Tag: Union européenne

  • [Entretien] Gaby Charroux : « J’interpelle le président pour protéger nos industries »

    [Entretien] Gaby Charroux : « J’interpelle le président pour protéger nos industries »

    Le projet Carbon de giga-usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer, avec les 3 000 emplois promis, est abandonné par son porteur, qui dénonce l’absence de protectionnisme de l’Europe sur ses marchés. Le vice-président de la Métropole chargé du développement industriel, réagit.

    La Marseillaise : Comment accueillez-vous cette nouvelle de l’abandon du projet Carbon ?

    Gaby Charroux : C’est un coup de massue. Ce projet suscitait des espoirs énormes dans les perspectives de développement industriel. Ma crainte est de voir, peu à peu, tout le monde reculer et que tout soit abandonné. Certains s’en réjouiront peut-être, mais la situation est plus que délicate. Il ne faudrait pas que d’autres entreprises ou projets soient affaiblis. Je pense notamment à Marcegaglia, qui a des industriels à sa tête, avec des préoccupations industrielles, à la différence de financiers.

    Pensez-vous à une remise en cause du contournement autoroutier de Port-de-Bouc ?

    G.C. : Celui de Port-de-Bouc, comme la liaison Fos-Salon, j’espère qu’ils n’auront pas de plomb dans l’aile. Le dynamisme apporté par ces nouvelles entreprises a montré une nouvelle considération de notre territoire, une quasi-presqu’île avec un seul chemin pour accéder à la zone industrialo-portuaire. C’est pour ça que le contournement autoroutier a été envisagé. J’espère qu’il n’y aura pas de recul, pour l’instant et définitivement. Ce serait un renoncement terrible pour le territoire, mais aussi pour la France.

    Les porteurs du projet dénoncent la politique libérale de l’Europe et ses nombreux accords de libre-échange. Est-ce le cœur du problème ?

    G.C. : On nous présentait cette entreprise comme un fleuron, qui allait montrer la puissance de la France face à la concurrence internationale. Je suis quand même surpris que des libéraux parlent comme ça. Ces acteurs veulent l’exclusivité, le contrôle et l’argent public. C’est comme si un pizzaïolo s’installait à Jonquières et se plaignait de ne pas pouvoir travailler à cause de la concurrence. Ma foi, c’est un marché concurrentiel qu’ils ont choisi !

    Alors, on laisse faire ?

    G.C. : Parlons franchement : si on nationalise Arcelor Mittal alors, oui, il faut protéger son marché. Aujourd’hui, on est dans un monde concurrentiel, tant que les lois sont celles du marché, on aurait tort de s’apitoyer. Il ne faudrait pas faire les chevaliers blancs quand cette façon de faire nous met dans le mur. Je remarque quand même que l’Europe se défend moins bien que les États-Unis ou la Chine sur le plan économique.

    L’État a-t-il encore un rôle à jouer pour défendre son industrie existante et en projet ?

    G.C. : L’Opération d’intérêt national sur la zone se cantonne à l’industrie et la mobilité, c’est une question d’indépendance nationale et je compte sur le rôle prépondérant de l’État et sur son influence européenne. C’est lui qui doit défendre cette position. Je pense justement interpeller le président de la République à ce sujet. Nous, sur le plan local, ne pouvons pas grand-chose face aux va-et-vient de l’Union européenne. Il faut rappeler que le rôle de l’état a été déterminant dans ces sujets. Lors de sa visite en 2023, le président déclarait que, pour la décarbonation et le maintien de l’industrie existante, il fallait pouvoir disposer de source d’énergie indispensable – l’électricité – pour ce faire. Je pense à l’indispensable ligne Très haute tension, la THT, même si je regrette l’absence de recherche de solution alternative pour préserver le patrimoine exceptionnel de Camargue.

    Quid de l’attractivité du territoire après un tel rétropédalage ?

    G.C. : La question de l’attractivité dont on se glorifie est soumise à des critères qui nous dépassent largement, que ce soit la commune, la Métropole, le Département ou la Région. La preuve en est avec Carbon : ils parlent de l’Europe. Ça se joue ailleurs.

