Tag: station d’épuration

  • Des kilos de plastique aux abords du lac de Serre-Ponçon

    Des kilos de plastique aux abords du lac de Serre-Ponçon

    « Avant, je ne me préoccupais pas du plastique que je voyais en me baladant », se souvient Jean-Paul Coulomb, bénévole à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Écrins-Embrunais. Mais il y a dix ans, alors qu’il venait observer les oiseaux dans la zone humide du Liou, lieu riche en biodiversité le long du lac de Serre-Ponçon, il trouve « un champ de déchets » et décide de les enlever. Depuis, le retraité organise régulièrement des ramassages, mobilisant parfois des dizaines de personnes. Avec à leur actif plus de 110 000 litres de déchets plastiques extraits du lac, depuis janvier 2017 : « De quoi ériger une colonne de 1 mètre carré de base et 110 mètres de haut, soit deux fois la hauteur de la cathédrale de Notre Dame de la Garde à Marseille, statue de la Bonne Mère comprise ! ».

    Depuis la zone du Liou, lieu de passage pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, « on se prend le vent plein pot », explique le retraité. Le lac ramène donc régulièrement des déchets plastiques, accrochés sur les centaines de bouts de bois portés par le courant. « Les vents et les courants les concentrent pour l’essentiel en amont du pont de Savines-le-Lac mais aussi, plus loin en aval en rive droite, jusqu’à l’anse du Riou Bourdou, sans oublier l’arrivée de l’Ubaye », explique la LPO. Il suffit de marcher quelques mètres à peine sur la berge et de fouiller le sol du bout de la chaussure pour observer des dizaines de morceaux de plastique en tout genre. « La plupart ne proviennent pas d’incivilités », note le bénévole. Pour comprendre la provenance de ces déchets, il faut plutôt se tourner vers d’anciennes décharges communales, implantées à proximité immédiate des cours d’eau dans les vallées. Quand des orages violents éclatent, les torrents emportent ces déchets, dont certains ont plusieurs décennies. « Une fois, j’ai trouvé une bouteille de lait dont l’année de péremption était 1978 », lance Jean-Paul Coulomb. Avec les années, il a l’œil : un instant lui suffit pour reconnaître l’origine d’un bout de plastique. Ici, un briquet, là une capsule de bouteille de gaz. Plus curieux, des dizaines de petits cylindres transparents sont visibles. « Il s’agit de biomédias, utilisés pour ceux-là par la station d’épuration d’Abriès, à plusieurs kilomètres d’ici, qui a fuité en avril 2025 ».

    Macro et microplastiques

    Au-delà de la pollution visuelle, c’est surtout les risques pour la santé humaine qui inquiètent les bénévoles de la LPO. « Les impacts sur le paysage et le tourisme, on s’en fiche presque. Ces macroplastiques se dégradent en microplastiques, explique Jean-Paul Coulomb. On en retrouve partout dans l’organisme humain. » Face à cette « bombe à retardement », les bénévoles regrettent que la puissance publique ne s’implique pas d’avantage.

    Agathe Di Lenardo

  • Fibre Excellence sous protection des salariés

    Fibre Excellence sous protection des salariés

    « Il y a une ouvrière avec nous, qui élève seule ses deux enfants et n’est plus en mesure de payer son loyer », explique Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT du site à un des administrateurs judiciaires, au téléphone. Ce dernier vient d’annoncer aux salariés qu’ils ne seront pas en mesure de payer leurs indemnités et qu’il leur faudra attendre le 5 octobre pour pouvoir prétendre à leurs droits au chômage.

    Un peu plus tôt dans la matinée, les salariés ont constaté que des ordinateurs étaient chargés dans les conteneurs, devant l’usine. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’est rendue sur le site. Elle a effectué une visite de l’usine avec une délégation de représentants syndicaux CGT et FO ainsi que des médias. Le constat est sans appel : « Là, le débit actuel est de 1,3 m3 par heure », précise Moukhtar Kadadi, technicien électricité, devant les graphiques sur les écrans. La délégation passe en revue les cuves encore pleines de liqueurs, les 18 000 tonnes de bois qui pourrissent dans le parc. « Avec un risque d’incendie énorme, car s’il pleut, les copeaux fermentent et ça devient très inflammable », souligne Nicolas, dont le grand-père, le père et l’oncle ont tous travaillé à l’usine. « Sans compter les 270 licenciements, c’est une catastrophe pour Tarascon et pour toute la région », déplore-t-il.

