Tag: Shoah

  • Les lycéens de la région restituent leurs travaux sur la Shoah

    Les lycéens de la région restituent leurs travaux sur la Shoah

    Au lycée Adam-de-Craponne, à Salon-de-Provence, le projet pédagogique retenu a été celui d’un format du type « C’est pas sorcier » au sujet des femmes des Sonderkommando, ces déportées chargées de faire fonctionner les fours crématoires des camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons travaillé, sur l’année, à partir des cahiers nouvellement édités d’Alter Fajnzylberg, militant juif communiste interné à Auschwitz, rescapé des Sonderkommando », rapporte Nathalie Dupont, professeur de lettres de terminale.

    Depuis 2015, 47 000 lycéens ont bénéficié du dispositif « Mémoire et citoyenneté », financé par la Région Sud. Ce travail de mémoire sur l’univers concentrationnaire est mené sur l’année scolaire par les enseignants avec les élèves, en lien avec des historiens et des auteurs.

    Un voyage d’étude « vraiment marquant »

    Le parcours « hors les murs » débute au camp des Milles, ancien camp d’internement et de déportation, situé à Aix. Les lycéens se rendent ensuite au Mémorial de la Shoah et au Panthéon à Paris, avant de se déplacer en Pologne, au camp d’Auschwitz-Birkenau, pour un « voyage d’étude ».

    « Ça a créé une dynamique de classe forte, c’était touchant », confie Margaux, en classe de terminale générale au lycée Adam de Craponne. « Nous étions au camp d’Auschwitz en janvier, ce qui nous a permis de voir à quel point les conditions étaient terribles. C’était vraiment marquant », conclut-elle.

  • Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    Le Camp des Milles en route vers l’Unesco

    La Marseillaise : Pourquoi cette démarche à l’Unesco ?

    Alain Chouraqui : Quoi de plus important que de s’appuyer sur le patrimoine de souffrances et de courage de l’humanité pour contribuer à un avenir meilleur ? De construire un lien entre passé et présent qui soit utile, vivant, un repère collectif dans un monde où les repères se brouillent ? Nous souhaitons donc faire connaître le plus largement possible ce que l’histoire du Camp des Milles et de la Shoah apporte comme enseignements interdisciplinaires et intergénocidaires sur les mécanismes universels qui mènent au pire et aux résistances possibles. Cette approche est qualifiée de « percutante » par l’institution en charge de l’instruction des dossiers de candidature au patrimoine mondial de l’humanité. C’est la même raison qui nous avait fait obtenir avec AMU, la création d’une chaire de l’Unesco « Éducation à la citoyenneté, sciences de l’homme et convergence des mémoires ».

    Comment qualifieriez-vous l’originalité du site lui-même ?

    A.C. : Notre démarche éducative et nos ateliers ont été éprouvés auprès d’environ 700 000 jeunes très divers. Mais notre approche originale a d’abord la chance de s’appuyer sur le patrimoine exceptionnel que constitue le site lui-même, seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact et l’un des très rares en Europe. Il porte les traces d’un enchaînement de persécutions visant des étrangers supposés « suspects » venant de 41 pays, des opposants, des « indésirables » puis des personnes juives envoyées vers l’assassinat d’Auschwitz. Car ce camp a aussi l’intérêt pédagogique d’être une antichambre de la mort, une usine « ordinaire » dont des hommes « ordinaires » ont fait un lieu de départ vers l’extraordinaire d’un camp d’extermination. On y perçoit mieux comment s’installe autour de nous une situation qui permet le basculement brutal vers un crime de masse. Le Camp des Milles, ce sont des résistances diverses, 18 Justes qui risquent leur vie pour sauver des hommes, femmes et enfants juifs et de nombreux artistes -parmi les plus grands comme Max Ernst-, qui continuent de créer pour résister à la déshumanisation, qui ont laissé leurs œuvres sur les murs du camp.

    Qu’est-ce que cela apporterait au site
    si elle venait à être acceptée ?

