Tag: Trafics de drogues

  • Roesch, du cabinet de Castex, à la sous-préfecture d’Alès

    Roesch, du cabinet de Castex, à la sous-préfecture d’Alès

    « J’ai vraiment un parcours classique », lance la jeune femme devant la presse. À seulement 33 ans, Lucie Roesch coche en effet toutes les cases de ces serviteurs de l’État, bien décidée à « être utile à mon pays ».

    Diplômée de Sciences po, puis de l’École nationale de l’administration (ENA), elle devient auditrice à la Cour des comptes, puis chargée de mission auprès de son premier président Didier Migaud. En 2020, en pleine crise Covid, elle est nommée directrice de cabinet du préfet de l’Ain. L’année suivante, elle rejoint le cabinet de Jean Castex, alors Premier ministre, où elle occupe le poste de cheffe de cabinet adjointe, notamment en charge de ses déplacements. Elle quitte ensuite Matignon en mai 2022 suite au changement de gouvernement. Elle rejoint alors le secrétariat général de la préfecture de l’Aude et devient sous-préfète de Carcassonne.

    Quatre ans plus tard, elle est donc nommée à Alès, « une région que je connais peu mais qui est très attrayante ». Après avoir échangé sur les dossiers les plus importants avec son prédécesseur, Émile Soumbo, Lucie Roesch veut multiplier les rencontres. Pour sa première semaine de fonction, elle a d’ailleurs échangé avec le maire d’Alès, le procureur et a rencontré les forces de l’ordre mardi 28 juillet. « Je veux profiter de l’été, qui est normalement une période un peu plus calme, pour aller sur le terrain », explique-t-elle. Une méthode qu’elle souhaite d’ailleurs poursuivre tout au long de sa mission : « J’ai vocation à passer peu de temps dans mon bureau. J’aime aller sur le terrain, à la rencontre de la population, des entreprises et savoir où l’État est attendu. »

    Lutte contre le narcotrafic

    Lucie Roesch débarque à Alès dans un contexte difficile alors que le maire, Christophe Rivenq, a reçu des menaces de mort signées « DZ Mafia ». « C’est un contexte particulier pour le territoire et ces menaces ont choqué la France entière. J’ai réaffirmé tout le soutien de l’État à Christophe Rivenq. Nous allons poursuivre le travail très intense déjà engagé contre le trafic de drogue. C’est évident que cette actualité va donner une coloration particulière à mes premières semaines, à mes premiers mois ici », explique-t-elle.

    Dans l’Aude, Lucie Roesch avait également été confrontée aux risques, que ce soient les inondations ou les incendies, comme celui de Ribaute qui avait détruit plus de 11 000 hectares l’an dernier. Des risques auxquels elle sera à nouveau confrontée à Alès. Si elle connaît les grands enjeux du territoire, Lucie Roesch devra tout de même attendre l’installation de Fabienne Decottignies comme nouvelle préfète du Gard le 17 août pour affiner sa feuille de route.

  • Une ex-villa de dealer devient un refuge pour les femmes

    Une ex-villa de dealer devient un refuge pour les femmes

    Confisquée à un trafiquant de cocaïne en 2021, une villa dans les hauteurs du 15e arrondissement est devenue un lieu refuge pour des femmes victimes d’infraction pénale. Ce jeudi, le parquet de Marseille faisait le bilan des trois premières années de l’affectation sociale de ce bien confisqué.

    L’histoire commence en 2023, lorsque l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), propose à Marie Guillaume, directrice de l’association d’Aide aux victimes d’actes de délinquance (AVAD) de profiter d’une villa pour leur association, pour la somme symbolique de 1 euro par an. L’association s’associe donc avec la Caravelle, association qui gère de nombreux lieux d’hébergement, afin de mettre en place le projet Rebond.

    L’ambition est de faire de cette villa un lieu refuge pour des femmes victimes d’infractions pénales. Avec cinq chambres, deux salles de bains et une grande cuisine, cette maison accueille depuis septembre 2023 des femmes et leurs enfants où elles vivent en colocation le temps de se reconstruire. Accueillies en moyenne quatre mois, elles bénéficient d’un accompagnement pour leurs démarches juridiques et d’un soutien psychologique et social.

