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  • [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    La Marseillaise : Ce 80e anniversaire est célébré dans un contexte inquiétant, de « menace existentielle pour l’Onu ». Faut-il craindre le pire ?

    Daniel Durand : Nous sommes dans une période difficile, inquiétante à de nombreux égards où le risque de guerre mondiale est réel. Mais il faut garder son sang-froid. Il y a déjà eu, ces quatre-vingts dernières années, des périodes extrêmes : les années 1960, avec les missiles russes à Cuba, les années 1980, avec les euromissiles et les risques d’affrontements en Europe, pour ne citer qu’eux. Il y a 80 ans on crée les Nations Unies, on établit une charte qui est censée régir les rapports des nations. Dès le départ, il y a deux conceptions qui vont s’affronter. Il y a l’espoir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’idée qu’on peut essayer de construire une humanité débarrassée de la violence, qui se traduit dans le texte fondateur par ce magnifique préambule « Nous, peuple des Nations Unies ». Et puis, il y a une autre conception qui traverse la charte de manière souterraine, c’est l’accord entre les deux vainqueurs de la guerre, l’Union Soviétique et les États-Unis, qui, pour régler leurs relations, privilégient le plan des rapports de force, et donc négocient entre eux le règlement au Conseil de Sécurité. Ce qu’on appelle le droit veto et la création de membres permanents. D’un côté, on a « nous, les peuples », et de l’autre, on a « nous, les États ». Cette opposition traverse l’histoire des 80 ans qui viennent de s’écouler.

    Dans votre livre vous saluez la place que tient désormais le droit international grâce à l’Onu. Comment cela a été rendu possible ?

    D.D. : Dans les dernières années, il y a eu des évolutions profondes notamment concernant le droit international qui est devenu une question politique de premier plan. En 2024, à deux reprises, la Cour internationale de justice (CIJ) s’est prononcée sur le risque de génocide à Gaza et sur la légalité ou non de l’occupation israélienne. Ça n’avait jamais été tranché de manière claire depuis 1967. La CIJ a statué que « non », il n’y a pas de doute, l’occupation israélienne des territoires occupés est illégale et Israël doit s’en retirer. Ces décisions ou ces avis sont rejetés, contestés par les États-Unis, par Israël, mais elles posent un problème politique et c’est un appui pour tous ceux qui veulent construire un monde où il y ait des véritables normes. Donc, on est vraiment dans un débat.

    C’est par ailleurs la pression des ONG qui a permis la création de la Cour pénale internationale (CPI). Celle-ci peut lancer des mandats d’arrêt contre quelqu’un comme Vladimir Poutine, le dirigeant d’une puissance membre permanent du conseil de sécurité.

    Depuis trois ans [et l’invasion russe en Ukraine, Ndlr], Poutine ne peut plus se déplacer comme il le veut. Cela concerne aussi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu qui a été contraint de modifier son itinéraire de vol en se rendant à Washington pour ne pas survoler des pays comme l’Espagne ou autres, où il risquait d’être arrêté.

    Vous appelez à une réduction drastique des dépenses d’armement dans le monde. C’est bien le contraire qui se déroule actuellement…

    D.D. : Il faut être extrêmement inquiet et mobilisé sur ce qui est en train de se passer, notamment sur l’augmentation considérable des dépenses d’armement. On va sans doute approcher à la fin de cette année des 3 000 milliards de dollars de dépenses d’armement. À la fin de la Guerre froide, en 1989, on était à 900 milliards de dollars. On sait que des armes, un jour ou l’autre, sont faites pour servir. On assiste à deux phénomènes inquiétants : l’accumulation d’armes dans de nouvelles parties du globe, par exemple au Moyen-Orient, dans les pays du pétrole et en Europe avec la volonté des différents pays européens maintenant de dépasser les 3% du PIB et d’aller à 5%.

    La semaine dernière, le secrétaire général de l’Otan, a lui-même dit que l’augmentation des dépenses militaires se fait aux dépens des dépenses de développement, des dépenses sociales, etc. C’est le danger principal et immédiat auquel il faut faire face. Il ne faut pas lâcher sur le renforcement et l’élargissement des traités.

    Comment rester optimiste ?

    D.D. : Il faut avoir un regard intériorisé par rapport à ce que représentent les Nations Unies. Les problèmes qui sont en face de nous que ce soit le climat, l’eau, les migrations, sont globaux et on ne les réglera que si on les ressent comme des problèmes touchant l’ensemble de notre communauté.

  • FRANCE 2 (1)

    FRANCE 2 (1)

    Ils ne pouvaient pas mieux débuter cette nouvelle campagne. Les Bleus ont dominé les débats face à l’Ukraine (2-0), vendredi soir au stade municipal de Wroclaw, en Pologne, à l’occasion de la première journée de la phase de qualification pour le Mondial-2026. Ils prennent ainsi la seconde place du groupe D, dans lequel l’Islande a largement triomphé de l’Azerbaïdjan (5-0).

