Tag: Street Art

  • Quand Ernest Pignon-Ernest inondait les rues de Martigues tous azimuts

    Quand Ernest Pignon-Ernest inondait les rues de Martigues tous azimuts

    Quand on déambule dans les rues de Martigues, le nom d’Ernest Pignon-Ernest défile régulièrement sous nos pas. Accolées, des flèches indiquent la direction du musée Ziem. C’est là que le 21 mai dernier, l’artiste pionnier du street-art est venu dévoiler une carte blanche. Ou plutôt revenu, puisqu’il y avait déjà signé une fresque en 1982, toujours visible dans les escaliers de l’établissement. « C’était une demande de la conservatrice de l’époque, Joëlle Pijaudier, raconte Gaëlle Culiolu, médiatrice culturelle pour la municipalité. C’est assez exceptionnel d’avoir une œuvre pérenne d’Ernest Pignon-Ernest, il n’y en a que deux ou trois en France. »

    Inspiré par Martigues, petite commune de pêcheurs alors en plein développement industriel, l’artiste en tire quatre éléments qu’il peint sur le mur du musée et qu’il décline grâce au procédé de la sérigraphie. « Ce sont toujours des dessins à l’échelle 1, donc à taille réelle », détaille Gaëlle Culiolu. En 1982, quasiment du jour au lendemain et sans communication, la ville est inondée de ces collages : environ 600 d’entre eux sont placardés dans tous les quartiers, mais aussi du côté des usines de Lavéra.

    Attirer le regard

    Un portrait de Florence, l’une des modèles phare d’Ernest Pignon-Ernest, enceinte et assise, symbolise le renouveau. « Depuis les années 1970, la population de Martigues augmente énormément grâce au développement de l’industrie, contextualise Charlotte Aurientis, chargée des publics au service art histoire et archéologie de la Ville. On assiste à un étalement urbain, et le centre-ville ancien est un peu moins attrayant. Les logements sont resserrés, vieillots… En 1977, la municipalité lance un grand plan de résorption de l’habitat insalubre. Il y a énormément de travaux, c’est 16 ans où la ville est en pleine mutation. » Ernest Pignon-Ernest appose la réinterprétation de Florence dans ces espaces en pleine renaissance.

    Il affiche également une grand-mère provençale archétypale, appelée la Martégale, directement inspirée de L’Arlésienne, un portrait réaliste du XIXe siècle peint par Pierre Jean. Elle incarne l’aspect « traditionnel » de Martigues. Sur des photos d’époque, on la voit sur les quais de l’Île, derrière des pêcheurs ou des femmes, comme si elle faisait partie du décor. Un retraité témoigne : « À l’époque, ma femme allait de Ferrières à Jonquières pour travailler. Elle passait devant 5 ou 6 collages. Régulièrement, elle entendait des passants saluer les œuvres. Par inadvertance, parce qu’on aurait dit que les personnages existaient ». C’était bien le but de l’artiste. « Selon ses propres termes, il va positionner ses images là où elles se glissent comme des évidences, relate Charlotte Orientis. Il pousse les gens à regarder différemment des paysages du quotidien. »

    Parfois, Ernest Pignon-Ernest cherche plutôt à marquer un contraste. Il place souvent son troisième élément, Prométhée, sur des ouvrages innovants et massifs du paysage martégal : au pied du viaduc, sur les cheminées du complexe pétro-chimique…

    « Il représente Prométhée loin de l’imagerie antique habituelle, souligne la chargée de public. Son interprétation, plus moderne, est tirée de la photo de Philippe Halsman, où l’on voit Oppenheimer en train de sauter. Pignon-Ernest l’interprète soit comme un envol, soit comme une chute. » Chacun y voit ce qu’il veut, le tout reste de s’interroger.

  • La Marseillaise Breaking Cup fait bouger les jeunes de La Busserine

    La Marseillaise Breaking Cup fait bouger les jeunes de La Busserine

    Lorsque DJ DD s’est installé derrière les platines, les enfants qui se promenaient dans la Plaine des Sports et des Loisirs de La Busserine n’ont pas tardé à se laisser attirer par les activités proposées, mardi, dans le cadre de La Marseillaise Breaking Cup. Et parmi toutes les animations, le graff a sans aucun doute remporté le plus franc succès.

