Tag: So Good Festival

  • Pour la glaciologue Heïdi Sevestre, l’espoir comme force d’action

    Pour la glaciologue Heïdi Sevestre, l’espoir comme force d’action

    Elle passe sa vie là où le monde se transforme le plus vite. Entre le Groenland, l’Antarctique et les glaciers tropicaux, la glaciologue Heïdi Sevestre observe la disparition accélérée de paysages que l’on croyait immuables.

    Exploratrice, autrice, conférencière et membre du Conseil de l’Arctique, elle partage son temps entre expéditions scientifiques et sensibilisation du grand public. En janvier, elle a achevé une traversée de 80 jours de l’Antarctique en ski-kite. « J’ai cette grande chance de vivre mon rêve, de partir étudier les glaciers », raconte-t-elle.

    Son métier consiste à étudier ces géants de glace et comprendre les conséquences de leur disparition. Le constat est alarmant mais elle refuse tout fatalisme. « J’essaie de nous rapprocher des glaciers et montrer qu’il n’est pas trop tard pour les sauver. » Des glaciers racontent l’histoire d’une planète qui change à une vitesse inédite. « S’ils pouvaient parler, ils seraient certainement tous en train de hurler. La situation est apocalyptique. »

    Une réalité qui dépasse les régions polaires, rappelle-t-elle : « Notre civilisation, notre agriculture, notre économie, tout s’est construit sur une planète où il y a toujours eu de la glace ».

    Bonnes décisions

    Samedi à Marseille, au So good MAIF Festival, elle animera la conférence « Pourquoi je continue d’espérer ? Regarder le monde en face, sans renoncer à l’espoir ». Son intitulé résume sa philosophie : la réalité est brutale mais l’action reste possible.

    Loin des graphiques et des courbes, certaines images bousculent la Savoyarde, comme la fonte de la mer de Glace à Chamonix. « Ça brise le cœur. On a tous grandi avec l’image des glaciers et des neiges éternelles. Ces paysages qui changent, c’est une partie de notre âme qui s’efface.» Même constat au Spitzberg, où elle séjourne plusieurs mois par an. En 40 ans, la température moyenne en hiver s’est élevée de 8 degrés. « Voir ce royaume de glace fondre si vite est terrifiant », concède-t-elle.

    Pour autant, son intervention ne se veut pas un catalogue de mauvaises nouvelles. « La science est une boîte à outils qui nous permet de prendre les bonnes décisions », insiste-t-elle plaidant pour « une science qui ne soit pas élitiste » et « une éducation accessible à tous ». Convaincue que le changement naîtra aussi des territoires, elle met en avant le travail de chercheurs marseillais sur l’adaptation aux canicules, et plaide pour une meilleure diffusion du savoir scientifique.

    Son message est simple : chacun peut agir, s’informer, participer au débat public et faire entendre sa voix. La présidentielle, est l’occasion d’inviter chacun à étudier les programmes et interpeller les candidats, car voter reste le moyen le plus concret d’influer sur les choix collectifs et les politiques climatiques, énergétiques et sanitaires.

    Au-delà de l’urgence, Heïdi Sevestre veut transmettre surtout une conviction : s’engager rend heureux. « On kiffe d’être dans l’action », sourit-elle en regardant la jeunesse. Une façon de rappeler que l’espoir reste une force de transformation.

    Camélia Jordana en tête d’affiche

    La glaciologue Heïdi Sevestre sera l’un des invitées de la 4e édition du So good MAIF Festival qui pose cette année ses valises à Marseille, samedi 26 septembre, du côté de la Plateforme (13002). Conférences, humour, ateliers et rencontres rythmeront l’après-midi autour du thème « Faire de l’espoir un espace commun ». En soirée, place aux concerts avec Camélia Jordana, mais aussi Danyl, Joha Wallas et le collectif marseillais Twerkistan.

  • « La scène est une tribune super puissante »

    « La scène est une tribune super puissante »

    La Marseillaise : Vous avez démarré l’aventure Terrenoire en 2017. Depuis, un EP, deux albums et une Victoire de la Musique de la révélation masculine de l’année en 2022. Comment expliquez-vous ce succès ?

    Terrenoire : Le fait qu’on travaille entre frères, permet d’avancer avec plus de sérénité. Le déplacement de Saint-Étienne vers Paris nous a aussi permis de nous professionnaliser, de nouer des accroches avec l’industrie musicale. Et puis on voulait que ça marche, vivre de notre métier. On a gravi les échelons petit à petit, pris du plaisir à travers ce travail, en se disant que la musique est un métier d’artisanat, et qu’il fallait travailler le geste, la structuration, l’entourage, tout ce qu’il y a autour, au même titre que la musique elle-même.

