Tag: témoignages

  • À la barre, les silences brisés de la bibliothèque de l’Alcazar

    À la barre, les silences brisés de la bibliothèque de l’Alcazar

    C’est une audience fleuve de 14 heures avec 17 parties civiles et six témoins cités par la défense, qui s’est tenue devant la 6e chambre du tribunal correctionnel. Patrick Casse, cadre retraité des bibliothèques de Marseille, délégué du syndicat Force ouvrière, y était jugé pour harcèlement moral présumé à l’encontre de Pierre Chagny, directeur des bibliothèques de 2019 à 2023.

    Une situation dénoncée par ce dernier début 2022 dans une alerte éthique et un article 40. Tout au long de l’audience, Me Callen, l’avocat de Patrick Casse a plaidé la nullité d’une « procédure déloyale », considérant que « 80% des faits » étaient en dehors de la période de prévention du 1er février 2019 au 1er janvier 2023.

    Malgré tout, les émouvants témoignages qui se sont succédés ont donné corps à une ambiance. Celle des années Gaudin. Avec pour décor, l’Alcazar, le vaisseau amiral d’un service public de la lecture en plein naufrage, entre manque d’agents, embauche de fils d’élus et de haut fonctionnaires estimés à un tiers des effectifs, absentéisme, temps de travail illégal, et cogestion avec FO.

    Au cœur de cette machine infernale, Patrick Casse, élevé au grade suprême de conservateur au fil des promotions, était sous sa double casquette cadre – syndiqué, le rouage essentiel d’un système qu’il s’astreignait à entretenir. Ce système qui broyait l’humain à tous les étages (9 directeurs en 20 ans) dans une inorganisation inopérante, a été documenté dans un rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr) en 2022. « Brisé », Pierre Chagny s’en dit une victime.

    Patrick Casse, lui, s’estime « totalement innocent » et se retranche derrière vingt ans de tensions et de rivalités syndicales. Les insultes, « truie », « bécasse », « clown » ? « C’est faux » ! « Un ressenti peut-être », glisse-t-il en se dépeignant comme « le mouton noir » des conservateurs. Au mieux admet-il « un ton sec » et une forme « de parler marseillais », avant de reconnaître, en larmes, de « la souffrance ».

    Dix mois de prison requis

    « Une dilatation de ressenti potentiel », ironise la procureure pour qui « le parler marseillais n’excuse pas tout ». Elle demande dix mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende alors que Me Callen, « consterné », renvoie à une enquête interne. Arguant l’absence de preuves, il réclame « la relaxe au bénéfice du doute ».

    « M. Chagny a permis d’ouvrir la parole », explique Chantal Boler, responsable CGT-ICT de la Ville, évoquant la problématique des avancements de carrières, à l’arrêt complet malgré vingt ans de service pour des agents à la barre, la souffrance morale, la pression. Emmanuelle Pinguet a travaillé huit ans sous sa responsabilité et n’a « jamais osé se plaindre par peur des représailles ». Elle n’ose plus mettre un pied à l’Alcazar.

    « M. Casse a toujours été très bien noté mais par des gens de FO », observe Elsa Morandy, quand Nora Mekmouche, à la tête du pôle accueil de 2014 à 2016 évoque « intimidations », « propos disqualifiants et désobligeants ». Elle a quitté le réseau en 2019 après avoir saisi la cellule harcèlement. En 2019, Lydia Belmekki, 27 ans, est nommé responsable de la division jeunesse. Son 1er poste. « La jeune beurette qui cherche à faire ses preuves » se verra discréditée dans cette guerre de pouvoir par une rumeur « attribuée » au clan Casse, lui prêtant une relation avec Pierre Chagny : « Je ne savais plus à qui faire confiance. »

    Les témoins de la défense, quand leur mémoire ne flanche pas à cause « d’une plaque en fer reçue sur la tête », n’ont rien vu ni entendu. Délibéré le 16 décembre.

  • Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ils ont 23, 25 et 28 ans, sont en poste depuis peu à Marseille. Jade, Antoine et Marc* ont bien voulu confier à La Marseillaise leur ressenti sur un métier qu’ils ont tous choisi. Un de leurs points communs : qu’ils soient sur le terrain, au centre d’information et de commandement (CIC) pour gérer les interventions ou enquêteurs à la brigade des mineurs, ils s’estiment au service d’une population et des victimes, avec lesquelles ils aiment être en contact. « Cela fait un an pile poil que je suis sortie de l’école, j’ai toujours été attirée par l’uniforme, l’ordre », raconte Jade, mais « j’ai aussi ce sentiment d’aider ceux qui en ont besoin, d’être utile et de pouvoir réprimander ceux qui abusent des droits qu’on leur accorde ». La jeune femme fait partie de « police secours », ces policiers de terrain qui interviennent lorsque l’on appelle le 17. Elle a fait des études d’architecture mais il lui manquait le travail d’équipe, le contact avec la population.

    La réorientation, une autre similitude dans le parcours de nos trois recrues. « Mal conseillé », Marc, en poste au CIC depuis juillet, a travaillé dans des supermarchés ou salons de coiffure avant de revenir à son ambition première tout comme Antoine, titulaire d’une licence en génie mécanique, qui a pris son poste en septembre dans un groupe de la brigade des mineurs. « Vus nos salaires, on ne fait pas ça pour l’argent, pas pour la reconnaissance non plus », estime ce dernier, qui a « le sentiment d’être au service d’une cause, d’un truc qui nous dépasse ». Et les heures de travail s’enchaînent.

    60 heures par semaine

    Jusqu’à « 60 par semaine », assure Jade, où elle voit « plus ses collègues que son conjoint ». Quand Antoine, qui savait à quoi s’attendre, se dit tout de même en charge de 45 dossiers à lui tout seul. Pas facile alors de prioriser. « Une charge mentale », considère-t-il. Idem pour Marc qui gère des centaines d’appels par jour et doit faire preuve de psychologie pour avoir un aperçu de la situation et décider d’envoyer ou pas un équipage. « On est face à des gens qui exagèrent une situation pour qu’on vienne, ou au contraire des victimes qui minimisent », témoigne-t-il.

    Tous se prennent aussi de plein fouet une réalité qu’ils n’avaient parfois pas mesurée. « Naïvement je ne m’attendais pas à autant de misère humaine », constate Jade. À l’inverse, elle a été agréablement surprise par ses premières missions effectuées dans le cadre des JO à Marseille. Antoine, en prise directe avec de jeunes victimes ou auteurs d’abus ou de violences sexuelles, estime « répondre à un vrai mal-être », parfois malgré la volonté de personnes qui « aimeraient oublier ». Il dit aussi la frustration de voir la suite donnée par la justice, « pas à l’échelle de ce qu’on a ressenti » et se confronte à de véritables questions sociétales : « quand ce sont des auteurs mineurs, comment on fait, comment aider ? On voit des choses que nous ne pouvions même pas imaginer ». Quand il discute à l’extérieur, « les gens ne nous croient pas », témoigne Marc.

    « L’esprit de corps » pour Jade, la solidarité au sein du groupe pour Antoine, aident à tenir. « On ne se rend pas assez compte que derrière l’uniforme, on est humain, que l’on aimerait peut-être parfois agir autrement », explique Jade même si « je savais que je ne serai pas forcément d’accord avec ce que j’allais devoir faire ». La loi, les ordres, oui mais… Marc insiste sur la notion de discernement. « Je suis plutôt le genre de policier qui donne sa chance à la personne. » Il s’agit pour lui d’assurer « la tranquillité, faire respecter les règles pour que tout le monde puisse vivre ensemble ». Un engagement qui laisse entrevoir un avenir serein. Marc veut retourner sur la voie publique qu’il a expérimentée en tant que policier adjoint, Jade se voit passer des concours et Antoine entend bien devenir officier de police judiciaire au plus vite, « pour mener l’enquête du début à la fin ». Quand certains démissionnent, il reste confiant : « J’arrive peut-être dans le creux de la vague, mais je me dis qu’on ne pourra que remonter. »

    * A la demande des interessés l’anonymat a été requis.