    Entretien réalisé par Antonin Maja

  • L’UE durcit ses règles migratoires

    L’UE durcit ses règles migratoires

    Le Parlement européen serait-il en train de se trumpiser ? L’adoption du règlement retour, grâce à l’alliance entre la droite et l’extrême droite, le 26 mars, semble donner raison à cette tendance. En effet, le texte prévoit un net durcissement d’une politique migratoire déjà plus que répressive. « Il aura des conséquences dramatiques pour les personnes étrangères et pour les personnes qu’on accompagne. C’est effectivement un développement très inquiétant », soupire Olivia Carniel, responsable des questions européennes à la Cimade.

    Le texte prévoit notamment la possibilité d’externaliser des centres de retour dans des pays hors de l’Union européenne afin d’y enfermer les personnes exilées ou des demandeurs d’asile déboutés. « Ce qui est vraiment problématique, c’est que le texte pose uniquement les bases légales pour créer ces centres mais il ne précise rien. On ne sait pas pour combien de temps les personnes pourraient être enfermées dans de tels centres dans des pays qu’on ne connaît pas, ni dans quelles conditions », reprend Olivia Carniel. Et ainsi criminaliser un peu plus les exilés en les plaçant dans des conditions de détention sans avoir commis de crime ou de délit. « Il n’y a pas de mécanismes pour vérifier si les droits des personnes sont respectés. Les États s’exonèrent de toutes les responsabilités », abonde Titouan Cady, membre de la LDH à Montpellier.

    Les renvois accélérés

    La détention semble d’ailleurs être devenue la norme puisque les délais d’internement pourraient aller jusqu’à 24 mois. « Il y a aussi une logique d’accélérer les renvois sans passer par des recours juridiques. Alors qu’aujourd’hui, on pouvait contester et ainsi suspendre le renvoi », note Titouan Cady. Des renvois pourraient se faire sans que le juge n’ait besoin de statuer. Tout est fait pour déshumaniser des personnes déjà épuisées par un exil forcé. En ce sens, la « décision de retour européenne » est inquiétante. « On généralise le fichage. Toute personne soumise à une procédure d’éloignement dans un pays sera expulsable d’un second pays de l’UE même si elle respecte toutes conditions d’asile. On pousse ces personnes dans une plus grande précarité », se désole Olivia Carniel.

    Un texte xénophobe qui met un coup au respect des droits fondamentaux, pourtant érigé comme une valeur cardinale d’une Union européenne de plus en plus marquée à droite. Si le Parlement lui est acquis, il en est de même à la tête des États membres : seuls trois pays sont gouvernés par la gauche dont le Danemark, connu pour ses positions anti-migrants. « C’est une rupture dans l’histoire du Parlement européen, qui avait toujours été une institution progressiste. Mais depuis 2024 [date des dernières élections, Ndlr], on voit se former une majorité de droite et d’extrême droite sur les sujets liés à l’immigration et l’environnement. Cette alliance est néfaste pour l’UE et affaiblit sa souveraineté », fait valoir Chloé Ridel, députée PS européenne, qui a voté contre le texte, s’inquiétant des dérives trumpistes de l’institution strasbourgeoise. Le texte va maintenant faire l’objet de négociations en trilogue avec la Commission européenne et le Conseil de l’UE, avant d’être définitivement adopté.

  • Les Journées européennes lancent la saison à St-Quentin

    Les Journées européennes lancent la saison à St-Quentin

    Tous les ans au printemps, les Journées Européennes des Métiers d’Art mettent à l’honneur le savoir-faire des métiers d’art. Et c’est à l’occasion de ce week-end que Saint-Quentin-la-Poterie et ses dizaines d’échoppes de métiers artisanaux présentent un programme fourni dans l’objectif de faire découvrir au public la richesse du savoir-faire communal. Placé cette année sous le thème « Cœur à l’ouvrage », le programme propose notamment des portes ouvertes des ateliers-boutiques de 40 artisans, une visite libre du Musée de la poterie méditerranéenne, une exposition « La terre s’emmêle les pinceaux » à la galerie Terra Viva, des ateliers de modelage, des démonstrations de création, de tournage ou encore des initiations au modelage.