    A.C. : Nous en espérons bien sûr une plus grande visibilité du site et de notre « modèle scientifique, pédagogique et citoyen » de décryptage des leçons du passé pour éclairer le présent. Certains mémoriaux reprennent déjà ce « modèle ». Nous souhaitons aussi, dans l’intérêt de tous, une meilleure diffusion de ces leçons face aux engrenages des intolérances et des extrémismes qui menacent la démocratie partout dans le monde. L’inscription du site au patrimoine mondial serait ainsi un ancrage fort de ces leçons de l’histoire dans le patrimoine de l’humanité.

    On vous a déjà indiqué que le Camp des Milles cochait les cases des conditions d’inscription. Vous êtes donc confiants que cette démarche aboutisse ?

    A.C. : L’institution internationale évoquée affirme en effet que « les critères, les attributs et l’authenticité » existent pour fonder une « valeur universelle exceptionnelle » (VUE) du Camp des Milles, condition d’une inscription au patrimoine mondial. Nous attachons du prix au fait qu’elle vise à la fois le patrimoine matériel du Camp des Milles mais aussi le patrimoine immatériel que représente aujourd’hui son approche pédagogique originale. Mais il ne s’agit que du début d’un processus qui peut être long. Les candidatures venant du monde entier, même solidement fondées, ne peuvent pas être toutes retenues par l’Unesco. Mais il est vrai que cet avis spécialisé très positif renforce notre espoir d’aboutir. De même que les premières réactions de partenaires importants, y compris venant d’Auschwitz qui fut la fin du chemin pour les déportés des Milles. Beaucoup dépendra aussi de l’accompagnement de l’État et des collectivités concernées par cette reconnaissance humaniste exceptionnelle.

    En ces temps de conflits, de montée des haines, comment continuer
    à transmettre le devoir de mémoire ? Promouvoir la démocratie collective
     ?

    A.C. : Cette situation nous impose un véritable courage de mémoire : celui d’appliquer aujourd’hui les leçons civiques de cette histoire, des anti valeurs à combattre et de la démocratie à préserver et approfondir. Alors transmettre c’est aussi se souvenir de l’engrenage mortifère qu’enclenche ou aggrave la brutalisation des mots qui engendre la violence des actes. L’histoire montre ainsi que jouer avec l’antisémitisme, le racisme ou la xénophobie c’est ouvrir une boîte de Pandore passionnelle, immaîtrisable qui finit par dévorer aussi ceux qui ont cru l’instrumentaliser, et surtout qui peut détruire la démocratie et la paix civile.

    En ces temps, comment accueillir mieux, les jeunes et en plus grand nombre ?

    A.C. : Tout est question de moyens. Nous devons déjà limiter certaines activités
    -comme beaucoup d’autres associations, malgré une situation qui engendre de plus en plus de demandes. Nous espérons que des mécénats sauront compléter notre autofinancement et nos subventions publiques pour toucher plus largement les jeunes. Nous constatons chaque jour leur curiosité pour cette histoire forte dont ils perçoivent très spontanément qu’elle peut protéger leur appétit de vivre libres, épargnés par les tragédies autoritaires du passé. Sachons utiliser tous les leviers pour nourrir d’enseignements utiles leurs belles aspirations, en même temps qu’être fidèles au souvenir de nos aînés qui ont payé cher ces leçons de vie.

    LE SOUTIEN DES ACTEURS DU TERRITOIRES

    « Nécessaire reconnaissance mondiale », Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille

    « Le Camp des Milles est un site de référence pour la mémoire de la déportation en France, il est nécessaire qu’il soit à présent mondialement reconnu. En ces temps où certains prônent la division et banalisent la haine, le devoir de mémoire doit être honoré, pour rendre hommage à ces hommes, ces femmes, ces enfants, victimes et héros de la Shoah. Pour que nul n’oublie jamais, il est nécessaire de préserver ces témoignages, de les valoriser et de les transmettre au plus grand nombre au travers de sites historiques tels que celui-ci. »

    Propos recueillis par Eva Janus

    « Le travail de mémoire est essentiel », Caroline Pozmentier, présidente du Fonds mémoire d’Auschwitz, élue Ren. à la Région

    C’est important que le camp des Milles figure sur cette liste du patrimoine mondial de l’Unesco parce que ce patrimoine a été réhabilité ici en France où se sont déroulées au XXe siècle les prémices et la collaboration active du génocide nazi.

