Tag: stress

  • La CGT de l’hôpital d’Arles vent debout contre la fusion des services

    La CGT de l’hôpital d’Arles vent debout contre la fusion des services

    « Nous avons déclaré l’alerte aux risques psychosociaux car les agents sont en pleurs dans nos bureaux. » L’air est soudain devenu glacial à l’entrée du centre hospitalier d’Arles ce jeudi après-midi, à l’écoute de la secrétaire générale du syndicat CGT Anne-Marie Lesage. Le syndicat a tenu une conférence de presse en plein air avec les agents de l’hôpital pour alerter le public sur les conditions de travail.

    Particulièrement en ce qui concerne l’organisation du service de cardiologie, qui est prévu de fusionner avec celui de gastro-entérologie. « La direction veut supprimer 28 lits dans ces deux services, au prétexte que nous ne sommes pas remplis », explique la syndicaliste. Conséquence première, les agents « changent tout le temps d’horaires ce qui complique énormément la vie de famille », détaille-t-elle. « C’est aussi notre organisation personnelle qu’ils remettent en cause » tance Julie* aide-soignante du service de cardiologie, « c’est annoncé pour dans 15 jours, au mépris total des agents et des usagers », insiste-t-elle.

    Des risques sanitaires ?

    Cette décision inquiète également les agents pour leurs patients. Amélie*, infirmière en cardiologie, fait part d’un « manque de formation dans les spécialités » des patients d’autres services hébergés en cardiologie. Alors, la demande d’une infirmière en renfort a été faite. « Demande refusée, manque d’argent oblige », lâche-t-elle.

    « On fait de la cardio depuis longtemps, faire une autre discipline dans deux services est dangereux pour les patients », insiste Sylvie, une troisième infirmière de cardiologie, déplorant « deux-trois jours de formation » seulement.

    Et soulève un autre problème : « Les patients en gastro-entérologie, qui viennent par exemple pour une coloscopie, ne sont pas “propres” par rapport à ceux de cardiologie, où on accueille des soins intensifs, dont des arrêts cardiorespiratoires. » « Ils veulent fusionner deux spécialités différentes avec des pathologies incompatibles dans un même service, ce qui met à mal la qualité des soins », reprend sa collègue Amélie, parlant de « risques pour les patients différents aussi ».

    Le dialogue social est malgré tout compliqué. « Quand on parle de revendications ou de fatigabilité, qui se reporte sur les patients, on nous répond qu’on exagère, et que personne n’est irremplaçable », déplore Sophie. « On travaille dans le stress et sous tension en permanence. La direction vient nous voir pour faire des annonces de changement de planning en pleine journée difficile, c’est désolant », se déleste l’infirmière. Sa collègue Julie l’assume : « Beaucoup d’agents cherchent ailleurs, et moi j’attends une nouvelle affectation. Ce projet de fusion ne me plaît pas et après 26 ans de cardiologie comme aide-soignante je suis contrainte de partir. »

    Un plan d’efficience

    Suppression de deux aides-soignantes sur trois au bloc opératoire, manque de personnel, de formation, suppression de lits, fusion de services : l’éléphant dans la pièce est le plan d’efficience de l’Agence régionale de santé (ARS) dénoncé par la CGT. « On fait des économies sur le personnel », tranche Anne-Marie Lesage. « Comment allons-nous soigner la population du territoire ? La direction répond à nos alertes en disant c’est obligé, c’est l’ARS. Mais ça ne nous satisfait pas », insiste-t-elle. « On cotise tous pour avoir droit à des soins de qualité sans regarder son statut social », objecte son collègue brancardier.

    « L’opposition est complètement solidaire avec vous face à cette casse du service public », assure aux agents Lucille Venet, élue de l’Union pour Arles au conseil municipal.

    La revendication principale reste l’arrêt de la fusion de ces deux services.

    * Les prénoms ont été changés

  • À Manosque, des agriculteurs sensibilisés aux risques

    À Manosque, des agriculteurs sensibilisés aux risques

    Risques chimiques, harcèlement au travail, violences sexistes et sexuelles… Une dizaine de travailleurs du secteur agricole ont assisté à une journée de prévention des risques chimiques et psychosociaux, ce jeudi.

    « 50% des salariés sont en détresse psychologique, tous secteurs confondus, et le secteur agricole est particulièrement touché », avance Caroline Mantero, responsable du service politique travail de la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP). « C’est un vrai danger qu’on a du mal à appréhender. Cette journée donne des éléments de bonnes pratiques et permet de faire de la prévention avant que le risque naisse », explique-t-elle.

    « Le stress est un phénomène biologique totalement naturel, une réponse du corps pour pouvoir agir et faire face à une situation. Mais le cortisol, l’hormone du stress, devient problématique et peut causer des pathologies si on en sécrète tout le temps », a expliqué Sandrine Mocaer, ingénieure de prévention à la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets).