    Ce succès contre les hommes de Serhiy Rebrov, jugés comme les adversaires les plus difficiles à aborder des trois concurrents pour se disputer les deux places qualificatives, a mis en évidence les qualités des Tricolores : une défense qui maîtrise son sujet, avec un sens de l’anticipation et une volonté de stopper le danger très haut sur le terrain, et une attaque explosive, dangereuse de tous les côtés, que ce soit sur du jeu court ou en profondeur, grâce à un quatuor offensif Doué-Olise-Barcola-Mbappé qui arrive à se trouver les yeux fermés. Et ce, même lorsque la défense ukrainienne resserrait les rangs pour limiter les percées françaises.

    Olise montre la voie

    Les Bleus ont profité d’avoir la possession du ballon pour s’installer durablement dans la moitié du terrain adverse et, ainsi, multiplier les occasions devant la cage d’Anatolii Trubin, le portier de Benfica. Michael Olise, en grande forme avec le Bayern Munich en Bundesliga (championnat allemand) avec trois buts inscrits lors de deux premières journées, a trouvé le chemin des filets dès la dixième minute.

    Lancé en profondeur dans son couloir gauche, le Parisien Bradley Barcola trouve le milieu offensif bavarois dans la surface de réparation. Olise n’avait plus qu’à glisser tranquillement le ballon dans le petit filet pour ouvrir le score et inscrire, par la même occasion, son troisième but sous les couleurs de l’équipe de France. Huit minutes plus tard, il a même eu l’opportunité de doubler la mise, mais sa frappe est arrêtée par le gardien ukrainien. « On a fait une très bonne première mi-temps tout en maîtrise, face à une équipe bien regroupée qui nous laisse très peu d’espace », se réjouit Didier Deschamps à la pause.

    « On a réussi à faire des enchaînements, dommage que l’on n’ait pas réussi à mettre ce deuxième but. On doit continuer comme ça en restant toujours vigilants et agressifs, tout en ayant cette percussion et cette mobilité qui les met en difficulté », le sélectionneur qui a pris part à son 169e match sur le banc tricolore. Il a toutefois été contraint de sortir Désiré Doué du terrain, suite à une petite gêne au mollet. « Rien de bien méchant, mais on ne préfère pas prendre de risques », prévient l’ancien capitaine et champion du monde 1998. Doué a été remplacé à la mi-temps par son coéquipier en club Ousmane Dembélé, qui s’est également blessé à dix minutes du terme.

    Sous les yeux de 25 000 de leurs concitoyens, les Jaune et Bleu ont redoublé d’efforts à l’heure de jeu pour tenter d’inverser la tendance. Ils ont eu deux grosses occasions d’égaliser au tableau d’affichage, mais la défense française, portée par l’assurance de Mike Maignan, a tenu bon. Le capitaine Mbappé a mis un terme à leurs espoirs en fin de match.

    1ère journée – Phase de qualification pour le Mondial-2026

    Stade municipal de Wroclaw, en Pologne (39 400 spectateurs)

    Arbitre : Danny Makkelie (NLD)

    Buts pour la France : Olise (10), Mbappé (82)

    FRANCE : Maignan – Koundé (Gusto, 90’), Upamecano, Konaté, Digne – Tchouameni, Koné – Barcola (Rabiot, 76), Olise (Akliouche, 90’), Doué (Dembélé, 46 et Ekitiké, 81) – Mbappé (cap).

    UKRAINE : Trubin – Konoplya, Matvienko (cap), Zabarnyi, Zinchenko (Voloshyn, 87) – Zalyuzhnyi, Yarmoliuk (Ocheretko, 82), Sudakov (Bondarenko, 82) – Zubkov (Nazarenko, 76), Dovbyk (Vanat, 76), Hutsulyak.

  • « La gauche ne doit être dans aucun relativisme »

    « La gauche ne doit être dans aucun relativisme »

    La Marseillaise : Le PS n’a pas censuré Bayrou. Pourquoi ça suffit ?

    Michaël Delafosse : On ne peut pas jouer à la censure en permanence. Le groupe PS avait eu des discussions pour amender le projet de budget au Sénat. Il y avait eu l’engagement d’une renégociation par les partenaires sociaux de la réforme des retraites [le conclave, Ndlr] qui devait aboutir à une inflexion. Les engagements de François Bayrou n’ont pas été honorés et dans le nouveau projet de budget figurent des attaques directes contre le monde du travail pour lequel la vie est difficile. Supprimer 2 jours fériés, monétiser la 5e semaine de congés payés, c’est inadmissible. Les franchises médicales qui vont fragiliser les retraités à petites pensions, les temps partiels, c’est indécent. Il n’y a aucun mandat démocratique pour proposer des mesures aussi dures. Je ne dis pas qu’il ne faut pas régler le déficit public mais pas ainsi. François Bayrou a fait voter tous les budgets depuis 7 ans. Ce n’est pas le Mozart mais le fiasco de la finance. Le président Macron a supprimé la taxe d’habitation, la redevance TV, l’ISF. Est-ce que ça a ruisselé ? Non. Nos services publics sont-ils plus efficaces ? Je n’ai pas l’impression. Ni l’école ni notre système de santé avec des déserts médicaux anxiogènes. Est-on mieux protégé par la Justice ? Le Premier ministre joue un coup de poker. Mais la confiance, elle n’y est pas. Il n’a consulté personne, il affiche une forme de mépris à l’égard des chefs de partis et partenaires sociaux. Stop.

