Tag: travailleurs sociaux

  • Sur le terrain pour les assises de la protection de l’enfance à Gardanne

    Sur le terrain pour les assises de la protection de l’enfance à Gardanne

    « La question des moyens est cruciale. Ce n’est pas juste parce qu’on en veut toujours plus, mais parce qu’on souffre de nos conditions de travail et qu’on ne prend pas en charge nos publics correctement comme on le voudrait. » La frustration de Sabrina, conseillère en économie sociale à la Caf, fait écho à de nombreuses autres interventions de travailleurs sociaux lors de la rencontre-débat sur la protection de l’enfance organisée par le PCF de Gardanne, mercredi soir.

    Cette rencontre s’inscrit dans la préparation des assises départementales de la protection de l’enfance, dont les conseillers départementaux communistes Gérard Frau et Magali Giorgetti sont coorganisateurs, les 17 et 18 novembre. Le Département, « chef de file de l’action sociale » comme le qualifie l’élu, est compétent en la matière depuis le transfert opéré par l’État « sous Sarkozy et sans les moyens qui vont avec », complète Magali Giorgetti. Face à la cinquantaine de participants, les élus promettent de « porter leur parole » lors de ces assises.

    Les témoignages sont édifiants. « Je travaille dans un établissement pour enfants et adolescents polyhandicapés, dont la moitié ont plus de 20 ans. Il manque de place pour les adultes et les enfants n’ont pas d’autre endroit où aller », explique Samia. La travailleuse pointe également « des délais de 6 mois ou plus pour obtenir une orientation » de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

    « Un autre système »

    Magali Giorgetti indique avoir « toujours dénoncé le délai et le fait que ces dossiers papiers à refaire tous les ans étaient infaisables pour les parents ». Mais avoir une notification n’est pas gage de tranquillité. Cette accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) en lycée indique avoir « perdu deux élèves car leurs dossiers étaient périmés », quand ce n’est pas « faire la garderie pour des enfants qui auraient aimé d’autres sections », indiquant prendre en charge « sept élèves pour 5 heures chacun, pour 24 heures de travail ».

    Gérard Frau reprend un chiffre : « 15% des 3 500 enfants placés au titre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ont une notification MDPH, parmi les 10 000 enfants qui dépendent de l’ASE. Les besoins ne font qu’augmenter, quand 15 000 enfants naissent avec un handicap chaque année en France ». Mais l’élu note « un préalable aux moyens : la volonté politique. Le Département est à droite, l’État aussi. S’il n’y a pas de volonté politique, il n’y aura pas de moyens alors que les besoins sont tellement immenses et la société est de plus en plus dure ». Magali Giorgetti pointe aussi le fait que « l’intervention sociale du Département en milieu scolaire ne commence qu’au collège, mais pas avant. À l’école, c’est renvoyé aux maires. Il faut passer d’un système qui tente de réparer à une véritable politique de prévention qui accompagne les jeunes de la plus tendre enfance à la majorité, avec un ministère dédié car il s’agit de la responsabilité de l’État ».

    La prochaine réunion publique sur le même thème est organisée à Septèmes-les-Vallons le 20 octobre à 18h, salle Fernand-Rosse.

  • [Portrait] Khadidja Sahraoui-Chapuis, sociologue tenace

    [Portrait] Khadidja Sahraoui-Chapuis, sociologue tenace

    Écouter sans filtre ni complaisance les acteurs d’une situation, tisser des liens, déconstruire ce qui n’est pas uniquement local et peut relever d’un passé post-colonial, écarter les fables des médias qui dramatisent, diabolisent et mythifient, veiller sans relâche pour que chacune des phrases écrites soit prioritairement lisible et incarnée, tels sont quelques-uns des enjeux de cette enquête rédigée au terme de 25 années d’entretiens et de remises en questions. Un peu comme dans La Misère du monde de Pierre Bourdieu, ce chantier entrelace une connaissance constamment renouvelée du proche environnement, des témoignages bruts et des synthèses provisoires. Endurance et vigilance : après une enfance vécue dans une cité dont on sait l’évolution et le délabrement, puisqu’elle « porte le nom d’un peintre », après son lycée abandonné en classe de seconde, dans un improbable cheminement, farouchement consolidé par cette thèse à l’Université, Durkheim et Marcel Mauss, Khadidja Sahraoui identifie progressivement un segment mal connu du prolétariat d’aujourd’hui, les « petites mains » du trafic de drogue.

