Tag: Stéphane Peu

  • Nationaliser pour sauver l’acier français

    Nationaliser pour sauver l’acier français

    Un « espoir pour les salariés » : la proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal sera débattue mercredi 25 février à 16h30 au Sénat, durant la journée réservée du groupe communiste républicain citoyen et écologiste – Kanaky (CRCE-K). « Si on ne nationalise pas, Arcelor va partir et la filière acier va s’effondrer », alerte la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi, « c’est un enjeu de souveraineté nationale qui doit dépasser les clivages partisans ». Adopté in extremis à quelques minutes de la fin de la niche parlementaire des députés insoumis en novembre dernier, le texte risque cependant de se heurter à la réticence d’une chambre haute du Parlement dominée par la droite.

    Le 30 octobre dernier, les sénateurs communistes avaient déjà tenté de porter cette proposition de loi auprès de leurs collègues qui l’avaient alors rejetée… « La démocratie, elle se fait au grand jour et chacun doit assumer ses votes », prévient la cheffe du groupe PCF au Sénat Cécile Cukierman. « Chaque sénatrice et chaque sénateur verra en face de son nom ce qu’il a voté. Pour faire de la démocratie, on a besoin d’avoir de la transparence puisque sinon, on a parfois des parlementaires qui oublient ce qu’ils font à Paris quand ils redescendent dans leur département », glisse-t-elle.

    La direction d’ArcelorMittal a annoncé en avril 2025 la suppression de plus de 600 postes en France. Puis, le 29 janvier dernier, la direction Europe du groupe dit envisager de délocaliser ses fonctions support en Inde, ce qui concerne « plus de 5 600 salariés » en Europe, « dont 1 650 pour la France », selon le comité d’entreprise européen. Les conséquences d’un départ de l’aciériste du territoire national seraient dévastatrices. « Derrière tout ça, il y a des familles. Si on prend le seul exemple de Dunkerque c’est 3 200 emplois directs », appuie Gaëtan Lecoq, secrétaire général de la CGT ArcelorMittal sur ce site du Nord, avant d’ajouter : « On a fait une estimation, si demain Dunkerque tombe, c’est, à peu près, 20 000 emplois directs et indirects qui vont tomber. »

    « Il n’y a pas d’avenir pour un pays sans industrie »

    Face à cela, l’entreprise a doublé son bénéfice net en 2025 pour atteindre plus de 3 milliards de dollars en 2025. Au même moment, elle continue à verser à ses actionnaires des dividendes de 300 à 400 millions de dollars. « Arcelor c’est aussi devenu un triste symbole, celui de la démission de l’État face à la financiarisation de l’industrie et de tous ces responsables politiques et économiques qui ont laissé en 2006 Mittal faire sa sinistre OPA sur notre fleuron national qu’était Arcelor », fait remarquer Sophie Binet.

    Le gouvernement s’oppose à la nationalisation d’Arcelor, invoquant, entre autres, son coût estimé entre 1 et 2 milliards d’euros. Stéphane Peu, coprésident du groupe PCF à l’Assemblée nationale renvoie le président de la République à ses incohérences : « En 2017, quand il est arrivé au pouvoir, il y avait 13% du PIB de la France qui était produit par de l’industrie et aujourd’hui, on est tombé à 9%. Il y a un abaissement de l’industrie dans notre pays et tout ça est gravissime ! », déplore le député.

    La cheffe de la CGT pointe une échéance : 2030. « Tout ce qui n’est pas décarboné en 2030 sera soumis à des quotas carbone rédhibitoires. L’heure est cruciale. Soit on décarbone maintenant, soit l’acier français ne sera plus compétitif (…) Il n’y a pas d’avenir pour un pays sans industrie », martèle-t-elle. À ce stade, sur les 40 sites que compte le groupe en France, le projet de décarbonation ne concerne qu’un seul des deux fours à Dunkerque à hauteur de 1,3 milliard d’euros, dont 650 millions sous forme de dettes publiques.