    Vous êtes en conflit avec LFI. En cas de législatives, seriez-vous prêt à une nouvelle union de toutes les forces de gauche contre l’extrême droite ?

    M.D.: Les relations avec LFI sont compliquées pour toutes les formations de gauche. Leur université d’été a été consacrée à une charge contre un journaliste et l’agression verbale de l’écologiste Marine Tondelier. Fabien Roussel a été moqué quand il a applaudi la caravane du Tour de France. C’est LFI qui rend la situation compliquée. On a aussi des désaccords importants : sur la laïcité, sur la lutte contre l’antisémitisme et le racisme. La gauche ne doit être dans aucun relativisme. Quand la synagogue de La Grande-Motte subit une attaque terroriste, quand Aboubakar Cissé est tué dans une mosquée, nous devons être là. Jamais nous ne devons être en concurrence sur nos principes. La stratégie de LFI est d’attaquer partout et d’affaiblir la gauche où elle est en responsabilité. Je n’oublie pas qu’à Montpellier, LFI s’est alliée (en 2020) avec un milliardaire [Mohed Altrad, Ndlr] pour faire battre ma liste de rassemblement de la gauche. Il y a des hommes et femmes très sincères. René Revol [maire LFI de Grabels et vice-président à la Métropole] n’a pas ces positions-là. Mais il y a une dérive préoccupante chez LFI avec une stratégie permanente du clash.

    Vu le danger de l’extrême droite, on imagine que vous n’êtes
    pas favorable à une seconde dissolution ?

    M.D. : En effet, je n’y suis pas favorable. Je ne comprends pas pourquoi la première dissolution a eu lieu. Elle a rajouté du chaos. Le pays doit être gouverné. Si, demain, le Premier ministre remet sa démission, le scénario doit être à l’allemande, à l’italienne, à la belge. Il doit y avoir des consultations avec les groupes parlementaires et le Parlement doit avoir le pouvoir. Avec les discussions et les compromis, on doit aboutir à une majorité politique. Il appartiendra à Emmanuel Macron de décider. Je pense qu’il sera jugé très sévèrement dans l’Histoire pour son mépris de la démocratie sociale. Jamais un accord avec les organisations syndicales n’a été respecté. Il a déréglé notre démocratie.

    La loi de 1905 a 120 ans. C’est quoi le combat de la laïcité pour vous ?

    M.D : Le combat laïc est un combat historique de la gauche pour que les dogmes religieux ne s’imposent pas. Ce principe a été éclipsé ces 20 dernières années. La valeur et le mot laïcité ont parfois été utilisés par l’extrême droite qui s’en est servie pour faire un glaive contre nos concitoyens de confession musulmane. Je suis un militant de la laïcité qui est une valeur de concorde. Il y a aujourd’hui des forces religieuses qui travaillent notre pays et menacent la République. On l’a vu lors de la loi pour le mariage pour tous avec l’Église qui refusait un texte de liberté. Il y a aussi une offensive des islamistes qui disent comment doit s’organiser la société. On a vécu un retour du fanatisme religieux. Au nom de Dieu, Samuel Paty a été tué. Je me suis réjoui au sujet des abayas qu’on rappelle la loi de 2004 : l’école doit être dans une situation de neutralité. J’ai un désaccord majeur avec Jean-Luc Mélenchon qui dit que « l’École ne doit pas faire la police du vêtement ». Je dis que l’école doit être claire sur les tentatives de déstabilisation. La laïcité doit servir à rappeler un autre principe fondamental que l’extrême droite combat : que chacun a la liberté de conscience. Chacun doit pouvoir en sérénité exercer son culte. C’est pour cela que j’ai évoqué le dossier d’une grande mosquée au sud de Montpellier. Quand je vois que des fidèles sont dans la rue, c’est scandaleux. Nous avons aussi le devoir de protéger nos concitoyens de confession juive qui vivent dans la peur… Le retour du religieux se fait partout dans le monde : aux USA, les théocraties iraniennes, afghanes… Je trouve très inquiétant qu’on puisse venir discuter des attentats de Charlie Hebdo, qu’on questionne le droit au blasphème. La parole héritée des Lumières doit retrouver de la force. Le 9 décembre, nous fêterons les 120 de la loi sur la laïcité. Le moyen de la défendre c’est aussi de faire la République sociale. Quand les services publics s’affaiblissent, quand le tissu associatif est fragilisé, c’est le communautarisme qui organise la vie sociale. La République doit protéger et émanciper. C’est la dimension que je porte à la Mosson avec le projet de rénovation urbaine (Anru).

    Vous êtes ferme sur la sécurité. PS et gauche ont trop fait l’autruche ?