    En dépit de l’anonymat qu’ils conservent et des pseudonymes qu’elle invente pour qu’on ne les tracasse pas – Rocky, Carpe, Citron ou Frites, porteur d’une rage de dents ou bien Bordeaux, trop jeune guetteur venu de loin, victime d’une exécution commanditée par son réseau – les trajectoires de ces garçons prennent dans les détours de son livre une irréfutable consistance, un relief qui ne s’efface pas.

    Les idées reçues, les préjugés à propos de « l’argent facile » sont balayés. Ces « gamins » se sont engouffrés dans des existences cadenassées par leurs supérieurs, ces subalternes obéissent à de féroces organisateurs. Ils s’ennuient, tentent d’éviter la honte de leurs parents, traficotent 12 ou 14 heures par jour. Les bruits, l’absence de loyauté, le stress et la terreur, les pilonnages et les affrontements avec la police, l’urine et la saleté, le sang et les larmes les transforment. Ces précaires en quête de virilité, ces non-blancs cagoulent leurs visages. Ils n’ont pas droit à l’erreur et peuvent finir très vite leur adolescence entre les quatre planches d’un cercueil.

    Un grand refus
    du fatalisme

    Pas du tout pour les excuser, bien évidemment pour tenter de comprendre, Khadidja Sahraoui les décrit sans fatalisme ni fascination. Elle reproduit sans familiarité leurs expressions, l’humour et la radicalité de leur vocabulaire. Ces garçons ont été fragilisés et cabossés par toutes sortes de frustrations et d’humiliations. Un milieu scolaire sans exigence ni finalité, les rejets et les inégalités sociales endurés par leurs parents ou leurs fratries, les accidents de santé ne les épargnent pas.

    Le livre de Khadidja n’est pourtant jamais catastrophique. Preuves à l’appui, parce qu’elle connaît le temps long des cités, elle établit que cette jeunesse du narcotrafic, impitoyablement racialisée, discriminée et stigmatisée peut aussi « s’en sortir ». Elle démontre que les déterminants et les dysfonctionnements sociaux ne sont pas toujours victorieux, la situation la plus néfaste peut être renversée. Avec ces jeunes du narcotrafic longtemps terriblement fautifs, elle n’est pas seulement en posture d’empathie. Ses attitudes sont toujours le reflet infiniment précieux d’une analyse et de réflexions dont le monde politique, les médias et les travailleurs sociaux devraient s’inspirer. Un aîné à présent devenu un proche ami, l’anthropologue Michel Péraldi estime que son livre est pour Marseille l’équivalent du grand ouvrage de l’américain Philippe Bourgois, traduit et publié au Seuil en 2001 : « En quête de respect. Le crack à New York ».

    Via Albert Londres et ses suiveurs, une croyance voudrait que Marseille, ville « sans mémoire ni monuments » préfère effacer et ne pas méditer les traces de son passé. Quand on entrevoit le parcours d’une personne comme Khadidja Sahraoui, on est persuadé du contraire. Au milieu des destructions, des tournants et des accélérations de la plus récente époque, sa ville natale est une ville de souffrances, de joies et de réminiscences. Quelques-uns de ses plus vifs attachements, entre autres les noms et prénoms de ses parents, exilés loin de l’Algérie figurent dans la page de remerciements de son livre. Quand elle le dédicace, elle griffonne quelquefois une phrase qui n’est pas un slogan : « la lutte continue ».

    Aujourd’hui samedi 17h,

    librairie Maupetit, rencontre-

    signature avec
    Khadidja Sahraoui

  • L’arrêté contre l’occupation de l’espace public suspendu à Avignon

    L’arrêté contre l’occupation de l’espace public suspendu à Avignon

    L’arrêté de la ville d’Avignon, pris le 31 juillet et interdisant, sous certaines conditions, « l’occupation de manière prolongée en station debout, assise ou allongée des voies publiques », dans une trentaine de rues du centre-ville, a été suspendu par le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes ce vendredi 11 septembre.

    Dans une ordonnance que La Marseillaise a pu consulter, le juge motive sa décision par l’imprécision de plusieurs paramètres géographiques et temporels. Estimant dans un premier temps que « les interdictions édictées à ce titre doivent être strictement proportionnées à leur nécessité », il poursuit en relevant que « l’arrêté litigieux n’indique pas davantage quelles occupations prolongées de la voie publique porteraient atteinte, par leur nature même, à la libre circulation des personnes, à la sécurité publique ou à la salubrité publique, si ce n’est l’émission de bruit, mais dont il ne fixe ni la durée, ni l’intensité ».

