaient un prisonnier à la citadelle. Les Allemands leur ont ouvert grand les portes. D’autres résistants cachés dans les environs sont alors rentrés et ont délivré leurs amis », raconte Sylvie Normand, guide de pays depuis 23 ans. Quelques jours après, le 15 août 1944, la citadelle était accidentellement bombardée par les Alliés, en majeure partie détruite, au moment du débarquement de Provence. Leur objectif était de bombarder les ponts afin que les Allemands ne puissent pas s’enfuir. En larguant par erreur plusieurs bombes sur la ville et ses habitations, ils ont tué une centaine de civils. « Le bâtiment le plus important de la citadelle qui a été détruit, c’était l’église, qui datait du XVe siècle. Cela a été un massacre. Elle a été reconstruite à l’identique, dans le style gothique, sur le rocher, à partir de 1967, grâce à des dons et à des subventions », explique Sylvie Normand. À l’intérieur, le maître verrier Claude Courageux a réalisé les vitraux, dont l’un représente une vierge enveloppée dans la Durance et le Buëch, les deux rivières qui confluent au pied de la citadelle. Aux pieds de la vierge se trouve une perle, représentant Sisteron, surnommée « la perle de la Provence ». Dans la pierre murale de l’église, on trouve encore des fossiles, comme celui d’un oursin.

    « Les hommes ont toujours choisi ce rocher pour faire un camp fortifié parce qu’on y domine la Durance. On a une vue à 360 degrés, donc c’est fabuleux pour se protéger et voir les ennemis arriver. C’est aussi un lieu de passage intéressant, puisqu’il y avait la Via Domitia, à l’époque romaine, qui venait du nord de l’Italie et qui allait jusqu’en Espagne, qui était en rive droite de Durance. C’était une voie de passage avec des échanges commerciaux entre les Alpes et la Méditerranée », relate la guide.

    Un lieu de détention de prisonniers politiques

    La nouvelle muséographie de la citadelle a été inaugurée cette année, avec de nouveaux panneaux explicatifs et une maquette. « J’ai pour habitude d’utiliser la métaphore anatomique : les remparts, tout ce qui date du XVIe siècle, c’est le squelette de la citadelle, comme si c’était un dragon, une grosse bête. L’épine dorsale, c’est le chemin de ronde, construit sur la crête du rocher, où se trouvent également le donjon et l’église », lance Sylvie Normand. Un escalier souterrain de 258 marches relie la citadelle à la ville. « La citadelle était un lieu de détention au XIXe jusqu’au début du XXe. Les prisonniers, pour certains politiques, ont été contraints de creuser toutes les marches et le tunnel. Il y en a probablement pas mal qui sont morts en creusant », regrette la guide.

    Dans la poudrière de la citadelle, construite par Vauban, une exposition célèbre les 70 ans du festival des Nuits de la citadelle, avec les noms des différents artistes qui y ont participé, derrière un rideau rouge renvoyant au théâtre. « Vauban est passé à Sisteron au XVIIe, la citadelle était déjà construite. Il a estimé qu’il n’y avait pas grand-chose à y refaire, si ce n’est qu’il fallait rehausser les courtines, les petits chemins qui passent sous les remparts. Finalement, il a dit qu’il fallait juste construire une poudrière au nord, parce qu’il y en avait une au sud, et ça n’allait pas du tout en cas d’attaque. Elle n’était pas du tout protégée », explique Sylvie Normand.

    « Ce qui fait toute l’originalité de Sisteron et de la citadelle, c’est la clue. Cette formation géologique exceptionnelle s’appelle un millefeuille géologique. Ça résulte du fait qu’il y a des millions d’années, avant l’apparition de l’Homme, lorsque la mer recouvrait complètement le territoire, vous aviez des strates de sédiments calcaires. Les Pyrénées subissaient la poussée du continent africain, et donc, en sortant, elles ont exercé une poussée en direction de notre région. Les Alpes ont fait de même, et la convergence des deux poussées a fait que, dans cette région, les strates qui se trouvaient à l’horizontale se sont redressées à la verticale », relate la guide.

  • Le sésame de la reconnaissance par l’Unesco

    Le sésame de la reconnaissance par l’Unesco

    Jusqu’en 1692, il n’y avait rien ici. C’était un plateau aride qu’on appelait plateau des Mille vents », explique Isabelle Fouilloy-Julien, administratrice du Fort de Mont-Dauphin depuis 2017. La forteresse, qui abrite également un village, a été érigée en 1693, comme fortification défensive à une époque où « Louis XIV était alors en guerre contre à peu près toute l’Europe », résume Isabelle Fouilloy-Julien. Le roi affronte notamment le Duc de Savoie qui, durant l’été 1692, remonte depuis la vallée de l’Ubaye, pille Guillestre, Embrun et Gap, avant de reculer avec l’arrivée de l’hiver. Le site trône sur un promontoire rocheux, à 1 050 m d’altitude, au croisement des vallées du Guil et de la Durance. Il offre une vue spectaculaire à 360° sur le cirque montagneux formé par les sommets des Écrins et du Queyras.