    Un accompagnement global qui a aidé Mme K. à retrouver ses enfants. Arrivée en 2023 au Rebond après que son ex-mari a enlevé ses deux enfants en Pologne, elle y a trouvé « une famille et du réconfort ». Après une année difficile, avec des allers-retours entre ce lieu refuge et des hébergements sécurisés après des menaces de son ancien compagnon, la jeune femme a pu retrouver ses deux enfants et un logement.

    Dispositif expérimental

    Un accompagnement multiple qui a été rendu possible par l’absence de loyer. « 95% de notre financement va dans notre personnel, et donc dans notre accompagnement », explique Christophe Magnan, directeur général de l’association de la Caravelle.

    Inspiré par les dispositifs italiens anti-mafia, ce type de cession a été rendue possible par une loi-cadre de 2021. Gérés par l’AGRASC, les baux signés entre l’agence et les associations peuvent être gracieux ou onéreux, mais à des tarifs intéressants, pour une durée moyenne de trois ans renouvelables.

    Un dispositif national qui reste encore expérimental avec seulement 10 biens confisqués affectés socialement sur toute la France, et un seul en région Paca. Bien qu’à Toulon, un autre bien doit bientôt être affecté. Une voie que le procureur de Marseille, Nicolas Bessone souhaiterait élargir pour « rétablir la confiance entre la justice et la population ».

  • Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Le 13 juin 2025, une nouvelle loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » était promulguée, visant à élargir l’arsenal juridique et les moyens d’action des services de police et de gendarmerie. Parmi ces mesures figurent la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), le renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent et des moyens d’action administratifs locaux, ainsi que de nouvelles mesures judiciaires et techniques d’enquête, avec une protection accrue des agents et des témoins.

    Un an après son application, les services de l’État dans le Var, réunis autour du préfet mardi, dressent un constat mitigé : loin d’avoir reculé, le narcotrafic a muté, et « les trafiquants se sont adaptés aux nouvelles modalités d’enquête », résume le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland. En conséquence, c’est « l’action de l’État qui a dû s’adapter » quand « le trafic se poursuit sous d’autres formes », reconnaît le préfet du Var, Simon Babre, qui observe ainsi « une uberisation du trafic et une forte régression des points de deal ». Sur les 35 sites considérés comme « historiques » par l’Office antistupéfiants (Ofast), seuls 13 sont encore actifs.

    Des saisies qui explosent

    Cette évolution s’appuie notamment sur les réseaux sociaux. Pour lutter contre ce phénomène, 28 enquêteurs ont été formés afin de démanteler les trafics en ligne, en recourant à des pseudonymes, comme le permet la loi « Narcotrafic ». Au total, depuis le début de l’année 2026, 37 enquêtes ont été menées, aboutissant à 43 interpellations, et contribuant à une évolution marquée des saisies : -6,75% de saisies par rapport aux cinq premiers mois de 2025 pour la cocaïne (77,3 kg saisis) et -89% pour les plants de cannabis (61 plants), mais +85% pour le cannabis lui-même (440 kg), +264% pour l’ecstasy (1 658 cachets) et, plus inquiétant encore, +355% pour l’héroïne (641 g). Ces chiffres peuvent toutefois être interprétés de différentes manières, illustrant à la fois la progression de la consommation et du trafic d’une part, et celle de la lutte d’autre part.

    La numérisation des pratiques a une autre conséquence. « Les usagers deviennent revendeurs car il est rentable d’acheter du produit et de le rapporter dans l’arrière-pays varois », analyse le commandant du groupement de gendarmerie du Var, Grégory Goumain, qui recense, sur sa zone, « 95 trafics démantelés dans 39 communes en 2025, 28 dans 20 communes en 2026 ». Les quantités transportées sont généralement plus faibles, une adaptation observée de manière assez générale, « car si on se fait attraper, le risque encouru est moins important », complète le procureur de la République de Toulon. Les services des douanes font le même constat, observant une « multiplication des petites saisies et une hausse significative des amendes », selon Myriam Soula, directrice interrégionale des Douanes. Est aussi observée une « fragmentation supposée de la livraison avec des envois postaux par exemple, ce qui est nouveau pour nous ».

