Tag: Tunisie

  • Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Depuis la partie haute du Fort Saint-Nicolas, construit sur ordre de Louis XIV pour mater la soif de liberté des Marseillais, la ville, la mer et l’horizon. Obstruction. Démantelée pendant la Révolution, transformée en prison et garnison militaire jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est ici qu’un certain Habib Bourguiba, alors jeune leader indépendantiste voulant libérer la Tunisie du protectorat français, fut détenu entre 1939 et 1942. Le point de départ de « Résistances & Désobéissances », œuvre d’une résidence croisée entre un artiste tunisien et un français, inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée à partir du samedi 16 mai à la Citadelle. « Je savais qu’il était passé par ici mais on n’en trouve pas traces dans sa biographie officielle. Pourtant, il raconte toutes ses autres incarcérations. Il était détenu dans ce fort sous le régime de Vichy et a été ensuite libéré par les Allemands à Lyon. On trouve trace ensuite de Bourguiba avec des hommes de Mussolini. C’est pour ça qu’il l’a caché », tranche Saber Zammouri, vue sur une cour et d’anciennes cellules cernées par des murs de pierre d’un rouge et blanc d’une liberté contenue. Comme les couleurs estompées de la Tunisie et de celui qui en deviendra le président entre 1957 et 1987. Père de la Tunisie moderne pour les uns, dictateur pour les autres. Sur les portes des cellules du Fort Saint-Nicolas, fines alcôves, des ouvertures qu’on se surprend à vulgairement inspecter tel un maton. Une dizaine de lucarnes sur l’enfer d’où jaillissent dispositifs et archives sonores, objets en tous genres.

    « Je parle aussi du colonialisme, de l’Empire français, des rapports historiques et actuels entre la France et la Tunisie. Pour un migrant et artiste comme moi, c’est une belle occasion pour dire quelque chose », prend à cœur cet artiste installé à Marseille depuis plus de trois ans. La dictature et le colonialisme, des prisons mentales qui s’entretiennent mutuellement. « Le colonialisme a facilité la tâche de Bourguiba à devenir ce personnage politique dominant, paternaliste et autoritaire », estime Saber Zammouri. Selon lui, deux « séquelles » d’une même pièce qui percutent sa propre histoire, lui le natif d’« un petit village dans la région de Médenine et Tataouine. Pendant la colonisation française, c’était une région militaire où il y avait même un bagne. Une gouvernance militaire très violente envers ma région, ma famille, mon village. Et après l’indépendance, c’était presque pareil. Le régime tunisien a continué à la négliger. Et dans le pays, il y avait des luttes armées et une opposition à Bourguiba qui a emprisonné beaucoup de jeunes, assassiné ses opposants comme ceux de l’Union générale des étudiants de Tunisie. C’était un dictateur, il s’est même déclaré président à vie en 1974 », ne peut qu’observer cet artiste.

    Ce dernier tisse le lien entre hier et nos jours, représentant dans son installation l’esprit de Gilbert Naccache, « l’un des fondateurs du Parti communiste tunisien, emprisonné arbitrairement par Bourguiba », mais aussi un jeune Tunisois d’aujourd’hui dont les portraits tapissent des murs du Fort Saint-Nicolas. Connue pour son esprit frondeur et révolté, sa région natale l’est aujourd’hui « beaucoup moins. 60% à 70% de sa jeunesse est aujourd’hui migrante en France », fait remarquer Saber Zammouri, barbe hirsute mais idées claires. Le fruit d’un « même système », perpétué à la suite de Bourguiba par Ben Ali et les régimes suivants. « Nous, les artistes, on a un rôle compliqué. Certains disent qu’on est instrumentalisés mais on essaye de détourner les choses et créer des espaces de dialogue. Mais je pense qu’on peut changer les choses. Peut-être même plus que les politiciens », espère-t-il.

    Gratuit sur inscription. Ouvert tous les samedis et dimanches
    à partir du 16 mai. www.citadelledemarseille.org

  • Un Toulonnais traverse la Tunisie et la Suède… à pieds

    Un Toulonnais traverse la Tunisie et la Suède… à pieds

    Un homme, ses pieds et ses chiens. À 28 ans, Bacem Guizani, jeune aventurier et documentariste originaire de Toulon, voyage léger. Ce passionné de grands espaces et de philosophie, admirateur de Diogène, aspire à « se détacher de son confort. Ça ne m’attire pas de dormir dans un Airbnb, ce n’est pas une question d’ego ».

    Une soif de découverte née en 2022, lorsque le jeune homme traverse une partie de la Tunisie à pieds, avec ses deux chiens, Iggy et Dante, pour se recueillir sur la tombe de son père. « Je n’avais jamais vraiment voyagé. Ça m’a mis une claque et donné envie d’en voir davantage », décrit-il. Un mois après, en novembre, il part découvrir l’univers des chiens de traîneau, en Norvège, aux côtés d’un musher français, avec l’idée d’en faire un documentaire. Il y retourne un an plus tard, pour quelques semaines, avant de décider de passer une année entière en Scandinavie, en Suède cette fois, dès septembre 2024.

    Carnets de voyage

    Toujours avec sa caméra au poing, Bacem parcourt 200 km à pieds, direction la Laponie. L’aventure n’est pas sans accroc : il apprend le décès d’un ami qu’il tentait de faire venir en Suède en travaillant, en contrepartie, gratuitement chez une musheuse, qui l’exploite. Il s’enfuit alors, d’abord chez un autre musher, puis pour un nouveau périple, de 900 km, cette fois, à travers le pays. Juste avant de partir, l’un de ses chiens se blesse à la gorge sans être correctement soigné par les vétérinaires suédois, si bien qu’il lui faudra de longs mois et un retour en France pour guérir totalement. « Ça n’a pas été facile, notamment à cause du fait qu’il n’a pas fait nuit pendant deux mois », avoue-t-il.

    De ces aventures maghrébines et arctiques, Bacem Guizani veut tout raconter. Il le fait à travers des photos, des carnets de voyage, disponibles sur son site internet*, et via des documentaires, dans lesquels il met en scène ses chiens, fils rouges de ses expéditions : l’un consacré à son voyage en Tunisie, d’autres aux chiens de traîneau, donc, à l’Arctique Norvégien, à sa traversée de la Suède… Des projets en cours de réalisation, qui viennent s’ajouter à d’autres plus locaux, disponibles sur sa chaîne YouTube. Le dernier en date, soutenu par le Muséum départemental du Var, intitulé Le Las, un fleuve et des chiens, et que le documentariste projette de présenter en festival, nous emmène à la découverte de ce fleuve toulonnais aux multiples surprises. Car « avant de découvrir le monde, émerveillons-nous de ce qu’il y a autour de chez nous », soutient-il. Heureux qui comme Bacem…

    *Infos sur 2dogs1guy.com