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  • Fibre Excellence, la fermeture sous tension d’un site Seveso

    Fibre Excellence, la fermeture sous tension d’un site Seveso

    « Ce sont 11 000 m3 de produits dangereux qui se déverseront dans le Rhône si on coupe l’électricité comme l’a envisagé le mandataire ». C’est, au bas mot et résumé par François Batista, responsable UD CGT 13, ce qui inquiète les salariés alarmés par la fermeture précipitée du site.

    Ce vendredi à 23h, leur contrat de travail prend fin. Dans la matinée, le mandataire, qui balaie d’un revers les alertes des travailleurs de l’usine à papier de Tarascon, avait missionné des techniciens pour couper l’électricité conformément à ce qu’il avait annoncé la veille. Il estimait être « sur une simple mise en sécurité du site » avec « une coupure maîtrisée » et quatre personnes pour veiller à la sécurité d’un site de 45 hectares où sont encore stockées des tonnes de produits chimiques dangereux.

    Les CRS en stand-by

    Un document interne que La Marseillaise a pu consulter, indique que la situation est beaucoup plus complexe : « une vidange des capacités en six mois exige 5 personnes et durant les six mois, il faut l’effectif pour garantir la protection de ce site Seveso, sans compter les congés : 34 personnes ». Car, précise Jean-Michel Bulinge, DS CGT Fibre Excellence, « les bacs de liqueurs sont pleins alors que le mandataire avait avancé qu’elles étaient figées, cristallisées », dans les cuves. « La Dreal a pu le constater avec nous ce soir ». Une visite de l’usine permet en effet de comprendre le process de fabrication de la pâte à papier.

    Des tas de copeaux sont massés au sol. « C’est très inflammable, on a déjà eu 4 incendies en 18 ans », se souvient Jhonatan, opérateur au parc à bois. Au-dessus d’une cuve à liqueur un panneau avertit « atmosphère explosive ». Frédéric, autre « castor » du site et par ailleurs pompier volontaire, assure devant un autre silo : « L’eau qu’on pompe du Rhône est plus sale que celle qu’on rejette, mais si les pompes sont désactivées, la fosse se remplit et il n’y aura plus de traitement des eaux. Et je suis doublement inquiet car en cas d’incendie, si on essaie d’éteindre certains produits chimiques avec de l’eau on peut aggraver la situation ». Plus loin, Julien, responsable opérationnel, ouvre la vanne d’un autre gigantesque bac à liqueur blanche au pied de la grande chaudière surnommée « la cocotte-minute ». Et un flot de liquide s’écoule. Sur le site, les salariés tiennent bon et demandent « le maintien de l’activité industrielle, tout en garantissant la sécurité des populations, la protection de l’environnement ». Vendredi, l’administrateur n’était pas sur place. Les forces de l’ordre se tenaient prêtes à évacuer l’usine en fin de journée. Mais « après le constat de la Dreal, rien ne bouge, a indiqué Jean-Michel Bulinge, surtout pas nous ».

  • Fibre Excellence à la croisée des chemins

    Fibre Excellence à la croisée des chemins

    La date fatidique du 28 août se rapproche pour les ex-salariés du site Fibre Excellence de Tarascon et la situation commence à se tendre sensiblement.

    Alors que c’est ce vendredi que l’usine de pâte à papier doit définitivement fermer ses portes, après sa liquidation judiciaire le mois dernier, les travailleurs du site occupent toujours leur ancien lieu de travail. Et ce mercredi, ils se sont même opposés à la venue d’une entreprise de maintenance industrielle qui doit prendre en charge la transition post-fermeture. « La présence de cette entreprise ne répond ni aux besoins ni à la mise en sécurité du site. On ne les laisse pas rentrer ! », dénonce Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT dans l’après-midi. Rappelons qu’après la liquidation du site, les salariés avaient été rappelés à leurs postes pour assurer la sécurité de l’usine classée Seveso alors qu’ils recevaient leurs lettres de licenciement. Ils avaient tiré la sonnette d’alarme sur un risque industriel réel lié à cette transition (lire notre article du 24 août). « Les effectifs prévus par le manutentionnaire ne correspondent pas aux besoins de sécurité. Il n’est pas capable de maintenir les installations en état », développe le syndicaliste. De quoi provoquer un coup de chaud sur le pays d’Arles avec des tensions entre salariés et nouveaux venus. Le tout, piloté par un mandataire judiciaire qui a en main le site depuis sa liquidation. « La situation est tendue, le mandataire judiciaire a menacé de se retirer et de laisser à l’abandon le site ! On lui dit chiche, allons-y, la balle sera dans le camp du préfet ! Et on ne laissera pas un site Seveso rempli de produits chimiques à l’abandon », relate Jean-Michel Bulinge. La CGT entend d’ailleurs interpeller la préfecture des Bouches-du-Rhône une nouvelle fois sur la situation « dans les deux jours à venir ».

    Si c’est la sécurité du site à l’instant T qui préoccupe ses anciens salariés, c’est bien l’avenir du site qui en dépend. « Selon ce qui va être fait, ou pas, les installations pourraient être dégradées. Alors que les salariés font toujours tout tourner », rappelle le délégué syndical. D’où le combat actuel pour les préserver.

    Plusieurs scénarios possibles

    Car même liquidé, l’usine ne restera pas en l’état et une reprise du site est toujours possible : « C’est le mandataire judiciaire qui a la main, il peut vendre le site au plus offrant ». En clair, plusieurs scénarios sont sur la table : « Un repreneur peut toujours acheter le foncier et en faire ce qu’il veut… Il peut reprendre les salariés, créer une activité différente. Dans le pire des scénarios, on se retrouve avec un ferrailleur qui va démanteler et revendre au poids de la ferraille », développe Jean-Michel Bulinge.

    Ce débat sur l’avenir du site a justement fait l’objet d’une longue communication de la Région Sud, ce mardi. « Depuis la décision de liquidation, la priorité de la Région est de transformer cette crise industrielle en opportunité de réindustrialisation, tout en protégeant les salariés et l’ensemble de la filière bois », explique la collectivité. Avant d’assurer qu’elle a « diligenté une première étude économique afin d’organiser un tour de table d’investisseurs et d’industriels pour préserver l’avenir du site ». Une étude qui « a permis de cibler les domaines stratégiques pour une reconversion : BTP, logistique, économie circulaire ». Forcément, cette piste n’a pas la faveur des salariés : « Convertir le site coûterait 10 fois plus cher que trouver une solution pour reprendre l’outil actuel ». Reste que la Région entend poursuivre dans cette voie avec l’annonce du « lancement d’une seconde étude approfondie avec l’agence de développement économique risingSUD [entité de la Région, ndlr] ». Autant dire que le dossier est loin d’être conclu… Et si l’avenir de l’usine tarasconnaise est assombri, il est un peu plus clair pour celui de son usine-sœur de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, rescapée de la liquidation. Et notamment grâce à l’action de la Région Occitanie, dirigée par Carole Delga (PS) qui a déposé une offre de reprise avec un industriel.