    Le magistrat rappelle toutefois que la commune d’Avignon « invoque des troubles nombreux et réitérés ». Il ajoute ensuite que « l’article 2 de l’arrêté contesté n’est pas plus précis quant à la portée de l’interdiction du “stationnement prolongé” des regroupements de chiens sur la voie publique ». En conséquence, estime-t-il, « le caractère nécessaire de cette mesure de police n’est pas démontré » et « est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette interdiction ».

    La commune d’Avignon doit également verser 1 000 euros à la Ligue des droits de l’Homme et à la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) Provence-Alpes-Côte d’Azur. Une audience sur le fond est prévue dans les prochains mois.

    « Ouf de soulagement »

    « C’est un ouf de soulagement pour les associations et les travailleurs sociaux qui travaillent sans relâche », confie Thierry Mila, président de la FAS Paca. Il remet sur la table sa proposition de rencontre entre les équipes municipales et les structures sociales. Un courrier doit être adressé dès lundi afin de « demander à travailler ensemble, en toute intelligence, pour une solution digne, pérenne et non répressive ».

    De son côté, le maire d’Avignon Olivier Galzi (DVD) a réagi dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Il y critique la décision du tribunal : « On nous a dit que l’on n’avait pas assez qualifié plusieurs paramètres comme le niveau sonore. Il faut imaginer que les policiers municipaux doivent venir avec des sonomètres », ironise-t-il. « Vous voyez bien, à travers cette histoire ahurissante, que le système ne va pas dans le bon sens », poursuit-il, reprenant au passage son slogan politique. Il estime que « le bon sens », selon lui, consiste à agir lorsqu’un problème est identifié et que « tout le monde est d’accord pour le résoudre ». Tout en confirmant que la décision de justice sera respectée, l’édile assure que l’arrêté sera retravaillé : « Nous ne renoncerons pas ».

  • Marseille : face au narcotrafic, le modèle napolitain

    Marseille : face au narcotrafic, le modèle napolitain

    Face au fléau du narcotrafic, la Ville de Marseille, en quête de solutions, est allée voir durant l’été les projets menés du côté de Naples, sa ville jumelle, confrontée depuis des décennies à la criminalité organisée. À l’initiative de l’association Crim’HALT, avec l’appui d’Amine Kessaci, militant écologiste, mobilisé contre le narcotrafic après l’assassinat de deux de ses frères, aujourd’hui adjoint à la Jeunesse et à la Citoyenneté à la mairie de Marseille, une délégation est partie en Italie pour un partage de bonnes pratiques entre travailleurs sociaux européens (La Marseillaise du 21 août 2026).

    Une vingtaine de jeunes professionnels engagés dans la protection de la jeunesse s’y sont retrouvés, fin août, pour participer à un stage d’une semaine au sein de la coopérative sociale italienne « Al di là dei sogni », dans le cadre du projet européen LEGAL acronyme d’Apprentissage, éducation et bonnes pratiques pour une légalité active en anglais.

    Projets à vocation sociale

    « Ce séjour a permis de prendre connaissance de ce qui se fait en matière d’engagement social, notamment à travers l’usage de biens mis à disposition par l’État. Nous avons aussi pu échanger sur notre travail avec nos collègues lituaniens, roumains, serbes et bulgares », commente Mohamed Benmeddour, un médiateur social dans les quartiers nord qui a fait le déplacement (lire encadré).

    Partenaire de l’association Crim’HALT, cette coopérative, implantée sur un domaine agricole de 17 hectares confisqué à la Camorra près de Naples, a une forte dimension symbolique. La propriété qui porte le nom d’Alberto Varone, un entrepreneur local assassiné en 1991 pour avoir refusé de céder aux extorsions d’un clan mafieux, incarne à la fois la lutte contre la mafia et la capacité de la société civile à reconquérir des territoires marqués par le crime organisé, observe Fabrice Rizzoli, enseignant en géopolitique des criminalités, spécialiste des mafias et président de l’association Crim’HALT.

    Al di là sei sogni illustre le potentiel de la réutilisation des biens confisqués. Anciens détenus, personnes handicapées, travailleurs sociaux et habitants y construisent des projets communs à vocation sociale et culturelle : insertion par le travail, agriculture solidaire, accueil de publics fragiles, médias associatifs ou encore futurs espaces de restauration, de création musicale et d’animation locale. Dernièrement, c’est une villa, saisie à un proche de la Camorra, qui est en voie de transformation en futur lieu culturel et solidaire. Une démarche encore rare en France.

