Miser sur une station sans neige artificielle en 2020, le pari était osé. Pourtant, la petite station du Haut-Béarn l’a fait. Un revirement à 180° plus écologique et moins coûteux, et qui fonctionne. « Pourquoi vouloir s’entêter à continuer de skier à une altitude où l’on sait qu’on n’y arrivera pas ? questionne Jean-Christophe Lalanne, directeur d’Artouste depuis 2019. Notre panorama en revanche, personne ne nous le prendra ! Il est notre force, et c’est lui qu’on met en avant ».
Artouste et son relief à faire pâlir les amateurs de pentes raides. Son spot de « free ride » et son prix attractif : c’est la station la moins chère des Pyrénées ! Et pourtant. Située entre 1 400 et 2 000 mètres d’altitude, elle peinait ces dernières années à faire le plein. En 2005, elle fait même les gros titres des journaux : « Faillite d’une station de sport d’hiver ». « Artouste met la clé sous la porte ». En 2018, elle n’ouvre plus qu’aux vacances scolaires.
« Le modèle d’Artouste, tel qu’il a été conçu, est celui qui a été décliné sur tous les massifs depuis les années soixante, explique Jean-Christophe Lalanne. C’était un modèle industriel très performant à l’époque, que l’on exploitait cent jours par an pour vivre dessus toute l’année. Mais confronté au réchauffement climatique, ce modèle, basé sur de la neige naturelle, est devenu de moins en moins rentable. Les domaines skiables ont compensé avec de la production de neige artificielle et des investissements toujours plus lourds. Artouste, elle, a fini par dire stop ! »
Une offre diversifiée dans un environnement respecté
En 2019, la collectivité de Laruns crée un établissement public industriel et commercial (Epic) à autonomie financière avec l’objectif de revoir le fonctionnement du site et de trouver un équilibre économique. « Le petit train représentait 60% du chiffre d’affaires l’été contre 40% l’hiver avec le ski. On a donc fait tourner nos trains toute l’année sur des tronçons plus courts l’hiver, transformant le manque de neige en opportunité. » Fin 2025, 1 500 personnes ont profité de l’activité pendant les vacances de Noël.
Artouste continue de se diversifier pour proposer une offre de destination plutôt que d’incursion, et permettre aux visiteurs de se fixer dans la vallée plutôt que de venir à la journée. Au programme des nouvelles activités : le « mountain kart », un kart de descente, sans pédale ni moteur destiné à la piste sous la télécabine. Une tyrolienne, un espace spa à 2 000 mètres d’altitude face au pic du Midi d’Ossau. Et bientôt, une luge d’été sera installée à proximité du village de Fabrèges.
Le projet de piste de ski synthétique imaginé en 2024, dont le coût – en plus de son aberration écologique – s’élevait à 372 000 euros, a été abandonné. Et pour réduire son bilan carbone, la station d’Artouste s’est délestée d’une dameuse et d’un télésiège, et a ralenti la vitesse de ses remontées mécaniques. « C’est 20% d’économie d’énergie, se réjouit Jean-Christophe Lalanne. On ne descend plus au Soussouéou parce qu’à 1 300 m la neige est rare et le sera de plus en plus. Doit-on faire des investissements sur un secteur qu’on utilisera dix fois dans l’année ? »
L’originalité du train d’Artouste, lié à l’histoire de l’hydroélectricité dans la vallée, son itinéraire imprenable au cœur de la haute montagne et au milieu des troupeaux l’été, ravit les visiteurs. Et si sa locomotive tourne toujours au gasoil, l’économie d’une seule dameuse permet de financer les 20 000 litres nécessaires pour le faire tourner tout l’été. Et le directeur de la station de conclure : « En 2024, nous étions à l’équilibre avec un léger excédent. En 2025, l’excédent est encore plus important avec 155 000 personnes qui ont pris le train contre 132 000 l’année précédente. Ce qui nous permet d’acheter de nouveaux wagons pour augmenter la capacité de voyageurs. »
Le petit train rouge et jaune a sauvé la station d’Artouste qui a fait du manque de neige son principal atout. Il représente aujourd’hui 80% de son chiffre d’affaires annuel, contre 6 à 8% pour le ski et 12 à 13% pour les nouvelles activités. « Reste à le faire savoir et à inciter les Français à embarquer chez nous pour les vacances ! » À Artouste, moins on glisse, plus ça roule.
Par Laurence Fleury Sud Ouest
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