    Logement et prestations sociales en ligne de mire

    Une des clés du trafic demeure le logement, avec l’utilisation d’appartements « nourrices », dont certains sont loués via Airbnb. La loi contre le narcotrafic a ainsi conduit à 24 demandes d’expulsion, dont deux ont été effectives. Par ailleurs, cinq fermetures de commerces et 124 interdictions de paraître ont été prononcées. Toujours dans le cadre de cette loi, et au titre de l’extension des prérogatives administratives locales, une convention nouée fin 2025 entre la CAF du Var et les services de l’État permet désormais de sanctionner les trafiquants bénéficiaires d’aides sociales. Plus de 50 signalements ont été réalisés, pour cinq mesures coercitives, tandis qu’une vingtaine de dossiers sont encore à l’étude.

    Sur la route, où 15% des accidents mortels (cinq décès depuis janvier, contre neuf sur les cinq premiers mois de 2025) sont liés aux stupéfiants en 2026, la multiplication des contrôles a permis de détecter davantage de conduites sous emprise (837 cas pour 7 727 contrôles au premier trimestre, contre 738 pour 8 312 sur la même période en 2025). Le taux de tests positifs reste similaire (12%), mais le nombre de suspensions de permis a augmenté de 42%, les stupéfiants en étant désormais la principale cause.

    Si, pour le procureur Raphaël Balland, « l’absence d’usagers assèche le trafic », la question de l’addiction n’a été que survolée par le préfet : « Il y a des mesures de prévention pour en sortir et montrer que la spirale du trafic expose à des représailles, des dettes. Nous appelons à la responsabilité collective. » Une responsabilité qui incombe aussi – et surtout – aux pouvoirs publics, les faits montrant que l’addiction se traite rarement par le seul levier coercitif, notamment lorsqu’elle est liée à des problématiques socio-économiques.

    DES PROCÈS MARQUANTS DANS LA RÉGION

    17 octobre 2025

    À Avignon, deux boss du Ponzo tombent

    Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné un des grands patrons du réseau du Ponzo au sud d’Avignon, Badr J., à dix ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants. Qualifiée de « directrice territoriale » du point de deal, Anaïs E. écope de 7 ans ferme. Ce point de deal, dans le quartier Monclar, rayonnait sur tout le département du Vaucluse, générant violences et règlements de comptes.

    14 avril 2026

    DZ Mafia : 25 ans contre Gabriel Ory

    La cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône jugeait six accusés, dont deux narcotrafiquants du haut du spectre présumés diriger la DZ Mafia. Elle a condamné Gabriel Ory à 25 ans de réclusion pour un double meurtre, en 2019, dans une chambre d’hôtel de Plan de Campagne. Elle a acquitté Amine Oualane, qui reste écroué dans le cadre d’autres dossiers. Gabriel Ory vient d’être mis en examen pour un projet d’évasion de la prison de Vendin-le-Vieil. D.C.

    14 mai 2026

    12 ans ferme contre le recruteur d’un ado tueur

    Hacène Larbi, alias « le H », 24 ans, est condamné à 12 ans de prison, à Paris, pour avoir recruté, depuis sa prison, un adolescent de 17 ans chargé de tuer une cible à Marseille. Lola D., 23 ans, qui avait acheminé une kalachnikov à l’adolescent tueur, est condamnée à cinq ans de prison. Surpris dans une impasse des quartiers nord par un passant qu’il a blessé à l’arme blanche, l’adolescent avait fui. Il doit être jugé, en juin, par le tribunal pour enfants.

    5 juin 2026

    Le clan Yoda condamné

    Félix Bingui, 35 ans, dit le chat, « chef incontestable » du clan Yoda, est condamné à 12 ans d’emprisonnement et 200 000 euros d’amende au terme de trois semaines de procès, à Marseille, aux côtés de 19 comparses, dont 4 ont été relaxés. Son bras droit, Mohamed Hussein Saleh, a écopé de 9 ans de prison. Toujours en fuite, Zine Eddine Belkaid, considéré comme le grand gérant des points de vente, a été condamné à 8 ans de prison. Dans la sanglante guerre territoriale, ce gang s’est effondré sous les assauts de la DZ Mafia.

