Tag: Sculpture

  • Le collectif MAAN for Gaza Artists refuse l’effacement

    Le collectif MAAN for Gaza Artists refuse l’effacement

    Pensée par la curatrice Rasha Salti, Déplacer le silence, Artistes et poète·sses de Gaza réunit une quarantaine d’artistes soutenus par le collectif MAAN for Gaza Artists. « L’idée est de créer une exposition avec des artistes qui ont pu arriver [en France] et des artistes qui sont encore bloqués à Gaza », précise Anna Breton, assistante de la commissaire Rasha Salti.

    L’exposition se structure autour de reproductions, de manière à montrer des œuvres qui n’ont plus de matérialité physique – détruites, réimprimées ou devenues inaccessibles en raison de la fermeture des frontières à Gaza. Déplacer le silence exploite de multiples médiums, faisant dialoguer poésie et arts visuels à travers la sculpture, la peinture, le dessin ou encore la vidéo. L’objectif est de « montrer qu’il y a une résistance à la déshumanisation, qu’il y a profondément de la vie et de la poésie qui persistent malgré l’anéantissement », explique Anna Breton, également membre du collectif MAAN.

    « Une réponse au culturicide »

    Le collectif MAAN for Gaza Artists « c’est une réponse au culturicide », atteste Anna Breton. Fondé en 2023 par un ensemble de chercheurs et chercheuses et travailleurs de l’art et la culture, aujourd’hui le collectif rassemble près de 25 bénévoles entre Paris et Marseille. Soutenus financièrement grâce au crowfunding, ils sont marrainés par Agnès B. un soutien « à la fois économique, symbolique et en accueillant des expositions à la Fondation Agnès B. », précise la coordinatrice.

    Elle poursuit : « MAAN existe aussi pour pallier une absence institutionnelle concernant l’accueil des personnes gazaouies qui demandent à quitter le territoire. » La démarche se fait grâce à la constitution de dossiers, ou de portfolios, que le collectif transmet à différentes institutions culturelles qui peuvent accueillir ces artistes ou leur permettent d’intégrer divers programmes, comme le programme Pause du Collège de France. Anna Breton précise : « Quand ils arrivent, le collectif aide aussi dans toute la vie quotidienne : scolarisation des enfants, logement, ouverture des droits sociaux, CAF, banque, etc. L’idée est de permettre une mise à l’abri temporaire dans des conditions dignes, pour qu’ils puissent reconstruire la Palestine demain. »

    Exposition visible jusqu’au 5 juin
    aux ateliers Jeanne Barret (15
    e).

  • La Vénus d’Arles, le passage d’une icône

    La Vénus d’Arles, le passage d’une icône

    Elle a l’aura des chefs-d’œuvre majeurs de la sculpture antique et cette séduction qu’exerce la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace.

    La Vénus d’Arles est de retour chez elle, parmi les siens. La statue de marbre du Ier siècle avant J.-C., découverte en 1651 à deux mètres sous terre dans les ruines du théâtre antique, est arrivée par convoi exceptionnel en provenance du Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre. La déesse trône depuis vendredi au Musée départemental Arles antique pour l’exposition « Le Passage de Vénus » et pourra être admirée du public jusqu’au 31 octobre.

    Les Arlésiens qui se consolaient avec une copie plâtre, avaient revu leur Vénus en 2013, en chair et en marbre du mont Hymette, pour l’exposition « Rodin la mémoire de l’antique » à l’occasion de Marseille, capitale de la culture.

    Du génie grec

    au classicisme français

    L’histoire de la Vénus d’Arles est exceptionnelle car ce trésor du Louvre, saisie révolutionnaire de 1798, est la rencontre de deux périodes : d’une part le génie grec du IVe siècle av. J.-C. puisqu’il s’agirait d’une réplique de l’« Aphrodite de Thespies », une œuvre disparue du grand sculpteur athénien Praxitèle, vers 360 av. J.-C., dont le déhanchement et le traitement fabuleux du drapé seraient la signature, d’autre part le classicisme français, puisque kidnappée par Louis XIV pour trôner à Versailles dans la Galerie des Glaces, la statue de 2,20 m a subi une douloureuse restauration entre 1683 et 1685. Le sculpteur François Girardon l’a « retravaillée » à sa façon, lui flanquant deux bras, une pomme et un miroir tout en lui rabotant les hanches afin d’entrer dans les standards de l’époque ! Cette restauration a nourri des débats et des polémiques sur cette œuvre si iconique. Est-on si sûr, d’ailleurs, qu’il s’agisse d’une Vénus ? N’est-ce pas plutôt sa réinterprétation par le sculpteur du roi Soleil avec ses bras, sa pomme qui vont en faire une Aphrodite ?