    M.D. : Oui. Quand vous êtes de gauche, vous combattez la loi du plus fort. Le respect des lois et des règles est un fondement pour protéger. La gauche a un devoir impérieux de faire respecter l’ordre républicain. Parfois, on a pensé que la gauche pouvait laisser cela à d’autres. Je ne crois pas, elle doit apporter ses réponses, pas celles de l’extrême droite qui instrumentalise la détresse des victimes. Mon rôle, et celui de la République, c’est de régler les problèmes des victimes, que Justice soit faite. La société est plus violente à cause du narcotrafic, d’un manque de fermeté, de la défaillance de la chaîne pénale. Je dis à la gauche : n’ayez pas peur de la vidéosurveillance, elle est utile pour prévenir le harcèlement de rue et aider la Justice à enquêter. Ne doutez pas de la nécessité d’armer la police municipale. À Montpellier, j’ai créé 143 postes pour la sécurité plus 50 policiers nationaux. C’est un effort inédit. Retailleau et Darmanin paradent. Je tire la sonnette d’alarme : si nous n’y prenons pas garde, la France va être dépassée par le narcotrafic. À Nîmes, un enfant a pris une balle à Pissevin. Il y a un besoin de moyens, de travail entre l’État et les maires. Les choufs et les mules sont des enfants alors que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans.

    Serez-vous candidat en mars 2026 ?

    M.D. : Je dirai ma décision en janvier. Je suis attentif à l’équilibre personnel et avec la famille. L’engagement en politique n’est pas une rente, cela doit toujours avoir du sens. On m’a proposé d’être ministre. C’est un honneur mais je n’étais pas en accord sur le fond et j’avais l’engagement pour ma ville. Je me poserai ces questions. J’ai encore des projets pour Montpellier. C’est un honneur d’être maire de cette ville mais il existe aussi des parts difficiles. Vous êtes confrontés à la mort qui vous habite, qui vous hante, à des menaces. La question c’est le projet, le sens. Je vois des gens qui font le mandat de trop, qui n’ont plus de jus. Des collègues maires ont lâché en cours de route. On travaille avec ma majorité à ce que doit être Montpellier en 2030-2040. J’ai plein d’idées pour cela mais il y a un temps pour tout. J’aurais eu un mandat de 5 ans et demi marqué par le Covid. Malgré tout, j’ai réussi à tenir mes engagements sur le plan Écoles 2030, la gratuité des transports… Le 20 décembre avec la 5e ligne de tramway, j’aurai fini mes engagements. Ensuite c’est une nouvelle phase qui s’ouvre.

    Après la campagne « la plus folle de France » en 2020, craignez-vous une campagne violente ?

    M.D. : J’ai déjà été attaqué pendant la campagne de 2020. J’ai gagné parce que j’ai mené campagne avec sérieux et conviction. Le débat démocratique a besoin d’être élevé. Je ne minore pas tous les coups bas qui vont venir. J’invite à ne pas trop trumpiser notre démocratie. J’ai eu par deux fois des mots malheureux en conseil municipal. Je les regrette et m’en suis excusé, ce n’est pas mon tempérament.

    Montpellier a-t-elle été « apaisée » et a-t-elle rattrapé son retard ?

    M.D. : Montpellier ne pouvait plus continuer à vivre dans le conflit avec la Région, le Département, l’État… Tout était bloqué, les dossiers n’avançaient pas. Ma méthode a fonctionné. Une troisième caserne de pompiers arrive grâce au Département, les mineurs non accompagnés ne sont plus dans les hôtels du centre-ville mais dans un lieu digne et éducatif. La Région nous accompagne sur beaucoup de projets, ce qui soulage les investissements de la Ville. On a eu plus d’argent de l’État pour l’Anru, on a mieux coordonné nos actions sur la sécurité, on a réglé le bidonville de Celleneuve. Des dossiers étaient enlisés comme le Contournement ouest de Montpellier. Cela va transformer l’avenue de la Liberté où transitent 45 000 voitures. On est l’une des seules villes sans contournement.

    Vous avez qualifié la gestion
    des déchets de «
     catastrophique ». Mais la chaudière CSR n’est-elle pas un choix par défaut ?

    M.D. : Montpellier est la seule ville de France sans solution pour traiter ses déchets. La filière CSR [Combustible solide de récupération, Ndlr] est un choix de responsabilité préconisé par l’Ademe, combattue par l’extrême droite, qu’ont adopté tous les pays d’Europe. C’est une solution qui fonctionne et permet de faire de l’énergie et donc de baisser les factures pour 20 000 foyers. Personne ne veut d’une nouvelle décharge ou d’un incinérateur. L’usine de méthanisation Ametyst, imposée à Georges Frêche par les Verts, est un échec : 20 000 personnes subissent les odeurs et les camions. Avec René Revol, on a mis en place un audit citoyen. On a demandé à ce que la filtration soit la plus avancée. Il ne faut pas jouer sur les peurs. Ce qui est dangereux c’est le trafic de l’avenue de la Liberté et sa pollution atmosphérique mesurée par l’Atmo. Le CSR permettra de baisser la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Sinon tout le monde va devoir payer plus.

    Le Service express régional métropolitain (Serm) n’est-il
    pas une promesse sans lendemain de Macron
     ?