    Elle a ensuite listé les facteurs de risque pouvant conduire à l’apparition de troubles psychosociaux : l’intensité et la complexité du travail, les exigences émotionnelles, les rapports sociaux, les conflits de valeurs ou encore l’insécurité du travail.

    Caroline Mantero a ensuite donné des exemples de cas de harcèlement au travail reconnus par la Cour de cassation, comme être sollicité pour des dossiers en cours alors qu’on est en arrêt maladie. Elle a rappelé l’obligation de nommer un référent violences sexistes et sexuelles pour les entreprises de plus de 250 salariés, et l’obligation de lancer une enquête en cas de droit d’alerte du CSE concernant une situation de harcèlement moral ou sexuel. Une procédure de recueil des plaintes doit être mise en place, comme par exemple une boîte mail dédiée. Un signalement doit être accusé de réception, des échanges doivent être mis en place et un compte rendu doit être rédigé à chaque étape. Les travailleurs agricoles présents l’ont notamment interrogée sur les délais de prescription en cas de harcèlement au travail.

    La déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes a ensuite fait un point sur les violences sexistes et sexuelles, rappelant qu’une femme sur deux a déjà été victime d’une forme de violence sexiste ou sexuelle au cours de sa carrière. « Seulement 5% des cas sont portés devant la justice », a-t-elle détaillé.

    Limiter la contamination de produits chimiques

    Les risques chimiques ont ensuite été abordés pendant l’après-midi. « Les produits chimiques, c’est aussi ce qu’on ne fabrique pas volontairement, comme le vin ou les poussières de bois cancérigènes », a précisé Amal Belghazi, chargée de la prévention en agriculture pour la Dreets. Elle a rappelé que la réglementation imposait des pictogrammes et qu’un produit naturel pouvait aussi être un produit chimique dangereux, comme l’amiante ou le pétrole, cancérogènes. « La première cause de maladie professionnelle, c’est les poussières de farine, qui causent des problèmes respiratoires, a-t-elle expliqué. Quand je perce un mur, je peux être exposé à des produits chimiques dangereux. » La voie cutanée est la principale voie d’exposition, mais reste pourtant la moins bien appréhendée.

    Amal Belghazi a insisté sur l’importance de limiter la contamination en veillant à l’hygiène des vêtements de travail, afin d’éviter que les produits phytosanitaires utilisés sur le lieu de travail ne soient ramenés au domicile.

    Des visites médicales post-exposition doivent être organisées pour les salariés exposés aux risques, et les risques particuliers doivent être déclarés, a rappelé Karine Vinci de la DDETSPP 04. Les travailleurs agricoles volontaires ont ensuite participé à un cas pratique : un salarié retrouvé inanimé dans une chambre froide à atmosphère contrôlée.

    Cette journée de prévention est organisée, chaque année, pour les travailleurs agricoles, employeurs ou salariés. L’année dernière, ce sont les risques liés à la chaleur et les logements saisonniers qui avaient été mis à l’honneur. Ces journées sont organisées par la Commission paritaire hygiène, sécurité et des conditions de travail en agriculture (CPHSCT), dont les membres sont désignés par les syndicats.

    En 2024, un quart des maladies professionnelles étaient liées au risque chimique et le nombre de maladies professionnelles des agriculteurs reconnues par la MSA était en hausse de 8%.

  • Des « supers voyageurs » tranquillisés et autonomes

    Des « supers voyageurs » tranquillisés et autonomes

    « Je me suis pris une amende alors que j’étais en règle, ça m’a pas trop fait rigoler. Et je leur ai dit parce que beaucoup de jeunes qui travaillent ici ont eu des problèmes. C’est parti de moi l’initiative. » Comme Dylan et Kevin, trisomiques, Théophile, lui atteint du syndrome de l’X-fragile, prend le train depuis Marseille pour venir travailler à la « Gare des étoiles », initialement la halte SNCF de Niolon. Un tiers-lieu investi depuis 4 ans par l’association « T’Cap 21 » qui propose de la restauration aux voyageurs avec son « Train Inc Café », permettant aussi aux jeunes de travailler en cuisine, au service ou à la plonge, sans oublier une multitude d’activités et d’actions pour l’inclusion. Et ces employés en témoignent, pour eux, se faire contrôler à bord du TER peut être une véritable épreuve, engendrant stress et incompréhension.