    Mais revenons à sa découverte, le 6 juin 1651, par des ouvriers qui percent une citerne dans le jardin de l’abbé Jean Brun. Le buste se trouve à l’emplacement de la scène du Théâtre antique, près des deux colonnes surnommées par les Arlésiens les deux veuves. Le buste est brisé en quatre fragments. Le bras droit, l’avant-bras gauche, la base du cou manquent. Le visage est quasi intact, sauf le bout du nez, un miracle après un millénaire sous terre. La Vénus sans bras est exposée pendant 30 ans à l’hôtel de ville, les consuls d’Arles l’ayant rachetée à l’abbé avant de devoir l’offrir à Louis XIV qui la réclame.

    Et si c’était une Diane ?

    L’archéologue et historien de l’art allemand, Adolf Furtwängler (1853-1907), l’a auscultée sous toutes ses coutures pour percer ses secrets sous les rajouts de Girardon qui a refait les bras, le nez, le cou, retravaillé le buste et les plis, complété les éclats à l’oreille gauche et sur l’épaule gauche. Après l’avoir comparée aux autres répliques romaines de statues de Praxitèle, le scientifique soutient, en 1895, qu’elle a les traits Artémis, ou Diane chasseresse, à défaut d’en avoir les attributs, l’arc et les flèches. Une petite entaille sur l’épaule droite suggère la trace d’un carquois.

    Le repositionnement des bras opéré par Girardon est un mensonge historique, selon le scientifique allemand, qui a identifié en outre un rabotage des hanches et dans le dos. La tête elle-même a été repositionnée pour donner à la statue un port plus royal et moins divin. L’helléniste Charles Picard propose que la statue semi-dénudée soit un premier élan de Praxitèle avant d’oser plus tard le nu intégral pour sa Vénus de Cnide. Diane ou Vénus, sa beauté subjugue toujours.

  • Le Sétois Damien Fragnon s’expose au Vigan

    Le Sétois Damien Fragnon s’expose au Vigan

    C’est une exposition à la fois immersive et en forte résonance avec l’actualité qui est organisée par la Frac (Fonds régional d’art contemporain) et le Département du Gard au Château d’Assas, sur la commune du Vigan. Natif de Clermont-Ferrand mais aujourd’hui installé à Sète, Damien Fragnon axe son travail sur la recherche de nouveaux émaux et de nouvelles textures pour interroger le rapport entre l’humain et la nature. Il a d’ailleurs régulièrement réalisé des œuvres éphémères installées dans des milieux naturels.

    Pour découvrir cette exposition, il faut d’abord lire un texte d’anticipation qui introduit le parcours proposé par l’artiste : « Nous sommes en mai 202. Un homme orangé et enragé décide de s’accaparer un morceau de glace au nord de notre planète Terre. Entre-temps, la musique The man who sold the world de Nirvana tourne comme une ritournelle dramatique et puissante. Un rappel qui dénonce la domination environnementale et l’inégalité des genres. Deux slogans se font face : « Drill, baby, drill » et « No Earth, No Life », celui d’une apologie de l’extractivisme et d’un mouvement de défense de notre terre. Nos terrains de vie précaire se renversent sous nos yeux, mais notre impuissance peut se transformer peu à peu en action de protection secrète. Depuis le 9 avril 202, un groupe d’individus dans les Cévennes s’empresse d’archiver et de récupérer tout signe de vie, de photographier les roches, les plantes pour créer un havre de force vitale dans un château pour résister au chaos ambiant ». Le décor est posé.

    Un parcours, 3 ambiances

    À travers ses sculptures en céramique, Damien Fragnon interroge en effet notre rapport au vivant à travers des œuvres colorées aux formes longilignes. Au Vigan, il propose ainsi un parcours conçu en trois ambiances oscillant entre fiction spéculative, fragilité écologique et gestes de préservation. « Chaque salle est pensée comme une ambiance, un parcours : un moment de contemplation, un temps de lenteur. C’est une forme de cocon où les informations extérieures paraissent lointaines. Les céramiques participent à cette suspension du temps ; chaque fragment d’émail est fortement matérialisé et permet au regard de prendre le temps. En toile de fond, les papiers peints nous enveloppent et nous permettent presque d’oublier où nous sommes », explique l’artiste, dont l’exposition est à découvrir* jusqu’au 19 juin.

