L’extrême droite ne se contente plus de Beaucaire. Jeudi 16 avril, Nelson Chaudon, maire RN de la ville, a conquis la présidence de la Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence en battant le président sortant de gauche Juan Martinez, maire de Bellegarde, par 18 voix contre 16. Un seul tour a suffi pour faire tomber une intercommunalité que le RN convoitait depuis des années.
Ce scrutin ne relève pas d’un simple jeu d’alternance institutionnelle. Il marque une nouvelle étape dans l’enracinement du RN dans le Gard. Déjà solidement installé à Beaucaire depuis 2014, le parti d’extrême droite ajoute désormais à son pouvoir municipal un levier intercommunal décisif, sur un territoire de plus de 30 000 habitants réunissant Beaucaire, Bellegarde, Jonquières-
Saint-Vincent, Fourques et Vallabrègues. La progression du RN dans plusieurs communes gardoises à l’issue des municipales donnait déjà à voir cette dynamique.
La bascule s’est jouée là où tout le monde l’attendait : à Fourques. Avant le vote, les deux camps étaient à égalité, avec 16 voix chacun. Les deux élus fourquésiens, le nouveau maire Alain Fouque et sa première adjointe Nadine Castellani, détenaient donc les clés du scrutin. Leur choix a tranché net : sans eux, Nelson Chaudon ne pouvait pas l’emporter.
Pour sa première déclaration, Nelson Chaudon a promis un « traitement équitable entre les communes » et affirmé vouloir « insuffler une nouvelle dynamique ». Mais derrière cette rhétorique lisse, c’est bien une prise de contrôle qui s’opère. Et elle s’est immédiatement traduite dans l’organisation de l’exécutif communautaire. 7 vice-présidences ont été distribuées, contre 4 auparavant. Alain Fouque, dont le ralliement a été décisif, a hérité de la première, avec un score révélateur du malaise : 20 voix pour, 11 blancs et 3 nuls. Juan Martinez a été relégué à la deuxième vice-présidence, tout en saluant le travail des agents de la collectivité et en annonçant qu’il serait « très vigilant ».
Le reste de la soirée a aussi mis en lumière une vieille mécanique de pouvoir, habillée par le mot « tradition ». Quand des candidatures féminines ont été évoquées pour les premières vice-présidences, Nelson Chaudon s’est retranché derrière les « usages » pour imposer sa ligne. Le nouvel exécutif s’est ainsi construit sous domination beaucairoise et masculine, avant quelques correctifs de façade en fin de séance.
Derrière les formules d’équité, une question se pose désormais à la CCBTA : l’intercommunalité deviendra-t-elle un outil de coopération ou un instrument de conquête ? Car une présidence RN, ce n’est pas un simple changement de couleur : c’est une autre vision de la solidarité, des services publics et du vivre-ensemble. Et cette fois, la bascule ne se jouera pas à deux voix, mais à chaque décision budgétaire, chaque priorité, chaque renoncement.