    Ce week-end est aussi l’occasion d’exposer le travail d’un artiste accueilli en résidence pendant plusieurs mois sur la commune. Cette année, c’est Rebecca Maeder qui est mise à l’honneur. Céramiste depuis plus de 25 ans, elle a beaucoup étudié la culture locale ces derniers mois, et notamment les œuvres du musée pour donner naissance à une série de sculptures contemporaines qui s’inspirent « de formes, de moules et d’argiles liés à l’histoire locale » et « propose une relecture sensible du patrimoine céramique de Saint-Quentin-la-Poterie, faisant dialoguer tradition potière, terroir et création contemporaine ».

    Pour cette exposition disponible du 11 au 26 avril à la Salle Joseph Monier, Rebecca Maeder est associée à Yulia Batyrova (née au Turkménistan) et Marat Mukhametov (Russie) qui ont quitté leur pays après l’invasion de l’Ukraine et dont le travail de sculpture en porcelaine est très inspiré par la nature.

  • Un salon de l’Agriculture sous tension

    Un salon de l’Agriculture sous tension

    C’est malheureusement devenu une constante. Le Salon international de l’agriculture, dont le coup d’envoi est donné ce samedi à Paris, Porte de Versailles, va se tenir dans un contexte de tension exacerbée, dans la lignée des précédentes éditions et de la colère du monde agricole.

    En toile de fond, les politiques libérales, historiquement pointées du doigt par une large part du milieu. Et dans le rôle de l’ennemi public numéro 1, l’Union européenne, vectrice de dumping social, de concurrence entre ses membres et d’accords de libre-échange nocifs pour les agriculteurs. C’est justement sur ce dernier point que le courroux a atteint un niveau particulièrement important ces derniers mois, avec la signature, crainte depuis des années et désormais entérinée, d’un accord de libre-échange entre Bruxelles et le Mercosur.

    De ce fait, la Confédération paysanne a annoncé qu’elle boycottait l’ouverture du salon et le traditionnel petit-déjeuner entre le président de la République et les syndicats. « Nous ne voulons pas être la caution de ce spectacle désolant lors duquel Emmanuel Macron a pour habitude de mentir », dénonce Thomas Gibert, porte-parole national du syndicat.

    « Sortir du dogme

    de la compétitivité »

    Ce dernier pointe du doigt l’absence de « la mise en place des prix planchers, qu’il avait promise il y a deux ans. L’année d’après, il nous avait promis, la main sur le cœur, de tout faire pour empêcher le traité de libre-échange avec le Mercosur. Encore une fois, la promesse n’a pas été tenue. Il n’a pas été assez proactif pour construire la minorité de blocage nécessaire ». Mais il indique que la Confédération paysanne sera bien présente pour le reste du salon, afin de porter « la question de la régulation du marché qui est selon nous indispensable pour avoir un revenu paysan et changer de modèle agricole. Les lois récentes, comme la loi Duplomb, ont pour objectif de rester compétitifs sur le marché international. Le problème est qu’on va aller vers toujours plus d’industrialisation, d’abaissement des normes environnementales et sociales. On a besoin de réguler le marché pour sortir de ce dogme de la compétitivité, de produire d’une manière moins intensive, pour utiliser moins de pesticides, avoir un meilleur revenu, pour protéger notre agriculture et de fait notre alimentation ».

    Le syndicat compte également dénoncer la loi d’urgence agricole annoncée en janvier par le Premier ministre Sébastien Lecornu : « C’est une réponse aux revendications de la FNSEA. On s’oppose à cette vision de l’agriculture, qui défend les intérêts d’une poignée au détriment de l’ensemble du monde paysan, toujours à destination de l’agro-industrie. On veut crier haut et fort cette différence, et pointer cette cogestion entre la FNSEA et le gouvernement, qui a poussé les politiques agricoles depuis des décennies dans l’impasse dans laquelle on se trouve », clame Thomas Gibert.