    Votre musique, à la croisée des chemins entre la pop, l’électro, la variété et la musique urbaine, est assez inclassable. Comment la définiriez-vous ?

    Terrenoire : En 7 ans c’est une question à laquelle on n’a pas encore répondu ! Ce qui est sûr, c’est qu’on fait des chansons, puisqu’on a du texte et de la mélodie. Il y a plein de références aux musiques de film, instrumentales, des musiques très impressionnistes que Théo [qui s’occupe de la production, Raphaël du chant, Ndlr] va apporter avec sa sensibilité. On a des influences variées, parmi lesquelles Frank Ocean, Blood Orange… On a des textes un peu bizarres mais on aime que ce soit assez percutant, concret, que ça s’adresse directement à l’oreille. Il y a un lien entre cet aspect très concret, immédiat, et à la fois une sophistication artistique qui fait qu’on passe beaucoup de temps en studio. On essaye d’être accessible en gardant du mystère.

    Après l’EP « Terrenoire » en 2018, l’album « Les Forces contraires » en 2020, vous avez sorti votre troisième album, « Protégé.e », en 2025. Qu’avez-vous voulu évoquer avec cet album ?

    Terrenoire : C’est un album qui se veut préoccupé par l’état du monde. C’est un peu un sismographe : prendre le pouls de l’époque, sentir ce qui était là quand on l’a écrit, ce qui allait advenir politiquement, sociétalement et intimement. De nouvelles choses changent l’état du monde tous les trois mois. L’idée était d’avoir un album qui ait des sortes d’antennes pour sentir cela. Le titre évoque l’idée de protéger, que la musique protège. Et à la fois, sentir qu’il y a un autre type de protection, comme si les nations se refermaient sur elles-mêmes. Il y a un jeu d’ambivalence dans ce titre. On a essayé d’y mettre plein de choses différentes : de la joie, de la légèreté, du souci… C’est à travers cette tension qu’on fabrique nos chansons.

    Il y a des morceaux à la tonalité politique assumée, tels que « Le fou dans la voiture », qui parle des dérives droitières du président Macron. Vous avez aussi entonné des chants antifascistes lors de plusieurs concerts. Cet engagement a-t-il toujours fait partie de votre œuvre ?

    Terrenoire : Les chants, ce sont les gens qui les font naturellement. C’est la magie des réseaux sociaux, sur lesquels ils ont vu que ces chants avaient été entonnés lors d’un de nos concerts à Paris. Ils deviennent des moyens de se donner de la force, de rester concernés par ces choses qui nous inquiètent. Sur notre premier EP, il y avait un titre qui s’appelait Allons là-bas, qui traitait d’une sorte d’impuissance masculine, et qui se dirigeait vers Bachar Al-Assad. C’était plus à distance par rapport au Fou dans la voiture. On a pris ce tournant par rapport au sentiment d’urgence. L’accélération des idées xénophobes s’observe à travers le monde. On revient à des temps qu’on pensait derrière nous. Dire clairement les choses, c’est une manière de se relier aux gens, de leur dire qu’ils ne sont pas seuls à penser ça. Qu’on ne va pas avoir peur. La scène a ce pouvoir-là, c’est une tribune super puissante. Ça nous permet de sortir de cette neutralité dans laquelle on met les artistes, qu’on trouve très étrange, et de se rapprocher d’autres artistes, car on a besoin de ces réseaux de solidarité.

    Pour la tournée de ce dernier album, vous réalisez des médiations culturelles avec les populations locales. En quoi cela consiste ?

    Terrenoire : L’idée était de casser le sens de la tournée qui s’est industrialisée et fait partie d’un business. On le fait car c’était difficile de se connecter au public, de profiter de la richesse immense que peut être le voyage. Cette idée de médiation culturelle vient d’ici : rencontrer les gens, mettre en valeur la singularité d’un territoire. On le fait à travers des exercices d’écriture, de la chorale… On arrive en début de semaine, on travaille avec les écoles, les centres sociaux, les seniors, pour créer des choses ensemble. Et le jour du concert, on fait une restitution sur scène avec les participants. On ne pourra pas reproduire l’expérience à Marseille cette année, mais c’est ici, au festival « Avec le Temps », que l’artiste Fred Nevché nous y a initiés l’année dernière. On avait monté un spectacle avec des enfants d’une école primaire du quartier de la Busserine.

    Justement, que représente pour vous cette ville de Marseille ?

    Terrenoire : C’est assez similaire à Saint-Étienne. Le foot y est la religion. Ce sont des villes populaires avec beaucoup d’immigration, un sens commun de l’hospitalité. On y a passé beaucoup de temps, on la connaît bien, on y a beaucoup d’amis et on s’y sent bien. C’est une ville singulière, véritable, ce n’est pas Paris ! Ça fait du bien d’y aller, ça va être un super concert.