    REPÈRES

    1 705

    agents sont affectés à la circonscription de police nationale (CPN) de Marseille (villes d’Allauch, Marseille et Plan-de-Cuques) sans compter les plus de 1 730 policiers des unités départementales et interdépartementales, localisées à Marseille, de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) des Bouches-du-Rhône.

    161

    fonctionnaires ont rejoint Marseille en 2024, 86 arrivées en mutation à la CPN et dans les unités départementales et interdépartementales, et 75 policiers sortis d’écoles affectés à la CPN de Marseille. 19 arrivées étaient prévues en mars à la CPN et 4 dans les unités départementales de la DIPN, 22 arrivées ayant été enregistrées en février à la PJ.

    2 161

    euros nets en début de carrière. C’est ce que touche un gardien de la paix selon le ministère de l’Intérieur. Le salaire d’un officier de police s’élève lui à 2 430 euros, 3 224 euros pour un commissaire. Policiers et gendarmes sont âgés en moyenne de 38,5 ans selon la dernière étude Insee en date de 2021. Parmi les moins de 30 ans, 27% sont des femmes.

  • 58 ans après, il dénonce un viol chez les Maristes

    58 ans après, il dénonce un viol chez les Maristes

    Voilà maintenant deux ans que l’affaire Bétharram noircit les pages des journaux à travers l’Hexagone. Cet établissement privé catholique sous contrat, situé à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), se trouve au cœur d’une affaire de violences physiques, morales et sexuelles commises contre des élèves entre les années 1950 et 2010.

    En février dernier, Mediapart révélait l’intervention de François Bayrou, en 1998, auprès d’un juge d’instruction pour défendre l’institution privée catholique Notre-Dame de Bétharram, dans laquelle étaient inscrits plusieurs de ses enfants. L’établissement avait été mis en cause pour des violences ayant conduit au handicap d’un élève, en 1996.

    En 1998, le prêtre Pierre Silviet-Carricart, directeur de l’institution (1976-1981, puis 1987-1993), était mis en examen pour viol et tentative de viol sur mineurs. Partiellement étouffée en 2000 avec le suicide de l’accusé, l’affaire revient sur le devant de la scène avec les témoignages de 212 victimes, à partir de 2023.

    L’ancien Premier ministre répète qu’il n’était pas au courant et dément toute intervention. Une ligne de défense qu’il tient sans relâche. Car si certains faits peuvent être prescrits, la date de leur révélation reste juridiquement déterminante. L’article 434-3 du code pénal stipule que « le fait, pour quiconque ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger […] de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives […] est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros € d’amende ». Des peines « portées à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende », selon la loi n° 2018-703 du 3 août 2018, si le mineur a moins de 15 ans.

    L’article 40 du code de procédure pénale précise quant à lui que « toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur ». « C’est valable pour le public. Pour l’enseignement catholique, faut-il traduire l’article 40 en latin ? », lance Jean-François Aubry, ancien élève de l’institution Sainte-Marie – Les Maristes, à La Seyne. L’affaire Bétharram l’a rappelé à sa propre histoire. Au point de prendre la parole, près de 60 ans plus tard.