    La mauvaise expérience de Théophile a interpellé Julianne, conductrice de train sur la ligne Marseille-Miramas et membre de T’Cap 21 qui faisait déjà le lien avec le « Train Inc Café » en organisant des opérations « citronnades » où les jeunes apportaient sur le quai de quoi désaltérer les personnels de la SNCF. Elle en discute avec sa collègue Orkia, contrôleuse. « Je me suis dit il faut qu’on fasse quelque chose, qu’on puisse intervenir et qu’on les rassure ces jeunes. Moi je suis contrôleuse, je ne suis pas méchante », explique cette dernière.

    Sensibiliser les agents

    de la SNCF

    La hiérarchie a suivi. L’idée vient de démystifier le contrôle en y faisant participer les jeunes sur une journée puis de les munir d’un cordon avec un badge spécifique de « super voyageurs » pour leurs déplacements. « Avec cette identification forte, cela leur permet d’être visibles et d’éviter le stress de chercher l’abonnement dans le sac », explique Andrine Bernard, directrice des lignes TER Ouest Provence, pour qui « ce projet a pointé du doigt le fait que nos salariés, dans le cadre de leur formation, doivent être sensibilisés à tous nos voyageurs et toutes les situations qu’ils peuvent rencontrer », reconnaissant que « jusqu’à présent, c’est vrai qu’on était focalisés sur la partie sûreté, gestes et postures, potentiellement avec des voyageurs sans titre de transport ou avec un tarif non adapté ».

    Pour Nora, trésorière de T’Cap 21 et maman de Kevin, 32 ans, un des quinze « supers voyageurs », l’autonomie de son fils est primordiale. « Depuis ces 15 ans, il prend le taxi seul. Mon mari est décédé, je travaillais, on n’avait pas le choix. Là il va au café deux jours par semaine puis, le reste du temps, dans un foyer parce qu’il n’aime pas rester seul. La solitude est un poids. Il se débrouille, il fait un trajet d’une heure et demie tous les matins, tous les soirs », raconte-t-elle. Kevin nous montre fièrement son abonnement avec lequel il va aussi voir sa copine dans Marseille. « Dans le train, je suis avec le casque, dans ma bulle et avec le badge, et puis aussi Julianne, je suis rassuré », confie-t-il.

    La SNCF imagine développer le projet sur d’autres lignes, avec le soutien de la Région dont le représentant, Jean-Pierre Serrus (Ren.) est venu « en observateur ». « On accompagne cette initiative. La Région prend là des idées opérationnelles sur ce qu’on peut faire de plus pour que notre service public s’adresse à tout le monde… En particulier. On va réfléchir comment on va essaimer », annonce l’élu.

    Pour Julianne et Orkia, il faut aller plus loin : « Ces jeunes sont ceux qu’on connaît, qu’on aime, on est fiers d’eux mais on pense aussi à toutes les autres personnes en situation de handicap visible ou non, et pas que. Il y a aussi des personnes qui manquent de repères et pour qui prendre le train est une épreuve. Pourquoi pas étendre cette sensibilisation à ces gens-là aussi… »

  • Narcotrafic : Erilia veut expulser « pour l’exemple » à Marseille

    Narcotrafic : Erilia veut expulser « pour l’exemple » à Marseille

    Sur injonction du préfet, le bailleur social Erilia a plaidé, vendredi, devant le tribunal de proximité de Marseille, pour la résiliation du bail de deux familles de la cité de la Castellane (16e) en invoquant la condamnation d’un des enfants pour trafic de stupéfiants. Erilia est le premier bailleur social, à Marseille, à activer ce nouveau modèle d’expulsion, instauré par la loi contre le narcotrafic du 13 juin 2025 et laissé à la discrétion des préfets.

    Plusieurs conditions doivent être réunies : des « agissements » en lien avec le trafic de stupéfiants qui troublent l’ordre public de « manière grave ou répétée » et perturbent la jouissance paisible « aux abords du logement ou dans le même ensemble immobilier », ou des « comportements » qui portent « atteinte aux équipements collectifs utilisés par les résidents, à la sécurité des personnes ou à leur liberté d’aller et venir ».

    Partenaires d’expulsions en « circuit court »

    En dialogue avec la préfète de police déléguée, le tribunal judiciaire de Marseille a instauré un « circuit court » pour prioriser et accélérer ces expulsions déjà dérogatoires au droit commun. Erilia demande ainsi l’expulsion d’une mère et de ses enfants de 17 ans, 23 ans et 25 ans pour les agissements de Chamsedine, 21 ans. Le bailleur invoque une décision qu’il ne produit pas, selon laquelle il a été condamné, il y a six mois, à 18 mois de prison dont 9 avec sursis pour trafic de stupéfiants.