    Autre problématique : la dermatose nodulaire contagieuse, et la critique de l’action gouvernementale en la matière. Pour la première fois de son histoire, aucun bovin ne sera présent au salon, ce qui constitue, pour le syndicaliste, « la vitrine de l’échec de cette politique sanitaire inhumaine. L’abattage n’est pas justifié, c’est une décision prise uniquement sous le prisme d’une visée exportatrice, alors que des solutions scientifiques existent ». Une maladie dont ce maraîcher de Haute-Vienne « craint la résurgence au printemps, car les vecteurs risquent de se réveiller avec la hausse des températures. Il est hors de question qu’on revive le même drame que cet hiver, mais on n’a pas de réponse, et il n’y a toujours pas de volonté politique de sortir de l’abattage total », martèle-t-il, annonçant une conférence de presse à ce sujet lundi.

    « La régulation du marché
    est indispensable »

  • Occitanie : l’opposition au Mercosur ne faiblit pas

    Occitanie : l’opposition au Mercosur ne faiblit pas

    Le monde agricole gronde et les dernières annonces gouvernementales ne semblent rien arranger au feu qui couvait depuis quelque temps. Déjà empêtré dans sa gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie s’attaquant aux bovins, Matignon a pourtant tenté de désamorcer la colère, sans grand succès comme en témoignent les blocages et mobilisations qui se poursuivent dans tout l’Hexagone.

    À l’instar de Montpellier, où la FDSEA et les JA de l’Hérault s’étaient rassemblés devant les grilles de la préfecture héraultaise le 9 janvier pour tenter de s’opposer à la signature de l’accord entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Bolivie, Paraguay et Uruguay), créant l’une des plus vastes zones de libre-échange de la planète. « Il est hors de question de dire oui au Mercosur même si certains pays ont changé d’avis. Tant qu’il y aura une lueur d’espoir chez nos adhérents, on ne les lâchera pas  », soutient Annabelle Decoursière, secrétaire générale des JA de l’Hérault. En effet, même si Emmanuel Macron semble avoir changé d’avis et s’oppose maintenant à l’accord de libre-échange, la France n’a pas suffisamment convaincu d’autres pays pour constituer une minorité de blocage, si bien que l’accord devrait être ratifié par Ursula Von der Leyen le 17 janvier. « L’Union européenne vient de découvrir son 49-3 et passe en force », soupire Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne dans l’Hérault, regrettant « le peu de lobbying exercé par la France pour avoir la minorité de blocage, pourtant facilement atteignable. »

    Le texte supprime donc les droits de douane entre les parties et ouvre notamment la voie aux importations de viande sud-américaine, dont la concurrence est jugée déloyale et les normes environnementales et sanitaires moins contraignantes. « Le libre-échange est délétère. Les clauses miroirs évoquées par Macron ne changeront pas la donne. On met en concurrence les producteurs de la planète et le moins-disant remporte la palme, tout le monde est perdant », se désole Morgane Bara.

    Direction Strasbourg

    Pour tenter de calmer les esprits, la ministre de l’Agriculture a donc annoncé onze mesures pour une enveloppe de 300 millions d’euros. Sans convaincre l’ensemble du spectre syndical agricole. « C’est de la poudre aux yeux, on saupoudre un peu d’argent, on recule sur l’environnement. Mais sans donner de réponses sur ce qui nous préoccupe vraiment : le revenu paysan », observe Morgane Bara. Des effets d’annonce dénoncés – dans une moindre mesure – par les JA. « Il faut du concret. Ces annonces ne sont qu’un pansement, qui dépend d’un budget. La latence est trop grande avec le moment où ça arrive dans la ferme. Mais on ne crachera pas dans la soupe si ça arrive », soutient Annabelle Decoursières.

