« Qui a déjà pris le train de nuit Gap-Paris ? », demande Laury-Anne Cholez devant la salle quasi comble de la cinémathèque de montagne à Gap. Presque toutes les mains se lèvent. « Et qui a déjà eu un retard sur cette même ligne ? » En réponse, pratiquement le même nombre de mains. C’est pour dénoncer ce dysfonctionnement, et plus globalement « l’abandon des petites lignes ferroviaires par l’État » que les journalistes de Reporterre Laury-Anne Cholez et Erwan Manac’h ont fait escale dans les Hautes-Alpes.
« Paris-Briançon, c’est l’une des pires lignes de France, a introduit la journaliste. Entre 60 et 80% des trains seulement arrivent à l’heure ! Et le matériel est très vieux : il date de 1975 ! » Entre Briançon et Marseille, on compte seulement trois allers-retours par jour. « Alors s’il y a un retard, le suivant est très loin derrière, regrette Nicole Tagand du collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes. Il y a bien des cars, mais ils partent quasiment en même temps que les trains ». Son collectif demande « une meilleure répartition des doublons, sur une grille horaire digne de ce nom ».
Partout, le sous-investissement des petits trains régionaux au profit des lignes à grande vitesse a des effets concrets : entre 2019 et 2024, plus de 1 000 kilomètres de voies ferrées ont fermé. Et les rénovations ne sont pas à la hauteur : « Quand on investit 1 euro dans le réseau, 70 centimes sont pour bricoler, et 30 pour vraiment le faire rajeunir. Donc on va progressivement vers des fermetures, explique Pierre Zembri, géographe spécialisé dans les effets territoriaux de la libéralisation des transports. Et plus on attend, plus la facture sera élevée ». Ce qui impacte concrètement les usagers : « Moins de trains, c’est l’obligation de prendre sa voiture ou même l’avion, se désole la journaliste. Sans compter les prix très élevés, qui découlent d’une stratégie politique ! ». Pour un Paris-Briançon un peu avant Noël, il faut compter plus de 250 euros.
Les salariées de la SNCF sont aussi victimes de cette dégradation du service. « Entre janvier et avril, 12 salariés se sont suicidés », rappelle Laury-Anne Cholez. Gérald Martinez, agent de circulation à la retraite, membre de la CGT et maire de Saint-Léger-Les-Mélèzes, confirme : « Localement, il y avait 680 salariés dans les années 1970. En 1982, on était 370. Et aujourd’hui, ils sont 110. Comment fait-on tourner une ligne avec une diminution du nombre d’agents ? ». Et que penser des promesses de modernisation en vue des JO ? Gérald Martinez est « persuadé que sans ce focus, personne ne se serait intéressé à la vétusté de nos trains ». « Mais les projets annoncent deux trains supplémentaires par jour, qui ne s’arrêteront pas dans les petites gares, dénonce Nicole Tagand. Ce sont des trains pour les touristes, pas pour les habitants », conclut-elle.
Agathe Di Lenardo








