Tag: Suicide

  • Une écoute téléphonique au chevet des étudiants d’Aix-Marseille

    Une écoute téléphonique au chevet des étudiants d’Aix-Marseille

    À partir de 21h et jusqu’à 2h30, deux à trois bénévoles rejoignent ce que l’équipe appelle « la brigade de nuit ». L’antenne de l’association de prévention des risques de santé mentale Nightline a ouvert il y a 8 mois à Marseille. Cette ligne d’écoute, gérée par des étudiants bénévoles formés et accompagnés, couvre les besoins de tous les étudiants de l’académie d’Aix-Marseille. Elle répond à un réel besoin, « avec un pic lors des partiels », souligne Vincent Biarneix, responsable de l’association.

    « Rendre accessibles ces outils à tous les jeunes »

    Les thématiques récurrentes sont en premier lieu les ruptures amoureuses, suivies par la solitude et l’isolement. Sur le premier trimestre 2026, l’association a reçu 600 appels. « On aimerait recruter davantage de personnes pour pouvoir faire face aux besoins », partage Yanis* le président-bénévole de l’antenne.

    Au-delà des appels, des ateliers de sensibilisation et de prévention sont organisés par les bénévoles, services civiques et salariés, soit une petite équipe de moins de 30 personnes. Ils se rendent dans les lycées, les universités et les missions locales pour « parler de santé mentale, la déstigmatiser, libérer la parole dans l’optique de rendre accessibles tous nos outils aux jeunes de France », indique Julie Pierre-François, déléguée territoriale de Nightline Aix-Marseille.

  • Quand l’extrême droite se repaît de la détresse sociale

    Quand l’extrême droite se repaît de la détresse sociale

    Meurtis, choqués,
    abasourdis… Les Toulonnais se sont réveillés en apprenant la sinistre nouvelle du geste désespéré de cette mère de famille qui s’est suicidée et a entraîné avec elle dans la mort trois de ses enfants, quand ils ne l’ont pas vécu en direct au pied de la barre délabrée de Pontcarral où prospèrent la misère et la désespérance.

    Le moins qu’on puisse attendre de tout le monde en pareil cas, c’est un peu de dignité et de compassion. Ce qui n’empêche pas l’analyse politique portant sur la situation sociale de notre pays de s’exercer et aux appels à l’aide de s’élever pour inciter à ouvrir les yeux et à réclamer des moyens pour les quartiers populaires. Hélas, ce drame n’a pas empêché « les ordures racistes », comme les qualifie à juste titre l’ancien conseiller municipal de gauche de Toulon Robert Alfonsi, de déverser un torrent de boue abject sur les réseaux sociaux en réaction aux articles de presse parus pour relater les faits.

    À des années-lumière de ces cracheurs de haine, les acteurs associatifs accomplissent un formidable travail sur le terrain en tentant de répondre
    à l’urgence sociale.
    C’est le cas d’Anne-Marie Kazourian, présidente de Bébés de France, une structure qui vient en aide aux mères isolées et aux familles en difficulté. La militante associative a envoyé à la maire de Toulon, Josée Massi, un SOS, sous forme de lettre ouverte. Elle y expose l’étendue des demandes auxquelles l’association doit faire face et aux besoins de moyens matériels et financiers, notamment en termes de local adapté, qui lui font défaut « pour répondre aux besoins des mamans en souffrance qui se débattent jour après jour, comme elles le peuvent contre la pauvreté, l’exclusion et la solitude ».

    « Ce texte ne vous appartient pas »

    La récupération politique par l’extrême droite n’a pas tardé. La conseillère municipale d’opposition RN Laure Lavalette a posté la missive de la militante associative sur sa page Facebook, ce qui a provoqué la colère de la bénévole qui lui a intimé de la retirer sur-le-champ, en lui adressant ce message : « Madame Lavalette, je ne vous autorise pas à utiliser ma lettre ouverte à des fins de récupération politique car si vous aviez été élue maire de Toulon vous nous auriez coupé toutes nos subventions sous le prétexte que nous aidons des étrangers. Nous ne partageons pas les mêmes valeurs et je ne veux rien avoir à faire avec vous. » L’élue d’extrême droite a décidé, dans un premier temps, de faire la sourde oreille et d’ignorer la mise en demeure, obligeant Anne-Marie Kazourian à hausser le ton.