    Les regards sont maintenant tournés vers Strasbourg, où le Parlement de l’UE pourrait saisir la Cour de Justice de l’UE lors d’un vote le 21 janvier, ce qui suspendrait l’accord pendant plusieurs mois.
    Louis Dupin

  • Commémorer la longue route des personnes exilées

    Commémorer la longue route des personnes exilées

    « En France, il n’y a pas une année sans qu’il y ait une loi répressive sur les étrangers. On a eu la loi asile et immigration en 2023, la circulaire Retailleau, maintenant les nouveaux textes sur l’apprentissage du français. On a l’impression que tous les six mois, une nouvelle mesure vient restreindre le droit des étrangers », se désole Marie Moretto, déléguée nationale de la Cimade en Languedoc-Roussillon.

    Si la France se défend pour maltraiter les exilés, l’Union européenne n’a pas à rougir en la matière. En effet, le 8 décembre, les 27 pays ont adopté un texte durcissant nettement la politique migratoire européenne. Ainsi, il sera possible d’envoyer des migrants dans des centres établis hors des frontières de l’UE, des hubs de retour. À cela s’ajoute un durcissement des sanctions envers les étrangers et un allongement de la durée de détention.

    C’est dans ce contexte nauséabond que se tient la journée internationale des migrants, le 18 décembre. À Montpellier*, une manifestation est organisée afin de réaffirmer le principe de solidarité semblant faire cruellement défaut à la majeure partie de nos responsables politiques, qui préfèrent courir derrière une extrême droite à la xénophobie latente. « Il y a une utilisation de la migration par certains partis au détriment de tout ce qui est logique. De plus en plus d’études montrent que l’immigration est bénéfique en termes économiques comme démographiques. On a besoin de régulariser massivement des personnes en Europe. Et pour des enjeux électoralistes, on n’arrive pas à avoir une discussion sérieuse et objective sur cette thématique-là », soutient Marie Moretto.

    « On leur pourrit la vie »

    Cela se traduit par une maltraitance globale pour les personnes exilées : hausse du niveau de français pour un titre de séjour mais baisse de la qualité des cours – dispensés par l’IA – , exigence d’avoir travaillé pour être régularisé mais impossibilité de travailler sans papiers… Sans parler des expulsions tous azimuts, politique inefficace. « On a l’impression que tout est fait pour pourrir la vie des exilés afin de les faire rentrer chez eux. Mais si ces personnes ont traversé la Méditerranée, pris tous les risques pour arriver ici, elles ne vont pas rentrer, même si vous leur rendez la vie extrêmement difficile car il n’y a rien pour elles au retour », fait valoir la déléguée de la Cimade en région.

    Face à cette situation, l’association ne baisse pas les bras. « On essaye notamment de multiplier les espaces de vivre-ensemble où on fait se rencontrer les personnes. On sait que beaucoup de gens qui ont des préjugés sur les migrants n’en connaissent pas ou peu ». Et regardent un peu trop CNews.

    *Rassemblement à 16h devant la DDETS avant une manifestation à 18h, place de la Comédie.

  • La majorité régionale fête dix années au pouvoir

    La majorité régionale fête dix années au pouvoir

    Le film promotionnel projeté devant la presse, ce mercredi midi, a beau ne pas être totalement fini, assure le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier, la majorité régionale de droite et du centre est bien prête pour fêter ses dix ans à la tête de la collectivité. « On s’est dit à l’époque : ça va changer, ça a quand même bien changé », célèbre le président qui a inscrit ce bilan en tête de l’ordre du jour de la séance plénière ce jeudi.

