Tag: Tunisie

  • [Rencontres d’Averroès Junior] Restitution des travaux à l’Espace Julien

    [Rencontres d’Averroès Junior] Restitution des travaux à l’Espace Julien

    Et ce, dans des conditions professionnelles, micro
    en main. Un travail et des paroles croisées récoltées dans le cadre du programme Averroès Junior, réalisé sous la supervision des professeurs des deux établissements, de l’une des coordinatrices du dispositif Émilie Ortuno et de la journaliste Lisa Chastel. Cette dernière a également travaillé à la réalisation de la création sonore collective Voyage scolaire de Marseille à Tunis.

  • Rencontre entre lycéens des deux rives de la Méditerranée

    Rencontre entre lycéens des deux rives de la Méditerranée

    Il est 10 heures au sein du café librairie Le Poisson Lune, situé boulevard Baille dans le 5e arrondissement de Marseille. Dans la salle du fond, autour d’un petit-déjeuner composé de viennoiseries, de café, de thé, de jus de fruits, la discussion se lance. « Le système scolaire ne nous plaît pas, il y a trop d’injustices. On se révolte, on manifeste pour essayer de faire changer cela », lâche Nour, appelée à expliquer les revendications portées par le mouvement lycéen en France. Alternant entre français et arabe, elle liste les raisons de la colère : « Certains ont un patrimoine culturel beaucoup plus important. Parcoursup dépend du statut social. » Assis face à elle, ses camarades du lycée Antonin-Artaud (13e) et les élèves du lycée secondaire de Tajerouine en Tunisie, arrivés la veille, l’écoutent attentivement.

    « Le mouvement lycéen a été rejoint par le mouvement étudiant puis tous ceux qui étaient contre le gouvernement se sont greffés. En ce moment, en France, on a un problème sur l’essence, l’inflation, la vie chère, Vous arrivez dans un moment super intéressant de la démocratie française », s’enthousiasme Raphaëlle, l’une des professeurs du lycée marseillais. À l’écoute des doléances, ses homologues tunisiens Nadia, professeur de Français, et Fadhel, professeur d’histoire-géographie, acquiescent et font le parallèle avec son établissement. « On a un problème d’effectif, il y a un manque d’enseignants, on a 36 voire 40 élèves par classe », soulèvent-ils.

    Cette discussion s’est déroulée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 et du dispositif Averroès Junior, qui met en place des actions d’éducation artistique et culturelle dans le sillage des Nouvelles Rencontres d’Averroès. À l’issue de leur voyage en Tunisie au printemps dernier, les élèves marseillais ont réalisé un podcast disponible à l’écoute sur le site du festival.

    Franchir, s’affranchir

    et se rencontrerr

    Après ce temps d’échange, les lycéens se réunissent en trois groupes de travail pour aborder le thème du festival : franchir, s’affranchir
    ainsi que se rencontrer. Sur la terrasse, un groupe s’attaque à la première notion et y accole des idées inspirées par le séjour au Maghreb : « Franchir la Méditerranée, les frontières qui nous séparent, les barrières de la langue et de la culture. » Mounir, professeur de mathématiques au sein de l’établissement marseillais, donne la définition de ce mot en arabe, « dépasser » et « outrepasser ». Au sens propre, comme figuré.

    « Nous, la politique, on en parle souvent, même dans les écoles alors que vous, c’est un peu tabou. Comment vous ressentez ça ? C’est quoi pour vous la politique ? », interroge Lisa. Nour, renchérit : « Nous, on est très impliqués politiquement, on s’est révoltés contre notre gouvernement, on a fait des gros blocus. Vous avez le droit de manifester vous ? » La jeune lycéenne aide Yasmine à formuler sa réponse en traduisant ses mots. « Oui, on a le droit de manifester, mais on n’ose pas le faire. C’est plutôt pour les grands la politique, pas pour les petits », pousse la jeune tunisienne. Quelques mots qui mettent en évidence deux réalités politiques très différentes.

