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  • Les CRS envoyés contre les pêcheurs au dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer

    Les CRS envoyés contre les pêcheurs au dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer

    « On va mourir si ça continue comme ça. » Ce pêcheur d’Occitanie venu bloquer le dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer dès 2h mardi matin, avec une cinquantaine de confrères, crie sa colère au contact des CRS à 9h30. Ce mouvement surprise de la pêche professionnelle de Méditerranée a bloqué plus d’une centaine de camions durant 7 heures pour signifier la détresse de la profession à l’État.

    Après l’évacuation du blocage, ponctuée de fumigènes, de spray poivré et d’une rapide échauffourée, c’est l’incompréhension. « On travaille quinze heures par jour et on ne gagne rien », explique ce même pêcheur, Sébastien Prunet, représentant la Société coopérative des marins pêcheurs (Socomap), au Grau-du-Roi (Gard). « On avait conclu un accord avec la préfecture, obtenu un rendez-vous, on allait partir. On discutait avec les représentants des CRS et le maire mais l’accord a été rompu », estime-t-il, après l’intervention des forces de l’ordre.

    Des aides qui tardent

    Même sentiment pour la présidente du comité régional des pêches Paca Christine Poncharreau (CFDT). « Se faire sortir par le gaz et les matraques n’est pas acceptable. Il faut que les services de l’État se rendent compte de la situation et que le mouvement n’est pas près de s’arrêter », affirme-t-elle, alors qu’il est question de semaines de marée noire avec bateaux à quai, tandis que certains pêcheurs parlent de revenir bloquer. « Nous sommes dans l’impasse, on n’est pas rentables, les prix du gasoil montent continuellement et les pêcheurs ne peuvent plus suivre », détaille-t-elle, malgré des aides promises par le gouvernement. « 20% des armateurs n’ont pas été payés depuis le dépôt des dossiers au 15 juillet », poursuit la représentante. « On a plus de jeunes et des confrères qui partent en préretraite car c’est trop dur », conclut-elle.

    Le prix du carburant est une charge majeure dans l’activité des marins. « À 2000 litres par jour entre 1,14 et 1,31 euro le litre, faut pêcher 2 400 euros de poisson par jour pour se rembourser, mais sans payer les salaires et les comptables », déplore Hervé Gout-Vernier, ancien chalutier à Carro converti au « petit métier », c’est-à-dire à la pêche au filet maillant ou à la ligne, entre autres.

    « Une heure sur l’ordinateur chaque jour »

    Outre le carburant, la réglementation pose problème aux pêcheurs. En particulier le plan de gestion européen des activités en Méditerranée Westmed. « Nous voulons un statu quo », reprend Christine Poncharreau, « avec une flexibilité des quotas d’une année à l’autre. Car le mauvais temps, le réchauffement climatique qui génère moins de ressource, la facturation électronique, la pesée de chaque poisson péché… » liste la représentante. Et quand le poisson se cache pour fuir les chaleurs actuelles, « le thon est la bouée de secours », pour Hervé Gout-Vernier. « Vous voulez qu’on laisse tranquille les merlus ? Alors ouvrez le thon et on le fera. Il faut bien manger », s’agace-t-il.

    L’administratif pèse dans le quotidien, selon le capitaine. « On se rend fou toute la journée pour pécher correctement, mais quand on rentre on doit encore se taper une heure d’ordi », explique-t-il, notamment pour remplir les fiches de pêche. Il pointe également la contrainte de la notification préalable de retour au port aux autorités pour les éventuels contrôles au débarquement. « On doit envoyer un message 4 heures avant de rentrer au port, sinon le poisson est bloqué à bord. Alors qu’on est surveillés en temps réel depuis Étel », par le Centre national de surveillance des pêches maritimes, situé dans le Morbihan.

    In fine, le marin prédit que « Si demain le chalutage peine, c’est toute la filière qui tombe, car les coopératives tiennent grâce à eux ». Ces mêmes coopératives qui souvent gèrent une criée et négocient les tarifs des carburants.

  • « Il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins »

    « Il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins »

    Entretien

    La Marseillaise : L’interdiction du thon dans les cantines est-elle une bonne idée ?

    Daniela Banaru : Tout comme l’espadon, ou le requin, le thon est un grand prédateur qui se trouve tout en haut de la chaîne alimentaire. Plus tu es au sommet de la chaîne, plus il y a des chances que tu accumules des contaminants, dont le mercure. Mais, ce n’est pas le seul, il y a aussi des polychlorobiphényles (PCB), des Pfas ou encore des pesticides. Et on ne connaît pas l’effet cocktail.

    Pourquoi le mercure est-il dangereux ?

    D.B. : Depuis la pollution accidentelle au mercure en mer à Minamata, au Japon, on sait que c’est un neurotoxique. Les conséquences vont être très importantes au niveau du système nerveux pour les fœtus et les enfants. C’est là le véritable danger. Mais, il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins, car on en tire aussi énormément de bénéfices. Il faut juste faire attention à l’âge. Anses, OMS, Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et d’autres organismes scientifiques nous disent qu’il faut en manger pour les acides gras essentiel, les protéines, les vitamines B12 ou encore le potassium et de magnésium. Il ne faut pas oublier ça. C’est la balance bénéfice-risque qu’il faut regarder.

    Comment faire le tri ?

    D.B. : Si l’on n’est pas biologiste marin (rire), il faut tenir compte des recommandations. Taille, âge, poids ou quantité, les risques prennent en compte différents critères d’une population, mais aussi le lieu d’habitation. Par exemple, en zone côtière, on mange davantage de poissons. Pour les enfants, on sait qu’il y a un risque. Le mercure en mer, naturellement présent, est transformé en méthyl mercure, c’est lui qui est toxique. L’activité humaine (dans l’industrie par exemple) augmente ses concentrations au-delà du normal.

    Qu’en est-il en Méditerranée ?

    D.B. : Le mercure est un peu plus élevé car la Méditerranée est une mer pauvre, les cellules vivantes sont très petites, la bioconcentration est accrue. Les thons sont tout en haut de la chaîne alimentaire et ce sont des gros mangeurs, jusqu’à 30% de leur poids par jour.

    Quel poisson peut-on manger alors ?

    D.B. : Les seuils de surveillance fixés par l’Europe sont différents pour les grands prédateurs et les autres espèces. En ce qui concerne les femmes enceintes et les enfants, il faut manger d’autres poissons que le thon. Avec mon laboratoire, nous avons étudié et donné à la Mairie une liste de 263 espèces comestibles sur nos côtes. Il faut manger d’autres espèces, plus bas dans la chaîne alimentaire. Il ne faut pas céder dans la psychose.