    Dès que Ozas a déployé sa grande toile, petits et grands se sont amusés à remplir les lettres préparées par l’artiste à coups de bombes de peinture. « J’ai adoré faire des graffitis », lance Nahim, 12 ans. Passionné de dessin, le jeune garçon a rapidement assimilé la technique pour donner du volume aux lettres. Il s’est en revanche montré moins à l’aise derrière les platines du DJ, un exercice qui demande de jongler avec plusieurs tâches dans un laps de temps très court. « C’est plus difficile que je ne le pensais », reconnaît le minot de La Busserine.

    Au fil de l’après-midi, d’autres enfants ont rejoint l’aire d’activités, où B-boy Wesna les attendait de pied ferme pour une initiation au breakdance. Le principe était simple : reproduire les figures réalisées par le danseur, avec plus ou moins de réussite.

    « Au début, j’arrivais à faire comme lui. Mais quand il a commencé à faire des mouvements de fou, ça m’a trop impressionné, j’étais perdue », raconte Lyna. Accompagnée de sa petite sœur, la jeune fille s’est essayée aux figures du champion sous les yeux émerveillés de leur papa.

    Le programme de la journée de mercredi

    Pour cette 3e journée de la 5e saison de La Marseillaise Breaking Cup, les festivités se poursuivent dans le 14e arrondissement de Marseille. Après une première étape à la Plaine des Sports de la Busserine, l’événement pose ses valises à La Paternelle, au sein de l’association Jeunes Renaissance, située au 33 boulevard Alphonse Allais. Plusieurs ateliers et initiations seront proposés au public, avec pour objectif de faire découvrir les différentes facettes de la culture hip-hop et de favoriser la pratique sportive et artistique auprès des jeunes du quartier. Le Centre culturel ouvrier (CCO) Sainte-Marthe sera présent pour assurer plusieurs animations, et notre journal proposera également un atelier d’éducation aux médias.

  • La Marseillaise Breaking Cup fait bouger les jeunes de La Busserine

    La Marseillaise Breaking Cup fait bouger les jeunes de La Busserine

    Lorsque DJ DD s’est installé derrière les platines, les enfants qui se promenaient dans la Plaine des Sports et des Loisirs de La Busserine n’ont pas tardé à se laisser attirer par les activités proposées, mardi, dans le cadre de La Marseillaise Breaking Cup. Et parmi toutes les animations, le graff a sans aucun doute remporté le plus franc succès.

    Dès que Ozas a déployé sa grande toile, petits et grands se sont amusés à remplir les lettres préparées par l’artiste à coups de bombes de peinture. « J’ai adoré faire des graffitis », lance Nahim, 12 ans. Passionné de dessin, le jeune garçon a rapidement assimilé la technique pour donner du volume aux lettres. Il s’est en revanche montré moins à l’aise derrière les platines du DJ, un exercice qui demande de jongler avec plusieurs tâches dans un laps de temps très court. « C’est plus difficile que je ne le pensais », reconnaît le minot de La Busserine.

    Au fil de l’après-midi, d’autres enfants ont rejoint l’aire d’activités, où B-boy Wesna les attendait de pied ferme pour une initiation au breakdance. Le principe était simple : reproduire les figures réalisées par le danseur, avec plus ou moins de réussite.

    « Au début, j’arrivais à faire comme lui. Mais quand il a commencé à faire des mouvements de fou, ça m’a trop impressionné, j’étais perdue », raconte Lyna. Accompagnée de sa petite sœur, la jeune fille s’est essayée aux figures du champion sous les yeux émerveillés de leur papa.