    Dans les locaux de la maintenance, les placards ont été éventrés et les ordinateurs ont disparu des bureaux. « C’est un véritable scandale, on est sur un cocktail Molotov et rien n’est fait en termes de sécurité. Ce sont des méthodes de voyous, s’indigne Sophie Binet. Notre colère est immense car cette catastrophe environnementale, économique et sociale était annoncée. Le gouvernement n’a rien anticipé. » Sur le site, Marc Pietrosino, secrétaire de l’UD CGT 13, considère : « Avec la ligne ferroviaire et le Rhône, ce site intéresse les groupes de logistique, mais dans ce cas on passe de 270 à 30 salariés. »

    L’usine occupée

    Alors que les six employés de Realtec s’activent à charger les conteneurs, la délégation revient devant les grilles. Sophie Binet s’adresse aux salariés et à leurs soutiens venus de Saint-Gaudens, de la CGT Énergie de Marseille, d’Istres et d’Avignon, leur assurant que le syndicat ne les lâchera pas : « L’État ne peut pas laisser les liquidateurs envoyer l’usine aux ferrailleurs, il faut racheter les actifs. Il y a un avenir industriel pour Tarascon. » Elle précisait, avant de rejoindre Arles : « Le liquidateur leur annonce qu’ils ne seront pas payés en septembre car il n’en a plus les moyens. Ils sont sans salaires, sans chômage. Comment vont-ils payer la rentrée de leurs enfants ? C’est une honte de les traiter comme des kleenex ! »

    « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », interroge un des ouvriers. Réunis sur le parking, les syndicats CGT et FO et les salariés font le point. Jean-Michel Bulinge résumait ainsi la situation : « Ils se font du pognon sur notre dos et ne nous paient pas ! Soit on reprend l’outil, soit on laisse faire. » Vers 16h, une quinzaine sont entrés dans l’usine sans intervention de la police. Ils ont remis en sécurité le site alors que les employés de Realtec avaient déclenché l’alarme incendie. Et ils comptent bien le protéger.

  • [Maj] Fibre Excellence : après des incidents à Tarascon, le préfet exige le redémarrage de la station d’épuration

    [Maj] Fibre Excellence : après des incidents à Tarascon, le préfet exige le redémarrage de la station d’épuration

    Un arrêté pris en urgence ce jeudi 3 septembre par le préfet de région, Jacques Witkowski, exige le redémarrage de la pomperie au Rhône et de la station d’épuration sur le site de l’usine à papier SAS Fibre Excellence Provence de Tarascon. Liquidée en juillet par le tribunal de commerce de Toulouse, elle a été placée sous la responsabilité de liquidateurs judiciaires.

    Ces derniers ont obligation de veille à la mise en sécurité des installations sur le site. La CGT Fibre Excellence et l’UD CGT dénonçaient depuis plusieurs jours des risques importants pour l’environnement et d’incendie si toutes les mesures n’étaient pas respectées dans le process de mise à l’arrêt. Un document interne au site stipule que la présence de 34 personnes sur six mois serait requise pour une mise en sécurité du site. Leur proposition a été refusée par le mandataire judiciaire qui a préféré mettre une équipe mixte de neuf personnes en place.

    Ce mercredi 2 septembre, trois incidents se sont produits sur le site suite aux coupures opérées dans le réseau électrique par mesure d’économie et également imputables à des erreurs de manipulation. Une inspection menée sur le site le 2 septembre a fait le constat que « l’ensemble des substances, produits et déchets constatés lors de l’inspection du 31 août est encore présent ». Le site dispose d’une pomperie qui alimente grâce à l’eau du Rhône un système de défense incendie. Or, « il a été constaté que la SAS Egide, a procédé à l’arrêt de la pomperie et a été en incapacité de répondre sur les délais nécessaires à un redémarrage ».