    Présent à l’audience, le bailleur social est au garde-à-vous. « Erilia a répondu positivement au préfet car elle est soucieuse de participer activement à la politique publique de la lutte contre les trafics. Cette loi a un côté moralisateur, c’est vrai, mais le législateur l’a voulu ainsi », plaide son avocat, Me Janis Leclanche. Elle rappelle « la violence extrême du narcotrafic avec 85 morts en 2023 dont 49 à Marseille », « le climat insoutenable qu’il fait peser sur les habitants ». Erilia affirme sur la foi d’un compte rendu d’enquête que le jeune a été arrêté avec deux individus déjà condamnés dans un véhicule quittant la cité avec 1,2 kg de résine de cannabis et 630 gr de cocaïne à bord. Que Chamsedine s’était proposé d’aller « travailler en bas » comme « ravitailleur » du réseau pour « rembourser une dette ». Pour Erilia, « le titulaire du bail est responsable des troubles des occupants habituels de son logement ». « Peut-être est-ce sévère, mais il faut des exemples. Peut-être s’agit-il d’une petite main, mais s’il n’y avait pas de petites mains, il n’y aurait plus de trafic. »

    « Vous, magistrats, gardez votre pouvoir d’appréciation ! » insiste Me Marilou Poisot pour la famille menacée qui n’a tiré aucun profit du trafic. Leur logement n’est pas en cause. Ce n’est pas un appartement nourrice. Le fils majeur vit désormais chez un oncle. Il serait disproportionné d’expulser une mère et ses trois enfants scolarisés, dont une mineure, et qui a toujours payé ses loyers. « Cette loi a un caractère moralisateur qui revient à dire qu’elle a mal éduqué son enfant. Cela heurte les principes du droit au logement, du droit au respect de la vie privée, de l’intérêt supérieur des enfants. C’est la porte ouverte à l’expulsion de familles entières. » Assise dans la salle, la maman pleure. Sa santé s’est dégradée. Toute la famille vit dans le stress de se retrouver sans toit.

    Le second dossier, toujours de la cité de la Castellane, vise un couple avec quatre enfants, dont deux mineurs. Erilia invoque, sans en rapporter la preuve, l’existence de trois
    condamnations en 2025 pour trafic de stupéfiants de Mouhamadi, le fils de 22 ans, à une peine de travail d’intérêt général, et pour sa dernière en septembre à deux ans de prison, dont un avec sursis et à l’interdiction de paraître à la Castellane. « Il y a de grandes chances qu’il récidive s’il reste chez ses parents et il semble bien être un acteur à part entière de ce trafic », suppute le bailleur.

    « Erilia est sous la coupe d’un préfet sous pression, dénonce Me Sofien Dridi. Leur fils ne vit plus chez eux depuis octobre 2024 et on vous demande avec une célérité exceptionnelle l’expulsion de gens qui n’ont rien commis, aucun trouble de voisinage, qui ont toujours payé leur loyer. C’est mettre à la rue une famille qui ne vit qu’avec les 1 600 euros du travail du père. » Dénonçant une procédure abusive, il réclame d’Erilia 1 000 euros pour chacun des membres de la famille et autant en préjudice moral.

    Délibéré le 19 mai.

  • [Entretien] « Les troubles anxieux sont le diagnostic psychiatrique le plus commun »

    [Entretien] « Les troubles anxieux sont le diagnostic psychiatrique le plus commun »

    La Marseillaise : À quel point les troubles anxieux sont-ils répandus ?

    Sebastian Fernandez : C’est le diagnostic psychiatrique le plus commun aujourd’hui, devant la dépression, la schizophrénie ou l’addiction. Il y a un besoin urgent pour trouver des solutions pour les traiter.

    Comment fait-on aujourd’hui ?

    S.F. : Il existe des bons médicaments pour réduire l’hyperactivité de l’amygdale qui en est la cause. Mais ces molécules touchent tout le cerveau. Elles ne ciblent pas que l’amygdale et ont donc des effets indésirables importants. C’est la raison pour laquelle comprendre ce qui rend l’amygdale hyperactive nous permettrait d’envisager des thérapies plus ciblées.

    Dans votre étude sur la souris, vous utilisez un outil – l’optogénétique – qui permet d’agir sur des protéines sensibles à la lumière pour réduire l’activité de l’amygdale dans le cerveau et les troubles anxieux associés. Est-ce une technologie disponible chez l’humain ?

    S.F. : Un essai clinique à l’Institut de la vision à Paris emploie cette technique pour tenter de restaurer la vue de personnes aveugles. Nous pouvons imaginer qu’il soit possible, d’ici quelques années, de l’utiliser pour réguler l’activité de l’amygdale. Pour le moment, ce n’est pas possible chez l’humain car pour délivrer la lumière, nous devons implanter une fibre optique qui atteint l’amygdale. Mais la stimulation cérébrale avec des électrodes se développe chez l’humain.

    Cela donne de l’espoir. Mais avant d’avoir de vraies applications médicales, il faudra probablement attendre vingt à trente ans.