    Le programme de la journée de mercredi

    Pour cette 3e journée de la 5e saison de La Marseillaise Breaking Cup, les festivités se poursuivent dans le 14e arrondissement de Marseille. Après une première étape à la Plaine des Sports de la Busserine, l’événement pose ses valises à La Paternelle, au sein de l’association Jeunes Renaissance, située au 33 boulevard Alphonse Allais. Plusieurs ateliers et initiations seront proposés au public, avec pour objectif de faire découvrir les différentes facettes de la culture hip-hop et de favoriser la pratique sportive et artistique auprès des jeunes du quartier. Le Centre culturel ouvrier (CCO) Sainte-Marthe sera présent pour assurer plusieurs animations, et notre journal proposera également un atelier d’éducation aux médias.

  • L’Expo de Ouf ! reprend les murs de Nîmes

    L’Expo de Ouf ! reprend les murs de Nîmes

    Depuis ses débuts, plus de 200 fresques ont ainsi composé une galerie à ciel ouvert, gratuite et visible toute l’année.

    Cette fois, le festival porté par le Spot se décline autour du thème « Couleurs et ornements ». Une invitation esthétique, mais pas seulement.

    Face à la grisaille et à l’uniformité, les organisateurs revendiquent la couleur comme un langage et la diversité comme une richesse : « Décorons la résistance et colorons nos différences. » Huit muralistes investiront les quartiers tandis que 29 artistes français et belges réuniront près de 300 œuvres au Spot.

    Avant même l’ouverture officielle, la Chauffe de Ouf ! du 26 août a permis de voir les œuvres naître sous les bombes et les pinceaux. Petits-déjeuners
    et apéritifs au pied des fresques, rencontres avec les artistes, balade guidée ou virée à vélo : ici, le public n’est jamais bien loin de la création.

    Point culminant le 5 septembre, avec une grande inauguration au Spot, rue de l’Enclos-Rey : performances, spectacles de rue, musique et sérigraphie accompagneront l’ouverture de l’exposition collective. Puis le festival continuera de vivre tout l’automne entre ciné-concert, rencontres et rendez-vous autour du street art.
    Une bonne raison de lever les yeux en traversant Nîmes.

  • Mahn Kloix signe une fresque à Belsunce

    Mahn Kloix signe une fresque à Belsunce

    C’est un quartier très pauvre, l’idée est de dire qu’il n’est pas abandonné. Qu’il y a toujours des gens qui sont là et qui prennent soin les uns des autres. Faire une fresque de 50m2, c’est aussi mettre en lumière ceux qui y restent », explique l’artiste Mahn Kloix. Et de poursuivre « c’est un quartier dominé par la présence des hommes dans la rue. J’ai choisi de faire un portrait d’une jeune fille, et de fait, de remettre une présence féminine dans la rue ».

    « Qu’est-ce que c’est ? », interroge Zina à haute voix. « J’habite là depuis 30 ans, j’aimerais trop déménager. Les habitants sont sympas mais les rues… », poursuit-elle. Sous un soleil de plomb, des jeunes torse nu assis çà et là, sont accrochés à leur téléphone. La fresque est dessinée au trait noir sur la façade de la Soliha, foyer pour jeunes mineurs isolés. « Depuis le meurtre survenu en janvier 2026, mairie, préfecture et associations de quartier se réunissent régulièrement pour travailler. L’idée est d’arriver à se réapproprier l’espace », détaille Christèle Grandpaul, une des responsables du foyer Soliha. Aucun des jeunes du foyer n’a souhaité connaître le motif en amont. Sur le canapé, Mamadou s’interroge : « Le dessin, je sais pas ce que c’est. J’attends de voir fini. Au début, j’ai cru une rénovation. » Tandis qu’Abou s’interroge plutôt sur l’origine du nom de l’artiste. « Quand tu mets une image en grand format dans un espace urbain, c’est assez imposant et impactant visuellement », reconnaît-il. Mais pas que… « À chaque fois, c’est un défi. Sur corde, il y a l’aspect physique engageant. C’est quelque chose de rude, mais qui me plaît. »

    Né au XXe siècle, l’art urbain ou Street art est un art très populaire. « On dit aux gens : non, tu n’es pas obligé d’aller dans une galerie. L’art est devant toi dans ta rue », analyse Mahn Kloix. Poursuivant : « C’est ce que j’aime dans ce mouvement. À l’international, c’est le premier qui vient d’une base populaire et qui s’adresse à tous. Pour moi, c’est une énorme révolution dans le monde de l’art. »

  • Ernest Pignon-Ernest à Carpentras

    Ernest Pignon-Ernest à Carpentras

    Des œuvres inédites à découvrir

    L’occasion de rencontrer et d’échanger avec ce célèbre plasticien français, premier artiste à avoir investi les murs, trottoirs et façades d’une ville pour délivrer un message.

