Tag: territoire rural

  • À Forcalquier, pour voir le film, il faut d’abord pédaler

    À Forcalquier, pour voir le film, il faut d’abord pédaler

    Sensibiliser à l’utilisation du vélo et donner accès à la culture en zone rurale : tels étaient les objectifs de la projection organisée mercredi soir en centre-ville de Forcalquier par les associations Cinécyclo et Mobiclou.

    Les spectateurs y sont invités à pédaler pour produire l’énergie nécessaire à la projection, ce qui permet d’ouvrir une réflexion sur la mobilité en zone rurale. L’idée est de promouvoir « le vélo comme moyen de locomotion au quotidien » malgré les difficultés intrinsèques au territoire et le manque d’aménagements sur les routes, explique Frédéric Hafner, bénévole chez Mobiclou. « Le vélo électrique a changé la donne » et a rendu la pratique du vélo plus accessible et réaliste dans les Alpes-de-Haute-Provence, où le terrain est souvent très pentu, explique le bénévole. « On peut par exemple faire la moitié du trajet pour aller au travail en voiture ou en train, et l’autre à vélo », avance Pierre Adnot, membre de la collégiale de Mobiclou.

    Le film projeté mercredi raconte « la transition de la voiture au vélo », explique Tom Morel, le responsable de l’antenne marseillaise de Cynécyclo. Il est en tournée et sera en projection ce soir à Revest-des-Brousses. Son association est la seule à organiser des projections à l’aide de l’énergie du pédalage, selon lui. Il espère organiser bientôt « une tournée sur la montagne de Lure ».

    L’association forcalquiérenne Mobiclou fournit également des vélos adaptés aux différents handicaps, et initie à l’auto-réparation. Elle s’adresse aussi aux personnes qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture.

  • [EQDD La Montagne] Dans le Cantal, la Croix-Rouge roule contre les déserts de solidarité

    [EQDD La Montagne] Dans le Cantal, la Croix-Rouge roule contre les déserts de solidarité

    Une enquête de la Croix-Rouge a mis en lumière l’existence de « déserts de solidarité » : deux millions de personnes, dans 4 000 communes, vivent sans réseau associatif suffisant pour répondre à leurs besoins sociaux. Face à ce constat, l’organisation a lancé à l’automne 2024 un projet dans quatre départements afin de tester des solutions adaptées aux zones rurales isolées.

    Territoire pilote, le Cantal est en première ligne de « l’emmener-vers » : un dispositif de copilotage solidaire, ou transport d’utilité sociale. Au volant, Christian Vaurs, un bénévole de 65 ans, a quitté son domicile d’Arpajon-sur-Cère pour aller récupérer les clefs d’un véhicule de la Croix-Rouge, à Aurillac. Ce jeune retraité s’est ensuite rendu à Ytrac, à quelques kilomètres de là, pour rendre service à un octogénaire.

    « J’ai du temps libre et je veux en donner. Chauffeur, c’est dans mes cordes », indique ce bénévole ayant trouvé sa mission sur le site web jeveuxaider.gouv.fr. « J’aime bien m’investir. J’étais facteur, alors j’avais l’habitude de voir du monde… et j’aime parler », tchatche le Cantalien, déjà investi à la Banque alimentaire ainsi que dans diverses associations sportives, où il participe à l’organisation de plusieurs courses à pied (comme La Pastourelle, un trail de 31km au départ de Salers).

    Sa course à lui a consisté à conduire jusqu’au supermarché Leclerc puis à accompagner ce monsieur dans les rayons afin de faire les emplettes. Une tâche un peu plus longue que ce à quoi il s’attendait. « Sa liste était petite… mais longue ! » rit Christian Vaurs. « Il s’accrochait au caddie et avançait. Mais parfois, il s’embrouillait un peu… »

    « Chauffeur, c’est
    dans mes cordes »

    Avec ce nouveau dispositif intitulé Rouages (pour Rouler dans l’Ouest Agglo Ensemble et Solidaire), La Croix-Rouge soutient là une autre association locale : l’Afapca. Objectif : implanter une oasis dans un désert de solidarité. Les bénéficiaires n’ont que 3 euros à régler pour une course de 0 à 25 km, au départ de cinq communes (Ayrens, Lacapelle-Viescamp, Saint-Paul-des-Landes, Sansac-de-Marmiesse, Ytrac). Remplir son chariot, voir son médecin ou simplement rendre visite à ses amis constituent des motifs valables. Des allers-retours vers les deux grands pôles médicaux que sont Clermont-Ferrand ou Limoges, éloignés d’environ 180 km tous deux, sont également possibles, moyennant 45 euros. « Pour des gens qui, de toute façon, doivent y aller par leurs propres moyens et qui ne seront pas remboursés », précise Gérard Gayout, président de la direction territoriale de la Croix-Rouge dans le Cantal.

    « C’est un transport par les habitants pour les habitants. L’idée est de créer du lien social pour que les gens réapprennent à se connaître dans les communes rurales et puissent être capables de répondre aux besoins de leurs voisins », décrypte Hugo Pradel, animateur chez la Croix-Rouge chargé de la mobilité solidaire. Au total, environ 80 personnes bénéficient du dispositif Rouages.

    « Par les habitants
    pour les habitants »

    À terme, la Croix-Rouge du Cantal compte former tous ses pilotes bénévoles aux gestes qui sauvent ou aux premiers secours. Elle travaille aussi avec une ergothérapeute, qui leur montre et explique comment placer les personnes âgées à l’intérieur des véhicules.

    Associée à la Fondation Crédit mutuel, la Croix-Rouge a obtenu l’argent, en 2024, au Grand prix des Alliances durables décerné par la revue The Good. Ses projets liés à la mobilité ont été récompensés, aussi bien grâce à « l’emmener-vers » que « l’aller-vers », avec ses équipes mobiles. « Les structures telles que les épiceries ambulantes se perdent de plus en plus dans les campagnes », diagnostique Hugo Pradel. « Elles ont donc besoin d’être compensées… »

    La plupart de ces projets testés et éprouvés dans le Cantal sont développés en partenariat avec d’autres associations. La Croix-Rouge a par exemple embarqué dans l’aventure du Fraternibus du Secours catholique. Celui-ci sillonne le nord du département avec une boutique sur roues vendant des vêtements d’occasion donnés à Mauriac.

    Par Romain Blanc –La Montagne