    Nous sommes en 1967, l’intéressé a 10 ans. Au sein de l’établissement travaille M. Coutendin, surveillant d’internat. Bruno, ancien camarade de classe de Jean-François Aubry, le décrit comme prompt au favoritisme, « mais rien ne me laissait penser qu’il avait un comportement déviant ». Pas même les nuits où le surveillant le conduit dans sa chambre pour le laver, après qu’il ait mouillé ses draps. A posteriori, Bruno conçoit avoir sans doute été victime de voyeurisme, mais pas d’attouchements. Jean-François Aubry, lui, fait partie des « favoris » malgré lui. Le garçon est entré chez les Maristes en octobre 1966. En 1967, il dit subir un viol de la part dudit surveillant. Le jeune garçon parle à son confesseur, « mais ce qui se dit dans un confessionnal n’en sort jamais, et je ne sais pas si ce vieux père mariste, qui m’inspirait tant de confiance, a fait une entorse. En ce temps-là, on ne parlait pas de ça, (malgré) l’article 40 », décrit-il dans une lettre adressée à la direction de l’institution, en avril.

    Pour le faire taire, il est « envoyé au cachot ». Alertés, ses parents le retirent de l’école, en novembre de la même année. Mais le mal est fait et l’omerta trop importante, selon celui qui est devenu journaliste et auteur. « Je me suis souvent demandé pourquoi j’avais si peu de mémoire de mon enfance. Elle a disparu à la porte de votre établissement, voici près de soixante ans », dénonce-t-il dans ses courriers aux Maristes. Au-delà de la mémoire, les mots ne sortent pas pendant des décennies. Bloqués par la peur, la honte, la douleur. Sa langue se délie en de rares exceptions, comme en 2008, dans son roman intitulé Vous m’aurez tant manqué, dans lequel il écrit, à une époque où il s’efforçait d’oublier : « J’avais 10 ans quand j’ai appris à haïr Dieu. Haïr les mensonges et les silences sales des Pères Maristes, haïr les non-dits des adultes. »

    Le changement de fonction de M. Coutendin, éloigné de l’internat, mais resté en poste pendant 14 années supplémentaires en tant que surveillant de jour, lui donne la conviction que des personnes « savaient. On ne m’a pas retiré car la soupe n’était pas bonne. Comment peut-on dire qu’ils ne savaient pas ? »

    Cinq victimes recensées

    Pourtant, rien ne ressort des investigations menées par la direction actuelle de l’école (qui recense cinq victimes du même homme), auprès de rares personnes encore en vie ayant connu le surveillant, et de documents peu probants : « Les personnes qui ont côtoyé M. Coutendin au tout début de leur carrière et à la fin de la sienne, en 1980, le décrivent comme quelqu’un qui ne faisait pas de bruit, dont on ne se rappelle pas. En termes de traces écrites, je n’ai rien trouvé », affirme Marie-Christine Jolivet, directrice de l’établissement, qui ne se dit cependant « pas surprise d’apprendre cela, avec la libération de la parole sur une institution aussi ancienne que la nôtre, dotée d’un internat ». Quant à son changement de fonction, « ça pouvait être pour plein de raisons. C’est usant de travailler dans un internat. Est-ce que c’était un souhait de sa part ou de celle des Pères ? Aucune idée ».

    Les relations entre l’institution et Jean-François Aubry sont aujourd’hui apaisées. Lorsqu’il décide de parler, en avril, la direction ne se dérobe pas : « J’en étais resté à l’incroyable déni des responsables de l’institution, il y a soixante ans, et j’ai donc été surpris de l’attention portée aux abus dont j’ai été victime. Tant d’écoute, tant d’empathie, m’ont secoué. Les images que j’avais étaient sombres, pleines de mensonges, et là, j’avais en face de moi des gens qui savaient parfaitement, après leurs recherches, que je n’avais pas été le seul. Ils en étaient eux aussi bouleversés. Je les crois réellement sincères. Ça m’a réconcilié avec l’institution mariste, pas avec l’Église. »

    Plutôt que de s’engager « dans une procédure pénale trop longue et épuisante », l’homme de 68 ans a sollicité la Commission reconnaissance et réparation (CRR), structure indépendante fondée en 2021 pour la réparation des violences sexuelles commises par des membres des congrégations ou ordre religieux. Sa demande est à l’étude : « La réparation par le fric, c’est autre chose. Mais le fait que ce soit reconnu est une réparation essentielle. »