    « Nous ne sommes plus le tiroir caisse des autres collectivités et de l’État », vante-t-il, en assurant avoir « restauré la justice territoriale ». Et d’énumérer les actions menées d’abord sous Christian Estrosi, puis sous son égide, avec le « premier budget vert d’Europe » qui certifie un impact au moins neutre pour chaque dépense, le développement du tourisme, le « meilleur contrat de plan État -Région de l’histoire », les milliards obtenus de l’Union européenne, les subventions pour les équipements de police municipale, les investissements dans les transports. « Nous avons doublé les lignes de train sur les réseaux ouverts à la concurrence », pointe-t-il. Et de célébrer les dernières victoires obtenues : 90 millions de subventions supplémentaires de l’Europe sur la Ligne nouvelle Provence – Côte d’Azur, la validation de l’État sur le pipeline d’hydrogène Barmar. Avec bien sûr le regard rivé sur les Jeux d’hiver des Alpes françaises en 2030. « On m’accuse d’être macroniste, finalement, sur les arbitrages, c’est pas mal », rit-il en visant son opposition RN.

    C’est l’occasion pour lui de défendre « un modèle politique qui gagne, autour du rassemblement et de l’addition ». Sans s’attarder sur le barrage républicain qui a empêché la Région de basculer à l’extrême droite.

  • Ces cépages interdits aujourd’hui, en voie de légalisation

    Ces cépages interdits aujourd’hui, en voie de légalisation

    Il y a quelques rares bonnes nouvelles pour la viticulture française. La décision du Parlement européen d’autoriser les cépages Isabelle, Clinton, Noah, Jacquez, Othello et Herbemont, aujourd’hui interdits, en fait partie. Cette proposition portée par le député européen socialiste Éric Sargiacomo était en effet très attendue par les viticulteurs gardois dont la culture de ces cépages dans les Cévennes ne s’est jamais arrêtée et a même été transmise par plusieurs générations de vignerons.

    Ce savoir a d’ailleurs permis de s’appuyer sur un certain nombre de données pour démonter les arguments qui avaient justement poussé à leur interdiction. « Nous avons réalisé des analyses sur une quinzaine de vins réalisés avec des vinifications de cépages interdits. Il y avait des pétillants, des cidres et trois vins rouges et nous avons montré que nous étions au même niveau de méthanol. Nous sommes aux alentours des 200 mg par litre pour les rouges alors que la norme est de 400. Nous sommes donc comme un Bordeaux ou un Bourgogne. Cet argument peut donc être balayé d’un revers de la main », explique Christel Guiraud, président de l’IGP Cévennes et propriétaire du Domaine des Loubatières.

    Celui qui a créé l’observatoire des cépages en 2022 s’est rendu au Parlement européen à Strasbourg accompagné de cinq vignerons du secteur mi-octobre. Ils ont eu l’occasion d’avancer un certain nombre d’arguments que les députés ont entendus. « Je ne pense pas sauver la viticulture avec ces cépages mais l’idée, c’est qu’ils peuvent apporter une identité cévenole, un côté patrimonial et un côté œnotouristique. Avec ces anciens cépages demain autorisés, nous allons pouvoir créer de nouveaux mélanges de Noah, d’Isabelle et de Clinton parce que le reste, on en a un peu moins sur notre secteur. La demande actuelle, ce sont des vins plus légers, plus faciles à boire et ces vins-là répondent à cette demande. Ce sont des vins légers tout en étant sur le fruit. Ces cépages résistent aussi mieux aux coups de chaleur », ajoute le vigneron.

    Chloé Ridel interpelle la ministre de l’Agriculture

    Désormais, chaque pays doit se prononcer pour ou contre cette réintroduction. C’est dans ce cadre que la députée européenne socialiste basée à Nîmes, Chloé Ridel, a écrit à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard (LR) pour « connaître clairement la position du Gouvernement français sur cette question essentielle pour l’avenir de notre viticulture ».

    « Ces variétés se trouvent dans une véritable zone grise réglementaire : d’un côté, depuis 2021, l’obligation de les arracher a été levée, mais de l’autre, leurs producteurs n’ont toujours pas le droit d’appeler « vin » la boisson qu’ils élaborent, alors même qu’ils sont soumis à la même fiscalité. Cette situation paradoxale illustre la nécessité de clarifier et d’harmoniser le cadre juridique, afin de donner de la lisibilité et de la stabilité aux producteurs concernés. De plus, leur réhabilitation apparaît pleinement cohérente avec les défis auxquels la viticulture française est confrontée », précise celle qui est depuis juin en charge de la refondation du projet du Parti socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2027.