    Elle a été encore plus explicite en intimant à l’élue d’extrême droite d’effacer son post : « Retirez ma publication, ce texte ne vous appartient pas et n’a rien à faire sur le compte d’une personne qui n’est que haine et mépris de l’être humain. »

    Cette fois-ci le message a été entendu et la publication supprimée. Ce genre de récupération devrait faire réfléchir ceux qui se laissent abuser par le chant des sirènes de l’extrême droite et sur la mascarade d’un RN prétendument à l’écoute des petites gens.

  • Une mère se jette du 13e étage de son immeuble à Toulon avec trois de ses enfants

    Une mère se jette du 13e étage de son immeuble à Toulon avec trois de ses enfants

    Triste », « dramatique », « horrible ». Les mots n’étaient pas assez forts, mercredi matin, pour les habitants de la cité Pontcarral, à l’ouest de Toulon. La macabre découverte du corps d’une femme de 38 ans et de trois de ses sept enfants, âgés de 3, 4 et 6 ans, au pied d’un immeuble, a plongé le quartier dans la stupeur la plus totale.

    Selon les premiers éléments de l’enquête, ouverte pour « meurtres par ascendant » par le parquet de Toulon, cette mère de famille isolée se serait jetée d’elle-même de son appartement situé au 13e étage, avec ses trois enfants, aux alentours de 5h du matin. Celle-ci présentait « des symptômes psychiatriques et dépressifs, ce qui reste à confirmer », indiquait le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, qui s’est rendu tôt sur place, en compagnie du préfet, de la Direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) et de la maire, Josée Massi, précisant également qu’« aucun élément ne permet pour le moment d’impliquer l’intervention d’un tiers dans ce drame ».

    « Il n’y a plus de place

    en psychiatrie »

    La famille était inconnue du Parquet et aucun signalement n’avait été réalisé concernant d’éventuelles difficultés sociales. Les corps feront l’objet d’une autopsie à l’Institut médico-légal de Marseille dans les prochains jours, ainsi que d’expertises toxicologiques. En attendant davantage d’informations sur les circonstances du drame, et au regard de ces premiers éléments, le sujet était au cœur de toutes les discussions à Pontcarral, ce mercredi. « On ne sait pas ce qu’il se passait dans la vie de cette dame. C’est horrible, mais on ne peut pas juger », commente un habitant.

    « Ce drame montre la difficulté de la situation. Il n’y a plus de place en psychiatrie et on les met en prison au lieu de les soigner », s’indigne un père de famille, qui s’interroge sur les conditions de vie au sein du foyer : « Cette femme était seule : où est le père ? Comment peut-on abandonner sa famille ? »

    Selon le Parquet, les trois enfants aînés de la fratrie sont nés d’un premier père, les quatre derniers d’un second. Par ailleurs, les quatre aînés ont été pris en charge « par les autorités compétentes et bénéficient d’un soutien psychologique », ajoute Raphaël Balland.