    Ce patrimoine existe non seulement dans sa dimension patrimoniale historique mais aussi pour la conscience des génocides et des mécanismes qui entraînent à la haine et au génocide tel qu’il a pu se perpétrer pendant la Shoah.

    Les événements dramatiques qui se sont déroulés au Camp des Milles contribuent au travail de transmission de la mémoire de la Shoah et à son enseignement. Aujourd’hui, face aux controverses auxquelles l’enseignement de la Shoah fait parfois face, le travail de mémoire est essentiel. Ils constituent d’ailleurs l’un des piliers de notre politique culturelle à la Région. Notre collaboration et le partenariat avec la Fondation du Camp des Milles n’ont fait que se renforcer d’année en année, à la fois sur l’investissement et le fonctionnement. »

    E.J.

    « C’est une initiative honorable », Jérémy Bacchi, sénateur PCF des Bouches- du-Rhône

    C’est une initiative honorable qu’il faut à tout prix soutenir, que je soutiens pleinement parce qu’on est condamnés à bien connaître son histoire pour éviter que les choses se reproduisent de manière similaire ou différente.

    Surtout que l’on a coutume de dire : « Je ne comprends pas comment les gens ont pu accepter ce qu’il s’est passé il y a 80 ou 90 ans de cela. » Or les mécanismes qui étaient à l’œuvre il y a 90 ans sont aussi à l’œuvre aujourd’hui, et pour ça je veux saluer le travail remarquable du Mémorial du Camp des Milles qui invite à la réflexion et à décortiquer les mécanismes qui amènent au totalitarisme et à des épurations ethniques comme on a pu connaître. En plus de l’histoire du Camp, il y a aussi un volet réflexif sur l’ensemble des autres conflits qui ont eu lieu par la suite, comme le génocide au Rwanda. Je crois que connaître cette histoire-là, ces histoires-là, c’est aussi une manière de se prémunir de résurgence de phénomènes similaires. cela permet de regarder son histoire en face, cette période qui est à la fois douloureuse et honteuse pour notre nation. Ce qu’il s’est passé dans ce Camp a débuté bien avant la Seconde Guerre mondiale. »

    E.J.

    « Le Camp des Milles est un phare », Martine Vassal, présidente DVD du Département des Bouches-du-Rhône

    « En ces temps troublés partout dans le monde, le Camp des Milles est un phare, un appel à la vigilance contre toutes les formes de haine et d’exclusion. Il porte une mémoire essentielle, universelle et profondément ancrée dans l’histoire de la Provence et de la France. Nous devons en être les passeurs auprès des jeunes générations alors que les derniers témoins de cette époque s’effacent peu à peu. En soutenant sa candidature au patrimoine mondial de l’Unesco, le Département des Bouches-du-Rhône lance un appel à la tolérance et à la paix entre les hommes et les peuples. » E.J.

    « Avoir une reconnaissance encore plus forte », Marc Pena, député PS des Bouches-du-Rhône

    C’est un processus logique. Je suis membre du conseil scientifique du Camp des Milles : on a commencé par demander une Chaire Unesco, on a créé une Fondation qui s’adossait à ce qui se faisait à l’Université en matière de recherche, l’étape supplémentaire, c’est d’avoir une reconnaissance encore plus forte, une reconnaissance internationale importante au moins à deux niveaux. D’abord, pour ce que représente le Camp des Milles, dans la mémoire collective que cette fondation a su créer : beaucoup de choses qui s’étaient perdues au fil du temps, beaucoup de personnes ne connaissaient pas l’histoire du Camp. Deuxième point -pour parler d’avenir- c’est quelque chose qui nous donnerait une reconnaissance et peut-être des moyens pour aller plus loin dans la pédagogie, la transmission, l’actualisation de ce qu’a signifié la déportation. On a une société aujourd’hui en tension extrême, sens dessus dessous, mais surtout une montée des rapports de force et des impérialismes. On rencontre des éléments communs avec ce qu’il s’est passé dans les années 1930, à commencer par une montée de l’antisémitisme…