    M.D. : Évidemment. Ici mettons-nous d’accord sur une carte pour créer un dispositif de mobilités alternatif à la voiture à l’échelle du grand territoire : de Lunel à Sète. Carole Delga est d’accord pour que la part régionale du versement mobilités continue à financer l’amélioration de l’offre de transport dans l’aire urbaine de Montpellier. Il nous faut de l’argent pour ces investissements. On doit faire entendre notre voix. Plusieurs dossiers se jouent : celui de la LGV vers Béziers qui permettra la grande vitesse vers l’Espagne mais aussi le cadencement des TER entre Sète et Montpellier. Il y a aussi les cars express sur la partie nord. Je vais continuer à faire ma part du Serm. Le plus grand contributeur c’est l’exécutif métropolitain. On a fait la ligne 5 de tramway, l’extension de la ligne 1 d’Odysseum vers la gare Sud de France, les parkings relais, les bustrams jusqu’à Castries et Cournonterral et le réseau cyclable. Mais je le dois à chaque habitant : les travaux fin décembre, c’est fini ! J’attends des autres qu’ils fassent aussi leur part. Comme homme de gauche, j’ai une radicalité transformatrice. Il y a un avant et un après. Les transports étaient payants, ils sont devenus gratuits. On pourra aller d’une gare à l’autre ou aux universités en tramway.

    Que faire pour que la croissance démographique de Montpellier reste un atout, pas un handicap ?

    M.D. : C’est une question majeure. Montpellier ne peut pas accueillir tout le monde. C’est pour cela qu’on travaille sur la répartition de la croissance démographique et que l’enjeu des transports est fondamental. À ce titre, je salue la mémoire de l’ancien maire Pierre Soujol [décédé le 28 juin, Ndlr] qui a été formidable. On s’est dit que Lunel pouvait être un des territoires de la croissance démographique. Je suis très heureux qu’après 10 ans où on a subi l’urbanisation à la parcelle, nous ayons réussi à voter le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). J’ai parlé d’un changement de paradigme en matière d’urbanisme. On ne fera plus des logements n’importe où n’importe comment. On aura un urbanisme de projets, une urbanisation douce avec de petites extensions.

    La loi ZAN semble difficile à respecter. L’écologiste Jean-Louis Roumégas vous reproche d’avoir trop urbanisé…

    M.D. : Tout le monde dit que l’action menée ici est l’une des plus écologiques de France. L’extrême droite me traite de « maire escrologiste ». J’ai souvenir d’un Jean-Louis Roumégas aux côtés de Jean-Pierre Moure (ex-président PS d’Agglo) dont le slogan était Unlimited… Je pense que la sobriété est un enjeu. On a adopté la stratégie Zéro artificialisation nette (ZAN). Les Coteaux de Malbosc ne seront pas urbanisés, ni les Bouisses. À Montpellier, 100 hectares dédiés à l’urbanisation ne le seront pas. Le PLUI préserve les deux tiers des terres agricoles et naturelles. C’est un choix de rupture. On a fait l’office foncier solidaire qui permet l’accession à la propriété. Je tiendrai mes engagements avec 25% de logements sociaux.

    Pourquoi maintenir le jumelage avec Tibériade alors que celui avec Obninsk a été stoppé à cause de la guerre en Ukraine avec Poutine ?

    M.D. : Pas du tout. Nous sommes jumelés avec Obninsk. J’ai fait un courrier de condamnation à son maire pour qu’il se positionne. Il ne m’a jamais donné de réponse. Ce jumelage est donc gelé. Pour le reste, les habitants de Tibériade ne sont pas Netanyahou. On est jumelé avec Bethléem : après l’attaque du Hamas du 7 octobre, on aurait dû suspendre notre jumelage ? Sûrement pas. Vous pensez que je vais suspendre le jumelage avec Louisville parce qu’il y a le président Trump ? Ou avec Chengdu ? Sûrement pas. Montpellier est une ville qui doit dialoguer avec le monde, promouvoir la coopération, contribuer à sa manière à la paix. C’est le seul chemin. Je suis aux côtés des Israéliens qui manifestent, qui disent que ce gouvernement Netanyahou est en train de faire le mal. Comme je suis du côté des Palestiniens qui disent que le Hamas fait du mal. Ma position c’est la plus dure : deux États dans les frontières de 1967. Je soutiens l’initiative du Président Macron de reconnaître l’État palestinien. Malgré les pressions, nous avons accueilli le musée national de la Palestine.

    Une fierté et un regret du mandat ?

    M.D. : Je regrette de ne pas avoir pris de décision rapide sur les déchets, de ne pas avoir pris d’emblée la mesure de la gravité de la situation. Mon principal regret c’est le rapport au temps. Je fais 80 heures/semaine mais parfois on aimerait davantage se poser, échanger. Je vais vite parce que j’ai une exigence de l’action et du résultat. Je suis en colère contre l’inertie qui existe dans le pays. C’est l’ennemi car elle est coûteuse.

    Ma fierté, c’est d’avoir mis en œuvre la gratuité des transports. C’est en moyenne 1 400 euros d’économies pour un foyer avec deux enfants. Les gens me remercient et me disent de tenir bon face à ceux qui veulent la remettre en cause. Quand on est de gauche, il faut parler mais aussi faire. J’espère que tous les candidats de gauche défendront la gratuité.