    CQFD

    L’arrêt de la station d’épuration a également fait l’objet d’un constat par les inspecteurs. Or cette station intervient en traitement ultime avant rejet au Rhône. Le 1er septembre, un incident dont l’information n’a été communiquée à l’inspection des installations classées que le 2 septembre, souligne l’arrêté, était consécutif à la manœuvre d’une vanne de vidange et a conduit à l’écoulement de 50 m3 de liqueur noire dans une zone de rétention. « Cet incident montre qu’un incident de type déversement est susceptible de se produire sur le site » conviennent les inspecteurs.

    Dans son arrêté pris ce 3 septembre, le préfet confirme donc que les alertes des salariés meilleurs experts dans leur domaine étaient justifiées et considère après inspection que « cette situation constitue un manquement aux obligations réglementaires ». Il met en conséquence en demeure le liquidateur de « procéder immédiatement au redémarrage de la pomperie alimentant les hydratants du site (poteaux incendie, sprinkler, couronne d’arrosage) », ainsi que de la station d’épuration qui ne pourront « être arrêtés que sur demande justifiée et motivée et après accord explicite de l’inspection des installations classées ». Une information quotidienne des opérations réalisées le jour même et celles prévues le lendemain est aussi exigée. Le liquidateur n’a pas non plus « apporté de garanties sur sa capacité financière à évacuer les produits présents ».

  • Haribo pollue les eaux de Marseille

    Haribo pollue les eaux de Marseille

    Y a-t-il trop de Haribo dans les eaux usées de Marseille ? Tandis que les salariés du site de production des Arnavaux (14e arr.) ont entamé vendredi leur 7e semaine de grève pour de meilleurs salaires (notre édition du 07/08) et ont manifesté ce lundi à l’entrée du magasin de l’enseigne à Plan-de-Campagne, les rejets du confiseur allemand dans l’assainissement collectif marseillais sont eux dans le viseur des services de l’État. Le 10 juillet dernier, le préfet de région Jacques Witkowski a en effet mis en demeure l’entreprise de respecter dans un délai de deux semaines les valeurs limites imposées pour rejeter les eaux industrielles dans les égouts de la ville, sous peine d’une amende administrative pouvant s’élever jusqu’à 45 000 euros. S’y ajoute la prescription de réaliser une nouvelle étude ainsi que des travaux de mise en conformité de ses installations de traitement, d’ici à la mi-avril 2027.

    L’entreprise a été épinglée à l’occasion d’une inspection menée le 4 mai dernier sur le site du boulevard du Capitaine-Gèze. « À l’issue de la visite, il est constaté que les effluents aqueux du site sont régulièrement non conformes aux valeurs limites autorisées », alertent les fonctionnaires dans le rapport publié trois semaines plus tard, que La Marseillaise a pu consulter.

    Lors de l’inspection, l’industriel assurait pourtant que les eaux non conformes, et notamment celles issues du lavage des machines contenant amidon, sirops et colorants, sont stockées à part pour être traitées à l’extérieur, et que seules les eaux conformes étaient orientées vers la station d’épuration de la ville après un premier traitement. Mais selon les résultats des analyses réalisées par le confiseur lui-même, sur un an, la valeur maximale des matières solides en suspension dans les eaux rejetées dans les égouts a été dépassée sur onze semaines, dont cinq semaines avec le double de la valeur limite d’émission. Idem pour la demande chimique en oxygène, qui permet de mesurer la pollution organique : pour le seul début du mois de mars 2025, les valeurs limites quotidiennes ont été dépassées à onze reprises. « Le prétraitement mis en place et le tri avant rejet en station d’épuration ne sont pas efficaces ou insuffisants », cingle le rapport d’inspection.

    Pas d’analyse

    des micro-polluants

    Le constat est d’autant plus sévère que les analyses produites par le fabricant de bonbons sont insuffisantes pour les services de l’État. « L’inspection a constaté l’absence d’autosurveillance périodique portant sur les micropolluants et substances dangereuses dans les rejets aqueux », écrivent les agents, qui pointent aussi l’absence de mesures des émissions totales de phosphores et d’azote dans les réseaux d’assainissement.