  • L’Unicef met en lumière les droits des enfants

    L’Unicef met en lumière les droits des enfants

    « On fait comprendre aux enfants qu’ils ont des droits et une véritable valeur », explique Stéphane, bénévole à l’antenne de Gap de l’Unicef. Formé par l’organisation, il intervient dans les écoles pour informer les élèves sur leurs droits. « Il y a toujours à faire, même en France, bien que la situation soit moins grave que dans d’autres pays », ajoute-t-il. Brigitte Pinel Pedro, bénévole dans les Hautes-Alpes, précise : « Les enfants sont les premières victimes des guerres. Ils ne peuvent pas se débrouiller seuls dans ce monde, c’est pour ça que la Convention des droits de l’enfant est aussi importante. » Mais alors, quels sont ces droits ? Il en existe quatre principaux, explique Bruno Enjolras : « La non-discrimination, chaque enfant, peu importe d’où il vient, a les mêmes droits. Le droit pour les enfants de donner leur avis. Aussi, l’intérêt supérieur de l’enfant, car toutes les décisions prises par les adultes doivent s’y inscrire. Enfin leur prise en compte dans les politiques publiques. » Le secrétaire général revient sur la situation en France : « Le suicide est la première cause de mortalité chez les adolescents. Un enfant meurt sous les coups d’un proche tous les cinq jours. » Après la diffusion d’un court-métrage sur la santé mentale, il insiste : « Les enfants doivent avoir conscience de leurs droits, cela peut les pousser à parler, se confier et éviter le pire. »

    Former aux droits des enfants

    Maeva, jeune ambassadrice de l’Unicef, revient sur l’organisation des Gap Good Game, un événement autour du jeu et du numérique : « Nous avons présenté une exposition en réalité virtuelle pour sensibiliser aux droits à l’éducation et à l’importance de l’eau. » Le président détaille sa volonté, cette année, de développer les partenariats « écoles amies » qui ont pour objectif de former les acteurs éducatifs aux droits des enfants, et ainsi les diffuser plus largement dans les départements de la région Paca. Bruno Enjolras rappelle que les élections municipales représentent un enjeu important : « Si les valeurs de l’Unicef ne sont pas intégrées par les mairies, le travail peut devenir difficile. » La journée s’est terminée par une table ronde animée notamment par la pédopsychiatre Pascale Louarn et la sophrologue Marie-Lyne Rozanes autour de la santé mentale des enfants et des adolescents. « Une thématique devenue centrale depuis la crise du Covid-19, qui a accentué le mal-être des jeunes », rappelle Morgane, également bénévole.

  • « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    « On meurt dans mon Université » : Anne Fraïsse alerte Macron

    Elle ne mâche pas ses mots.  
    « On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. » Ainsi débute la lettre ouverte à Emmanuel Macron adressée par la présidente de l’université de lettres et sciences humaines Paul-Valéry de Montpellier, publiée le 26 janvier par le journal Le Monde.

    Ce n’est pas la première fois qu’Anne Fraïsse tire la sonnette d’alarme sur la situation de son université, parmi les moins bien dotées de France. Mais cette fois, alors qu’ont commencé le 8 janvier les Assises du financement des universités, c’est le Président de la République lui-même qu’elle interpelle, dans un geste de colère et de désespoir.

    À l’automne dernier, au moment des débats budgétaires, le ministre de l’Éducation nationale avait voulu relativiser la crise budgétaire des universités lors de son audition devant la commission de la culture et de l’éducation au Sénat (alors que deux tiers des facs françaises ont fini en déficit en 2025, au détriment des étudiants et personnels) : « Ce n’est pas Zola non plus », avait-il estimé, suscitant un tollé dans la communauté universitaire.

    « La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le président  », rétorque Anne Fraïsse dans ce courrier. « En 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1 003 titulaires pour 23 000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables », dénonce la présidente de l’université montpelliéraine.

    « Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50%, voire 40% d’encadrement en enseignants titulaires) », assène-t-elle encore. « Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent », insiste-t-elle, dénonçant l’opacité du système : « Pour un étudiant de même discipline, une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ».

    « Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice », conclut Anne Fraïsse avant de saluer Emmanuel Macron « comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : “Morituri te salutant” ».

    « Depuis plus de 10 ans, nous sommes en surchauffe. »

  • [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    La Marseillaise : Au cours de la semaine passée deux enfants se sont donné la mort par pendaison. L’une à Sarreguemines et l’autre à Martigues. Ils avaient respectivement 9 et 12 ans. Fait-on face à une augmentation de ces suicides ?