    * Entrée libre du lundi au vendredi (9h30-12h/13h30-17h)

  • À Sète, clap de fin pour les Journées de l’amour

    À Sète, clap de fin pour les Journées de l’amour

    « C’était en 1997. J’étais en manque d’amour et j’ai eu l’idée de créer ces Journées. » Voilà 28 ans que Christy Puertolas et l’association Histrions investissent chaque année la chapelle du quartier haut, à Sète, afin de proposer une exposition autour de l’amour. De, la non-demande en mariage, au crime passionnel en passant par l’amour des bêtes, tous les thèmes sont explorés. Mais cette année, l’idylle sétoise prend une saveur particulière. « C’est un tournant, j’ai envie de faire autre chose. Mais il fallait faire une dernière. Ce qui ne veut pas dire que je ne travaillerais plus sur l’amour, tout est ouvert », poursuit la commissaire d’exposition. Alors, pour cette dernière édition, le thème retenu est « Je t’aime mais j’ai la flemme ». « Cette phrase est de la street-artist grenobloise Petite Poissone. J’ai adoré, je me suis dit que ce serait le thème de cette année et je l’ai invité. »

    Du 4 au 26 avril, pas moins de 78 œuvres de 18 artistes recouvrant des supports différents tels que la peinture, la broderie et la sculpture seront exposés. « L’ADN de ces Journées est de rassembler des gens d’horizons différents et de notoriété variable sur le même thème de l’amour, ce puits sans fond fédérateur qui parle aux gens », souligne Christy Puertolas. Notamment Robert Combas, Victoire et Hervé Di Rosa, Anna Kache, etc. Le vernissage se fera lui en musique, le 3 avril à 18h, avec l’ensemble vocal AMMI. Les dimanches ne seront pas moins animés puisque sont proposés des cours de yoga, de sophrologie, une dictée et des visites guidés.

  • Sylvie Fleury au Mrac de Sérignan, le glamour comme regard sur le monde

    Sylvie Fleury au Mrac de Sérignan, le glamour comme regard sur le monde

    Cette artiste suisse, figure majeure de la scène contemporaine, a exposé dans des institutions internationales comme le musée Guggenheim de Bilbao ou le Kunsthal de Rotterdam, et est présente dans de grandes collections publiques comme celle du MoMA de New York. Elle brouille, depuis plus de trente ans, les frontières entre art et consommation, luxe et critique sociétale. L’Occitanie a encore quelques semaines pour plonger dans son univers.

    Trente ans de création sont aujourd’hui revisités dans un parcours immersif avec « Thunderb ». Son célèbre vaisseau spatial donne le ton. Une fusée, symbole traditionnel de puissance masculine, est ici bleu et rose, nacrée, glossy. Le détournement et l’ironie étant pleinement assumés. Tout autour, des comptoirs épurés sur lesquels reposent des objets du quotidien : un rouge à lèvres, de la poudre… comme posés là par inadvertance. L’ensemble se veut minimaliste, presque discret, avant que certaines pièces ne vous frappent de plein fouet. Des néons multicolores aux slogans hypnotiques des marques de cosmétiques éclairent le parcours. Ses œuvres fascinent parce que l’artiste croise le féminin et le masculin, l’art et la mode, la puissance et la frivolité supposée. Elle met en scène les codes pour mieux révéler leur artificialité. Son travail agit comme un diagnostic visuel de notre société de consommation. Ceci sans qu’elle ne se revendique moraliste.

    « Mon travail est souvent perçu comme une critique, et il l’est en partie. Mais c’est avant tout une observation de ce qui m’entoure, de ce qui me fascine. Je suis attirée par la perfection des surfaces laquées, par l’éclat d’un chrome, par la promesse contenue dans un emballage. Je ne porte pas de jugement, je présente des faits. Le spectateur est libre de ressentir la séduction, l’agacement, ou les deux à la fois. C’est dans cette tension que l’art opère », déclarait Sylvie Fleury lors du vernissage de l’exposition.

    * 146, avenue de la Plage, à Sérignan.
    Ouvert du mardi au vendredi
     10-18h et le week-end 13-18h.