    D.C.

  • Un réquisitoire tout politique pour l’avocat de Félix Bingui

    Un réquisitoire tout politique pour l’avocat de Félix Bingui

    « Seize ans, c’est une peine d’assises qui est requise », a dénoncé Philippe Ohayon, avocat de Félix Bingui, dirigeant présumé du clan Yoda, en charge notamment du point de deal de la Paternelle selon les enquêteurs. Enquêteurs dont la défense n’a eu de cesse de mettre le travail en doute tout au long des plaidoiries de ce mercredi 3 juin, au tribunal correctionnel de Marseille. Car il n’a pas échappé aux avocats que les trois policiers en charge de la vidéosurveillance et des écoutes du dossier Bingui sont mis en examen dans le cadre de l’affaire Trident dont les dessous ont été révélés en octobre 2025 par Libération et Mediapart. Avec des « sonorisations illégales » rappelle maître Ohayon, « ils ont pris des risques déontologiques incroyables pour faire tomber un dénommé “Mimo”, [ce] qui a raté ».

    « La procédure est construite sur une pyramide à la gloire de Monsieur Bingui dont on se demande si elle n’est pas un hologramme, et dont tous les éléments ont pour but de le mettre en cause », poursuit l’avocat qui martèle : « Les constatations policières en matière délictuelle ne valent qu’information. » Pour lui, dans ce dossier basé sur une « quinzaine de déclarations éparses », issues de « centaines d’heures d’écoutes », il n’y a « rien de précis sur le trafic de stupéfiants. Même pas des éléments déductifs. Moins il y a de preuves, plus [Bingui] est coupable ».

    Un procès sous pression gouvernementale

    Il enchaîne : « Ce que nous savons c’est qu’il y a des parties de cartes, de barboute [jeu de dés, Ndlr] ou je ne sais pas quoi » dans un local attenant à une alimentation rue Thubaneau, « un sac plastique donné devant cette épicerie et c’est le trafic de drogue. C’est le sac plastique conspiratif… ».

    L’avocat déplore également que dans ses réquisitions « le ministère public ait si peu évoqué les débats » de ces trois semaines d’audience, comme s’il y avait « un mur de culpabilités, de certitudes, de convictions ». Il s’inquiète du contexte de « guerre » contre le narcotrafic, « une pression gouvernementale » qui pèse lourd dans la balance de la justice estime-t-il, « alors qu’à Marseille il y a de vrais sujets, que nous parlons plus en France de trafic que d’éducation, de progrès ». Il n’ose imaginer qu’il s’agit dans ce procès de « faire de la politique ».

    Puis de nuancer : « Nous ne sommes pas là pour faire passer Monsieur Bingui pour une victime, il y a 35 éléments à charge. » Abordant son train de vie, qui pour le procureur « ne correspond pas à une activité légale », Philippe Ohayon admet que « la non-justification de ressources » est « possible ». « Nous ne nions pas que ces dépenses soient liées à d’autres activités délictuelles, mais quel lien avec la Paternelle ? » interroge-t-il. Sur son patrimoine immobilier dont un appartement à Dubaï dont il serait propriétaire, « nous avons fait la demande. Les Émirats arabes unis n’ont toujours pas répondu », assure l’avocat.

    Philippe Ohayon en rajoute une louche sur la sévérité de la peine d’emprisonnement requise. « Seize ans pour trafic de cannabis est-ce bien sérieux ? Nous sommes dans l’inversion des valeurs » s’indigne-t-il, où « la tête de Félix Bingui sur une pique, c’est le sort qu’on réserve à tous les trafiquants de drogue, voilà le message de la justice ». Citant des vers d’Aragon, « rien n’est jamais acquis à l’homme. Ni sa force. Ni sa faiblesse, ni son cœur », il assène : « Félix Bingui a un avenir. » Reste à savoir lequel. Délibéré ce vendredi 5 juin.

  • Narcotrafic : le Sénat bloque la protection des lanceurs d’alerte

    Narcotrafic : le Sénat bloque la protection des lanceurs d’alerte

    Retoquée. Le Sénat s’est finalement opposé ce jeudi 7 mai à une proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte contre le narcotrafic. Une initiative écologiste dans le cadre d’une niche parlementaire du groupe, après l’assassinat en novembre de Mehdi Kessaci, frère du militant écologiste et anti-drogue Amine Kessaci, aujourd’hui adjoint au maire de Marseille.