    Plus tôt dans la journée, une visite guidée d’« Ombres de Naples » vous est également proposée. Plus de 200 œuvres y sont affichées dont certaines sont inédites : dessins, photographies, sérigraphies et issues de cette série créée entre 1988 et 2015 à Naples. Les œuvres d’Ernest Pignon-Ernest dialogueront avec une sélection d’œuvres de l’Inguimbertine, en écho à cette terre comtadine liée historiquement à l’Italie.

    Samedi à 11h et 15h.
    5
     euros la visite et pour la rencontre.

  • M. Chat prend ses quartiers d’été à Montpellier

    M. Chat prend ses quartiers d’été à Montpellier

    Cet été, il a décidé de faire escale à Montpellier. Après l’Américain JoneOne, figure majeure du street art et de l’abstraction lyrique contemporaine, la galerie éphémère Laurent Rigail, installée au 1 rue Voltaire, en plein cœur de l‘écusson, à quelques pas de l’église Saint-Roch, accueille depuis le 2 juin Thoma Vuille, alias M. Chat.

    C’est à Orléans que l’artiste franco-suisse, né en 1977, s’est formé aux arts plastiques et a fait faire, à la fin des années 1990, ses premiers pas à M. Chat, devenu sa signature. Depuis, le félin jaune rondelet et tout sourire a vu du pays : de Paris à New York en passant par Lisbonne, Tokyo ou Hong Kong, les rues le reconnaissent, les galeries et les institutions l’exposent.

    Si M. Chat est avant tout une présence bienveillante incarnée par son sourire, une réflexion plus profonde se dessine derrière ce dessin d’apparence un peu naïf. « Ce sourire peut aussi être vu comme un sourire crispé par rapport à ce qu’on vit actuellement, à l’état de la société », explique Laurent Rigail, responsable de la galerie parisienne du même nom, organisatrice de l’expo-vente présentée à Montpellier jusqu’au 1er août. « Il y a également une symbolique sur la façon dont le chat se positionne : il y a “le chat accolade”, avec les bras grands ouverts, le chat avec des ailes, qui prend de la hauteur et essaie de voir plus loin, le chat recroquevillé sur lui-même, le dos rond… C’est un personnage plus complexe qu’il n’y paraît », assure le galeriste.

    Pour ceux qui souhaiteraient observer de plus près les nuances de M. Chat – et pourquoi pas acquérir un tableau –, une trentaine d’œuvres, essentiellement sur toile mais aussi sur papier ainsi que quelques sérigraphies, sont à découvrir tout l‘été. Et pour ceux qui voudraient échanger avec l’artiste ou repartir avec une dédicace, Thoma Vuille sera présent à la galerie samedi 6 juin, de 14h30 à 19h. Des ateliers pour les enfants – sur inscription ou non – sont par ailleurs proposés tous les mercredis et samedis (5 sessions par jour entre 11h30 et 17h), en partenariat avec le musée d’art urbain et contemporain Parcelle473.

  • À Port-de-Bouc, les œuvres fleurissent sur les murs

    À Port-de-Bouc, les œuvres fleurissent sur les murs

    En entrée de ville, à deux pas d’un feu tricolore, l’écriture de Christine Sejean annonce la couleur. « Tout commence ici », affirment ses lettres brutes carmin. « Cette phrase a plusieurs significations, explique l’artiste : c’est le premier mur que vous allez apercevoir sur le parcours des fresques, c’est aussi le plus grand mur sur lequel j’ai peint à ce jour, ça fait également écho à l’histoire de Port-de-Bouc, avec ses luttes et cet engagement pour que les habitants puissent vivre dignement. Et puis il y a aussi un pied de nez à Perpignan, dont Dali disait que c’était le centre du monde. Pourquoi pas ici. »

    Comme chaque année depuis sept ans, une dizaine de peintres se sont réunis cette semaine, à l’occasion du festival « Les Nouveaux Ateliers », pour réaliser des fresques monumentales disséminées dans les quartiers de Port-de-Bouc. À la fin de la semaine, la commune de 17 000 habitants en comptera 70. « Le Tassy est le plus dense », affirme Rémy Uno.