  • Les femmes ont aussi droit à un buste dans l’espace public

    Les femmes ont aussi droit à un buste dans l’espace public

    « Un jour, en 2019, j’étais dans le bureau d’un collègue. Il y avait quatre bustes d’hommes sur un meuble. Je lui ai dit qu’il fallait aussi en mettre de femmes, mais il m’a répondu que ça n’existait pas. Je me suis dit : alors si ça n’existe pas, il faut le faire ! », raconte cette quadragénaire. La graine était semée. Presque cinq ans plus tard, elle germe sous la forme de SoBuste. « Un peu d’argent de côté » a suffi pour se lancer, fin 2024, dans la création de son entreprise pour réaliser des sculptures de bustes de femmes, en complément de son activité principale.

    « Le but est de promouvoir le travail des femmes, les rendre visibles », affirme-t-elle. Pour son étude de marché, elle contacte plusieurs villes. « Toutes me disent que c’est une bonne idée », relève Sophie Dievart, en particulier quand il s’agit de Simone Veil, Marie Curie ou Louise Michel, au milieu d’une « longue liste d’écrivaines, artistes et scientifiques », parmi lesquelles Frida Kahlo, Joséphine Baker, Angela Davis, Hedy Lamarr ou encore Colette. « Ce sont des femmes trop peu visibles, alors que leurs parcours sont incroyables », souligne l’entrepreneure.

    Une partie des ventes dédiée à la cause

    D’emblée, l’initiatrice de SoBuste annonce que, une fois son investissement remboursé, « un pourcentage des ventes sera dédié aux associations féministes et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles », comme la Fondation des femmes, qui redistribue elle-même à d’autres structures, l’AVFT ou au CIDFF.

    Les bustes sont actuellement réalisés en plâtre par une sculptrice partenaire basée en France. « Tout est fabriqué à la main. D’abord en argile, puis on fait un moule en silicone qui sert ensuite à façonner le plâtre », détaille Sophie Dievart. Les pièces mesurent une cinquantaine de centimètres de haut, soit « quasiment la taille qui est utilisée par les institutions », précise-t-elle.

    La Martégale envisage d’installer prochainement son atelier à Martigues, afin de produire des modèles plus petits, « pour mettre au bureau ou chez soi », avec l’idée, à terme, « pourquoi pas d’en faire mon activité principale ». Elle insiste sur un principe essentiel. « Je veux absolument que le buste soit taillé en V, ni accessoirisé, ni embelli, conforme à la réalité », sans poitrine pour « désexualiser le corps de la femme ». Elle imagine déjà la suite : « Et pourquoi pas du bronze ou du marbre, à l’avenir ? », sourit celle qui se voit rester à Martigues, convaincue que « c’est une ville qui offre beaucoup en matière de culture et d’art ».

    Si la collectivité a choisi de féminiser ses rues, Sophie Dievart propose, en somme, de passer à l’étape suivante. L’espace Simone-Veil aura-t-il droit à son buste ?

  • Le travail d’une vie d’Edmond Barrial, au Musée d’art brut de Montpellier

    Le travail d’une vie d’Edmond Barrial, au Musée d’art brut de Montpellier

    Edmond Barrial travaille dans les mines jusqu’à l’âge de 47 ans. De sa retraite jusqu’à sa mort en 2012, cet homme handicapé produit dans l’ombre une œuvre aujourd’hui reconnue par une institution muséale. Un récit qui entre dans l’histoire impressionnante de l’art brut. Exposer son travail est une fierté pour Franck Martin, directeur de l’établissement, qui raconte une découverte presque fortuite. Ce qui le frappe immédiatement, c’est à la fois la dureté du parcours de vie du créateur et la puissance formelle de son travail, réalisé en totale autonomie, hors de tout circuit artistique. Les sculptures sont longtemps restées invisibles, oubliées dans un grenier, transmises de proches en proches, sans valorisation ni appréciation. « Ça aurait pu finir à la poubelle ou chez des brocanteurs pour trois francs six sous », souligne le directeur. Pire encore : « Si personne ne les avait prises, elles auraient été brûlées. Une partie l’a déjà été. »