  • Le couple Macron-Merz parle d’une seule et même voix

    Le couple Macron-Merz parle d’une seule et même voix

    Dans un contexte international très tendu et avec un des deux gouvernements en sursis, le couple franco-allemand a tenu à montrer vendredi, au terme d’un Conseil des ministres commun qui s’est déroulé dans le salon de la résidence du préfet maritime, une image d’unité. Seul l’avenir nous dira, assez vite d’ailleurs, si elle n’était que de façade ou si la machine vient réellement de redémarrer.

    Pour booster cette image, la volonté exprimée a été celle de bâtir de concert une vingtaine de projets phares. Une stratégie présentée comme profitable, bien sûr, aux deux économies. Et cela autant au niveau de l’industrie, de la recherche que de la défense.

    En matière d’énergie, par exemple, il a été en mis en avant « une avancée majeure ». Avec pour ambition de « diminuer les coûts, garantir la sécurité d’approvisionnement et atteindre nos objectifs climatiques ».

    La paix à l’agenda

    Emmanuel Macron a également mis en avant, au cours de cette conférence de presse, les efforts pour « parvenir à une paix juste et durable » en Ukraine, au cœur de l’agenda commun.

    « Je le dis avec autant de force et de solidarité après ces derniers jours, où les attaques ont repris avec force et où, à nouveau, des civils ukrainiens ont été touchées », a-t-il insisté, pointant l’écart qu’il existe entre les positions prises, avec les autres dirigeants dans les sommets internationaux, par le Président Poutine et la réalité sur le terrain. Et de poursuivre, au cas où les engagements du président russe ne seraient pas tenus : « Nous continuerons d’exercer des pressions pour que des sanctions supplémentaires soient prises par nous-mêmes ainsi que par les États-Unis d’Amérique. »

    Concernant la situation au Proche-Orient, le chef de l’État a condamné « le désastre humain dans la bande de Gaza » qualifié d’« intolérable ». « L’état de famine qui a été déclaré par les Nations unies est très clairement le résultat du blocage de l’aide humanitaire », a-t-il souligné, en appelant en urgence à l’arrêt des combats et à l’ouverture des accès humanitaires et de l’aide aux populations civiles. Mais, aussi, à construire « un chemin de paix, un chemin politique de discussion avec toutes les parties ». Une solution politique, insiste-t-il, « pour une paix durable pour les Israéliens comme pour les Palestiniens ». Bien sûr dans le cadre d’une solution à deux états.

    Parmi les solutions à court terme, il a salué « la décision très courageuse du chancelier de cesser toute exportation d’armements susceptibles d’être utilisées à Gaza ».

    Au sujet des solutions « pour augmenter la compétitivité de l’Europe », ambition partagée par Emmanuel Macron et Friedrich Merz, les recettes apportées, sans surprise, reposent une nouvelle fois sur une baisse des charges pour les entreprises, ainsi que sur une « synchronisation de l’agenda économique et social », une notion encore floue dans ses applications concrètes.

    Pas de démission

    Interrogé sur la barre franchie des 3 millions de chômeurs en Allemagne, le chancelier a brandi le sempiternel remède libéral : « Il faut réformer le marché du travail ». Sur ce point aussi, les deux dirigeants parlent d’une même voix, au risque d’inquiéter les syndicats et les salariés des deux côtés du Rhin.

    Titillé sur la crise politique que traverse notre pays et sur la chute annoncée du gouvernement, le Président français a affirmé que, quoi qu’il advienne, il ne démissionnerait pas. Un mandat qu’il entend « exercer jusqu’à son terme ».

  • Conseil des ministres franco-allemand : Macron et Merz se retrouvent à Toulon pour la défense européenne

    Conseil des ministres franco-allemand : Macron et Merz se retrouvent à Toulon pour la défense européenne

    La Rade vivra un moment d’histoire, vendredi, avec l’organisation du 26e Conseil des ministres franco-allemand. Après une réunion privée avec le chancelier allemand Friedrich Merz, jeudi soir à Brégançon, le Président Emmanuel Macron recevra son hôte, vendredi à la Préfecture maritime, en compagnie de dix ministres de part et d’autre, qui contribueront aux réunions selon les sujets.

    Le point central sera la nécessité de renforcer le couple franco-allemand dans l’optique d’une défense européenne forte. Premier pilier : le besoin de convergence sur les enjeux technologiques, stratégiques et militaires, pour être dans la compétition internationale via l’allègement des contraintes normatives. Second pilier : des projets industriels et politiques coordonnés, pour une Europe plus crédible et efficace. Seront abordés la gestion des frontières et de l’économie, pour que Bruxelles dispose des outils budgétaires nécessaires.

    Les discussions seront organisées en trois sessions plénières, qui aborderont d’abord la stratégie industrielle et la souveraineté sur des sujets liés au numérique et à l’espace notamment (tels que l’IA). La seconde session aura pour but de faire converger les réformes économiques et sociales. Sur les bases de ces échanges, les sujets de sécurité et de défense seront, ensuite, développés, avec, en filigrane, les grands sujets internationaux (Ukraine, Iran et Palestine en tête).

