Difficile de rentrer dans l’eau à la base nautique de Corbières, mercredi matin. Qu’à cela ne tienne, le maître-nageur Adem Boukhedimi encourage les petits port-de-boucains pour leur troisième journée de stage d’apprentissage de la nage avec l’association Le grand bleu. « Allez on se motive, on met le ventre, puis la tête à l’eau ! » commande-t-il. La réponse est timide, « c’est un peu mou » se dit-il. Alors il se jette à l’eau et envoie de grosses vagues à l’aide de ses bras sur les enfants, qui en rient.
« Ils sont encore dans leur cocon, il faut les réveiller dès le début », explique le maître-nageur, « si je suis mou, le cours sera mou. C’est très important l’animation, pour donner un côté ludique et faire aimer le fait d’avoir la tête dans l’eau » détaille-t-il. Pour cela, ce dernier leur fait jouer à cache-cache ou faire des bulles.
Ces enfants sont embarqués à la plage de Corbières pendant une semaine par les centres sociaux Fabien-Menot et Lucia-Tichadou, situés en quartiers prioritaires, ainsi que l’Association pour la jeunesse, l’éducation et le sport (Ajes) pour apprendre la nage. « On est entouré par la mer à Port-de-Bouc, les enfants adorent l’eau mais beaucoup ne savent pas nager », fait remarquer Nadia Djebar, animatrice de l’Ajes. Sans piscine en ville, celle de Fos en travaux, l’accès est compliqué. « Les cours de natation coûtent cher, 250 euros par enfant à l’année et le travail ne laisse pas toujours le temps de les emmener », poursuit l’animatrice. Le stage est quant à lui compris dans l’adhésion des enfants aux centres sociaux.
Malak, jeune de 11 ans du centre Menot sur la Presqu’île, estime qu’elle sait déjà nager, « c’est mon frère qui m’a appris » avance-t-elle, mais « pas à la perfection ». à la fin de la semaine, elle devra passer l’examen savoir-nager du ministère des Sports comme la cinquantaine de minots embarqués à Corbières. « C’est important d’apprendre à nager car comme ça, on se fait pas moquer de pas savoir », estime Malak, et « si on est dans un bateau et qu’on tombe, au moins on va pas se noyer », complète celle qui va d’ailleurs deux fois par semaine à la plage, aux Aigues Douces.
Les éventuels recalés seront repêchés en septembre. « On ne va pas les perdre après avoir fait une semaine », dans l’eau, assure Brahim Timricht, fondateur de l’association. Mais il ne s’agit pas juste de réussir un examen. « Après la nage, on propose le sauvetage côtier. C’est pour nous la prolongation de la natation : une fois que t’as appris à nager t’apprends à sauver ». Le grand bleu revendique apprendre la nage à 2 500 enfants chaque année.
