Tag: Sète Agglopôle Méditerranée

  • [Entretien] « Rendre aux Sétois le pouvoir de décider »

    [Entretien] « Rendre aux Sétois le pouvoir de décider »

    La Marseillaise : Quel est votre regard sur Sète après 25 ans de gestion de droite ?

    Laura Seguin : Sète est gouvernée par des logiques libérales avec une économie dédiée au tout tourisme. La spéculation immobilière a pris énormément de place sans régulation. Il y a aussi eu une logique de privatisation des services publics : l’eau, les déchets, l’éclairage… Il y a eu des dérives graves avec la condamnation pour détournement de fonds publics de François Commeinhes. Son successeur Hervé Marques ne l’a pas été mais il s’inscrit dans la continuité et l’héritage de ce système qu’il n’a jamais remis en cause.

    Que faire pour redonner confiance et l’envie aux gens de s’investir ?

    L.S. : Pour tourner la page, il ne suffit pas de changer de visage mais de logique, de méthode avec démocratie, ouverture, transparence. Rendre le pouvoir de décider aux Sétois. Les conseils citoyens doivent avoir un pouvoir décisionnaire, or ils sont fantômes. On veut en faire de vraies assemblées de quartiers pour une gestion commune avec citoyens, élus et services. Avoir aussi un conseil citoyen associé à la ville en lien avec le conseil municipal. Sur les grands projets structurants, on aura de grandes consultations des habitants. À l’entrée Est de Sète où sont les dernières réserves foncières de Sète, on aimerait développer les parkings relais avec des buts fréquents et navettes sur les canaux toute l’année. Enfin, on proposera le référendum d’initiative citoyenne (RIC).

    Que faire pour améliorer la sécurité et le lien social ?

    L.S. : On a besoin d’une police municipale de proximité au quotidien dans les quartiers. Dans l’île de Thau, il y a aussi un enjeu de narcotrafic. Il faut négocier avec l’État une hausse des effectifs de la police nationale et le retour d’un commissariat de proximité. Ensuite, on veut miser sur le lien social en recrutant des éducateurs de rue, créer des équipes de médiation. Les maisons de quartier, les centres sociaux ont été vidés de leur sens, il faut les redynamiser sur le modèle des MJC pour de l’éducation populaire. On veut aussi des régies de quartiers prioritaires (île de Thau et centre-ville) qui proposent aux gens des petits emplois utiles du quotidien. Enfin, on veut créer une maison communale de santé pour la prévention, l’accès aux soins.

    Le maire de Sète doit-il présider l’Agglo ?

    L.S. : Absolument pas, je ne revendiquerai pas la présidence de l’Agglo. Il y a eu des dérives. On veut recréer de la confiance et de la coopération entre communes, pas de l’hégémonie. On a besoin d’un vrai projet de territoire. À l’Agglo, Sète a mis en concurrence des communes. Il faut être en rupture avec le passé de Commeinhes.

  • [Rétro 2025] Bassin de Thau : séisme après la chute de F. Commeinhes

    [Rétro 2025] Bassin de Thau : séisme après la chute de F. Commeinhes

    Sur l’île singulière, 2025 restera l’année du séisme politique. Après 24 ans de règne sans partage, François Commeinhes a brusquement tout perdu : la mairie de Sète, la présidence de l’Agglomération et son statut de notable respectable.

    Pour le gynécologue de profession qui jusqu’ici paraissait intouchable, la dégringolade fut brutale, dans la lignée de celle de son voisin agathois de droite, Gilles d’Ettore, contraint l’an passé de quitter le pouvoir dans l’attente de son procès dans l’affaire de la voyante.

    Pour François Commeinhes, qui n’avait plus sa carte des Républicains depuis 2017, point de conversation ésotérique avec l’au-delà mais là encore une affaire de « détournement de fonds publics ». Fin avril, l’édile était définitivement condamné en cassation pour avoir versé, entre 2016 et 2019, des rémunérations indues à son ancien directeur général des services, Patrice Millet, pour la coquette somme de 99 000 euros. Quand bien même la Cour de cassation reconnaissait que F. Commeinhes ne s’était pas lui-même enrichi de la manœuvre dont il a toujours nié avoir eu connaissance, la Justice confirmait ainsi le jugement de la Cour d’appel de Montpellier. Condamné à un an de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité avec interdiction de droit de vote, F. Commeinhes, 76 ans, prenait acte de la sanction jugée « disproportionnée sur le fond ». Dans une vidéo Facebook postée le 30 avril, il annonçait aussitôt sa démission de tous ses mandats sans désigner d’héritier politique.

    Linarès récupère l’Agglo

    En dépit de la secousse, la Ville de Sète est restée à droite. Du conclave de la majorité municipale, c’est finalement avec le nom d’Hervé Marquès que sort la fumée blanche le 5 mai avant le vote de confirmation le 12 mai. Salué pour sa connaissance des dossiers et sa personnalité, l’ancien adjoint aux sports fait consensus et coiffe sur le poteau d’autres postulants (François Escarguel, Jeanne Corporon, Hervé Merz…). Depuis, le maire par intérim, qui n’a pas encore déclaré sa candidature en 2026, s’efforce de terminer le mandat dans les pas de son mentor, sans faire trop de vagues ni coup d’éclat.

    En revanche, l’histoire a pris un tout autre cours dans le Bassin de Thau. Le 13 mai, Jean-Guy Majourel (22 voix), le candidat envoyé par la municipalité sétoise, était battu à la présidence de Sète Agglopôle. Après 3 tours d’un scrutin indécis, Loïc Linarès (PS), jusque là deuxième vice-président du maire de Frontignan, Michel Arrouy (PS), prenait la main (24 voix). Avec une majorité relative fragile, Loïc Linarès s’est immédiatement promis d’agir dans un « esprit de coopération sincère en respectant les sensibilités et en assurant une gouvernance claire, partagée et respectueuse de l’intelligence collective ». Si la gauche conserve Frontignan en 2026, voilà qui ouvre des perspectives.