    Pour l’heure, la ministre de l’Agriculture, confrontée à une crise sans précédent de la viticulture, n’a toujours pas rendu son avis sur ces cépages. « Elle est à l’écoute », rassure tout de même Christel Guiraud qui espère une légalisation de ces cépages pour 2027 : « Il faut que cela soit décidé dans le paquet vin de la PAC 2027. »

  • Hérault : une réunion publique pour lutter contre la mort au travail

    Hérault : une réunion publique pour lutter contre la mort au travail

    Mardi 28 octobre à Lunas. Alors que quelques ouvriers s’affairent sur un chantier, un pylône électrique cède. Bilan : un mort et deux blessés graves. Deux semaines plus tôt, c’est le corps sans vie d’un bûcheron qui a été retrouvé à La Salvetat-sur-Agout alors qu’il officiait sur un chantier d’une forêt privée. Fléau invisible, la mort au travail est pourtant un enjeu de sécurité majeur dans le monde du travail. Chaque année, on estime en France que deux personnes en en moyenne en sont victimes chaque jour. Pourtant, la problématique semble peu intéresser la sphère politique et médiatique.

    Pour mettre en lumière ces drames invisibles, le député LFI Sylvain Carrière organise une réunion publique à Grabels* en présence de l’eurodéputé insoumis Anthony Smith. Ancien inspecteur du travail, ce dernier a fait de la mort au travail le fer de lance de ses combats au Parlement européen. En ce sens, le député avait organisé avec sa collègue Marina Mesure deux journées d’échange en novembre 2024 avec différents acteurs pour trouver des solutions. 14 recommandations en sont ressorties, afin de tendre vers l’objectif de zéro mort au travail.

    3 200 décès dans l’UE

    Car le constat est accablant. Si on dénombre 3 286 personnes décédées au travail en 2022 dans l’UE – sur 3 millions d’accidents – le chiffre semble sous-estimé. « Il y a une difficulté de la comptabilité des morts en Europe parce que les États ne comptent pas forcément de la même façon. Donc il n’y a pas d’homogénéité et il y a plein de configurations possibles : comptabilise-t-on les suicides ? Les décès survenant 24h après l’accident au travail ? », interroge Anthony Smith. Sans compter les autoentrepreneurs, les salariés ubérisés qui ne sont pas comptabilisés. En cause notamment le faible nombre d’inspecteurs du travail – 1 800 pour 20 millions de salariés -, qui impacte le nombre de contrôles et donc la prévention des risques. Surtout que la situation s’aggrave. « Depuis 2010, le nombre d’accidents au travail ne baisse plus en France. On a construit une législation qui détruit les droits sociaux. Les ordonnances Macron de 2017 ont par exemple supprimé les CHSCT [Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail], et on se retrouve aujourd’hui dans les entreprises de 50 à 300 salariés sans aucune instance dédiée à la santé, à la sécurité au travail », soupire Anthony Smith.

    Si toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées, les jeunes et les travailleurs précaires sont les plus touchés. « Les jeunes ont 2,5 fois plus d’accidents graves et mortels que la population générale. Or on doit prendre deux fois plus de temps pour former les jeunes  », reprend l’eurodéputé. Mais force est de constater que l’économie prime sur la sécurité. « C’est insupportable que le coût d’une vie humaine soit moins important que celui de la réalisation d’un chantier », s’indigne Anthony Smith, dénonçant l’aveuglement des États à ce sujet. « Il existe des moyens mais c’est un problème de volonté politique. Les morts au travail ne sont pas une somme de faits divers mais un fait social ». Parmi ces leviers qui pourraient être actionnés, le renforcement de la formation des employeurs et des employés ou encore la mise en place d’une « présomption de la responsabilité de l’employeur  » et d’un « crime d’employicide ». « L’homicide au travail n’est pas reconnu. Or, un employeur responsable d’un accident mortel devrait être jugé comme un criminel. Mais le code du travail prévoit au maximum 10 000 euros d’amende, il faut donc des dispositions plus répressives. »

    *Le 7 novembre à 19h, à la salle Richard-Campos de Grabels.