    Utilité collective

    des biens saisis

    Adoptée en avril 2021, la loi sur l’usage social des biens confisqués permet de récupérer des biens immobiliers saisis à la criminalité afin de les transformer en logements sociaux, structures d’insertion ou équipements d’intérêt général. Inspiré du modèle italien, ce dispositif vise à donner une utilité collective à des patrimoines issus d’activités illicites. Mais il demeure encore très peu utilisé.

    Si, depuis 2025, les collectivités ont la possibilité de solliciter directement l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc), le mécanisme reste méconnu et rarement mobilisé. À Marseille, la transformation, en 2023, d’une villa confisquée à un trafiquant de cocaïne des Aygalades en centre d’hébergement d’urgence fait figure d’exception. Pourtant, plusieurs biens pourraient être réaffectés. Crim’HALT relève par exemple l’immeuble de standing de la Corniche, le Carlton Palace, saisi dans l’affaire de la fraude à la taxe carbone, qui reste vacant après l’échec de sa vente aux enchères en 2025.

    Au-delà de l’échange de pratiques, cette immersion a également permis aux participants de mesurer l’importance du travail de terrain mené par les acteurs associatifs italiens auprès des jeunes exposés aux réseaux criminels, insiste Crim’HALT. Une expérience qui doit nourrir la réflexion marseillaise sur la prévention et l’accompagnement des publics vulnérables. Des projets que sont venus défendre, à leur retour d’Italie, les membres de la délégation française auprès d’Amine Kessaci.

    Un exemple italien à adapter

    « Je suis venu pour voir ce qui se fait et ce que l’on peut faire », explique Mohammed Benmeddour, un des trois éducateurs marseillais reçus à la coopérative « al di là deisogni ». Il revient sur ces maisons du bord de mer confisquées à la mafia, qu’il compare au Carlton Palace saisi sur la Corniche à Marseille, « mis à prix 4 millions d’euros et qui n’a pas trouvé preneur aux enchères ». « Ce qu’ils font à la coopérative peut être importé à Marseille. Sur la Corniche, on pourrait loger plusieurs associations » estime-t-il, déplorant qu’en France, on ait « que le modèle répressif. Même si la loi de 2021 permet de saisir les biens de la criminalité organisée, c’est nouveau ». Reste à prendre aussi en compte « une conjoncture et une criminalité différentes en France », nuance-t-il.

    M.R.

  • Narcotrafic : des éducateurs marseillais en formation en Italie

    Narcotrafic : des éducateurs marseillais en formation en Italie

    Un programme Erasmus particulier… Financé par l’Europe, le projet porté par l’association Crim’Halt, va cette année embarquer trois éducateurs marseillais pour représenter la France et participer à un « échange de bonnes pratiques » explique Fabrice Rizzoli, son président.

    Une vingtaine de jeunes travailleurs, « en rapport avec la protection de la jeunesse », précise-t-il, venus aussi de Roumanie, Bulgarie, Serbie et Lituanie sont attendus ce samedi 21 août pour un stage d’une semaine à la coopérative sociale « Al di là dei sogni », littéralement « au-delà des rêves », dont Crim’Halt est partenaire. Située à Maiano di Sessa Aurunca, à la frontière entre Campanie et Latium, au Nord de Naples, c’est un lieu à « la forte dimension symbolique » estime Fabrice Rizzoli. D’abord « parce que c’est en Italie, pays de la mafia et l’anti-mafia » mais parce qu’il s’agit aussi d’une propriété de 17 hectares confisquée à la Camorra, baptisée « Alberto Varone », du nom d’un petit entrepreneur local qui a osé s’opposer aux extorsions du clan des « Muzzoni », affilié à la Nuova Famiglia de la camorra campanienne, explique le ministère de l’Intérieur italien. Il le paiera de sa vie le 24 juillet 1991, abattu à bout portant par un commando.

    Pour Crim’Halt, qui travaille depuis 2015 à l’engagement des citoyens face à la criminalité, cette semaine s’inscrit dans la continuité.

    Gagner du temps

    Collectif des familles de victimes, bailleurs sociaux… « Nous avons emmené des personnes différentes, en 2019 et 2020 qui ont pu voir des outils qui fonctionnent en Italie, cela nous a aidés à pousser pour obtenir la loi d’usage social des biens confisqués en France en 2021 », précise Fabrice Rizzoli. La connexion avec Amine Kessaci, militant écologiste, mobilisé contre le narcotrafic après l’assassinat de deux de ses frères, et devenu adjoint à la Jeunesse et à la Citoyenneté à la mairie de Marseille, s’est faite à ce moment-là.