  • Au sein de l’institut Sainte-Marie-les Maristes, l’heure est à l’écoute et à la réparation

    Au sein de l’institut Sainte-Marie-les Maristes, l’heure est à l’écoute et à la réparation

    « La sidération. » C’est le mot qui vient au père Bernard Thomasset, prêtre accompagnateur de l’école des Maristes, lorsqu’il évoque sa réaction à la découverte des agissements reprochés à M. Coutendin. « C’est horrible, criminel, d’apprendre que des personnes ont vécu pendant des années dans la souffrance sans parvenir à s’en libérer. De voir les dégâts produits sur une vie. »

    Premiers témoignages il y a quatre ans

    Si diverses dispositions permettent aujourd’hui à la parole de se libérer et de réparer, l’institution est partie prenante de ce processus, assumant les responsabilités liées à son passé. « Je ressens une attention très empathique vis-à-vis des personnes, car je mesure combien elles souffrent. L’écoute est primordiale. Je ne conteste pas ce qu’elles disent, ces personnes sont presque touchées jusqu’à mort. Et il est très important qu’elles soient vivantes, se sentent écoutées, et que la congrégation que je représente entende et reconnaisse », soutient le père Thomasset.

    Ce dernier, comme la directrice Marie-Christine Jolivet, affirme ne jamais avoir entendu parler de M. Coutendin avant les premiers témoignages, qui remontent à près de quatre ans (on en dénombre cinq). Les associations d’anciens élèves non plus. Selon le père Thomasset, « contrairement à Bétharram, ce n’est pas le climat de l’établissement qui est responsable, mais les individus. Prêtres maristes et enseignants n’avaient pas forcément la vocation d’éducateurs et n’étaient pas équilibrés affectivement ». Voir des cas similaires dans d’autres institutions catholiques lui évoque « colère, tristesse, car c’est contradictoire vis-à-vis de l’Église que j’aime, porteuse des valeurs de l’Évangile, du respect de l’autre, du souci du pauvre ».

    « Je ne suis pas naïve au point de dire que tout était parfait, mais la mission est compliquée dans l’enseignement en général, pas que catholique. Comme les enfants parlaient moins avant, on abusait facilement de leur confiance », souligne Marie-Christine Jolivet. Le plus important pour elle est de garder à l’esprit « qu’un enfant, c’est sacré. Ça m’encourage à aller dans le bon sens. On ne tait plus les situations. Le meilleur acte de réparation est d’aller contre ce qu’il s’est passé, faire en sorte que l’enfant soit en sécurité et en confiance, car ça l’incite à parler. On crée ce climat en parlant, en dialoguant avec des associations, en ayant un personnel qui accueille la parole ». À ce titre, le Diocèse organisait, samedi, une journée intitulée « Violence au sein de l’Église, comprendre et avancer ensemble », à l’intention des personnes victimes, dans le cadre de sa démarche de prévention et de lutte.

  • Le Cria met à l’honneur des parcours d’exilés avec une réussite à la clé

    Le Cria met à l’honneur des parcours d’exilés avec une réussite à la clé

    Jalonnés d’embûches, les parcours migratoires peuvent aussi déboucher sur de beaux projets de vie. « On parle beaucoup des difficultés, mais une fois surmontées, elles révèlent des trésors d’initiatives. Nous avons voulu aborder cette semaine nationale sous un angle positif », explique Marion Crôle, présidente du Cria Paca.

    C’est une entrée à plusieurs portes dans l’univers du déracinement que proposait le Cria à ses partenaires, lors de cette journée dédiée à l’intégration. Une exposition photographique pour retracer différents parcours de ceux que la vie, la guerre, la crise économique ou politique a poussés à s’expatrier, des podcasts à écouter dans un combiné téléphonique, des vidéos et des témoignages sensibles.