    Le directeur artistique de Lartmada, l’agence coorganisatrice de l’événement avec la Ville, explique : « J’ai donné des indications aux artistes sur Port-de-Bouc, son passé ouvrier, le taux de chômage élevé… en leur disant qu’ils et elles étaient parfois les premiers et derniers contacts des habitants avec la peinture. »

    Certains invités ont donc imaginé des œuvres sur-mesure, à l’instar de Spear. Le Belge a peint un buste surmonté d’une fleur en train de faire un nœud marin. « Ça fait écho à la culture portuaire mais aussi aux communautés différentes qui se sont amarrées à Port-de-Bouc, avec un visage universel qui représente l’espoir, la joie. » Tea Kvar, elle, termine une fresque représentant une joute provençale.

  • Les artistes s’emparent des murs de Port-de-Bouc

    Les artistes s’emparent des murs de Port-de-Bouc

    Port-de-Bouc poursuit sa mue. Comme chaque printemps, la petite ville de 17 000 habitants semble éclore sous les pinceaux des artistes. Cette année, ils seront neuf, venus de France, de Croatie, de Grèce ou d’Espagne, à poser leurs bagages dans le camping municipal Bottaï pour transformer durablement les façades des bâtiments de la Lèque, Tassy, des Comtes ou encore des Aigues-Douces. Pour le maire Laurent Belsola (PCF), « il ne s’agit pas seulement d’embellir. Il s’agit de repenser notre lien à l’espace public ».

    Ce qui était au départ une intuition artistique est devenu un véritable parcours d’œuvres à grande échelle unique en France. À l’issue de cette 7e édition du festival « Les Nouveaux Ateliers », la commune comptera près de 70 réalisations murales. Une concentration exceptionnelle, qui fait aujourd’hui de Port-de-Bouc la détentrice du record européen d’art urbain par habitant. Une fierté, pour l’adjoint au maire délégué à la culture Patrice Chapelle : « Ça veut dire que le projet s’enracine, plaît aux artistes qui viennent de loin, et attire un public extérieur. On a une renommée hors les murs, surtout auprès du public avisé sur le street art. L’an dernier, une dame est venue de Paris pour voir le chantier en cours et l’évolution des fresques. »

    Art et qualité de vie

    Aude Straub, chargée de développement de ce projet, confie : « On aimerait développer le festival dans d’autres petites communes. Ça permet de dynamiser et d’amener l’art dans ces territoires qui sont un peu éloignés et dans les quartiers populaires, où la culture n’est parfois pas très accessible. Ça améliore la qualité de vie. Et puis ça permet d’ouvrir un dialogue entre les habitants et les artistes. »

    Pour en découvrir plus, rendez-vous mardi au cours Landrivon pour un parcours d’un mur à l’autre organisé par l’Office du tourisme, mercredi après-midi pour des ateliers créatifs à destination des enfants square Lopofa, et samedi pour une journée de clôture ponctuée d’animations, de spectacles et de concerts.

  • Ernest Pignon-Ernest réactive les mémoires à Martigues

    Ernest Pignon-Ernest réactive les mémoires à Martigues

    Dur de circonscrire l’œuvre de l’un des pionniers de l’art urbain dans un espace fermé. Un défi pourtant relevé par le Musée Ziem, qui donne à voir au public gratuitement, du 23 mai au 15 novembre, la « carte blanche » qu’il octroie à Ernest Pignon-Ernest. Un « compagnon de route » de la ville de Martigues, où il a construit « un espace artistique avec des habitants qui s’en souviennent encore aujourd’hui », contextualise le troisième adjoint au maire, Florian Salazar-Martin. Et laissé sa trace, notamment dans les années 1980, illustrent certains de ses projets comme Prométhée et la Martégale.