    Portée par Sandra Regol (EELV) à l’Assemblée nationale, le texte avait été adopté le 12 février à l’unanimité. Il propose d’étendre la protection aux membres de la famille de ceux qui dénoncent les réseaux criminels, à leurs proches mais aussi aux associations et collectifs, en inscrivant le numéro de téléphone de la personne menacée sur une liste prioritaire, en mettant en place des patrouilles autour de son domicile ou en lui confiant un dispositif d’alerte discrète de la police.

    Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a rappelé l’opposition du gouvernement à des dispositions qui entretiennent « la confusion entre protection administrative et judiciaire ». Il a aussi alerté sur les risques de « saturation des services de police et gendarmerie » estimant que « l’objectif de ce texte est déjà satisfait ».

    « Une réalité de peurs

    et de silence »

    Pour Guy Benarroche, sénateur écologiste, il s’agit pourtant d’un « sujet éminemment essentiel », considérant que l’accompagnement de ces lanceurs d’alerte relève du « devoir de l’État ». Jérémy Bacchi (PCF) est lui aussi monté au créneau. « Derrière ce texte, il y a une réalité que personne ne peut nier, celles des hommes et des femmes qui dans nos quartiers, dans nos villes s’engagent contre la criminalité organisée », pose-t-il. Reconnaissant que la proposition n’est « pas parfaite », elle pose aussi « des questions légitimes » estime-t-il, « dont la réponse ne peut être le déni ». « Dans les Bouches-du-Rhône, nous connaissons cette réalité faite de peurs et de silence », témoigne-t-il, précisant avoir accueilli à sa permanence quatre familles « dont la dernière en date a dû déménager 400 km de Marseille parce que le jeune frère de 14 ans avait refusé de s’engager dans les réseaux ».

    Conscient que le texte ne passerait pas confiait-il à nos confrères de FranceInfo, Amine Kessaci, dont la mère était présente au moment du vote à l’Assemblée nationale, a appelé le gouvernement à se doter de « tous les moyens nécessaires » pour lutter contre des réseaux devenus puissants et violents.

  • Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Mettre un fléau systémique sur le dos des individus. C’est du libéralisme pur sucre. Et sans surprise, c’est l’essentiel du message du président de la République délivrée mardi à Marseille pour répondre au narcotrafic. En opposant les habitants des quartiers qui subissent de plein fouet la guerre de la drogue et ceux qui achètent ces produits, sous-entendus les « petits-bourgeois » des beaux quartiers, Emmanuel Macron ne fait pas avancer d’un iota le débat. Croit-il sérieusement que le passage de 200 à 500 euros de l’amende pour consommation va stopper l’usage de la drogue ? C’est faire fi de la dimension addictive et du problème de santé publique liée à la consommation de stupéfiants en France. Elle touche toutes les catégories sociales. Les trafiquants le savent.

    Marché de la mort

    Certes le président de la République a aussi parlé démantèlement des réseaux, de têtes aux manettes de ce marché de la mort à faire tomber. Mais les mots doivent être suivis d’actes courageux, concrets. L’État va-t-il prendre langue avec les dirigeants des pays producteurs à l’instar du Maroc ? Va-t-il enfin doter le port de Marseille de détecteurs efficaces pour ausculter les containers ? Va-t-il, cet État si répressif, donner tous les moyens à la justice – autre que des places de prison – pour lutter contre la corruption, mener des enquêtes, remonter les réseaux ? Va-t-il rétablir la police judiciaire démantelée ? Va-t-il protéger ceux qui osent parler, dénoncer ? La réponse à la pieuvre doit être multiforme et ne peut se payer de formules. L’État doit y mettre tous les moyens.