    Une médecin afghane qui poursuit les démarches pour faire reconnaître son diplôme, tout en s’engageant bénévolement comme assistante sociale auprès de Médecins du Monde et comme secouriste à la Croix-Rouge, une psychologue ukrainienne qui poursuit ses études pour reconstruire sa vie à Marseille, une Marocaine qui a puisé dans son savoir-faire culinaire de quoi monter un restaurant aussi généreux en sourire qu’en saveurs, un jeune guinéen ayant bravé la Méditerranée devenu président d’une association culturelle œuvrant pour l’alphabétisation et l’accompagnement administratif…

    En puisant dans leurs ressources personnelles et en combinant leur héritage culturel aux apprentissages du pays d’accueil, les exilés ne se contentent pas de trouver leur place dans la société : ils l’enrichissent.

  • Quand des vies simples deviennent poétiques

    Quand des vies simples deviennent poétiques

    « J’ai versé ma larme », confie Raymonde, 85 ans, en découvrant sa vie racontée par un autre. Ce mardi 16 septembre, l’association la Table ouverte recevait habitants, bénévoles et curieux pour présenter Raconte-moi ton histoire, un ouvrage écrit par Denis Lanoy, directeur de la Maison théâtre des littératures à voix haute.

    Fruit de huit rencontres, ce recueil rassemble neuf dialogues, retranscrits au plus près de l’oralité. Des existences parfois minuscules en apparence, mais qui, à travers les mots, révèlent une richesse insoupçonnée. Sous les voûtes du train, au cœur des nouveaux lieux d’entraide créés par la Table ouverte – épicerie sociale, friperie, ressourcerie – les participants ont écouté l’auteur lire des extraits. « C’est dans les interstices et les silences de nos rencontres que naît la poésie », sourit Denis Lanoy, qui dit avoir voulu restituer la force brute de l’oral.

    « On s’est parfois raconté des choses qu’on ne se serait pas dites sinon », observe Pietro Truddaiu, président de l’association. Lui-même a dialogué avec Lou, un jeune handballeur : « Je n’avais jamais vu de match, depuis, je suis allé trois fois voir l’Usam », plaisante-t-il. Une rencontre féconde : le club nîmois s’est engagé à soutenir Table ouverte en organisant des collectes. Mais au-delà de cette belle complicité, le livre témoigne d’un projet
    qui mobilise largement. Institutions, associations et habitants ont uni leurs forces pour le rendre possible : la CAF a apporté son soutien, tandis que la Politique de la ville, à travers la Ville, le Département et l’État, a contribué à son financement.

    À travers ce livre, l’association poursuit son travail d’ouverture, de lutte contre l’isolement et de création de passerelles. « L’homme ne se nourrit pas que de pain », insiste Pietro Truddaiu, rappelant que ce projet s’inscrit dans une dynamique culturelle plus large : spectacles, cinéma de plein air, expositions, sorties collectives… « On veut aider à sortir de ces journées grises qui parfois se résument à se nourrir, le loyer, le chômage. » Deux lectures publiques ont déjà permis à d’autres de découvrir l’ouvrage à la Maison théâtre des littératures à voix haute. D’autres sont prévues en décembre, dans le quartier Richelieu.

    * L’ouvrage est disponible à l’association, Arche n°3 du boulevard Talabot (éditions Sansouire, 5 euros)

  • Un accident du travail laisse l’intervenant tétraplégique

    Un accident du travail laisse l’intervenant tétraplégique

    Une entreprise du BTP et son gérant répondaient de blessures involontaires et d’omission de mise à disposition d’équipements de travail contre les risques de chute.