    « Je l’ai connu lorsque j’étais à la tête de Conscience [association qui soutient les familles victimes du narcotrafic, Ndlr], je connais déjà un peu le système italien que j’estime le plus avancé en matière de lutte contre le crime organisé. J’étais notamment allé à Palerme rencontrer la famille de Peppino Impastato, un journaliste assassiné par la mafia parce qu’il avait une radio locale de quartier, où il dénonçait leurs agissements », raconte l’élu. Il a proposé d’envoyer une agente de son service prévention de la délinquance. « On peut comparer, s’inspirer, voir ce qui fonctionne ou pas, et puis ça fait aussi gagner un temps fou », considère Amine Kessaci qui a aussi pensé à Mohamed Benmeddour, de l’association Apis, et son bus nomade qui va à la rencontre des ados dans les cités.

    « Pour moi, c’est une première, j’espère échanger sur nos méthodes, savoir ce qui se fait de l’autre côté de la frontière, voir comme ils traitent ce rapport de la jeunesse à la délinquance et aussi apporter mon expérience » ; nous confie ce dernier avant le départ. Du côté de Crim’Halt, on se prépare également à lancer une vaste enquête sociologique sur les raisons qui poussent « les jeunes à entrer dans le crime organisé », ajoute Fabrice Rizzoli. Il entend aussi défendre « le concept de la victime innocente où on va faire en sorte de renforcer, défendre la mémoire des victimes qui n’étaient pas impliquées », les « grandes oubliées des journalistes, du grand public, focalisés sur l’auteur de l’infraction ».

  • Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Pour le moment « rien n’a bougé » mais message aurait été passé aux travailleurs sociaux que l’expulsion était définitivement prévue pour le mois d’août, assure Laurent Sapin, riverain du camp de fortune où se sont installés depuis un peu moins de deux ans au moins 250 personnes, route de la Valentine (11e). Avec des militants LFI, le conseiller d’arrondissements PCF, Michel Provost, des associatifs, il s’était mobilisé fin juillet pour alerter sur leur situation précaire.

    L’urgence est telle que l’avocat des familles, Maître Borie a déposé un référé suspension, une date a été fixée au 24 août nous indique-t-il ce jeudi 6 août. La veille, il avait indiqué au préfet des Bouches-du-Rhône dans un courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion du 24 décembre 2025, la Cour d’Appel d’Aix en Provence ayant également fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Il ajoute aussi d’autres éléments « nouveaux » à son argumentaire. Objectant pour commencer que le propriétaire du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, ne l’est pas entièrement. La Métropole en ayant acheté une partie, 57 000 mètres carrés, le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte, indique la délibération votée en octobre 2024. Soit avant la décision préfectorale.

    Une crise humanitaire

    Maître Borie pointe également l’absence de délais et de trêve lors de l’ordonnance d’expulsion. Il rappelle la « grave crise de l’hébergement d’urgence à Marseille » revenant sur la lettre commune envoyée au préfet par les associations du SIAO, plateforme qui gère notamment le 115. Ces dernières refusant de répondre aux injonctions du représentant de l’État qui appelle à réduire drastiquement le nombre de places hôtelières et donc à remettre des personnes à la rue.

    « Une éviction des habitants créerait une crise humanitaire sans précédent et des troubles à l’ordre public plus grave qu’une violation momentanée du droit de propriété », estime maître Borie qui estime que « les occupants, Prodev et la préfecture ont tout intérêt à conclure un protocole d’accord tripartite ou une convention d’occupation précaire pour prévoir une sortie du site à une date certaine ». Un protocole qui permettrait entre autres « d’éviter les surcoûts, de réaliser un diagnostic social des occupants, de les responsabiliser » et aussi de « valoriser l’image de Prodev comme acteur responsable ».

    En attendant, les soutiens aux familles ont promis d’être vigilants.

  • Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Un non, « en lettres majuscules ». Unies, la vingtaine d’associations qui agissent dans l’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône opposent un front commun aux directives reçues par courriel, lundi soir, de la DEETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités), demandant de remettre à la rue six ménages actuellement hébergés à l’hôtel, faute de mieux.