    Le rôle du Camp des Milles est d’aller dans ce sens, tout en s’ouvrant. On a associé (à cette cause) les représentants, arméniens, les représentants des Roms, d’autres associations… Aussi, ceux qui sont de cette génération, qui parfois ont été déportés, nous quittent petit à petit : c’est un moment essentiel pour ne pas perdre notre mémoire, et nous sommes dans un moment où cette labellisation est d’autant plus importante. »

    Propos recueillis par Eva Bonnet-Gonnet

    « Une démarche en lien avec le wagon du souvenir », Jean-Marie Valencia, secrétaire CSE, Casi Cheminot

    Cette démarche va dans la continuité de la volonté de pérenniser ce site, entamée avec le wagon de la mémoire. Cela va permettre de continuer le devoir de mémoire, au-delà du territoire. C’est un devoir doublement important, par rapport au ferroviaire. La SNCF a été impliquée dans le fonctionnement du système du moins de ce camp et de la région. Il y a la nécessité de rappeler que la SNCF a servi d’outil, même si les cheminots ont résisté par rapport au fascisme. Mais par contre, par rapport au système, la SNCF a été participante. Et de manière générale, c’est important de connaître, partager et se souvenir de l’histoire pour ne pas la revivre. Et rappeler qu’il faut toujours être pour la paix et combattre le fascisme, le racisme et la xénophobie. »

    E.J.

    « Ce serait tout à fait justifié qu’il soit à l’Unesco », Hendrik Davi, député (l’Après) des Bouches-du-Rhône

    C’est une revendication assez ancienne du Camp des Milles, donc, ce serait bien qu’elle soit acceptée. Et c’est aussi important car c’est le seul camp accessible en France. Il a un rôle important en termes de devoir de mémoire. D’autant que le travail interdisciplinaire qu’il fait au Camp des Milles est assez exceptionnel.

    Surtout dans le contexte politique dans lequel on vit, avec l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans de nombreux pays et les menaces de l’extrême droite en France. D’autant qu’au Camp des Milles, il y a une particularité, c’est qu’il a été mis en œuvre avant l’arrivée de l’Allemagne nazie. Ce qui rappelle le passé fasciste français, car on oublie un peu souvent la place de Vichy dans la déportation des Juifs. C’est une initiative importante. Car au Camp des Milles, il y a eu d’abord des prisonniers politiques plus généraux avant 40. Ce qui montre la continuité de certaines politiques : quand on fait des mesures exceptionnelles et qu’on s’attaque aux opposants politiques, petit à petit on élargit les opposants, on élargit ceux qui subissent des répressions, et ça aboutit à l’horreur qu’on connaît. Il y a vraiment un rôle mémorial extrêmement important de ce camp des Milles, d’autant que c’est le dernier encore accessible en France et que le travail interdisciplinaire qu’il y est fait est assez exceptionnel. Pour toutes ces raisons, ce serait tout à fait justifié qu’il soit un patrimoine de l’Unesco. »

    E.J.

  • [Tribune] Un Juif avec Benoît Payan

    [Tribune] Un Juif avec Benoît Payan

    Marseille n’est pas une ville comme une autre. Son histoire, depuis plus de 2600 ans, est basée sur l’immigration et la vie en société de femmes et d’hommes venant d’abord du bassin méditerranéen puis de contrées plus lointaines.

    Le vivre ensemble est un fait qui définit Marseille. Cette ville fait du bruit, crie, s’engueule, mais a une unité qui en fait sa spécificité mais aussi son attractivité. Et elle a l’OM qui fédère toutes et tous, marseillaises et marseillais d’ici et d’ailleurs. Outre toutes les « communautés » issues du monde entier, il y a la deuxième « communauté » Juive de France. Aujourd’hui, sur la liste du candidat d’extrême droite, se trouve un avocat qui se revendique comme juif.

    De nombreux juifs font campagne en sous-main ou ouvertement pour cette liste, notamment soi-disant car seul, en France, le parti d’extrême droite RN aurait soutenu l’état d’Israël après le 7 octobre.