    Marcel Rufo : C’est rarissime. Normalement, c’est 7 à 8 par an donc oui il y a une hausse. Et là, vous vous rendez compte, on en a déjà deux dans le mois… Ces tendances suicidaires, c’est comme les autres pathologies. Je crois que l’explication, c’est l’importance de deux phénomènes sur les réseaux sociaux, les moyens informatiques et le cyberharcèlement, surtout.

    Santé publique France alerte sur cette dégradation de la santé mentale chez les jeunes. Quelles en sont les causes ?

    M.R. : Il y a des réseaux sociaux, mais aussi l’incertitude généralisée, la guerre, l’écologie, l’avenir qui est sombre. Ils sont dans une situation où leur avenir, n’est pas rose, est plutôt dramatique. La question de la retraite, le fait qu’ils devront payer la retraite des personnes âgées, qu’ils n’auront pas de retraite eux-mêmes. C’est étonnant à les entendre. C’est très nouveau.

    Une étude menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris-Cité indique qu’un tiers des Français âgés de 11 à 24 ans présentent des signes de troubles anxieux ou dépressifs. Comment cela se manifeste-t-il ?

    M.R. : Par l’impression de ne pas avoir d’avenir, par de la morosité, des problèmes de sommeil. La perte de sommeil est un signe majeur. C’est la conséquence de cauchemars, de malaises, de l’anxiété et de l’angoisse, qui les réveille. Paradoxalement aussi, ces jeunes ont une hostilité, une violence, une auto-violence, la scarification est un phénomène très, très fréquent. Et ces suicides dont on parlait antérieurement.

    Le gouvernement avait fait de 2025 l’année de la santé mentale. Les moyens alloués sont-ils à la hauteur de cette ambition ?

    M.R. : C’est bien que la santé mentale soit en premier plan. Ce n’est pas assez pris au sérieux car ce n’est pas visible, comme pourrait l’être un cancer par exemple. Les parents et les enseignants sont peu au courant de tout cela, ou parfois ne le voient pas. Il faut connaître ces symptômes. L’alliance entre les familles et les enseignants aidera beaucoup les adolescents à surmonter tout ça. Il faut mettre des moyens financiers, mais surtout des moyens en personnes. Il faut former les enseignants et aussi les parents, c’est très important.

    Le club de santé scolaire, c’est vraiment le meilleur moyen de prévenir. Si on augmente ce personnel soignant et éducatif, on fait une véritable œuvre de prévention. La prévention coûte moins cher que le soin.

    Y a-t-il assez de places dans les services dédiés ?

    M.R. : Il n’y a pas assez de places. Je le vois à la Penne-sur-Huveaune, on a des listes d’attente énormes. Dans les centres médico- psychologiques (CMP), il y a plus de six mois à un an d’attente. Attendre six mois dans un état dépressif, un risque suicidaire….

    S’il y a un risque d’infarctus, on dit à quelqu’un qu’on verra dans six mois, a le temps de mourir.

    L’une des recommandations du CESE est la mise en place d’un « couvre-feu numérique pour les mineurs de 22 à 8 heures » ?

    M.R. : Oui c’est très bien. Demander à un adolescent ce qu’il écoute, ce qu’il regarde, ça fait partie d’un examen. Il ne faut pas l’oublier.

    Entretien réalisé par Laureen Piddiu

  • « On ne peut pas agir seul face au suicide. Il faut demander de l’aide »

    « On ne peut pas agir seul face au suicide. Il faut demander de l’aide »

    À l’occasion de Septembre jaune, mois dédié à la prévention du suicide, le CHU de Montpellier propose des stands d’information ouverts au grand public. Les prochains auront lieu mercredi 17 de 9h à 16h dans le hall d’Arnaud de Villeneuve et mercredi 24 de 9h à 16h dans le hall de Gui de Chauliac.

    La Marseillaise : Le 10 septembre, journée internationale de prévention du suicide, s’inscrit dans un mois de mobilisation plus large baptisé Septembre jaune.
    La prévention dans ce domaine s’avère-t-elle efficace ?