    Une décision qui arrive au bout de lentes restrictions. « Il y a eu, depuis deux ans, une sélection sur des critères de vulnérabilité, sur l’âge, la présence de bébés, les malades », explique Christophe Magnan, administrateur du SIAO 13, plateforme en charge notamment du 115. Puis « les critères ont laissé place à un critère », les femmes victimes de violences, poursuit-il, pour arriver à un conditionnement à « la persistance d’une menace active ». Ce qui a « conduit le SIAO à orienter entre 0 et 2 personnes par jour » avec 267 personnes sans solution, s’indigne-t-il. Puis, « il nous a été interdit de proposer des solutions d’hébergement d’État à des femmes isolées, enceintes, ou ayant au moins un enfant de moins de 3 ans », au motif qu’elles relèvent de la compétence du Département.

    Le courriel de la DEETS vient couronner le tout. « Il s’agissait de nous demander de mettre fin à l’hébergement de six ménages en hôtel avec au moins trois enfants en bas âge », précise Christophe Magnan. Au total, 19 personnes sont priées de retourner à la rue, faute de proposition alternative, pour répondre à un objectif « comptable », fixé par l’État, de 1 500 nuitées par jour. Inacceptable pour les associatifs, qui ont signifié leur refus d’obéir en retour de message. « Non, le groupement ne mettra pas ces personnes à la rue. Ni celle-là, ni les suivantes », martèle le responsable du SIAO13.

    En toute illégalité

    Pour des raisons humanitaires, évidentes, et légales. Car selon les articles L. 345-2-2 et 2-3 du Code de l’action sociale et des familles, le droit à l’hébergement d’urgence est inconditionnel, rappelle Thierry Mila président de la Fédération des acteurs de la solidarité Paca Corse, réclamant au passage l’ouverture du dialogue pour la mise en place d’une stratégie durable et de moyens « budgétaires à la hauteur ».

    Les associations se disent prêtes à engager un recours en justice si le préfet venait à utiliser la force publique. Toutes craignent que cette instruction ne soit qu’un « ballon d’essai ». Comme cela s’est passé « à Strasbourg, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier », témoigne Thierry Mila. Même si, dans les faits, bien que concepteur de la base de données du SIAO, qui sert à établir des statistiques et coordonner l’action des travailleurs sociaux, l’État ne dispose pas, a priori, des noms et de la situation exacte des familles.

    Cette décision s’inscrit dans un contexte déjà catastrophique. Avec 5 400 places d’hébergement d’urgence disponibles dans les Bouches-du-Rhône, 9 000 demandes ont été recensées par le SIAO, 4 000 personnes sont toujours en attente, à la rue ou dans un hébergement de fortune. Et ce n’est que « le sommet de l’iceberg », pointe Francis Vernède, directeur régional Paca de la Fondation pour le logement des défavorisés, quand seulement une personne sur cinq appelle le 115. Il souligne aussi un manque de vision, dont le coût sera social, sanitaire, judiciaire. En se mettant « dans la peau d’un libéral », il insiste : « Proposer des hébergements dignes à des ménages, c’est pourtant leur donner la possibilité, demain, de devenir solvable, de participer à l’économie classique. »

    À la suite du SIAO, les fédérations d’acteurs sociaux puis le Secours catholique, ce vendredi, ont aussi interpellé le préfet par courrier. Le maire de Marseille a également pris la plume, s’adressant directement au Premier ministre.

    Contacté de nouveau par La Marseillaise, le préfet n’a pas répondu. Cette instruction intervient dans une certaine vacance administrative, où la préfète déléguée à l’égalité des chances, promue préfète de l’Aisne, prendra ses fonctions au 31 août, ainsi que son remplaçant.

  • [C’est l’été] Au centre social La Martine à Marseille, on reste ouvert en août, une première

    [C’est l’été] Au centre social La Martine à Marseille, on reste ouvert en août, une première

    Pour la première fois de son histoire, le centre social de La Martine (15e) ne fermera pas au mois d’août, cette année, comme 42 autres structures réparties dans tous les arrondissements de Marseille grâce au déblocage d’une enveloppe de 551 000 euros, répartis entre la préfecture des Bouches-du-Rhône, la CAF, le Département et la Ville de Marseille.