  • [Université d’été du PCF] À Montpellier, Fabien Roussel appelle à la mobilisation

    [Université d’été du PCF] À Montpellier, Fabien Roussel appelle à la mobilisation

    Après une journée riche en débats pour le deuxième jour de l’Université d’été du PCF organisée ce week-end à Montpellier, Fabien Roussel, armé de ses plus belles chaussures rouges, est rentré sous une ovation dans l’amphithéâtre du Corum, samedi. Il faut dire qu’avec le nombre de sujets brûlants qui agitent l’actualité, sa prise de parole était attendue.

    Le Nordiste n’a pas tergiversé longtemps : « La situation est de plus en plus dure. Quand on allume le poste, c’est la guerre, les violences, les massacres, des famines », a-t-il immédiatement lancé avant de consacrer une partie de son discours aux sujets internationaux. Il a ainsi appelé à refuser de « se faire humilier par Ursula von der Leyen qui sans aucun mandat démocratique est allée signer la capitulation à Washington ». Sur ce sujet des droits de douane américains, Fabien Roussel a demandé « la tenue d’un conseil européen exceptionnel », la convocation « au plus vite » des parlements ainsi que la convocation d’un référendum en France.

    Sur le conflit ukrainien, il a appelé aux négociations pour garantir la neutralité de l’Ukraine. Sur le « le génocide du peuple palestinien », le communiste a fait part de « sa colère devant des chefs d’État européens qui se disent prêts à envoyer des troupes en Ukraine mais qui laissent faire le gouvernement criminel de Netanyahou et ses ministres racistes ». Les militants présents ont ensuite ovationné Qassem Awad, dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), présent dans la salle.

    Rentrée sociale explosive

    Fabien Roussel a ensuite réclamé un « boycott militaire et commercial » d’Israël et a renouvelé la demande de libération des otages israéliens et celle de Marwan Barghouti. Il a également confirmé travailler avec les forces politiques, associatives et syndicales à « une grande marche pacifique pour l’arrêt des massacres, pour la libération des otages israéliens et des prisonniers palestiniens et une solution à deux États ».

    Mais le cœur du discours de près d’une heure trente du secrétaire national a bien porté sur la rentrée sociale et la mobilisation pour s’opposer au plan d’austérité prévu. Fabien Roussel a d’abord confirmé que sans changement sur le budget, il appellerait à la censure du gouvernement Bayrou. « Le PCF soutient toutes celles et ceux qui se mobiliseront en cette rentrée pour mettre un coup d’arrêt à ce braquage inédit de nos richesses nationales », a-t-il poursuivi tout en indiquant qu’il serait aux côtés des énergéticiens le 2 septembre, des personnels des Hôpitaux de Paris (AP-HP) et des personnels de santé, le 4 octobre et de ceux qui veulent « bloquer le pays » le 10 septembre. « Nous partageons pleinement la révolte de celles et ceux qui travaillent dur et ne récoltent que du mépris de la part de ministres qui émargent à 10 000 euros par mois, ne payent pas le train, l’avion, l’essence, l’électricité, la nourriture mais qui nous donnent des leçons de vie. Il y a 20 millionnaires parmi les ministres : qu’ils vivent avec un Smic et payent leurs factures et on en reparlera », a-t-il insisté.

    Après un focus sur l’importance du milieu associatif où « 186 000 emplois sont menacés » qui s’ajoutent aux « 300 000 emplois menacés dans l’industrie », le maire de Saint-Amand-les-Eaux a insisté sur l’importance de retrouver un « État fort, solidaire et juste » et de rétablir une « République laïque et sociale ». Fabien Roussel a ensuite listé une partie des propositions mises en avant par les communistes pour cette rentrée. S’il appelle à la fin « des orgies de subventions publiques pour les grands groupes et les cures d’austérité pour les services publics », il réclame un « Pacte pour la France » qui s’appuierait sur un plan d’investissement de 500 milliards d’euros en cinq ans. « C’est pour cela aussi que nous revendiquons la nécessité de nationaliser certains établissements bancaires privés. Il y a besoin de cette révolution qui consiste à mettre une partie du capital au service du travail, de la production, du climat et du redressement du pays », explique-t-il.

    Dans ce « pacte », il propose aussi une augmentation des salaires, des pensions de retraite et la baisse de 30 à 50% des prix de l’électricité. Il souhaite aussi la construction de 200 000 nouveaux logements par an, la relance de « 20 nouvelles centrales nucléaires » et la planification de « l’embauche et la formation, sous statut de centaines de milliers d’enseignants, de soignants, de travailleurs sociaux, de douaniers, de policiers, d’agents territoriaux ».

    Ces propositions seront à nouveau mises en avant à la Fête de l’Huma, les 12, 13 et 14 septembre.

