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  • [Entretien] Vincent Hérissé : « Le rapport de Marseille avec la drogue est ancien »

    [Entretien] Vincent Hérissé : « Le rapport de Marseille avec la drogue est ancien »

    La Marseillaise : Le trafic de drogue à Marseille a déjà été beaucoup traité. Pourquoi avoir décidé de faire un documentaire sur ce sujet ?

    Vincent Hérissé : L’idée, c’était aussi de décadrer le regard pour essayer de comprendre comment on en était arrivés là, en plongeant un petit peu dans le passé, en remontant à l’origine de tout ça. Il y a, effectivement, beaucoup de littérature et de reportages produits sur ce qui se passe aujourd’hui. Et moi, j’avais envie un petit peu de comprendre comment Marseille est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. De fil en aiguille, je suis remonté jusqu’au début du XXe siècle, donc dans les années 1920, qui sont, on va dire, le point de départ de la présence de la drogue à Marseille. L’intention de la série c’était aussi de faire une sorte de portrait de Marseille, mais vue au travers de ce prisme, de la présence de la drogue dans la ville.

    Et aussi de rappeler que la violence que l’on connaît aujourd’hui a déjà existé dans
    le passé
     ?

    V.H. : Absolument. Quand j’ai commencé à creuser le sujet, je me suis rendu compte que l’année 2023 a été une année paroxysmique au niveau de la violence. Mais je me suis aussi rendu compte que Marseille avait déjà connu des périodes d’extrême violence en lien avec le trafic de drogue : les années 80. Dans la série, il y a donc un épisode consacré à ces années, où on est sortis de la French Connection [réseau d’exportation d’héroïne vers les États-Unis. ndlr]. On a déclaré qu’on avait gagné la guerre contre la drogue et qu’on avait réussi à battre ce réseau, mais ce n’était pas tout à fait vrai. Au début des années 80, il y a l’assassinat du juge Michel à Marseille par un groupe de trafiquants, car il avait commencé à nouveau à découvrir et démanteler plusieurs laboratoires d’héroïne. C’était la preuve que le trafic continuait et qu’il s’était réorganisé. Et ces années ont été terribles. Notamment en 1986, où il n’y a eu qu’un mort de moins que lors de l’année 2023. Donc on se rend compte que ce qui a été terrible il y a quelques années, Marseille l’avait déjà connu par le passé, mais l’a relativement oublié. Les gens ne se souviennent pas de cette période qui a été extrêmement violente avec déjà des victimes collatérales.

    Pourquoi c’était important de faire ce retour dans le passé ?

    V.H. : Je trouvais ça intéressant de raconter que le narcotrafic n’est pas né comme ça spontanément, de rien. Le rapport de Marseille avec la drogue, il est ancien. Il s’explique par un tas de choses. Le port colonial d’abord, puis les différentes vagues de migration de communautés très pauvres notamment les Corses, et les Italiens du Sud. Et enfin, le trafic commercial qui était très important au début du siècle et après la guerre. Ces éléments expliquent pourquoi Marseille a tenu cette place si importante dans le trafic de drogue, notamment au moment de la French connection. Mais c’est aussi ce qui explique, comment ce trafic s’est développé. C’est cette histoire que je trouvais importante à raconter pour arriver à comprendre comment on en arrive à cette situation sidérante.

    Une situation qui aurait été
    sous-estimée
     ?

    V.H. : C’est ce que l’on montre dans les deux derniers épisodes. Elle a été volontairement sous-estimée, tolérée, on peut le dire comme ça, pendant très longtemps. Jusqu’à ce que ça explose quand il y a eu des morts. Lorsqu’en 2010 deux adolescents sont rafalés sur un point de deal, dont un jeune de 15 ans qui en est mort et un gamin de 11 ans qui en réchappe. D’un seul coup, tout le monde se précipite sur Marseille et on semble découvrir qu’il y a un problème. Sauf qu’à ce moment-là, c’est déjà trop tard, le trafic est trop ancré, et ça génère déjà énormément d’argent.

  • Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Élégant dans son costard, lunettes de soleil sur le nez, Éric Cantona, en ce début d’après-midi, enchaîne les prises de vues sous la direction du réalisateur Philippe Dajoux.

    Dans un décor de rêve, entre la Grande Bleue, le paysage des Trois Secs et les portiques des chantiers navals au loin, « The King », surnom du Marseillais pour ses exploits de joueur de foot, remonte l’allée, à proximité du Neptune Club et du port St-Jean. Cantona est reconnaissable entre mille. Avec sa carrure et sa manière si caractéristique de se tenir parfaitement droit, les épaules en arrière.

    « Un peu une comédie à l’italienne »

    Après plusieurs essais, le réalisateur, Marseillais lui aussi, qui a un peu vécu, enfant, à La Ciotat, juge que la prise est bonne. Éric Cantona confie : « Le tournage se passe très bien. Les paysages sont magnifiques. Je prends beaucoup de plaisir à tourner ici, avec mon ami Philippe Dajoux. Je joue un commissaire qui revient à Marseille et la série mêle enquêtes et histoires familiales. C’est un peu une comédie à l’italienne, il y a des moments émouvants, d’autres plus drôles. J’adore jouer les scènes où il se dégage une certaine émotion. »

    Directeur de production sur la série, Jean-Paul Nogues, juste après, commente : « On a tourné une séquence. On a fait une mise en place avec les comédiens, les décorateurs, la caméra, le réalisateur. On a regardé comment on pouvait articuler le texte et se déplacer dans l’espace. On a défini un cadre et un mouvement. » Il développe : « Le réalisateur intervient sur la direction d’acteurs, avec des indications de jeu, et quand il est satisfait, on passe à la prise de vue. La scripte est à côté du retour vidéo. Elle a le scénario en mains, et vérifie que le texte est bien dit. »

    Philippe Dajoux – il a réalisé le film Les collègues en 1998 – se dit « très satisfait du tournage. On a tout ce qu’il faut comme il faut. À Marseille, dans le Sud, à La Ciotat, on est gâté pour tourner ». Diffusée en trois soirées de deux épisodes l’an prochain sur TF1 (on ignore encore à quelles dates), la série campe « un policier [Joseph Batista, alias éric Cantona, Ndlr.] associé à un avocat [Samy Kaddourian, alias Bruno Sanches] qui enquête. C’est surtout une comédie familiale policière », consent à dire le réalisateur.

    Venu assister au tournage de la séquence, Renaud Muselier (Cap sur l’avenir), président de la Région Sud, ne cache pas son enthousiasme. Entièrement tournée en Provence, de mai à octobre 2025, produite par Quelle aventure ! et Empreinte digitale, la série sera soutenue, après un vote d’aide à la production le 17 octobre prochain à la Commission permanente, à hauteur de 100 000 euros. Parce que le cinéma et l’audiovisuel représentent, pour l’élu, « une économie non délocalisable, qui attire des investisseurs et fait rayonner nos territoires ». La Région apporte à la filière un financement de 7,4 millions d’euros, « de la formation à la diffusion, de la production à l’éducation à l’image ». Avec plus de 5 000 jours de tournage par an, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur« est devenue la deuxième région pour les tournages, après l’Île-de-France ».