  • Les salariés d’Orange de retour à Saint-Mauront

    Les salariés d’Orange de retour à Saint-Mauront

    Des salariés plus gênés par la présence des caméras qu’autre chose… Sur le site d’Orange à Saint-Mauront (3e), c’est la rentrée ce lundi 15 décembre, après quinze jours de fermeture temporaire. La direction de l’entreprise ayant pris cette décision fin novembre après des « événements répétés » qui ont entraîné deux confinements. Les syndicats CGT et CFE-CGC avaient déposé des droits d’alerte pour « danger grave et imminent ». Tandis que la préfète de police déléguée, Corinne Simon, démentait, assurant n’avoir recensé aucun appel au 17, pas plus qu’avoir été alertée par la direction d’Orange.

    À la sortie du métro National, les salariés pressent le pas. « Franchement, on a l’habitude de cette ambiance, disons un peu chaude, les tags sur les murs, et tout le reste… Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Mais je n’ai jamais eu peur », confie l’une d’entre eux. Elle poursuit : « Ce n’est pas quinze jours de fermeture de site qui va régler un problème aussi important. » Même son de cloche chez un de ses collègues, Frédéric, habitant des quartiers Nord. Lui, ce qui « le tue », « c’est qu’on a un commissariat à quelques mètres et des points de deal de partout ». Un peu plus loin, un habitant tient à intervenir : « Y a pas qu’Orange, nous aussi on est là ! »

    La CGT prône

    le vivre-ensemble

    Depuis l’ouverture des portes ce matin-là une voiture de police a pris place sur le trottoir d’en face, une autre un peu plus loin. Le trafiquant de cigarettes est au rendez-vous lui aussi, vendant à l’unité, non sans succès si on en croit la liasse de billets qu’il compte. Les organisations syndicales ont pu rencontrer le responsable d’Orange France. « On est rassuré par le dispositif mis en place, on a aussi demandé une hotline avec des psychologues » indique Jérôme Bissey, délégué syndical CFDT Orange grand Sud Est, précisant que pour le moment 380 sur les 1 200 salariés du site, ceux qui viennent en transports en commun, sont concernés, dans l’attente de travaux sur les parkings.

    Contrairement à la CFE-CGC qui dénonce dans un communiqué un « retour forcé » et demande le « transfert des collaborateurs, tant que l’ordre républicain ne sera pas durablement rétabli dans le quartier », la CFDT réclame l’ouverture d’un deuxième site sur Marseille, Orange ayant vendu une bonne partie de son patrimoine immobilier. « Pour nous, cette réunion a permis de recadrer un peu certains syndicats qui font monter la sauce sur des thèmes politiques, ce qui n’est pas de bon augure dans un quartier comme Saint-Mauront, au lieu de travailler sur le vivre-ensemble, à la part sociale que doit prendre Orange dans le quartier », estime Guillaume Lamourette secrétaire départemental de la Fapt- Telecoms 13. Pour le syndicaliste, la disparition des services publics dans les quartiers est aussi un facteur aggravant. Dans un tract distribué aux salariés, la CGT rappelle ses revendications : remboursement des abonnements RTM, ouverture de plusieurs sites, un parking…

    Après plus d’une heure de réunion, la préfète de police estime que la « crise est passée » mais précise que le dispositif restera « souple et adapté ». Au-delà des rondes et patrouilles, une présence statique est assurée « sur des horaires de rentrée et de sortie des salariés pour leur permettre de travailler en toute sécurité ». Et ce pour au moins quinze jours. La direction d’Orange affirme, elle, « rester pleinement mobilisée pour assurer un environnement de travail sécurisé et serein. »

  • L’État montre les muscles face aux narcotrafiquants

    L’État montre les muscles face aux narcotrafiquants

    Pas moins de 15 points de deal ciblés simultanément, 1 500 agents supplémentaires déployés tous services de police confondus, 7 équipes cynophiles, des drones… L’opération chapeautée ce mardi 9 décembre par le préfet de région, Jacques Witkowski, n’avait pas franchement de nom, mais une certitude : elle est de « grande ampleur », a expliqué le représentant de l’État devant une foule de caméras, au pied d’un bâtiment des Oliviers A (13e). Une opération de « visibilité, judiciaire, de voie publique, de police administrative » avec la fermeture d’un certain nombre de commerces « pour suivre les directives du ministre de l’Intérieur qui m’a demandé d’insister et d’accélérer sur la lutte contre les narcotrafics », poursuit le préfet.