    Kader Allem, coordinateur jeunesse au sein du centre, ne cache pas sa satisfaction. Arrivé au center social voilà deux ans, « je trouvais ça un petit peu incohérent de ne pas ouvrir à cette période, sans connaître encore le quartier, on a une mission de service public », nous confie-t-il, entouré de sa directrice et de Noëlle Smith, coordinatrice technique et pédagogique des équipements sociaux à la Ville de Marseille. Il explique que le mois d’août reste « un moment très charnière pour les publics qu’on reçoit, que ce soit les enfants, les ados ou les familles, parce qu’il se joue beaucoup de choses à ce moment-là et beaucoup d’équipements sociaux sont fermés ».

    Bien que la Ville « prévoit pas mal de choses et d’animations dans les quartiers prioritaires, on va être clair, ils se retrouvent dans la galère la plus totale et on est aussi sur des familles qui restent à la maison », poursuit-il. Des familles dont les conditions de vie restent compliquées. « Ils n’ont pas de balcon, ils n’ont pas de terrasses, pas des 80 000m2, hein », ironise Kader. L’été creuse les inégalités. D’autant qu’en août, les travailleurs sociaux restaient de toute façon à disposition des familles, joignables par téléphone, pour poursuivre l’accompagnement alors que tout est fermé. « Il y a des jeunes, par exemple, qui n’ont pas trouvé de collèges ou de lycées pour la rentrée », illustre l’éducateur.

    « Recréer du lien social »

    « Il y a quelques années, on entendait parler d’acheter la paix sociale dans les quartiers, de façon générale, quand il y avait une ouverture au mois d’août », se souvient-il, mais « aujourd’hui, on n’est plus dans ça. On est vraiment dans une nécessité, du côté des habitants, mais aussi les partenaires, les politiques qui ont compris tout l’intérêt d’ouvrir à cette période-là », estime Kader.

    Le programme de ce mois particulier sera un peu différend. « On prévoit des animations familiales, intergénérationnelles, même si, bien entendu, il y aura des choses pour les ados, parce que c’est un public spécifique. Mais l’idée est de recréer aussi du lien social entre les enfants et leurs parents », précise Kader. Mais « peu importe le contenu, ce qui compte, c’est surtout la forme, on va être en horaire décalé. Faire beaucoup de choses à partir du début, milieu d’après-midi, jusqu’au début, milieu de soirée, pour permettre aux familles qui travaillent aussi de profiter de ces moments-là avec leurs enfants », détaille-t-il. Dans la même idée d’impliquer tout le monde, « on va travailler avec deux associations du quartier, la Martinoise et aussi le club de boules avec qui on va organiser un tournoi de pétanque, on ne se voit pas faire sans eux », ajoute-t-il. À la Martine, seront aussi accueillis les habitants de Kalliste ou de la Savine. Pour la suite, après un bilan et une enquête de satisfaction, l’expérience pourra être reconduite.

  • Une révolution à portée de main grâce à la sphère du travail social

    Une révolution à portée de main grâce à la sphère du travail social

    « Nous sommes dans un moment de crises majeures qui s’entrelacent. Mais la gravité de cette situation, paradoxalement, peut donner au travail social de nouveaux moyens de se réaffirmer », commence Stéphane Rullac. Le professeur en innovation sociale explique que les ressources dont on a besoin aujourd’hui pour réinventer les modèles de demain se trouvent entre les mains des travailleurs sociaux.

    « Pas directement, parce que nous, nous sommes trop normés pour réinventer la société de demain. Mais en se tournant vers ce que j’appelle les experts d’usage, c’est-à-dire les gens qui sont dans les dispositifs, qui sont accompagnés », précise-t-il. Parce que, précisément, ces personnes ont soit échoué à l’intégrer, soit refusé, ou alors viennent d’ailleurs, comme les migrants, par exemple. Et de poursuivre : « Ce sont les architectes de demain vu qu’il faut tout réinventer. »

    Un renversement conceptuel tout à fait innovant, qui a fait réagir la salle réunissant plus de 300 travailleurs sociaux. Désigner ceux qui sont en dehors du système, au sens normatif, comme les forces vives sur lesquelles on va devoir s’appuyer pour changer profondément les choses n’est pas une évidence.

    Un nouveau pouvoir

    « On est capable, avec ça, de complètement renverser la table pour pouvoir affronter les polycrises et remettre l’innovation sociale au cœur de tout, comme il y a 100 ans, lorsque le modèle productiviste a commencé à arriver », reprend l’auteur du livre Le travail social va sauver le monde (Sociographe). Et de conclure : « Ça va se jouer dans les quartiers, au plus près de ceux qui sont considérés comme les plus éloignés du système. C’est pour ça que la prévention spécialisée est au centre de tout. Il faut que les travailleurs sociaux prennent conscience de ce nouveau pouvoir. »

    Pour rendre possible ce changement, il est nécessaire de réinventer la participation et de donner du pouvoir à ceux qui en sont aujourd’hui dépourvus. Au moment où « le néolibéralisme atteint son apogée avec un système qui est en train de se dévorer, de nous dévorer et de dévorer la planète, c’est une véritable révolution » à mener.