    Lucile Villain : On dénombre à peu près 9 200 décès par suicide chaque année en France, ce qui représente 13,3 personnes sur 100 000. La prévention fonctionne, puisqu’avec les différentes actions mises en place depuis les années 2000, on enregistre une diminution de 33% de ce taux de décès par suicide. Ces dernières années, on note néanmoins une stagnation de cette baisse.

    Une des raisons est le tabou que représente le suicide : c’est encore un sujet très peu abordé à l’échelle de la société, de même qu’à l’échelle restreinte, amicale. C’est quelque chose qu’on ne va pas questionner. Souvent, les gens voient qu’il y a un mal-être mais ne savent pas comment aborder les choses. Nous voulons faire passer l’idée qu’il est important de demander de l’aide. Le suicide, c’est le drame d’une souffrance qui n’a pas été entendue. Mais ce n’est pas une fatalité. Les 9 000 décès par an doivent être mis au regard des 200 000 tentatives de suicide et des 3 millions de personnes qui ont des idées suicidaires. Entre ceux qui ont des idées suicidaires et ceux qui en décèdent, il y a un énorme fossé, ce qui signifie que la très grande majorité des personnes arrivent à trouver de l’aide et à aller mieux. Que l’on soit médecin, personne concernée ou proche, on ne peut pas agir seul face au suicide.

    L’idée est donc d’inciter les gens
    à oser sortir du silence
     ?

    L.V. : Oui, il faut libérer la parole autour du suicide et des idées suicidaires pour que ceux qui sont en souffrance puissent trouver des oreilles attentives et que ceux qui perçoivent une souffrance chez leur proche sachent qu’on peut parler de ce sujet-là, que ce n’est pas ça qui va générer des idées suicidaires, bien au contraire ; ça va contribuer à rompre l’isolement.

    La première façon d’aider, c’est déjà de montrer qu’on est dans le souci de l’autre, pas dans le jugement. Le simple fait de dire : « J’ai l’impression que ça ne va pas en ce moment, que tu es en souffrance » peut permettre d’ouvrir le dialogue.

    Comment fonctionne ce numéro national de prévention du suicide créé il y a 4 ans, en 2021 ?

    L.V. : Il s’agit d’une ligne de recours disponible 24h/24, 7 jours sur 7 qui s’adresse aux gens en souffrance, à leurs proches ainsi qu’aux professionnels en contact avec des personnes en détresse. La spécificité, c’est que ce sont des professionnels, infirmiers et psychologues, qui répondent. On fait une évaluation et selon cette évaluation, on va orienter au mieux. S’il y a des éléments d’inquiétude, on va orienter vers les services d’urgence voire vers le Samu si on estime qu’il y a un risque de passage à l’acte imminent. Si on voit qu’il y a la nécessité d’un suivi, on va réorienter selon les structures géographiquement disponibles autour de la personne. Parfois, on peut aussi orienter les gens vers des associations. Tout dépend de la problématique identifiée.

    Le lancement de ce numéro national, en 2021, est-il en lien avec la période du confinement, pendant laquelle on a davantage parlé de santé mentale ?

    L.V. : C’était une demande que les professionnels de la prévention du suicide portaient depuis longtemps. Les lignes de recours comme celle-là existent dans de nombreux pays, mais
    il n’y en avait pas en France. Effectivement, le contexte de Covid et l’accent qui a été mis sur la santé mentale et la nécessité de mener des actions de prévention ont permis d’accélérer les choses.

    Qu’en est-il de la santé mentale des jeunes ?

    L.V. : Selon de récentes études, 15% des jeunes déclarent aller mal. Je pense que ce qu’il faut dire aussi, c’est qu’il y en a quand même 85% qui vont bien !

    Il y a effectivement un mal-être, mais est-ce qu’il est plus important qu’avant ? Je ne suis pas sûre, car à l’époque on ne les questionnait pas autant sur leur santé mentale. Ce qui est positif, c’est qu’il y a, chez les jeunes, une augmentation des indicateurs de prise en charge aux urgences, de consultation, de sollicitation des associations. Cela veut dire qu’ils vont chercher de l’aide. Et ça c’est vraiment bien, car ce n’est pas le cas des générations précédentes. Les chiffres montrent que les personnes qui décèdent le plus par suicide sont les hommes de 40-55 ans et ceux de plus de 85 ans, qui ne vont pas ou très peu consulter. Ce qu’il faut regarder aussi, c’est le nombre de décès par suicide de cette tranche d’âge : il reste stable et ça reste la population qui décède le moins par suicide.