    Une demi-heure avant de convoquer la presse, l’« assaut » a été donné pour dégager un point de deal avec chicane tenu par des charbonneurs. Consommateurs, nourrices étaient également dans le collimateur. « Des perquisitions sont en cours », a indiqué Jacques Witkowski, ajoutant que « toute la circonscription de Marseille » était concernée par ces descentes de police et ce « jusqu’au bout de la nuit ». Avec « une pointe d’effort sur le 3e arrondissement, qui a été ces derniers temps le théâtre d’actions criminelles que nous condamnons », précise-t-il.

    En début d’après-midi, plus d’une vingtaine d’interpellations et quelques saisies de stupéfiants avaient déjà été réalisées, un commerce fermé.

    « Nous ne souhaitons pas laisser les narcotrafiquants tenir le terrain, la République ne leur passera rien », martèle le préfet, promettant que « ces opérations d’ampleur seront réitérées en fonction des moyens ».

    Il enchaîne sur une saisie qui en dit long sur le sens du commerce des réseaux… Une affichette truffée de fautes, trouvée quelques instants plus tôt dans un hall : « Les Oliviers A fête Noël, du 25 au 31 décembre, appéritif (sic), chips, boisson, bonbon, ect… Pochons beuh ou shit cadeau, venez comme vous êtes », remerciant les acheteurs de leur passage, « à la prochaine ! ».

    Des habitants apeurés ou complètement désabusés

    À l’avant-veille d’une nouvelle réunion sur le narcotrafic à l’Élysée, à laquelle le préfet va participer, et à quelques jours de la venue de son locataire le 16 décembre dans la cité phocéenne, pas question pour autant d’y voir une simple opération de com’, assure Jacques Witkowski. Même si le plan « Marseille en grand », c’est la « reprise de la sécurité, la première de nos libertés » convient le préfet, il rappelle aussi qu’il est question du « développement du logement, de l’éducation ». Et de marteler qu’au-delà de ce moment « spectaculaire », les forces de police resteront mobilisées quotidiennement.

    Aux balcons des bâtiments délabrés, on reste sceptique… « Ils sont pas souvent là », nous assure une dame désabusée. Alors qu’un habitant se fait fouiller, un petit groupe de jeunes dénonce l’inutilité de l’action policière. « Regardez les façades, ça tombe en ruine, Macron, il est déjà venu ici ça n’a rien changé, ils préfèrent mettre les sous là-dedans », s’indigne l’un d’entre eux, pointant du doigt un camion de gendarmerie stationné devant les murs lézardés ou qui perdent des morceaux de béton, entre deux barres métalliques rouillées.

    D’autres habitants refusent de témoigner, parce qu’« on a peur », reconnaît une dame, quand cet homme est en colère : « Même pas on va se fatiguer à vous répondre, pour vous dire quoi ? Ça sert à rien, on est abandonnés et ça dure depuis des années. En quoi elle compte notre parole ? »

    Alors que les patrouilles de police se poursuivent, les caméras lèvent le camp au bout de quelques heures. « Revenez nous voir quand ils seront partis, vous verrez, ici ils se passent aussi des choses bien », nous assure un gamin, le col remonté jusqu’aux yeux.

  • Marseille : un réseau de trafic de MDMA démantelé

    Marseille : un réseau de trafic de MDMA démantelé

    88 kg d’ecstasy saisis ainsi que 75 000 euros en numéraires, 10 000 euros sur des comptes bancaires, un pistolet automatique, huit véhicules et un bien immobilier d’une valeur de 300 000 euros… C’est un véritable réseau international de trafiquants de drogue de synthèse que les gendarmes de la section de recherches de Marseille-Paca, en co-saisine avec l’Office national anti-fraude (Ofast) ont démantelé, les 13 et 14 octobre derniers, indique le parquet de Marseille, dans un communiqué. L’affaire a débuté fin 2024 par un renseignement de l’Ofast central dénonçant une organisation implantée à Marseille, qui importerait des drogues de synthèse (MDMA) des Pays-Bas jusqu’à Marseille, pour ensuite l’exporter vers l’Algérie, pour la revente. L’organisation était bien rodée, avec des livraisons par TGV depuis la gare de Lille-Europe vers Aix-TGV, un collecteur d’argent de type « saraf » qui se chargeait de remettre l’argent des ventes effectuées au Maroc à l’équipe marseillaise, équipe qui dissimulait les marchandises prohibées dans des spas, pergolas, climatiseurs acquis dans des grandes enseignes de bricolage. Une fois reconditionnées, ces marchandises étaient confiées à des transporteurs pour être exportées, via le port de Marseille, vers l’Algérie.