    « L’objet de cette journée, c’est d’avoir un moment commun de réflexion et de travail entre toutes les équipes de la prévention spécialisée du département », explique Christina de Robertis, présidente de l’Association de prévention spécialisée et d’aide à l’insertion (APEA). « Notre rôle est d’arriver à proposer des solutions à des situations un peu difficiles pour des jeunes et les familles », ajoute Vincent Tessereau, président de l’Association de prévention spécialisée (APS). Bernard Salles, à la tête de la Ligue varoise de prévention (LVP), met lui aussi en avant la nécessité de développer un réseau afin de voir ce que chacun peut apporter aux autres. Tous trois ont également à cœur de faire évoluer l’image de la prévention spécialisée, alors que beaucoup ne se réclament que de la répression.

    Sur la possibilité pour le travail social de changer le monde, Sandrine Firpo, directrice générale de la Ligue de l’Enseignement, a dit « entendre déjà la petite voix du réalisme ou du cynisme », en réaction à la brillante intervention du chercheur. Et pourtant, poursuit-elle : « Nous qui manquons de moyens, de reconnaissance, de temps, nous qui nous débattons avec des injonctions contradictoires, des financements incertains, des institutions qui nous demandent de tout mesurer, de tout évaluer, de tout justifier, l’heure n’est plus à la modestie coupable. »

    L’heure n’est plus non plus, pour le travail social, ajoute-t-elle, de se contenter d’accompagner les dégâts d’un monde qui n’a jamais eu autant besoin d’être transformé. Et de conclure : « Nous voyons chaque jour les fractures sociales, les inégalités, le mépris de classe, la solitude. Et ce savoir du terrain, de l’intime, est un savoir politique. Il nous oblige. »

  • Les travailleurs sociaux dénoncent la réforme des diplômes

    Les travailleurs sociaux dénoncent la réforme des diplômes

    C’est pour s’opposer à cette réforme concernant les formations aux métiers du secteur social que plusieurs travailleurs sociaux se sont rassemblés, mardi à Marseille, à l’appel de la CGT et de la FSU. Cette réforme doit entrer en vigueur à la rentrée universitaire prochaine. Elle concerne notamment cinq diplômes d’État, de niveau licence, qui se retrouvent fusionnés : ceux d’assistant de service social, d’éducateur spécialisé, d’éducateur de jeunes enfants, d’éducateur technique spécialisé et de conseiller en économie sociale et familiale.

    Présentée par le gouvernement comme un moyen de favoriser le recrutement et l’attractivité des métiers du social, cette réforme suscite une vive inquiétude. « On demande à la fois un moratoire pour que la réforme ne passe pas à la rentrée et son abrogation. Elle rabaisse le niveau de formation, c’est une catastrophe », déplore Valérie Marque, secrétaire générale du syndicat CGT du Département des Bouches-du-Rhône.

    Devant la préfecture, les avis sont unanimes. Evelyne (son prénom a été modifié), assistante en prévention sociale depuis plus de 25 ans, compare son parcours à la situation actuelle : « J’ai bénéficié d’une formation de qualité avec suffisamment de moyens humains et financiers. Aujourd’hui, il est question de complètement déconstruire ce diplôme, probablement pour une question de coût. »

    Des inquiétudes pour

    le secteur

    Selon la CGT, les prérequis pour accéder aux formations ont été fortement abaissés, avec la suppression du concours en 2020 et son remplacement par une sélection via Parcoursup. Depuis ce changement, Gaëlle, éducatrice spécialisée, constate une baisse de motivation chez des étudiants : « Je reçois des stagiaires qui ont pu accéder aux formations par Parcoursup sans avoir connaissance de ce qu’est le métier. Parfois, c’est un choix qui est fait par défaut. »

    Au-delà de la réforme, Valérie Marque souhaite alerter sur l’absence de réponse concrète à la crise du secteur social. « On manque cruellement de moyens, et cela se répercute sur nos salaires. À 60 ans, avec 37 ans de carrière en tant qu’assistante sociale, je gagne 2 800 euros brut par mois. »