    Surtout, ils ont constaté sur place que l’une des deux stations d’épurations « Pollux » présentes sur le site, qui devait traiter les eaux de lavage des machines, avait été supprimée, sans même que la préfecture n’en soit informée. « L’eau de lavage des machines, avec des morceaux de gélatine, des colorants, devait partir par citernes quand il y avait trop d’impuretés, parce qu’ils n’arrivaient pas à la retraiter, explique-t-on du côté de la CGT du site. Alors ils ont préféré installer des bacs de rétention d’eau avec des électrovannes pour les envoyer à des sociétés qui retraitent les eaux, cela revient moins cher pour l’entreprise. » Avec ce nouveau système, seules les eaux de nettoyage des sols devaient être traitées pour être rejetées dans les égouts. « Nous ne reversons plus la gélatine dans “Pollux” normalement, poursuit-on au sein du syndicat. Mais parfois, cela arrive encore, parce que le bac de rétention d’eau est plein… »

    Alors la préfecture a haussé le ton, et ordonnait ce 10 juillet à l’entreprise de respecter ses valeurs limites d’émission des eaux usées dans le réseau d’assainissement dans un délai de deux semaines, de réaliser des analyses des substances dangereuses dans un délai d’un mois, de réaliser les travaux de mise en conformité dans un délai maximal de neuf mois, après publication d’un rapport d’étude sur les causes des pollutions. Quant à l’industriel, sollicité, il n’a pas donné suite.

  • À Montpellier, du biogaz produit à partir des eaux usées

    À Montpellier, du biogaz produit à partir des eaux usées

    Nouvelle étape franchie dans le projet de modernisation de la station d’épuration Maera, à Lattes. Le 4 juin, a été mise en service une unité de production de gaz vert, du biométhane. Concrètement, la méthanisation des déchets alimentaires, des fumiers ou des boues de la station d’épuration permettra de créer du biogaz, qui sera directement injecté dans les réseaux de GRDF. Ainsi, 9 000 logements pourront être alimentés en gaz à l’année, ou 3 000 logements en eau chaude et en chauffage ou encore 124 bus du réseau de la TAM. Une manière de lutter contre le dérèglement climatique, le biogaz étant une énergie renouvelable, contrairement aux énergies fossiles comme le gaz issu des hydrocarbures. La Métropole dirigée par le socialiste Michaël Delafosse ambitionne de tripler sa production de biogaz d’ici 2029, passant de 10 GWh à 32 GWh.

    Car cette mise en service s’inscrit dans un vaste projet de modernisation de la station d’épuration. « C’est un chantier représentant 165 millions d’euros, le plus grand de la métropole depuis que la ligne 5 de tramway est terminée. Dans ce cadre-là, il y a tout un ensemble d’opérations qui ont été faites. On a augmenté le volume d’équivalent de traitement pour l’assainissement, mais aussi il y a plusieurs choses qui ont été faites sur les capacités en termes de production d’énergie. On va donc avoir trois types de production d’énergie. La production de création de gaz et d’injection de gaz. Bientôt, on aura une unité de valorisation énergétique des boues qui va permettre de produire de l’énergie et en plus, on aura tout un tas d’installations photovoltaïques. Là on est à la première phase de la réinjection de gaz à travers la production de méthane », détaille Manu Reynaud, élu à la Métropole et président de la Régie des eaux de Montpellier Méditerranée Métropole. Ainsi, en 2028, près de 10% du gaz consommé sur la métropole sera d’origine renouvelable et produit localement.

    Maera, une station

    à énergie positive

    Une manière, pour la collectivité, d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, dans le cadre de son Plan climat air énergie territorial et solidaire (PCAETs) et de faire de Maera, une « station à énergie positive ». Comprendre : la station produira plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Pour ce faire, une seconde tranche d’injection de biogaz sera mise en service. La future UVE (unité de valorisation énergétique) – qui pourra générer jusqu’à 24 GWh – et la pose des futurs panneaux photovoltaïques permettront aussi d’atteindre cet objectif. « Les boues restantes des eaux usées seront traitées au sein de cette future UVE pour nous aider à produire de la chaleur. Il restera de ce traitement thermique des cendres qui seront valorisées », précise Laurence Burgaud, directrice déléguée de la Régie des eaux de la métropole. Ainsi, Maera devrait produire deux fois plus d’énergie qu’elle en consomme.