    « Le PCF soutient tous ceux qui se mobiliseront pour arrêter
    ce braquage inédit de nos richesses »

  • Conflit en Ukraine : Trump pousse pour un compromis, Macron doute de Poutine

    Conflit en Ukraine : Trump pousse pour un compromis, Macron doute de Poutine

    La Marseillaise : Le président ukrainien est attendu, ce lundi à Washington, après la réunion de la coalition « des volontaires », organisée dimanche. La rencontre Trump-Poutine a accéléré les choses ?

    Jean de Gliniasty : Très peu d’informations ont filtré sur la teneur des propos échangés entre Donald Trump et Vladimir Poutine. L’invitation à Washington envoyée par Trump à Volodymyr Zelensky, pour lui faire part des résultats de ces entretiens, est notable. Il veut lui mettre le marché en main. Les propositions du président américain sont toujours les mêmes : on s’arrête sur les lignes de front, l’Ukraine n’entre pas dans l’Otan, la Russie garde – sans reconnaissance internationale – les territoires qu’elle occupe déjà, on lève les sanctions et on commence une nouvelle période. Cela s’est un peu affiné depuis, avec l’idée d’échange de territoires. Selon un grand quotidien [New York Times ndlr], les Russes auraient manifesté leur disponibilité pour, en échange de la récupération de l’ensemble du Donetsk, geler les lignes de front à Zaporijjia et Kherson. Ce qui signifie sacrifier leurs ambitions et renoncer à des territoires qui sont formellement annexés à la Russie par la Constitution russe. On voit déjà se profiler une possibilité de compromis. Avant de partir pour Washington, Zelensky a dit qu’il allait là-bas pour négocier les détails. Cela veut dire qu’il y a un semblant d’accord, ou en tout cas qu’il est prêt à des concessions territoriales. Il n’est pas exclu que, comme l’a dit Trump lui-même, les choses aillent plus vite qu’on ne le croit, avec cette idée de réunir un sommet tripartite vendredi. Mais, peut-être n’est-ce pour Trump qu’une façon de prendre ses désirs pour des réalités.

    Pourquoi Trump est-il revenu sur l’exigence d’un cessez-le-feu et parle désormais d’accord de paix ?

    J.d.G. : Trump n’a jamais été très favorable au cessez-le-feu, qui est une demande des Ukrainiens, appuyés par les Européens. Ils ont obtenu de lui, à la veille de la réunion de l’Alaska, qu’il mette le cessez-le-feu au premier rang de ses priorités. La volonté de Trump, c’est plutôt de faire la paix, un cessez-le-feu, c’est une solution transitoire qu’il considère comme insuffisante pour son palmarès. Les Russes eux-mêmes n’ont aucun intérêt au cessez-le-feu, puisqu’ils ont l’avantage sur le terrain. C’est plutôt une demande ukrainienne pour geler une situation qui commence à leur échapper un petit peu, moins qu’on le dit, mais quand même. Les Russes ont toujours dit qu’un cessez-le-feu ne pouvait être concevable que si les Européens surtout, mais aussi les Américains, s’abstenaient pendant cette période de continuer à réarmer l’Ukraine. Ils ne veulent pas que ce cessez-le-feu serve de répit pour les forces ukrainiennes.

    Trump semble vouloir aller vite. Quel est son objectif ?

    J.d.G. : Trump a utilisé la carotte et le bâton. Le bâton, c’était la perspective de sanctions auxquelles il a dit lui-même ne pas croire beaucoup. Pour Trump, ce sont des mesures qui gênent le développement des relations économiques et qui, parfois, font le jeu des concurrents des États-Unis. Si l’on prend, par exemple, les sanctions secondaires imposées à l’Inde et à la Chine s’ils continuent à importer du pétrole russe, c’est une idée dont beaucoup d’experts pensent qu’elle se retournera contre les intérêts des États-Unis. Et pour cause, la Chine envisage des mesures de rétorsion et n’envisage pas de renoncer à l’achat de pétrole russe. La priorité de Trump, c’est de rétablir la relation économique dans tous les domaines avec la Russie, avec l’exploitation de l’Arctique, le développement de la coopération en matière énergétique, notamment l’uranium, le pétrole, ensuite les métaux rares ainsi que la coopération spatiale. Il estime que c’est l’intérêt des États-Unis, qu’ils ne doivent pas se priver d’immenses marchés que représente la Russie.

    Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a été vu en Alaska avec un pull floqué « URSS ». Faut-il y voir un message ?

    J.d.G. : C’est un symbole assez fort. Dans les grands sommets russo-américains qui avaient lieu du temps de l’URSS, c’était une période bénie, si je puis dire, pour la Russie soviétique, qui était l’interlocuteur principal des États-Unis.

    Le président ukrainien est attendu, ce lundi, à Washington. À ses côtés, une flopée de dirigeants feront le déplacement : la présidente de la Commission européenne, le Président français, le chancelier allemand, la Première ministre italienne, le Premier ministre britannique, le président finlandais et le chef de l’Otan. Cette décision a été annoncée la veille, avant une visioconférence de la « coalition des volontaires », visant à examiner ce que pourraient être les contours d’un éventuel accord de paix entre l’Ukraine et la Russie, après le sommet Trump-Poutine, en Alaska, qui n’a débouché sur aucune annonce concrète.