  • Jusqu’à dix ans requis contre le « gang du Ponzo »

    Jusqu’à dix ans requis contre le « gang du Ponzo »

    Dix ans d’emprisonnement ont été requis, ce jeudi 16 octobre, au tribunal judiciaire d’Avignon, par le procureur Nicolas Delpierre, à l’encontre de Badr J., l’un des chefs présumés du point de deal du Ponzo. Les charges retenues incluent « association de malfaiteurs en vue de commettre un crime » ou encore « des faits d’acquisition, détention, transport, offre ou cession non autorisée de stupéfiants ». Le Ponzo a été l’un des plus gros points de deal du département, situé dans le quartier de Monclar à Avignon. Il a été démantelé en 2023.

    Parmi les 16 prévenus, décrits par le ministère public comme le « gang du Ponzo », Badr J. fait l’objet de la réquisition la plus lourde. Le procureur estime que ce dossier met en lumière « révèle au grand jour le trafic de stup 2.0, qui consiste à installer le trafic comme une véritable organisation criminelle ».

    Cette peine est plus lourde que celle requise contre celle qui attirait une grande partie de l’attention, depuis le début du procès lundi, à savoir Anaïs E., désignée comme la gérante du point de deal et qualifiée de « directrice territoriale » par le parquet, et contre laquelle 7 ans d’emprisonnement ont été requis.

    Une différence due à la hiérarchie supposée plus élevée du premier nommé au sein du réseau. Badr J. serait effectivement l’un des deux patrons avec Faycal J., son frère, absent car actuellement en fuite. Mais, aussi, parce que la femme de 27 ans « reconnaît au moins en principe » son rôle, contrairement à son supérieur supposé. Badr J. n’a effectivement pas cessé de nier son implication, assurant n’avoir pas été vu en possession de produits stupéfiants, ni en train de vendre. « Quand on va à la poissonnerie de Leclerc, ce n’est pas Michel-Édouard Leclerc qui vous sert votre daurade. Mais il détient les marchandises et organise son transport. Sauf que lui, c’est légal », rétorque le procureur, en rapportant également des discussions issues de la sonorisation de plusieurs véhicules utilisés par les membres du réseau, le qualifiant comme celui étant à sa tête, avec son frère.

    Une fratrie dont la sortie de prison, en 2022, aura ramené une vague de règlements de comptes sur le quartier, avec 5 morts et 4 blessés par balle en seulement quelques mois. Les plaidoiries de la défense des deux individus supposément les plus haut placés se tiendront ce vendredi 17 octobre au cours de la matinée, tandis que le délibéré est attendu dans l’après-midi.

    « Marche ou crève »

    « Marche ou crève », a lancé en ouverture de l’audience le procureur, estimant que le titre du roman de Stephen King « correspond au dossier », mais aussi que cela « pourrait être la devise de ce qu’il faut appeler une famille, un clan ou un groupe, comme on a pu l’entendre. Mais bien d’un gang ». Tout en assurant que « ceux qui disent avoir seulement guetté, charbonné ou manipulé ont revêtu le maillot estampillé Monclar, car sans les petites mains, il n’y a pas de réseau ». Et qu’il existe, pour certains, la « volonté de monter en grade dans l’ascenseur narco-social ».

    Parmi les autres prévenus, 3 ans de prison aménageables en bracelet électronique, dont un an avec sursis, ont été requis à l’égard de Myriam S. Celle-ci, qui avait été chargée notamment de détailler les doses et avait même géré le point de deal en l’absence des têtes, avait tenté de quitter le réseau. Elle s’était enfuie avec plus de 30 000 euros appartenant au « gang ». Aujourd’hui, elle affirme s’être repentie et cherche à se réinsérer.