    Aujourd’hui, une centaine de pièces sont conservées, et une quarantaine sont présentées au public. Des figurines en bois de châtaignier campées sur leurs socles comme des sentinelles. On peut observer des visages aux traits simplifiés, aux yeux exorbités et aux proportions approximatives. Entre autres un soldat en uniforme, poitrine bombée, fusil en bandoulière. Une femme au visage rose vif tenant un seau et un panier, silhouette rigide. Le bois reste souvent brut. On y voit encore les stries du couteau, le grain du châtaignier. Mais le créateur y ajoute des touches de peinture, du rouge éclatant sur un visage, bleu nuit sur un uniforme, jaune d’or sur une couronne ou une coiffe. Comme si ces couleurs signalaient un costume ou une identité. Issu d’un milieu populaire extrêmement dur qu’est la mine et marqué par la maladie et l’invalidité, Edmond Barrial vivait reclus dans un hameau cévenol et travaillait dehors, sans regard extérieur. Il correspond à la définition historique de l’art brut telle que l’a formulée Jean Dubuffet, créateur du terme, pour qui ces créations sont des ouvrages réalisés par des personnes indemnes de culture artistique.

    Isolement et influences populaires

    Pour le directeur, le sculpteur ne créait pas pour être vu. « Il s’est sorti de sa maladie grâce à ça. Quand il n’y avait plus de travail, il a créé. » Son œuvre devient une forme de reconstruction personnelle, presque une échappée face à l’angoisse, à l’isolement et à une vie marquée par la fermeture de la mine. L’histoire raconte qu’il travailla dans la solitude complète jusqu’à sa mort, dans un hameau à population très restreinte. Et pourtant, ses références à Charlie Chaplin, aux nains de Blanche-Neige, à Ben Hur ou à d’autres figures du cinéma populaire sont omniprésentes. « Dans ces villages, il y avait des cinémas en plein air. Il a dû les voir puis recréer », explique le directeur. Entre l’absence supposée de culture et ces influences très visibles, une contradiction se dessine, qui rend l’œuvre d’Edmond Barrial particulièrement fascinante.

    Cette exposition arrive à un moment charnière pour l’art brut. « Ces créateurs “purs”, totalement en dehors des circuits, deviennent extrêmement rares », souligne le directeur. Avec la démocratisation culturelle, Internet, la psychiatrie moderne, il est presque impossible aujourd’hui de créer dans l’ignorance totale du monde de l’art. Edmond Barrial appartient à une génération qui disparaît. Ces autodidactes absolus, coupés de tout, pour qui la création était une nécessité vitale et non un choix esthétique. Reconnaître son œuvre posthume, c’est préserver un pan entier de l’histoire de l’art du XXe siècle. Celui des marges, de ceux qui créaient sans savoir qu’ils faisaient de l’art.

  • Saint-Pierre, ce musée à ciel ouvert

    Saint-Pierre, ce musée à ciel ouvert

    « Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre ! Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons », écrit Charles Baudelaire, tel Charon qui passe sur l’autre rive. Plus de 600 000 de nos chers disparus ont accompli depuis 1854 le dernier voyage pour le cimetière Saint-Pierre. La « ville des morts » dessinée par l’architecte Sixte Rey sur d’anciens domaines bastidaires s’étend sur 63 hectares et veille au repos éternel de 600 000 défunts. Le premier à y être inhumé fut un soldat de la guerre de Crimée du nom de Marie-Joseph Maur.

    La nécropole marseillaise qui succède au cimetière abandonné de Saint-Charles, offre une traversée sociale, historique, politique de la ville. Sa statuaire souvent sacré qui connaît son âge d’or entre 1880 et 1930, suit l’esthétique des grands cimetières italiens sans toutefois atteindre la magnificence du cimetière de Gênes, considère l’historien Michel Vovelle (1933-2018) pour qui le cimetière de « Marseille, par ses dimensions comme par sa nature même, s’inscrit comme un site exceptionnel dans la Provence occidentale ».

    Anciens maires, négociants, académiciens, peintres, militaires, comédiens, sportifs, célébrités du milieu s’y côtoient dans une géométrie des classes sociales avec son carré d’or où le deuil bourgeois s’exprime dans un vocabulaire funéraire fait de pleureuses, d’angelots sculptés, d’emblèmes et de médailles, de couronnes, de plaques, de palmes, etc. L’opulence des chapelles, le luxe ostentatoire des mausolées racontent en miroir la puissance des familles dans la « ville des vivants ».