    Parlementaires et syndicalistes entendent maintenir la pression. Des centaines de salariés ont prévu de se rassembler le 25 février aux abords du Sénat. « Depuis juin 2024 on est sur le dossier à la CGT, on se bat comme des acharnés (…) On s’en prend plein la gueule, la répression syndicale on se la mange, mais on continuera à se battre pour les salariés », avertit Gaëtan Lecoq. Les députés communistes prévoient déjà l’inscription du texte à sa niche parlementaire du 15 juin prochain en cas de rejet mercredi. « On sera opiniâtres et on ne lâchera rien », pousse Stéphane Peu.

    « Si on ne nationalise pas, Arcelor va partir et la filière acier va s’effondrer. »

  • Le PCF censurera Lecornu et se prépare à la dissolution

    Le PCF censurera Lecornu et se prépare à la dissolution

    Pour les communistes, la censure est une évidence après la reconduite de Sébastien Lecornu à Matignon en dépit de son échec et de celui de ses prédécesseurs. « Nous censurerons, nous appelons à retourner aux urnes », a indiqué Fabien Roussel, secrétaire national, en ouverture du conseil national du PCF, qui se tenait à Paris, ce samedi. Pour le dirigeant communiste, il faut prendre la mesure du « dégoût de la politique », provoqué par l’attitude du président de la République, dont une majorité de Français souhaite le départ.

    Les communistes ne doutent pas qu’une dissolution interviendra rapidement, peut-être d’ici vendredi prochain, car si le chef de l’État et son Premier ministre veulent à tout prix présenter le projet de budget ce lundi, c’est pour permettre à un texte d’austérité d’être lancé dans les délais constitutionnels et de servir de base de discussion, quelle que soit la suite des événements.

    Périmètre du rassemblement

    Au regard de la dislocation du socle commun et de l’inflexibilité présidentielle, la direction communiste table sur l’hypothèse de l’adoption d’une motion de censure dans la semaine suivie d’une dissolution. Dans cette optique, Fabien Roussel liste trois objectifs : « empêcher l’extrême droite de l’emporter, faire gagner la gauche et renforcer le PCF partout en France comme à l’Assemblée nationale ».

    Dans la discussion, la question du périmètre du rassemblement a été posée, certains intervenants souhaitant renouer avec le périmètre du Nouveau front populaire, d’autres rappelant qu’il n’avait pas permis d’être majoritaires et que le PCF ne s’était vu attribuer qu’une cinquantaine de circonscriptions. Des limites qui avaient été pointées lors d’une conférence nationale du PCF après les dernières législatives.

    Stéphane Peu, président communiste du groupe GDR a indiqué : « le groupe m’a donné explicitement mandat : aller partout où se discutent les conditions d’une alternative progressiste sans se substituer à la responsabilité exclusive du parti qui est de négocier un accord électoral. » Son homologue du Sénat, Cécile Cukierman, a fait part de son scepticisme sur un accord « à quatre, car dans les quatre, il y en a deux qui n’en veulent pas : le PS et la FI ».

    Dans une résolution adoptée par 86 voix pour, 12 contre et 7 abstentions, les communistes lancent « un appel aux travailleurs et travailleuses, aux forces syndicales et associatives du pays et à toutes les forces de gauche, à débattre des propositions de rupture que nous portons, à s’unir pour obtenir le changement de politique tant attendu et pour battre la droite et l’extrême droite. » Le texte souligne aussi l’importance des municipales « pour protéger les habitants et développer les services publics locaux ».

  • Les gauches reçues par un Premier ministre « très flou »

    Les gauches reçues par un Premier ministre « très flou »

    « Ma grand-mère disait : quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup… » Lancé en 2011 par la socialiste Martine Aubry en pleine bataille des primaires du PS, et passée à la postérité (aujourd’hui on parlerait de « punchline »), l’expression résume parfaitement le halo de fumée entretenu par le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu. En premier lieu, cet exercice de souffleur pour poêle s’adresse aux formations politiques qu’il a reçues mercredi, du matin au soir et singulièrement aux gauches qui ont fait le déplacement, LFI ayant décliné l’invitation.