    En ligne de mire également, la souveraineté énergétique, dans un contexte de chaos sur la scène internationale. En se répercutant sur le prix de l’énergie, les conséquences des guerres mettent en évidence la dépendance de l’Hexagone à l’égard de certains pays, notamment la Russie ou l’Algérie. « Cette question est essentielle pour toutes nos politiques publiques. On essaie de trouver toutes les technologies qu’on peut avoir sur nos différentes productions qui sont intégrées au PCAETs », soutient Manu Reynaud.

    Un objectif que la métropole tente d’atteindre grâce à Maera mais aussi par le triplement des réseaux de chaleur existant sur son territoire, notamment via la construction de chaufferies bois mais aussi par la géothermie, la réutilisation de la chaleur des eaux usées à Beausoleil ou celle issue des datacentres à Eureka. D’ici quatre ans, pas moins de 45 000 foyers seront raccordés aux réseaux de chaleur. Autant d’actions montrant que Montpellier veut prendre le train de la transition énergétique.

  • Une unité mobile de production d’eau réutilisable testée dans la métropole

    Une unité mobile de production d’eau réutilisable testée dans la métropole

    Comment limiter les prélèvements d’eau douce naturelle grâce à l’utilisation d’eau recyclée multi-usage ? C’est la question à laquelle s’attelle le projet « Life Rewa », porté par la Régie des eaux de la Métropole de Montpellier en partenariat avec l’Université de Montpellier-Institut européen des membranes et DV2E, un bureau d’étude spécialisé dans la réutilisation des eaux usées traitées.

    Financé par l’Europe suite à un appel à projets victorieux mais aussi par la Région Occitanie et l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée et Corse, ce projet précurseur en France a pour objectif de mettre à disposition une nouvelle ressource : de l’eau recyclée produite à partir d’eaux usées traitées par les stations d’épuration. Avec ses treize stations, la métropole montpelliéraine rejette environ 32 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées chaque année dans la mer et les cours d’eau, dont seul 0,01% sont actuellement réutilisés…

    La collectivité a donc eu l’idée de construire une unité mobile produisant de l’eau recyclée de différentes qualités, adaptée à une grande diversité d’usages : nettoyage des espaces publics, hydrocurage des réseaux, lutte contre les incendies, arrosage des espaces verts ou encore irrigation agricole. « Dans un container transporté sur un camion, la société Chemdoc Water Technologies a conçu un dispositif de traitement qui permet de prendre les eaux usées en sortie de station d’épuration et de les traiter à un niveau plus poussé », explique Laurence Burgaud, directrice adjointe à la Régie des eaux de la Métropole de Montpellier.

    Objectif : 110 000 m3 d’eau produits sur un an

    « Ce container contient un ensemble de technologies embarquées qui sont des technologies de membranes, d’osmose, de désinfection… complémentaires au traitement existant dans les stations d’épuration et qui permettent de faire plusieurs qualités d’eau », poursuit-elle. Cette eau est ensuite stockée dans des bâches afin d’être réutilisée pour des usages ciblés. « Une qualité A ou A+ pourra être utilisée pour le nettoyage des rues et la défense incendie. Une eau de qualité B, un peu moins bonne, pourra servir pour des espaces verts », illustre Laurence Burgaud. Les agriculteurs pourront eux aussi bénéficier de cette eau, dans le cadre d’une convention d’usage signée avec la collectivité.

    5 stations d’épuration de la métropole ont été choisies pour tester ce dispositif : Lattes, Fabrègues, Cournonterral, Villeneuve-lès-Maguelone et Saint-Georges-d’Orques. Des bornes spécifiques y ont été installées, permettant aux bénéficiaires (services communaux, pompiers, agriculteurs…) de se connecter avec un badge et de remplir leur camion-citerne. La collectivité s’est fixé l’objectif de produire 110 000 m³ sur un an. Mais pour l’heure, le dispositif est encore en phase de rodage. « On a eu énormément de mal -2 ans- à avoir les autorisations administratives de la préfecture nous autorisant à utiliser cette eau. On nous a imposés 6 mois d’essai sans distribution, afin de s’assurer que la qualité de l’eau sera au rendez-vous et ne générera aucun risque pour les utilisateurs. La distribution commencera donc à la fin de l’année », indique la directrice adjointe de la Régie des eaux.

