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  • [Tribune] Ce que nous disent les incendies

    [Tribune] Ce que nous disent les incendies

    Nos peurs et nos larmes ne suffiront pas. Dans les incendies d’aujourd’hui, il y a bien plus que la violence des flammes. Ce qui brûle, ce ne sont pas seulement des arbres, des champs, des maisons, ni même seulement des vies brisées, comme celles de nos pompiers morts en service. Ce sont des équilibres anciens, des présences humaines, des métiers, des paysages, des mémoires. Une certaine manière d’habiter la terre. Ayons le courage de le regarder en face.

    Longtemps, nous avons cru que les incendies ne concernaient que des marges : campagnes lointaines, villages peu connus, forêts reculées, territoires touristiques voués à l’usure, campagnes « en déclin ». Comme si le capital d’un pays ne se trouvait que dans ses grandes villes, comme si cette nature abondante se régénérait seule. Résultat : des moyens insuffisants, des stratégies sourdes aux climatologues, des pompiers volontaires épuisés et sous-payés. Ce temps de cécité est terminé. Quand le feu s’approche de Paris ou de Madrid, qu’il coupe une autoroute, vide des quartiers entiers, c’est toute l’échelle qui change. L’incendie n’est plus rural : il est métropolitain, global. Il révèle un monde où ville et campagne sont prises ensemble dans la même vulnérabilité, après qu’on a oublié l’essentiel : le territoire, la terre, les gens.

    Derrière les flammes, il y a un territoire lentement désaccordé. Les zones humides ont reculé, comme si l’eau elle-même avait été sommée de quitter un pays qui lui doit tout. Les arbres, éprouvés par les sécheresses, les parasites, les maladies, ne jouent plus leur rôle de protection ni de puits de carbone. La déprise agricole referme les paysages, laisse les friches gagner, simplifie les milieux, et le feu trouve des continuités qu’il n’avait pas auparavant. Les campagnes se vident par endroits, et avec les habitants disparaissent les gestes d’entretien, de vigilance, de présence. Ce n’est pas une cause unique, c’est une fragilité accumulée.

    La forêt nous oblige à abandonner les réponses trop simples. Plus de surface boisée ne signifie pas plus de résilience. Une forêt plantée à marche forcée, d’arbres identiques alignés selon une logique industrielle, n’est pas une forêt sauvée, mais une forêt fragilisée à l’avance. La vraie forêt est diverse, mélangée, lente, humide, vivante. Elle a besoin de sols, d’eau, de temps, d’ombre, de diversité d’essences, et d’être pensée comme un milieu à habiter avec précaution, non comme une simple usine à carbone. De même, les zones humides, longtemps traitées comme des terrains « à gagner », sont en réalité une mémoire de l’eau : elles retiennent, filtrent, rafraîchissent, amortissent les à-coups, protègent les villages, donnent du souffle au territoire. Leur disparition silencieuse ne se voit qu’après coup, quand l’eau manque, que la terre durcit, que les incendies avancent et que les paysages se dessèchent.

    Le drame se poursuit dans les corps : paysans épuisés par les canicules, travailleurs du vivant qui luttent sans répit, habitants pour qui l’été devient une épreuve. Le climat n’est pas une abstraction, il s’inscrit dans les gestes empêchés, les cultures perdues, les nuits sans fraîcheur. Pourtant, quelque chose tient encore. Après le feu, des paysans s’organisent, des voisins se prêtent main-forte, des bénévoles apportent eau, matériel, temps. Cette entraide n’est pas anecdotique : elle est un savoir, une condition de la résilience de nos territoires, un trésor national.

    Le tourisme entre lui aussi dans cette histoire. Les territoires touristiques vivent du climat, de l’eau, des paysages. Un tourisme trop intensif use ce qu’il prétend célébrer : il consomme, densifie, épuise. Quand les canicules s’intensifient, quand l’eau manque, quand les incendies menacent collines et littoraux, le modèle doit changer : moins concentré, moins lourd, plus sobre, plus respectueux des seuils d’accueil.

    Le feu nous parle enfin de la ville. Derrière les campagnes, il y a toujours les grandes villes, leurs infrastructures, leurs flux. Quand un incendie se rapproche d’une métropole, menace routes, eau, équipements, il met à nu l’interdépendance des territoires. Nous ne vivons plus dans des compartiments, mais dans un système de continuités. C’est ce qui rend la catastrophe plus grave et nous oblige à repenser l’ensemble.

    La question de la mémoire devient alors décisive. Quelle trace laissera chaque feu ? Une émotion brève, un échec collectif vite recouvert par la catastrophe suivante ? Ou une leçon durable, un nouveau pacte, une autre manière de faire territoire ? Nous avons besoin d’un pacte national et climatique qui relie forêt et eau, ville et campagne, agriculture et biodiversité, tourisme et sobriété, infrastructures et vivant. Un pacte qui reconnaisse que le territoire n’est pas un décor mais une matière vivante, qui ne se protège pas par des slogans, mais par des choix justes, cohérents, incarnés.