    Premiers à ouvrir le bal, les socialistes : le premier secrétaire du parti Olivier Faure et les deux présidents de groupe au Parlement, Boris Vallaud (Assemblée) et Patrick Kanner (Sénat), sont ressortis après deux heures d’entretien pour le moins frustrés. « Pour l’instant, nous sommes restés sur notre faim et nous verrons bien ce qu’il a à nous dire dans les prochains jours » a déclaré Olivier Faure. Si Sébastien Lecornu est « là pour refaire François Bayrou, (…) nous censurerions dès la [déclaration] de politique générale » a prévenu le socialiste. Ce discours de politique générale pourrait être prononcé « début octobre » devant les députés, selon Marine Tondelier. Mais le Premier ministre engagera-t-il la responsabilité de son gouvernement, pour l’heure introuvable ? Rien n’est moins sûr. « On n’a pas eu de réponses très claires », a déclaré la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, estimant que le Premier ministre « n’arrive pas à boucler son équation ». Donc « soit Sébastien Lecornu renverse la table, soit il sera renversé », a complété la cheffe de file des députés verts Cyrielle Chatelain.

    Le nouveau Premier ministre a ensuite reçu le Parti communiste, son secrétaire national Fabien Roussel et les présidents des groupes de l’Assemblée et du Sénat, Stéphane Peu et Cécile Cukierman qui ont mis sur la table la « taxation des plus riches » et « l’abrogation de la réforme des retraites ». Fabien Roussel sera l’invité de RTL ce jeudi matin à 7h40 pour détailler cette entrevue et réaffirmer que s’il le faut « nous appuierons sur le bouton de la censure ». Le porte-parole du PCF, Ian Brossat, a de son côté déclaré sur le plateau de BFMTV qu’il fallait « arrêter de faire semblant. la seule chose qui peut faire bouger le rapport de force, c’est la mobilisation sociale. du monde en grève, du monde dans les rues, il n’y a que ça qui fera craquer Macron et Lecornu ».

    Le locataire de Matignon a terminé la journée par Place publique de Raphaël Glucksmann. Ces entretiens se sont déroulés sous la pression du mouvement social à la veille de la journée de grèves et de manifestations.

    Le RN en embuscade

    Les premiers petits gestes de Sébastien Lecornu ont été jugés très insuffisants par les syndicats et les formations de gauche : retrait de la proposition de supprimer deux jours fériés, premier déplacement consacré à l’accès aux soins, et suppression, très symbolique, des derniers avantages « à vie » octroyés aux ex-Premiers ministres.

    Les socialistes comme les Écologistes ont aussi cité un sondage Ifop commandé par le PS montrant que les Français, quelles que soient leurs sensibilités, plébiscitent les mesures poussées par le PS. Parmi elles, la création d’une taxe de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, la fameuse taxe Zucman. Sébastien Lecornu s’est dit prêt à travailler sur la « justice fiscale », mais il veut faire « attention au patrimoine professionnel » visé par cette taxe. À ce titre, il est raccord avec le RN qui rejette lui aussi la taxe Zucman. Fidèle à son fonds de commerce, Marine Le Pen a dit en revanche se « réjouir » de tous ceux qui demandent un référendum sur l’immigration, comme le patron de la droite Bruno Retailleau, et « espérer » que Lecornu en parle. « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » écrivait le cardinal de Retz dans ses Mémoires. Une sentence que pourrait méditer le Premier ministre.