    Dans une autre salle, assis sur des tapis, les élèves s’attaquent au verbe « s’affranchir ». « Tout d’abord, nous devons définir ce mot », insiste Adem. Les silences et rires gênés remplissent l’espace tandis qu’une feuille posée sur le sol reste blanche. Shahd lâche, dans un anglais parfait : « On est ultra-sociables comparés aux Français qui sont très timides. » Et Stanislas, du lycée Arthaud, de s’atteler à la traduction pour ses camarades. Finalement, une question centrale ressort de ces échanges : « Est-ce que les frontières empêchent l’affranchissement ? » Marc, professeur de philosophie, propose une piste de réflexion : « Peut-être insister sur ce que le voyage permet, en termes d’affranchissement en particulier. Et, peut-être, distinguer l’affranchissement comme indépendance, devenir indépendant d’une tutelle, d’une domination et l’idée d’autonomie. C’est-à-dire devenir vraiment l’auteur de sa propre vie, de sa propre pensée. »

    Pour « se rencontrer », les lycéens se questionnent sur ce qui les rassemble. « La mer », notent-ils en premier lieu. Et insistent sur l’hospitalité de leurs hôtes lors de leur visite. « On a eu l’impression d’être des gens importants », se remémore Yassine. Si Maram n’est pour l’instant pas convaincue par la gastronomie marseillaise, Imen a, au contraire trouvé le repas de la veille « délicieux ». Reste à savoir si le reste du séjour lui fera changer d’avis.

    Mounir se réjouit. « Ils avaient parfois des préjugés les uns sur les autres, véhiculés par les médias ou leurs familles et finalement, ce projet donne lieu à des moments extraordinaires », fait valoir l’enseignant. Et pourtant, sans la participation financière d’entreprises et de donateurs privés, l’écriture et vente d’un livre ainsi que de petits gâteaux, « ce voyage n’aurait jamais pu avoir lieu », martèle Raphaëlle, pointant une Éducation nationale en crise.

    COMMENT VOYEZ-VOUS L’AVENIR?

    Roujda, 18 ans, élève au lycée Antonin-Artaud, Marseille

    « Dans l’avenir, je me vois à l’étranger parce qu’ici je ne me vois pas trop. Je me vois en tant que psychologue, psychanalyste ou criminologue. Mais en tout cas, pas en France parce que honnêtement, ce n’est pas trop sérieux. Le métier de criminologue, il n’existe même pas : il y a des formations mais tu n’as pas de diplôme à la fin. Psychanalyste aussi, c’est pareil. Je pense aller étudier à l’étranger ça sera moins cher. »

    Imen, 18 ans, élève au lycée Tajerouine, Tunisie

    « Je voudrais devenir médecin, mais la médecine est très difficile et ce sont des études très longues. Or, je veux rapidement travailler et avoir de l’argent. Moi, je préfère avoir beaucoup de ressources pour avoir de l’argent. Je pense que je vais m’inscrire dans un institut d’ingénierie en Tunisie dans la section science expérimentale. Je suis obsédée par la mode, les vêtements. Je veux utiliser les vêtements et je pense travailler dans ce domaine après avoir fini mes études. »

    Shahd, élève au lycée, Tajerouine, Tunisie

    « Je n’ai pas vraiment d’idée précise sur ce que j’aimerais devenir plus tard. Mais j’aimerais avoir un avenir radieux, réaliser mes rêves et mettre un terme à toute cette situation que nous vivons en Tunisie. Je veux voyager, avoir une famille, des enfants, m’adonner à une activité artistique ou faire du sport. Mais, là… j’ai juste un peu peur donc quand je parle aux gens, ils ont du mal à comprendre ce que je veux faire passer. »

    Adem, 18 ans, élève au lycée, Tajerouine, Tunisie

    « Personnellement, je me vois pilote d’avion parce que c’est mon rêve. J’aime aussi beaucoup voyager, découvrir plusieurs pays, des mentalités et des modes de vie pour élargir mon horizon. Je veux juste connaître beaucoup de personnes pour avoir beaucoup d’amitiés. »

    Maram, 17 ans, élève au lycée Tajerouine, Tunisie

    « Je veux vraiment devenir psychologue en faisant des études supérieures, c’est mon métier dans le futur. Mais, j’espère aussi qu’on pourra s’entraider, prendre davantage soin les uns des autres et donner davantage. Et c’est vraiment comme ça qu’on doit voir les choses. Et j’espère qu’on va s’unir pour aider les pauvres et aider à sauver les animaux et à sauver le monde de ce virus de l’égoïsme. »

    Yassine, 18 ans, élève au lycée Antonin-Artaud, Marseille

    « Je me vois déjà finir mes études de droit. Après, j’aimerais bien ouvrir un cabinet d’avocat. Ouvrir un cabinet d’avocat, c’est mon objectif. »

    Propos recueillis par Natasha Monno

  • Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Singulier échange hier entre des lycéens marseillais et des lycéens tunisiens à l’occasion des Rencontres d’Averroès.