    Cependant, ils ont probablement oublié, au mieux, que le RN est le successeur légal, juridique et en pensée du FN qui fut fondé avec Le Pen père par les Waffen-SS Léon Gaultier et Pierre Bousquet membres de la division Charlemagne de la Waffen-SS ainsi que par François Brigneau (de son vrai nom Emmanuel Allot) membre de la Milice française et Roland Gaucher vichyssois et militant d’extrême droite.

    Ces personnes du siècle passé ont sur les mains au moins symboliquement par leurs actions, en ces temps sombres, le sang d’un nombre incalculable de juifs déportés pendant la deuxième guerre mondiale. Le RN porte ce fardeau d’avoir été soutenu et d’être encore soutenu par des personnes aux idées similaires et il en reste le porte drapeau. Ce n’est pas parce que son président, avec la petite fille de Le Pen, est allé à Yad Vashem qu’il se serait repenti comme le laissent entendre de nombreux juifs à Marseille.

    Le repentir ou retour en hébreu se dit Techouva : la Techouva ne peut être réalisée que si 6 actions sont faites : Reconnaître ses fautes, Regretter ses fautes, Abandonner ses fautes, Se confesser verbalement, Promettre de ne pas recommencer, Réparer. Ce ne sont pas des larmes de crocodile coulées à Jérusalem qui suffiront à faire ce repentir.

    En tant que Juif, membre de la liste de Benoît Payan, je ne peux imaginer que la mémoire de la Shoah ait été mise au rebut et remplacée par les horreurs des massacres du 7/10 par ceux des Juifs qui ont et vont voter pour l’extrême droite.

    L’extrême droite qui exclut, qui divise, qui attise la haine entre les personnes, n’a rien à voir avec le judaïsme. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est-il écrit dans la Torah. Seule aujourd’hui la liste de Benoît Payan peut permettre d’apaiser la plus belle ville de France.

  • Au Camp des Milles, la mémoire comme rempart à la haine

    Au Camp des Milles, la mémoire comme rempart à la haine

    C’est devant le Wagon du Souvenir, dans le seul grand camp d’internement et de déportation français encore intact, que les représentants des autorités civiles et militaires régionales étaient invités à rendre hommage aux plus de six millions de victimes de la Shoah. Un devoir de mémoire singulièrement vibrant, et une alerte réactivée à l’heure où les derniers témoins de la barbarie humaine disparaissent, et alors que « le ciel s’assombrit », a souligné le président-fondateur de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation, Alain Chouraqui.

    Dans de longues listes qui glacent le sang, les élèves de l’École militaire ou de l’école Auguste-Boyer des Milles ont égrené les noms de centaines de victimes internées au camp, puis déportées. Les noms des 97 enfants retrouvés, dont le plus jeune était un bébé d’un an, les noms d’artistes et d’intellectuels, mais aussi ceux de Justes. Ils ne sont que 4 250 à avoir été honorés de ce titre en France.

    Vigilance et courage

    Puis est venue une autre lecture, celle d’un testament adressé à l’humanité tout entière : celui écrit par l’ancienne déportée et infatigable militante contre le négationnisme et l’antisémitisme, Denise Toros-Marter, soucieuse d’éviter un « nouvel Auschwitz ». Avec cette dimension pédagogique pour faire « barrage à la haine ».

    Au-delà de l’hommage, le devoir de mémoire est un devoir de conscience. Se souvenir oblige à regarder le présent avec acuité. « Aujourd’hui, notre France est sur une ligne de crête. Le risque pour la démocratie a été multiplié par six en 35 ans », a rappelé Alain Chouraqui en référence à la montée du racisme et à l’explosion des actes antisémites. Réaffirmant le rôle de vigie de la Fondation : « Ces dynamiques, qui viennent de loin, peuvent faire basculer notre société si elle succombe à un “vertige identitaire” mortifère ou se laisse bousculer par des provocations des porteurs de haine. »

    Maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains (UDI), a appuyé sur « la cicatrice indélébile » laissée par le concours apporté par le régime de Vichy à la déportation, interrogeant la conscience de chacun. « Le jour où les derniers survivants vont s’éteindre, il faudra avoir le courage de se souvenir », a encore préconisé le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, citant Paul Éluard, « sans quoi nous disparaîtrons en tant qu’humanité ».