    Le 9 mai 2023, à 7h20 du matin, Alain, 70 ans, se hisse avec son donneur d’ordre sur un échafaudage fait de trois tréteaux surmontés de madriers. L’auto-entrepreneur est missionné en qualité d’ « OPC chantier » sur un projet d’extension de villa, boulevard Gillet (13e). « Depuis le début de l’année, j’avais dit que je ne monterai plus sur les échafaudages à mon âge, sauf qu’on m’a demandé de venir contrôler le coffrage d’une poutre » a-t-il expliqué hier, cloué sur un fauteuil roulant depuis la chute qui l’a laissé tétraplégique.

    « C’était pas mon salarié », se défend le gérant comme cela l’exonérait des mesures de protection. « À 7h du matin, quand il est arrivé on a essayé de monter rapidement l’échafaudage, mais on n’avait pas encore mis les garde-corps. Je lui ai dit qu’il était hors de question qu’il monte car il était âgé et en plus il boitait. Il nous a mis la pression. Il s’est précipité pour monter. »

    L’inspection du travail n’avait pas voulu se déplacer, expliquant aux policiers qu’elle n’est pas compétente pour les auto-entrepreneurs qui ne sont pas des travailleurs au sens du Code du travail. Les policiers n’ont pas fait de constatations sur place. Reste des témoignages divergents. « La cause de la chute, c’est l’absence de dispositif de sécurité sur le chantier » retient Me Alexandra Costecalde-Bossy pour la partie civile. « On nous oppose qu’en tant que travailleur indépendant, il serait seul responsable de ses propres équipements. Mais ce n’est pas à lui de venir avec son propre échafaudage ! »

    Pour la procureure Isabelle Candau, le prévenu tente de « se rattraper aux branches ». La victime n’est pas un sous-traitant, mais un intervenant indépendant, il n’en reste pas moins qu’il n’y aurait pas eu de chute s’il y avait eu des garde-corps. « Non, la victime n’a pas concouru à son propre dommage » dit-elle et réclame jusqu’à 4 mois avec sursis et 10 000 euros d’amende contre le gérant, et jusqu’à 40 000 euros d’amende dont une partie avec sursis contre l’entreprise.

    « En tant qu’auto-entrepreneur, l’intervenant est soumis à sa propre réglementation sur la montée et la descente de l’échafaudage. Les garde-corps étaient présents sur le chantier mais il était encore tôt pour les monter » soutient Me Thomas Hugues qui a plaidé la relaxe de l’entrepreneur. Il rappelle la pauvreté de l’enquête : « Il n’y a aucune démonstration de la preuve car il n’y a eu aucun relevé sur la scène infractionnelle. Quand les policiers sont repassés 3 mois après, les travaux étaient finis. C’est dramatique. » Délibéré le 20 octobre.

  • Un ancien cadre municipal FO de l’Alcazar sera jugé pour harcèlement

    Un ancien cadre municipal FO de l’Alcazar sera jugé pour harcèlement

    Le procès d’un ancien conservateur de la bibliothèque municipale l’Alcazar, délégué Force ouvrière très influent, a été fixé au 10 novembre prochain.

    Patrick Casse sera jugé pour « harcèlement moral par propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de travail pouvant attenter aux droits à la dignité à la santé ou à l’avenir professionnel d’autrui commis du 1er février 2019 au 1er janvier 2023 ». Le rôle du tribunal aligne les noms de 13 victimes présumées.

    L’affaire a été évoquée mardi devant la 6e chambre où l’avocat du prévenu sollicitait un supplément d’information : auditions d’avocats, de l’ex-directeur général des services, du référent harcèlement de la Ville, production de lettres de mission, de listes de candidats, etc. « On a tous compris que le reproche fait à Patrick Casse, c’est de dire que FO contrôlait tout. Puisqu’on le traite de dictateur, je demande une expertise psychologique » a ajouté Me Thomas Callen, son client renversant la vapeur à l’approche du procès pour se dire victime de harcèlement de Pierre Chagny, ce conservateur de bibliothèque qui a lancé l’alerte éthique. Me Callen minimise : « il n’a fait qu’agglomérer depuis presque 30 ans 46 témoignages pour le dénigrer ».