    En apparence si différents, ces jeunes sont si semblables dans leurs aspirations, leurs doutes, leur rapport à l’avenir.

    De part et d’autre de la Méditerranée, ces jeunes sont confrontés aux questions posées par notre drôle d’époque
    à la nouvelle génération.

    Cet échange a eu lieu alors que la France
    est secouée par un mouvement social d’une très grande ampleur, initié par des lycéens, mais aussi par le contrecoup de l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi.

    Cauchemar social et identitaire

    Quelles perspectives d’avenir notre monde offre-t-il à sa jeunesse ? Une vie socialement pire que celle vécue par les générations précédentes ? Un cauchemar identitaire ?

    Si l’on ajoute à cela, les guerres qui défigurent la planète et les conséquences du dérèglement climatique… Il y a de quoi plonger dans un infini marasme.

    Personne ne peut s’épanouir avec le poids du fatalisme et de la désespérance sur les épaules.

    C’est aussi la raison pour laquelle le mouvement de la jeunesse en cours dans notre pays et ailleurs dans le monde doit obtenir des réponses concrètes à ses revendications légitimes.

    Tout doit être fait pour lever les obstacles qui bouchent l’horizon et permettre aux jeunes de faire des rêves.

    Cela ne se fera pas sans eux, sans leur détermination individuelle et leur mobilisation collective pour remettre nos sociétés sur le chemin du progrès et de la paix.

  • Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Depuis la partie haute du Fort Saint-Nicolas, construit sur ordre de Louis XIV pour mater la soif de liberté des Marseillais, la ville, la mer et l’horizon. Obstruction. Démantelée pendant la Révolution, transformée en prison et garnison militaire jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est ici qu’un certain Habib Bourguiba, alors jeune leader indépendantiste voulant libérer la Tunisie du protectorat français, fut détenu entre 1939 et 1942. Le point de départ de « Résistances & Désobéissances », œuvre d’une résidence croisée entre un artiste tunisien et un français, inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée à partir du samedi 16 mai à la Citadelle. « Je savais qu’il était passé par ici mais on n’en trouve pas traces dans sa biographie officielle. Pourtant, il raconte toutes ses autres incarcérations. Il était détenu dans ce fort sous le régime de Vichy et a été ensuite libéré par les Allemands à Lyon. On trouve trace ensuite de Bourguiba avec des hommes de Mussolini. C’est pour ça qu’il l’a caché », tranche Saber Zammouri, vue sur une cour et d’anciennes cellules cernées par des murs de pierre d’un rouge et blanc d’une liberté contenue. Comme les couleurs estompées de la Tunisie et de celui qui en deviendra le président entre 1957 et 1987. Père de la Tunisie moderne pour les uns, dictateur pour les autres. Sur les portes des cellules du Fort Saint-Nicolas, fines alcôves, des ouvertures qu’on se surprend à vulgairement inspecter tel un maton. Une dizaine de lucarnes sur l’enfer d’où jaillissent dispositifs et archives sonores, objets en tous genres.

    « Je parle aussi du colonialisme, de l’Empire français, des rapports historiques et actuels entre la France et la Tunisie. Pour un migrant et artiste comme moi, c’est une belle occasion pour dire quelque chose », prend à cœur cet artiste installé à Marseille depuis plus de trois ans. La dictature et le colonialisme, des prisons mentales qui s’entretiennent mutuellement. « Le colonialisme a facilité la tâche de Bourguiba à devenir ce personnage politique dominant, paternaliste et autoritaire », estime Saber Zammouri. Selon lui, deux « séquelles » d’une même pièce qui percutent sa propre histoire, lui le natif d’« un petit village dans la région de Médenine et Tataouine. Pendant la colonisation française, c’était une région militaire où il y avait même un bagne. Une gouvernance militaire très violente envers ma région, ma famille, mon village. Et après l’indépendance, c’était presque pareil. Le régime tunisien a continué à la négliger. Et dans le pays, il y avait des luttes armées et une opposition à Bourguiba qui a emprisonné beaucoup de jeunes, assassiné ses opposants comme ceux de l’Union générale des étudiants de Tunisie. C’était un dictateur, il s’est même déclaré président à vie en 1974 », ne peut qu’observer cet artiste.