    Au terme de l’expérimentation, prévue pour durer deux ans (jusqu’à fin 2028), le dispositif ne pourra être pérennisé que sur deux stations. En effet, « l’eau qui sort des stations d’épuration sert au soutien d’étiage des cours d’eau en été et aujourd’hui, la doctrine départementale est de dire que les rivières ont besoin de cette eau. L’objectif est donc de ne pas la détourner pour des usages quels qu’ils soient. Ce dispositif ne pourra donc être maintenu que sur des stations littorales, où l’eau est rejetée dans la mer, à savoir Villeneuve-lès-Maguelone et Maera », explique Laurence Burgaud. Ce projet « alimentera également des publications de la recherche et développement et permettra une amélioration de la connaissance sur les effets du stockage sur la qualité de l’eau réutilisable ».

  • Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Pour l’heure, l’étude, dont les premiers résultats ont été présentés début février 2026, n’est pas encore rendue publique et reste dans les tiroirs des élus de la communauté de communes de Terre de Camargue. Lancée sous la présidence de Robert Crauste, elle doit désormais être analysée par les nouveaux élus de la communauté de communes.

    Car avec la défaite de Robert Crauste (DVC) battu par Charly Crespe (DVD) aux dernières élections municipales au Grau-du-Roi, l’intercommunalité, composée également d’Aigues-Mortes et de Saint-Laurent-d’Aigouze, a vu son conseil renouvelé. C’est le maire de cette dernière, Thierry Féline (DVD), jusqu’ici en charge du développement économique, qui a récupéré la présidence et devra prochainement se prononcer sur les investissements à réaliser pour une gestion durable de l’eau.

    Comme un peu partout en Occitanie, la ressource en eau se raréfie en Terre de Camargue sous l’effet du dérèglement climatique. Au-delà des questions agricoles et de la préservation des milieux naturels, ce sont les enjeux d’approvisionnement en eau liés à l’afflux touristique qui sont étudiés. En effet, la population du Grau-du-Roi est multipliée par 14 durant la période estivale, passant de 8 500 habitants l’hiver à 120 000 l’été. Pour répondre à ces besoins, la collectivité assure l’ensemble du cycle de l’eau : alimentation en eau potable, assainissement collectif et non collectif, collecte des eaux pluviales et protection des milieux aquatiques.

    C’est donc dans ce contexte que la communauté de communes a lancé une étude pilotée par le bureau d’études Ecofilae associé à BRL Ingénierie afin de mener un projet de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Ce projet n’est d’ailleurs pas nouveau : les communes du territoire réfléchissent à la manière de réutiliser les eaux usées depuis 2007.

    Résultats encourageants

    Cette étude s’appuie donc sur la station d’épuration
    intercommunale du Grau-du-Roi, capable de traiter l’équivalent de 100 000 habitants. Aujourd’hui, elle rejette ses eaux traitées vers des lagunes avant leur arrivée en milieu naturel. Si l’étude dresse un bilan des usages actuels, domestiques et agricoles, elle identifie aussi des scénarios possibles de réutilisation des eaux usées traitées en sortie de station.

    Les résultats, jugés comme un « potentiel intéressant », dessinent un scénario où il serait possible de réutiliser 200 000 m³ d’eau par an pour l’irrigation agricole. Jusqu’à un million de m³ est même envisagé pour des usages plus larges, dont potentiellement des usages liés à l’eau potable. Cela représente ainsi près de 30% de la consommation en eau du territoire. « Ce serait alors une première en France si ce scénario était poursuivi », souligne l’étude. La station graulenne pourrait ainsi réutiliser jusqu’à 40% de l’eau qu’elle traite (2,5 millions de m³). Une prouesse d’autant plus prometteuse que l’un des facteurs locaux à prendre en compte reste la salinité de l’eau, qui demande un traitement différent.

    Si les coûts d’un tel projet n’ont pas encore été dévoilés – ce qui devrait être déterminant dans la décision pour engager des investissements -l’intercommunalité confirme que cette étude « permet de juger des opportunités, des contraintes techniques, des coûts et des bénéfices d’une telle stratégie » afin « d’anticiper et de préparer des solutions robustes face à des tensions sur la ressource, tout en respectant les équilibres environnementaux et les usages locaux ».