  • 3114, un numéro d’écoute pour prévenir les suicides

    3114, un numéro d’écoute pour prévenir les suicides

    « Le suicide n’est pas une fatalité et sa prévention est un enjeu de santé publique ». Tels sont les mots de Yann Bubien, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour évoquer la journée internationale de prévention du suicide, ce mercredi. Avec une moyenne de 800 suicides par an dans la région, l’ARS Paca rappelle l’existence d’un centre régional dédié à l’accompagnement des personnes en détresse psychologique.

    Lutter contre l’isolement

    « La solitude est un facteur aggravant du suicide », explique Jean Marc Henry, psychiatre et responsable médical du centre régional de prévention du suicide. C’est pour briser cet isolement que des plateformes téléphoniques ont été mises en place, depuis 2023, afin d’apporter une aide d’urgence ou pour offrir un suivi. Trois dispositifs existent pour tenter de prévenir le passage à l’acte.

    Le 3114, numéro national de prévention du suicide, constitue la première porte d’entrée. Sa plateforme, située à Marseille, offre un soutien téléphonique 24h/24 et 7 jours sur 7, assuré par des professionnels de santé, psychologues ou infirmiers, dans le respect de l’anonymat. « Ce numéro permet d’être là au bon moment, ce qui est très utile », précise le responsable médical du centre régional. Les interlocuteurs sont formés pour apporter de l’aide aux personnes en détresse. Le numéro s’adresse aussi bien aux personnes ayant des pensées suicidaires qu’à leur entourage, en quête de solutions pour les aider.

    Le deuxième dispositif, VigilanS, également national, propose un suivi aux personnes ayant déjà fait une tentative. En région Paca, il permet l’accompagnement de 2 000 personnes. « Ce dispositif a permis une baisse de 38% des réitérations de l’acte », indique le responsable médical du centre.

    La troisième action du centre se focalise sur les adolescents, en travaillant avec l’Association suicide et mal-être de l’adolescent (Asma). Créée en 2002 au sein de l’AP-HM, l’association a depuis rejoint le centre régional.

    Des dispositifs efficaces

    Ces dispositifs d’écoute et de suivi s’accompagnent également d’actions de formation et de prévention. L’association Asma a, par exemple, développé un jeu de société intitulé « Bien ou quoi » à destination des jeunes de la 4e à la terminale. « Ce jeu permet de prévenir le suicide en apportant aux jeunes les ressources qui existent et en leur apprenant à communiquer », explique émilie Stella-Lyonnet, responsable du service d’Asma.

    Une prévention qui semble porter ses fruits. Bien que les décès par suicide restent la deuxième cause de mortalité évitable en France, leur nombre diminue depuis une dizaine d’années. « En 10 ans, il y a eu une réduction de 14% des décès par suicide, ce qui montre que ces dispositifs fonctionnent. Mais il reste encore beaucoup à faire », conclut Yann Bubien.

  • Contre la lesbophobie, un rassemblement bouleversant

    Contre la lesbophobie, un rassemblement bouleversant

    Une vive émotion s’est emparée de la place Félix-Baret (6e) lundi à 18h, au pied de la préfecture, où une centaine de personnes se sont rassemblées en hommage – ou « femmage » – à Caroline Grandjean-Paccoud. Mariée à une femme, la directrice d’une école de Moussages, dans le Cantal, s’est suicidée le 1er septembre, jour de la rentrée scolaire, après plusieurs mois de harcèlement lesbophobe sur son lieu de travail.

