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  • Depuis Marseille, un cri d’alarme pour les femmes afghanes

    Depuis Marseille, un cri d’alarme pour les femmes afghanes

    Les prises de paroles se sont multipliées samedi matin devant la grille du parc Chanot pour dénoncer le « gynocide » afghan. « Non à la banalisation » de l’intégrisme religieux, « Non à la reconnaissance internationale des Talibans »… Les slogans interpellent la foule effervescente qui se presse à la Foire de Marseille. Ici, femmes, hommes et enfants vaquent librement à leurs loisirs.

    « Ce n’est pas possible là-bas », rappelle Nathalie Tessier en tendant un tract à une femme qui s’arrête avec sa fille. La conseillère municipale (PCF) déléguée aux droits des femmes est au rendez-vous de ce rassemblement initié par l’association Negar, le collectif 13 Droits des femmes fédérant 14 associations féministes, Femmes solidaires 13 et la Marche mondiale des femmes Paca. « Cette performance est un soutien à nos sœurs afghanes, c’est un appel à voir et comprendre ce qui se passe à sept heures de vol d’ici », crie au micro, Annick Karsenty.

    « On apprend chaque jour encore une discrimination… Il fallait qu’on fasse quelque chose et qu’on parle d’elles. Elles nous disaient, vos voix sont les nôtres, elles comptent sur nous », glisse la présidente marseillaise de Femmes solidaires, un œil barré d’un scotch noir. Geneviève Couraud (Negar) décrit, elle, l’escalade de l’oppression.

    « Dans un des départements, un mollah a décidé que les femmes n’avaient pas besoin de deux yeux pour voir, elles ont donc été interdites de sortir avec les deux yeux visibles. Cette disposition a tellement plu qu’elle a été reprise au plan national », raconte la responsable du collectif de soutien aux afghanes. « Ces derniers jours, un autre mollah a décidé que les femmes n’avaient pas besoin de parler dans la rue et qu’elles s’exprimeraient désormais par signes. »

    Depuis vendredi, les femmes qui n’ont pas le droit non plus d’être soigné par un médecin, ne peuvent plus voir de dentiste. « On est horrifiés par ce qui se passe », reprend Geneviève Couraud, bouleversée par le séisme du 10 septembre à l’est de l’Afghanistan qui a provoqué la mort de milliers de personnes et beaucoup des femmes : « Comme les secouristes étaient des hommes, ils ont laissé les femmes dans les décombres et quand des secouristes femmes sont arrivées, elles ont été interdites d’approcher. »

    Face au silence assourdissant de la communauté internationale, ces militantes dénoncent la normalisation diplomatique des Talibans. « C’est un scandale de les recevoir dans des instances internationales alors qu’ils sont en train de massacrer des milliers de femmes », s’indigne Alexandra Brochus (Collectif 13 Droits des femmes). Elle, pointe la convergence idéologique entre l’extrême droite politique et l’intégrisme religieux : « Quand on veut mettre à la botte les peuples, les premières mesures sont de contrôler les femmes dans tous les sens, c’est le corps avec l’accès à l’IVG, l’accès au travail, leur place dans l’espace public. »

    Le rassemblement s’inscrivait dans la perspective du 11 octobre, journée internationale des droits des filles. Les femmes d’Afghanistan, du Congo, de Palestine, d’Iran seront à l’honneur. « Les droits des femmes régressent dans le monde entier. L’Afghanistan est vraiment le paroxysme de l’effacement des femmes et de leur négation. On se demande même à terme, ce qui va rester comme femmes là-bas ? Mais quel est l’avenir d’un pays sans femmes ? », conclut Alexandra Brochus.