    « On vous demande de tout refaire pour tout remettre en cause à l’audience », a ironisé pour s’y opposer la procureure Isabelle Candau. Au final, le tribunal a fait droit à une seule demande : celle d’une expertise psychologique du prévenu qui devra être réalisée avant le procès fixé au 10 novembre.

  • Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire

    Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire

    Comment s’est-on opposé aux conflits dans le monde depuis la Première Guerre mondiale ? C’est la question que vont se poser historiens, déserteurs et objecteurs de conscience les 4 et 5 octobre à Vitry-sur-Seine. Organisé par l’association La Courtine 1917 en partenariat avec La Marseillaise, ce colloque veut mettre en avant ces femmes et ces hommes qui ont refusé d’aller ou de continuer le combat.

    C’est un parcours chronologique que propose de suivre les organisateurs de cet événement. Le point de départ sera la mutinerie des 10 000 soldats russes en 1917, dont l’association qui organise l’événement est le porteur de mémoire. C’est donc l’historien Rémi Adam, spécialiste de l’événement qui ouvrira le colloque le samedi. Une première journée consacrée aux oppositions pendant la première guerre mondiale. Il y aura notamment « le maire de Gentioux où se trouve un monument aux morts célèbre où un enfant lève le poing face à une inscription “Maudite soit la guerre” », déroule Jean-Paul Gady, membre du conseil d’administration de l’association La Courtine 1917 et organisateur de l’événement.

    Refuser les guerres coloniales

    Le dimanche sera plutôt l’occasion d’évoquer le refus de certains de prendre part aux guerres coloniales. L’historien Victor Pereira évoquera le cas des Portugais. « Ce sont des travailleurs et jeunes Portugais qui ont refusé de partir dans l’armée coloniale dans les années 1965 jusqu’à la révolution portugaise des années 1974. Ils étaient 250 000 à avoir donc fui leur pays pour ne pas être enrôlés », précise l’organisateur de l’événement.

    Les opposants à la guerre d’Algérie seront également mis en avant. à travers le témoignage de Thomas Liechti, petit-fils du premier soldat qui refusa la guerre d’Algérie. Il évoquera la vie de son grand-père. Enfin la chercheuse et historienne Armelle Mabon évoquera le massacre par l’armée française de tirailleurs sénégalais. « Ce sont des interventions prévues extrêmement variées, insiste l’organisateur. Mais en même temps, tout ramène à une chose : comment la réaction individuelle et collective peut se faire quand on refuse la guerre. »

    Cet ensemble de conférences sera accompagné de ventes de livres et de dédicaces de tous les historiens présents. L’association La Courtine 1917 tiendra également un stand pour vendre leurs différentes revues et livres. Une soirée est également prévue le samedi soir de 20h à 23h aux 3 cinés Robespierre, à Vitry-sur-Seine.

    Echos à l’actualité

    Elle débutera avec une pièce de théâtre intitulée Vincent Moulia, évadé pour survivre. Dans un seul en scène, un acteur retracera la fuite de cet homme accusé de mutinerie. Cela sera suivi à 21h30 par la projection d’un film documentaire qui évoque la mutinerie de La Courtine.

    Un cycle de conférences qui sera ponctué de témoignages de déserteurs ukrainiens, russes ou israéliens qui refusent de participer aux guerres actuelles. « Ce colloque a un écho avec l’actualité mortifère, insiste le membre du conseil d’administration. Notamment en France où des centaines de milliards d’euros sont programmés pour la dépense militaire. Face à cette situation de tension et de guerres qui ne manquera pas d’arriver en Europe, nous souhaitons faire de l’éducation populaire pour montrer que ces déserteurs, souvent minoritaires avaient raison. Il ne sert à rien d’abonder dans une logique capitaliste. »

    Inscription nécessaire par mail : lacourtine1917@gmail.com