    Vécu comme un moment de recueillement collectif, le rassemblement s’est ouvert avec la lecture d’une lettre écrite par Christine Paccoud, épouse de Caroline, suivie d’une minute de silence. Dans les mains des participantes émues, un slogan revient : « La lesbophobie tue ». « Il faut le répéter encore et encore. Les LGBTphobies isolent, détruisent et tuent. Les LGBTphobies et le silence institutionnel brisent des vies. Caroline n’est pas la première », s’est indigné Camille Dutta Gupta, co-président du centre LBGT Marseille. Nous pensons à toutes celles et ceux dont les noms ne sont pas médiatisés. En vos noms, nous demandons enfin des moyens pour que vous ne soyez pas partis pour rien ».

    L’Éducation nationale mise en cause

    Parmi les institutions pointées du doigt dans l’affaire : l’Éducation nationale, accusée de ne pas avoir soutenu la fonctionnaire face au harcèlement qu’elle subissait. Après que le rectorat de Clermont-Ferrand a suggéré à Caroline Grandjean-Paccoud de changer d’établissement en 2024, une première proposition mal vécue par la directrice d’école, l’Éducation nationale a porté plainte en diffamation, en 2025, contre Remedium, auteur de bande dessinée qui avait relayé l’histoire de Caroline sur son blog « Cas d’école ».

    « La justice française et l’Éducation nationale sont coupables. Les politiques sont coupables (…) de nous faire taire lorsqu’il s’agit de nous soutenir. Nous sommes une foule en colère de t’avoir perdue, Caroline », s’est émue Ambre, militante féministe. Sophie Roques, adjointe au maire en charge de l’état civil et à l’initiative du rassemblement avec plusieurs associations locales de défense des droits LGBT, s’est elle aussi exprimée. « En tant qu’élue, je veux dire avec force que la République, l’école, les institutions ne peuvent pas rester aveugles. Elles ont le devoir de protéger, de reconnaître et de soutenir », a-t-elle rappelé. Et d’ajouter : « Son nom – celui de Caroline- portera l’exigence de combattre chaque parole, chaque geste lesbophobe. Nous portons aussi ensemble la promesse que ce combat sera mené ». Des membres de la FSU-Snuipp 13, syndicat des instituteurs, étaient présents lors du rassemblement mais n’ont pas pris la parole.

    Selon SOS homophobie, les jeunes LGBT ont 2 à 7 fois plus de risques d’effectuer une ou plusieurs tentatives de suicide au cours de leur vie que le reste de la population.

  • Fleurs et chants sur le canal de Martigues

    Fleurs et chants sur le canal de Martigues

    Les violences lesbophobes isolent et tuent » martèle Fabienne Baroni, de la FSU de Martigues, face aux participantes – et quelques participants – au rassemblement en hommage – ou « femmage » – à Caroline Grandjean-Paccoud, directrice d’école du Cantal s’étant suicidée, le 1er septembre.

    « Elle a été poussée au suicide après des mois de harcèlement lesbophobe débutés en 2023 par des insultes et des menaces sur les murs de l’école où elle exerçait son métier » relate la militante, qui rappelle que Caroline Grandjean-Paccoud « avait alerté l’Éducation nationale qui, en ne proposant rien d’autre qu’un changement d’affectation ». « Elle n’a pas été écoutée. Ce drame témoigne de la persistance silencieuse de la lesbophobie dans notre société. Car être lesbienne en France en 2025, c’est encore être en danger. Les violences lesbophobes isolent et tuent. Le silence et l’inaction des institutions y contribuent largement » juge Fabienne Baroni, rappelant à la mémoire le suicide de Dinah, lycéenne de 14 ans, « après des mois de harcèlement, de menaces de mort et d’insultes racistes et homophobes » en octobre 2021

    La chorale féministe des Meutes rieuses entonne « À la gloire des femmes en deuil » puis l’hymne du MLF, pendant que des fleurs sont jetées dans le canal Baussengue. « Nous exigeons que l’État protège et accompagne les élèves et les personnels contre la lesbophobie et toutes formes de discriminations » conclut Fabienne Baroni.