  • 83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    83 ans après les rafles, « le bruit de bottes résonne »

    « J’ai été libérée des camps, mais j’y suis toujours ». Ces mots sont ceux de Louise Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz, rapportés par son fils, Joseph. Ce dernier reçoit ce dimanche pour sa mère – qui a fêté il y a quelques jours ses 100 ans – la médaille de la ville. « Il y a 83 ans qu’elle est sortie de l’horreur des camps et elle porte toujours, gravé sur son bras, son matricule A5503. Ce tatouage qui dit tout, la violence de l’Histoire mais aussi sa force, sa dignité », insiste-t-il sur le parvis de l’Opéra. « Alors oui à l’heure où l’antisémitisme remonte, son message est simple : plus jamais ça », crie Joseph Marcos.

    Marseille a commémoré ce dimanche ses morts. C’est ici qu’il y a 83 ans, les 22, 23 et 24 janvier 1943, dans le cadre de l’opération Sultan ordonnée par Hitler en personne, 20 000 personnes étaient raflées, avec le concours des forces collaborationnistes. « La rafle de l’Opéra nous oblige à regarder l’Histoire en face, sans détour, sans oubli, sans relativisme. Elle nous rappelle que la tragédie ne fut pas seulement le fait de l’occupant nazi mais aussi des complicités locales, de la défaillance d’un État qui, à un moment donné de son histoire, a failli », rappelle Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA).

    À l’heure où les semeurs de haine vomissent leurs discours à heure de grande écoute, « cette histoire nous oblige à regarder lucidement les mécanismes qui hier comme aujourd’hui rendent la haine et la banalisation de la haine toujours possible », martèle le maire DVG de Marseille Benoît Payan. Ainsi, il formule la « promesse » de ne pas oublier « les enfants de Marseille, déportés, parce qu’ils étaient juifs », mais aussi « les Tziganes, les homosexuels, les résistants, les communistes et les gaullistes, les socialistes, les juifs et tous ceux qui ont été persécutés par leur refus de la haine », détaille l’édile.

    Un hommage appuyé est rendu à Louise Renée Marcos, Albert Barbouth et Denise Toros-Marter. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché le tréfonds et l’horreur et dont les blessures ne cicatrisent à peine », comme résume si bien la rescapée elle-même dans son « testament d’Auschwitz », lu par ses neveux et nièces Marcel Toros et Élisabeth Marter.

    Le collectif du 24 janvier 1943 réclame un geste

    « Aujourd’hui, dans un monde où le bruit de bottes résonne de manière inquiétante, c’est à nous citoyens de cette ville, de cette Nation, du monde (…) d’ouvrir les bras vers chacun et de dire nous aussi nous aimerons notre prochain », plaide Rav Reouven Ohana, grand rabbin de Marseille. En face de lui, les héritiers de cette idéologie funeste sont là. Ils ont délaissé les bottes pour des chaussures de ville mais la haine qui les anime reste la même, leurs appels au rejet de l’autre sont intacts, transcende les époques (lire p.4).

    Antoine Mignemi, dont le père s’est exilé à Marseille pour fuir le fascisme mussolinien en est témoin. Le président du collectif du 24 janvier 1943, se remémore ce jour terrible, ce froid glacial, il avait 5 ans. « À chaque fois ça me monte à la gorge », témoigne-t-il trémolos dans la voix. Ce dimanche matin, Antoine Mignemi a déposé une gerbe au monument de la place du 23 janvier 1943, renommé Fortuné Sportiello et les souvenirs ont rejailli. Il réclame, inlassablement, que la date du 24 janvier 1943 soit également honorée. Car elle marque la rafle du quartier Saint-Jean et la déportation dans des wagons à bestiaux, gare d’Arenc, dans lequel il fut lui-même envoyé vers Fréjus. Un de ces véhicules qui symbolisait l’aller, la plupart du temps sans retour, vers les camps de la mort, pourrait être dédié à la perpétuation de cette mémoire. « On a vécu la même barbarie, on a intérêt à ne pas effacer ce qu’il s’est passé », souffle-t-il.