    Venu la même année pour inspecter et renforcer les défenses du secteur afin d’éviter de nouvelles incursions, Vauban découvre l’emplacement. « Et il se dit : c’est la meilleure place du monde », raconte Isabelle Fouilloy-Julien. Le projet d’établir un fort convainc le roi et le premier coup de pioche est donné dès mars 1693. Vauban, ingénieur et architecte militaire, ne se contente pas d’ériger une citadelle : il décide également d’y intégrer un village, qui compte aujourd’hui 154 habitants. « Il veut concevoir une place forte mêlant civils et militaires, en se disant “On est loin de tout, dans une région rude, les militaires vont s’ennuyer et déserter”. Il conçoit donc un îlot de village au centre. »

    Les militaires y installent leurs familles ou épousent des jeunes femmes du pays. Malgré tout, il reste difficile de convaincre des habitants de venir s’y établir. « Les premiers à s’installer sont des marchands et des artisans qui souhaitent faire commerce avec l’armée. On leur donne un terrain et on les exempte un temps d’impôts », retrace Isabelle Fouilloy-Julien, elle-même descendante d’une de ces familles venues s’installer.

    Le fort perd son intérêt militaire avec le temps et rejoint le réseau des monuments nationaux en 1966, avant d’être transféré au ministère de la Culture en 1980. Plusieurs villes possédant des fortifications de Vauban se regroupent alors au sein du « Réseau des sites majeurs de Vauban », créé en 2005 pour porter une candidature commune à l’Unesco. « On voulait que le dossier soit déposé en 2007 parce que c’était l’année anniversaire de la mort de Vauban, décédé en 1707, se rappelle Isabelle. On nous a dit “Vous êtes fous, un dossier, ça prend dix ans !” On l’a fait et en 2008, on a été inscrits. »

    Une étape, mais pas une fin

    Aujourd’hui, les fortifications de Vauban constituent un bien inscrit en série au patrimoine mondial. Mont-Dauphin et Briançon, dans les Hautes-Alpes, figurent aux côtés de dix autres sites majeurs comme des citadelles d’Arras et de Neuf-Brisach, en Alsace.

    Selon Isabelle Fouilloy-Julien, cette inscription a renforcé la visibilité de Mont-Dauphin. Le site accueille en moyenne 120 000 visiteurs par an. Elle a aussi favorisé le travail en réseau entre les différents sites Vauban, permettant la création d’expositions communes ou itinérantes.

    Pour autant, alors que les forteresses royales du Languedoc viennent à leur tour d’être inscrites au patrimoine mondial, l’administratrice souligne que cette reconnaissance ne garantit pas automatiquement des retombées positives : « Je ne sais pas comment ça se passera pour le Languedoc, mais ici, on a la chance d’avoir un patrimoine unique, deux sites Unesco et on ne s’en empare pas ! La preuve, les premiers panneaux “Unesco“, sont au pied du fort, pas 50 km à la ronde ! On ne voit pas le patrimoine comme un levier économique à l’année. » Malgré cette consécration internationale, Isabelle Fouilloy-Julien estime que le patrimoine reste insuffisamment valorisé : « Des études socio-économiques démontrent qu’un euro dépensé dans le patrimoine, c’est 19 euros de retombées. On est ouvert toute l’année, le ski, c’est quatre mois par an ! J’aimerais qu’on comprenne qu’on est complémentaires et pas concurrents ».

  • De jeunes Marseillais sont en vacances à Briançon

    De jeunes Marseillais sont en vacances à Briançon

    « Les valises d’abord s’il vous plaît ! » Devant les minibus, boulevard des Dames à Marseille, Florence Léon, co-coordinatrice du séjour, donne le ton. Un à un, les adolescents chargent leurs bagages avant de prendre la route pour cinq jours vers le Puy-Saint-André, près de Briançon.

    Ce départ s’inscrit dans le dispositif municipal « Vacances pour tous ». Depuis 2020, il permet aux enfants de familles modestes de partir en colonie pour un tarif compris entre 1 et 10 euros par jour. « C’est important de transmettre le message que les vacances ne doivent plus être un luxe », rappelle Farida Benaouda, conseillère municipale déléguée aux vacances pour tous. Cet été, 73 séjours permettent à 1 667 enfants de partir en vacances.

    Organisé avec l’association marseillaise Contact Club, le voyage de ce lundi réunit 14 jeunes des 1er, 2e et 3e arrondissements. « L’idée, c’est de les sortir de leur quotidien qui n’est pas toujours simple », explique Kamir Zitouni, animatrice de l’association et co-coordinatrice du séjour. Cette année, collégiens et lycéens partagent le séjour pour « les responsabiliser et apprendre les uns des autres ».

    Pour Lalissa, 13 ans, qui repart pour la deuxième fois, l’impatience prime : « On s’entend tous bien, donc j’ai vraiment hâte de partir. » Même enthousiasme chez Sara et Rouaya, 15 ans. « Ce qu’on attend le plus ? L’ambiance, répondent-elles en chœur. Être avec d’autres jeunes et changer d’air, ça fait du bien. » Sac sur le dos, Rouaya vérifie un dernier détail avant d’embarquer. « T’as bien pris l’enceinte, hein ? », lance-t-elle à l’animatrice Kamir.

    Sur les traces de Vauban

    Derrière la convivialité, le séjour répond à un objectif éducatif. « Le but est d’enrichir leurs connaissances. Cette année, on a choisi le thème “Sur les traces de Vauban” », détaille Kamir Zitouni. Un clin d’œil qui prend tout son sens à Briançon, terre du célèbre ingénieur du XVIIe siècle.

    Autre ambition, développer leur autonomie : « Ils doivent faire le ménage, la vaisselle, la nourriture », détaille Florence Léon. À cela s’ajoute un changement de décor. « On est dans un petit village, sans réseau. On veut qu’ils soient le moins possible sur les écrans. »

    Une précision qui fait sourire les mamans, restées devant les minibus jusqu’au dernier moment. « Pour avoir des nouvelles, il faut m’envoyer un message », leur glisse Kamir. Et de conclure avant que les portes ne se referment : « C’est fait exprès, sinon, ils sont scotchés à leur téléphone. »