  • Bayrou renversé, Macron au pied du mur

    Bayrou renversé, Macron au pied du mur

    Le rideau est définitivement tombé sur François Bayrou à l’issue d’un dernier acte provoqué par lui-même, lundi 8 septembre, à l’Assemblée nationale. Une écrasante majorité de députés, 364 sur 558 suffrages exprimés, ont refusé de lui accorder la confiance, faisant, de facto, tomber le gouvernement. Ils ont été seulement 194 à voter « pour ». Comme le stipule la Constitution, François Bayrou doit remettre sa démission au président de la République, neuf mois à peine après sa nomination. Il le fera ce mardi. Dans un communiqué, l’Élysée précise qu’Emmanuel Macron « prend acte » du résultat et nommera un nouveau Premier ministre « dans les tout prochains jours. »

    En engageant sa responsabilité, François Bayrou savait qu’il allait à l’échec, ne disposant pas de majorité. « Cette épreuve de vérité, je l’ai voulue », a lancé, bravache, le maire de Pau avant d’enfourcher son dada : la dette. « La France n’a pas connu de budget à l’équilibre depuis 51 ans », a-t-il déclaré pour justifier son « plan pour aller vers le désendettement ». Une cure d’austérité budgétaire de 44 milliards d’euros pour 2026 qu’il avait révélée le 15 juillet. « Vous avez le pouvoir de faire tomber le gouvernement, mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel », a-t-il conclu, en guise d’oraison funèbre. Côté soutiens, Bayrou a reçu celui de son groupe, les Démocrates. Son président, Marc Fesneau, a fustigé les « déficito-spectiques ». Autre allié, le groupe Horizons et Indépendants, par la voix de Paul Christophe, a asséné sa potion amère, celle d’Édouard Philippe : « Nous devons dépenser moins et travailler plus ». Pour les macronistes, Gabriel Attal (Ensemble pour la République), a joué la carte du dialogue avec les socialistes, mais sans les nommer. « Je tends la main et je vous le demande, dialoguons » . Voilà pour les soutiens. Car du côté de la droite LR, pourtant au gouvernement avec Bruno Retailleau, contraint de quitter Beauvau, les votes se sont partagés. Bayrou n’a même pas réussi à faire le plein chez les députés du socle commun : 194 voix sur 210 potentielles. Un désaveu dans le désaveu. Quant à l’extrême droite RN et son supplétif, l’UDR d’Éric Ciotti, Marine Le Pen a martelé son obsession : la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce à quoi Macron se refuse, pour l’instant.

    Si les gauches ont été unies dans le vote « contre », les stratégies pour l’après Bayrou divergent fortement. Boris Vallaud (PS) a déclaré que « les socialistes sont prêts, avec la gauche et les écologistes, à gouverner ». Il se tourne vers les députés du socle commun : « Acceptez le désir de changement des Français. Comme socialistes, nous ne nous déroberons pas ». Pour les députés écologistes, Emmanuel Macron doit « nommer un premier ministre issu du Nouveau front populaire », la coalition des gauches arrivée en tête aux législatives anticipées en juin 2024. Mais la présidente du groupe, Cyrielle Châtelain, prévient : « Le dialogue, toujours, la compromission, jamais ». La présidente du groupe FI, Mathilde Panot, a été plus cinglante : « Tous ceux qui tenteront de sauver le soldat Macron tomberont ». Pour la députée insoumise, avec la chute de François Bayrou, « le mouvement du 10 septembre aura obtenu une victoire avant son commencement ».

    Le mouvement social ne peut, en effet, rester en marge. Stéphane Peu (PCF), rappelle que les Français « souhaitent que l’on change de politique ». Le président du groupe Gauche démocrate et républicaine estime ainsi majeurs les rendez-vous sociaux des 10 et 18 septembre, avec notamment une intersyndicale à nouveau unie pour la justice sociale. « L’écart entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi grand depuis 30 ans », a insisté le député, remettant au mitan un enjeu cardinal.

    « Les socialistes sont prêts, avec la gauche et les écologistes, à gouverner. Qu’il vienne nous chercher ! »