    Ce dernier tisse le lien entre hier et nos jours, représentant dans son installation l’esprit de Gilbert Naccache, « l’un des fondateurs du Parti communiste tunisien, emprisonné arbitrairement par Bourguiba », mais aussi un jeune Tunisois d’aujourd’hui dont les portraits tapissent des murs du Fort Saint-Nicolas. Connue pour son esprit frondeur et révolté, sa région natale l’est aujourd’hui « beaucoup moins. 60% à 70% de sa jeunesse est aujourd’hui migrante en France », fait remarquer Saber Zammouri, barbe hirsute mais idées claires. Le fruit d’un « même système », perpétué à la suite de Bourguiba par Ben Ali et les régimes suivants. « Nous, les artistes, on a un rôle compliqué. Certains disent qu’on est instrumentalisés mais on essaye de détourner les choses et créer des espaces de dialogue. Mais je pense qu’on peut changer les choses. Peut-être même plus que les politiciens », espère-t-il.

    Gratuit sur inscription. Ouvert tous les samedis et dimanches
    à partir du 16 mai. www.citadelledemarseille.org

  • Un Toulonnais traverse la Tunisie et la Suède… à pieds

    Un Toulonnais traverse la Tunisie et la Suède… à pieds

    Un homme, ses pieds et ses chiens. À 28 ans, Bacem Guizani, jeune aventurier et documentariste originaire de Toulon, voyage léger. Ce passionné de grands espaces et de philosophie, admirateur de Diogène, aspire à « se détacher de son confort. Ça ne m’attire pas de dormir dans un Airbnb, ce n’est pas une question d’ego ».

    Une soif de découverte née en 2022, lorsque le jeune homme traverse une partie de la Tunisie à pieds, avec ses deux chiens, Iggy et Dante, pour se recueillir sur la tombe de son père. « Je n’avais jamais vraiment voyagé. Ça m’a mis une claque et donné envie d’en voir davantage », décrit-il. Un mois après, en novembre, il part découvrir l’univers des chiens de traîneau, en Norvège, aux côtés d’un musher français, avec l’idée d’en faire un documentaire. Il y retourne un an plus tard, pour quelques semaines, avant de décider de passer une année entière en Scandinavie, en Suède cette fois, dès septembre 2024.

    Carnets de voyage

    Toujours avec sa caméra au poing, Bacem parcourt 200 km à pieds, direction la Laponie. L’aventure n’est pas sans accroc : il apprend le décès d’un ami qu’il tentait de faire venir en Suède en travaillant, en contrepartie, gratuitement chez une musheuse, qui l’exploite. Il s’enfuit alors, d’abord chez un autre musher, puis pour un nouveau périple, de 900 km, cette fois, à travers le pays. Juste avant de partir, l’un de ses chiens se blesse à la gorge sans être correctement soigné par les vétérinaires suédois, si bien qu’il lui faudra de longs mois et un retour en France pour guérir totalement. « Ça n’a pas été facile, notamment à cause du fait qu’il n’a pas fait nuit pendant deux mois », avoue-t-il.

    De ces aventures maghrébines et arctiques, Bacem Guizani veut tout raconter. Il le fait à travers des photos, des carnets de voyage, disponibles sur son site internet*, et via des documentaires, dans lesquels il met en scène ses chiens, fils rouges de ses expéditions : l’un consacré à son voyage en Tunisie, d’autres aux chiens de traîneau, donc, à l’Arctique Norvégien, à sa traversée de la Suède… Des projets en cours de réalisation, qui viennent s’ajouter à d’autres plus locaux, disponibles sur sa chaîne YouTube. Le dernier en date, soutenu par le Muséum départemental du Var, intitulé Le Las, un fleuve et des chiens, et que le documentariste projette de présenter en festival, nous emmène à la découverte de ce fleuve toulonnais aux multiples surprises. Car « avant de découvrir le monde, émerveillons-nous de ce qu’il y a autour de chez nous », soutient-il. Heureux qui comme Bacem…

    *Infos sur 2dogs1guy.com