    En terminant ces lignes, je pense aux deux sapeurs-pompiers morts en opération, et à tous leurs camarades. Nos larmes ne les ramèneront pas. Mais leur courage nous oblige. Quand il ne reste que le corps des hommes face au feu, c’est que la défaillance est entière. Penser à eux et être dignes de leur sacrifice doit nous guider avec fermeté, courage et lucidité.

  • L’été ne fait plus le printemps du tourisme en Occitanie

    L’été ne fait plus le printemps du tourisme en Occitanie

    « Réchauffement climatique, choix de consommation : les habitudes des vacanciers évoluent », constate l’Insee dans une étude menée en partenariat avec l’Agence d’attractivité et de développement de la Région Occitanie (AD’OCC) et Destination Occitanie qui charpente la stratégie touristique régionale.

    Cette étude, menée sur un temps relativement long d’un peu plus d’une décennie, de 2012 à 2024, révèle une tendance forte : « Depuis quelques années, la fréquentation touristique augmente tendanciellement moins fortement dans la région qu’au niveau national. Ainsi, entre 2012 et 2024, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques d’Occitanie progresse de 4,5% contre +11% en France métropolitaine », a calculé l’Insee. En outre, ajoutent Sophie Andrieu et François Hills, auteurs de l’étude pour l’Institut national de la statistique, cette hausse de 4,5% « n’est portée que par l’hôtellerie de plein air dont les nuitées augmentent de 19,4% alors que les nuitées diminuent dans les hôtels (-4,7%) et les autres hébergements (-12,6%) ». L’Occitanie est la cinquième des régions de France métropolitaine les plus fréquentées par les touristes en 2024 avec 55 millions de nuitées mais « Depuis 2012, le tourisme se développe au printemps et s’atténue en été », résume l’Insee qui image ce constat en chiffres : « Entre 2012 et 2024, la fréquentation touristique au printemps a augmenté de 17,7 %. »

    Pourquoi ces évolutions ? « Des facteurs multiples peuvent influer sur l’évolution de la fréquentation touristique », prévient l’Insee qui identifie cinq facteurs principaux. Le premier est le réchauffement climatique. Il « entraîne une hausse de la fréquence des canicules en été et une baisse de l’enneigement en hiver. Il peut conduire les touristes à modifier leur choix de destination ou décaler la période habituelle de leurs séjours. » Deuxième facteur, « les évolutions dans les choix de consommation peuvent avoir le même type de conséquences ».

    886 000 lits sont proposés par les plateformes internet

    Troisième facteur, le vieillissement démographique entraîne le développement du tourisme des retraités « particulièrement hors des périodes scolaires et estivaux ». Quatrième facteur, « la crise Covid a eu un fort effet sur le tourisme en 2020 et 2021 et a également entraîné des changements durables de comportement ». Cinquième facteur et non des moindres, « l’offre de logements locatifs sur les plateformes numériques, en essor depuis la décennie 2010, concurrence les hébergements collectifs traditionnels ». Les logements en location saisonnière proposés par les plateformes internet comme Airbnb, Booking ou HomeAway atteignent en 2024 « des volumes offerts proches de ceux des hébergements collectifs » et représentent en Occitanie 178 000 logements représentant environ 886 000 lits. « Ainsi, la fréquentation du locatif en plateforme se développe très nettement entre 2019 et 2024, bien que moins vite que l’offre », analyse l’Insee. L’exemple d’Airbnb est parlant : entre 2019 et 2024, la fréquentation estimée des hébergements sur cette plateforme, mesurée en nuits réservées croît de 57%.

    « L’évolution de la saisonnalité du tourisme en Occitanie est essentiellement portée par les campings », renseigne l’Insee. En Occitanie « ils représentent la moitié des nuitées annuelle, hors hébergements locatifs en plateforme et hors hébergements non marchands ». La hausse de 19% de leur fréquentation entre 2012 et 2024 « est portée par le littoral qui concentre les deux tiers de la fréquentation régionale en camping ». Elle est « particulièrement forte en début de saison estivale, entre avril et juin. Dans la région, ces trois mois concentrent 25% de la fréquentation en 2024 contre 18% en 2012 ». Les nuitées en camping augmentent aussi sensiblement en septembre, note aussi l’étude. « Ainsi, la période dite des “ailes de saison”, qui couvre les mois d’avril à juin et de septembre, pèse autant dans la fréquentation de 2024 que chacun des deux mois du cœur de l’été. » Une tendance de fond.