    « À cette époque, on assistait dans la région à des relents racistes et une ville était tombée aux mains du Front national. J’ai presque copié le tableau qui représentait cette femme, qui pouvait venir aussi bien d’un côté que de l’autre de la Méditerranée », rappelle Ernest Pignon-Ernest. « Comme une rétrospective », situe Céline Laudin, directrice du Musée Ziem, qui parcourt la vie et l’œuvre du plasticien niçois, désormais 84 printemps, marquées au fer rouge par sa mobilisation dans le contingent des appelés lors de la guerre d’Algérie, dont on trouve trace sur l’un de ses premiers dessins, réalisé en 1962 : un taureau digne de Guernica collé sur du papier journal de la Dépêche d’Alger.

    Mais ce n’est que quelques années plus tard que celui qui se vouait à l’origine à la peinture, décide « d’intervenir directement sur les lieux eux-mêmes. Pour les stigmatiser et non pas les figurer », se remémore l’artiste, qui répond alors à « une alerte de René Char, qui s’élève contre l’implantation de la force de frappe atomique sur le plateau d’Albion. Mon œuvre n’est pas le dessin lui-même, mais ce qu’il provoque dans la rue », souligne-t-il, devant des photos de son intervention au métro Charonne, tapissant des cadavres sur les marches de la bouche. Pour réactiver la mémoire collective autour de la répression d’une manifestation contre la guerre coloniale ayant provoqué huit morts et 250 blessés en ces lieux en 1962.

    Éphémère vivace

    « La mort annoncée de mes images fait partie de la proposition », répète à l’envi Ernest Pignon-Ernest. Un credo rimbaldien assumé par cet homme qui transpire aussi la littérature par tous ses pores, montre ainsi une série de photos avec le poète du Dormeur du val, de Charleville à Paris. Bordel, un peu de poésie et de politique ne peuvent que hisser vers le sursaut. Sa référence ultime ? Pier Paolo Pasolini, écrivain « visionnaire » qui a annoncé « l’appauvrissement et le recul culturel de la société ». Dans ses performances urbaines, Ernest Pignon-Ernest l’a ainsi placardé sur certains lieux emblématiques de son existence, comme à Ostie où il fut assassiné. « C’est lui qui porte son corps, comme s’il nous disait : qu’est-ce que vous avez fait de ma mort ? », décrypte-t-il. Que dire encore de son hommage à Antonin Artaud dans des salles abandonnées de l’hôpital d’Évry, où le poète marseillais est mort, comme si ce dernier se poignardait le dos à coups de crayon. Autant d’auteurs faisant cruellement défaut dans notre époque aseptisée, son dernier exemple en date étant sa série représentant l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich. « C’est l’image de lui en train d’avancer », commente le plasticien devant des images réalisées il y a une dizaine d’années, de Gaza à Ramallah.

    Un éclaireur et des traces

    Ernest Pignon-Ernest réactive et exalte la mémoire humaine, souvent sur les lieux de son affliction. « Cela peut nous suggérer autant d’imaginaires qu’un roman », estime-t-il. Parfois, « pas besoin de mettre un dessin, l’œuvre est déjà là », indique-t-il devant sa série Les expulsés (1977). « Mon matériau, c’est l’événement lui-même, et quelques fois, les lieux », prouve l’un de ses actes réalisé en 1974 – des habitants noirs derrière des barbelés – en réaction au jumelage de sa ville natale de Nice avec celle du Cap, en Afrique du Sud, en plein Apartheid. Doux euphémisme de dire qu’Ernest Pignon-Ernest est habité par la mémoire humaine et des lieux. Symbole suprême avec ses collages en souvenir de Maurice Audin, mathématicien et militant communiste pour l’indépendance de l’Algérie, assassiné par l’armée française, à l’endroit même « où il a été torturé ».