Dans « Roma », publié en 1982, Colette Fellous s’abandonnait au hasard des lieux et des rencontres. À l’époque de la sortie de cette première œuvre, on écrivait que l’atmosphère y était érotique et énigmatique. Quarante-quatre ans plus tard, elle revient dans la capitale italienne, dont Alberto Sordi disait qu’elle était un grand musée à traverser sur la pointe des pieds. Sordi, qui commença sa carrière d’acteur comme figurant à Cinecittà, rivale d’Hollywood. Ça tombe bien, dans Via Veneto, son nouveau récit autobiographique, l’autrice nous entraîne sur les traces du cinéma italien des années 1960, dont les thèmes principaux sont la cruauté, la dérision, la tragédie, la farce, l’aliénation urbaine, la folie des institutions, la corruption ; et les réalisateurs emblématiques : Fellini, Antonioni, Visconti, Pasolini, et autres.
Un scénario à soi
Parsemée de photographies en noir et blanc, couleurs nostalgiques qui nous relient au passé, cette errance dans la mémoire et la Rome d’autrefois, où l’on entend en bruit de fond la musique de Gino Paoli ; où la protagoniste suit un inconnu et se laisse emporter par lui ; où l’on s’écrit un scénario pour se jouer à soi-même une fiction, entre le dramatique et le romanesque ; où l’on fourre la réalité dans ses rêves, parce qu’ils sont la meilleure des cachettes ; où l’Italie n’est plus un pays mais un sentiment ; où les mots sont devenus des yeux, éclipse, par sa singularité, nombre d’ouvrages de cette rentrée littéraire. Un livre palpitant de sensations, peuplé d’images et de pensées. Il s’y dégage l’émotion que Colette Fellous s’était certainement promis de faire naître en nous.
Gallimard, 19 euros