  • Ces millions manquants de la marina olympique

    Ces millions manquants de la marina olympique

    La magie des épreuves olympiques en rade de Marseille passée, reste désormais l’addition. Et son partage. Mais, alors que les coûts du réaménagement de la marina du Roucas-Blanc ont flambé, les financements publics n’ont pas suivi, laissant une ardoise se chiffrant jusqu’à près de 11 millions d’euros pour la Ville de Marseille, alerte un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) présenté, ce vendredi, dans l’hémicycle municipal.

    C’est que l’inflation est passée par là, sans compter les nombreux ajustements de chantier. Ainsi, pour la partie terrestre, l’accord signé avec la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) en 2020 prévoyait un chantier à 25 millions d’euros. La note finale s’élève à 31,3 millions d’euros, une augmentation d’un quart du coût initial entre révision des prix (2 millions d’euros) et dépenses additionnelles pour le stockage provisoire des équipements nautiques, le relogement des activités maritimes (2,5 millions d’euros).

    Côté mer, les demandes supplémentaires du comité d’organisation des Jeux olympiques, ainsi que les révisions des prix, ont chacune ajouté plus d’un million à l’ardoise, sans compter les études supplémentaires nécessaires. Et le bassin s’étant ré-ensablé au fil des travaux, il a également fallu réaliser un nouveau dragage, d’un coût de 1,2 million d’euros. Quelque 4 millions de surcoûts se sont ainsi ajoutés au fil de l’eau, entre 2022 et 2024, portant ce chantier maritime à près de 15 millions d’euros.

    La CRC porte au final l’addition de ce chantier olympique à 45,6 millions d’euros en 2024. Sans que le partage de la charge ne suive. « En dépit de ces hausses des dépenses, la répartition des financements publics n’a pas évolué depuis 2022 », s’alarme le rapport, pointant que seuls 34,6 millions d’euros de financements avaient été confirmés en mars 2025. Et les magistrats de sortir la calculatrice : « Au total, un écart de 10,95 millions d’euros hors taxes apparaît entre l’ensemble des dépenses du projet de réaménagement de la marina du Roucas-Blanc et les financements confirmés. » Un écart qui tomberait à 4 millions d’euros si toutes les subventions promises tombaient finalement, en particulier les 2,8 millions de dotation de soutien à l’investissement local de l’état, dont la première moitié n’était qu’en cours d’engagement en juillet. Mais, quoi qu’il en soit, cette charge risque de retomber sur la municipalité marseillaise.

    En fin de séance

    Cela d’autant plus que les 3 millions d’euros espérés du Fonds européen de développement régional (Feder) n’arriveront jamais. « La commune n’a constaté qu’en 2023 que le projet était inéligible à ce fonds », glisse le rapport. « On ne peut pas nous reprocher d’avoir essayé de travailler sur cette source de financement, se défend l’élu (EELV) délégué aux fonds européens, Fabien Perez. On a travaillé, mais on ne savait pas. »

    La Ville de Marseille a bien demandé à l’état de réunir les différents financeurs pour que chacun fournisse une aide supplémentaire. « En juillet 2025, ces propositions n’avaient pas reçu de réponse », note sobrement le rapport de la CRC. Interrogé à ce sujet à de multiples reprises par la presse, le président du groupe Printemps marseillais, Pierre Huguet (G.s), rappelle : « C’est un équipement salué par l’ensemble des Marseillais. L’objectif à terme, c’est qu’une classe d’âge puisse profiter d’un stage d’apprentissage de la voile dans sa scolarité. » Mais les réponses sur le financement, insiste-t-il, ne seront apportées qu’en conseil municipal vendredi. Cela tombe bien : le rapport a été glissé à la toute fin de l’ordre du jour.