    L’élite bourgeoise domine au carré 6 sous la pinède. Ce « zonage social » qui épouse le régime des concessions, était recherché par l’architecte Rey « qui a réservé les parties les plus visibles, bordures d’allées et de carrés, aux concessions perpétuelles sur lesquelles s’élèveraient peu à peu les monuments funéraires des notables de la ville », écrit Marie-Odile Giraud de la commission régionale des monuments historiques. Certaines sépultures exceptionnelles méritent une protection patrimoniale et pour certaines des travaux urgents de consolidation. Seule le mausolée du négociant Camille Olive mort en 1876 et dessiné par l’architecte de renom Pascal-Xavier Coste, bénéficie depuis 2014 d’une inscription au titre des monuments historiques.

    Déambulant en ce 2 novembre qui est en réalité le jour des morts qui suit la Toussaint, vous croiserez dans ce panthéon marseillais l’académicien Edmond Rostand, le poète Antonin Artaud, l’actrice Gaby Deslys, l’athlète Jean Bouin et son magnifique bronze ou encore Ray Grassi grandeur nature mort sur le ring. Vous se serez saisi d’émotion devant « le dernier baiser » des époux sur la tombe de la famille Lains dessinée par les sculpteurs Italo Buselli et Henri Raybaud et la statue poignante de la petite fille qui écrit à sa grand-mère.

    Les victimes des Nouvelles Galeries

    Le carré 38 à l’est de la Pinède accueille les dépouilles de 48 des 73 « victimes du devoir et du travail » lors de l’incendie des Nouvelles Galeries sur la Canebière survenu le 28 octobre 1938. Ce sont essentiellement des employés du magasin qui ont été inhumés collectivement le 14 novembre lors d’obsèques solennelles. Une foule immense a suivi le long convoi des 48 cercueils parti du palais Carli, transformé en chapelle ardente, puis a remonté le cours Lieutaud, le boulevard Baille jusqu’au cimetière, encadré par plusieurs régiments d’artillerie. Contre le mur de droite, on trouve les 6 victimes de l’incendie du pétrolier anglais Maryad en décembre 1938 et les 11 morts de l’explosion en février 1942 de l’usine à gaz des Crottes.

  • Des sculptures et des photos pour expliquer la maladie

    Des sculptures et des photos pour expliquer la maladie

    En ce mois d’octobre, dédié à la lutte contre le cancer, le Centre Ressource d’Aix-en-Provence coordonne près de 80 actions en lien avec Octobre Rose. Parmi elles, l’exposition « Next ! ». Jusqu’à la fin du mois, des bustes en plâtre à l’effigie de femmes sculptés par l’artiste Matthieu Faury sont installés pour le grand public et les bénéficiaires des locaux du centre, aux Milles.

    Les quelque 500 bénéficiaires des lieux, comme le public extérieur, sont invités à profiter de l’installation temporaire. C’est l’entreprise vauclusienne CBA Informatique Libérale qui a proposé l’initiative dans un premier lieu. Les œuvres ont été réalisées en coopération avec huit femmes volontaires suivies par l’Institut du Cancer Avignon Provence Sainte-Catherine, où les œuvres sont habituellement exposées.

    Elles sont, par le passé, mises en avant à Paris et Biarritz. Par cette initiative, ce sont des parcours personnels de combat contre la maladie « par le biais d’un prisme humain », précise Stéphane Salord, président du Centre Ressource aixois, qui veut être mis en lumière. « La proposition était singulière et pour la première fois, l’exposition sortait des murs d’Avignon, rapporte Stéphane Salord. Au Centre, nous cherchons à travailler sur la valorisation de la personne, la stimulation psychologique, et à faire attention que les personnes suivies conservent une estime de soi-même. Le traitement contre le cancer peut être très brutal. C’est justement tout un travail de reconstruction qui est mis en avant. L’exposition s’inscrivait dans cette démarche-là. »

    Pour le président du Centre Ressource, « Next ! » s’imbrique parfaitement dans le panel d’activités « d’art-thérapie » proposées par les équipes de cet établissement d’accompagnement.

  • L’œuvre douce-amère de Katia Bourdarel à Marseille

    L’œuvre douce-amère de Katia Bourdarel à Marseille

    « Aux frontières du rêve et du réel, l’univers de Katia Bourdarel mêle le corps et la nature dans un voyage entre lumière et ombre, fragilité et puissance, douceur et chaos », affiche un panneau au rez-de-chaussée du Musée Regards de Provence, qui accueille jusqu’au 15 mars 2026 l’exposition de cette Marseillaise, « De fiel, de miel et de sel ». A priori, une exposition aux saveurs fades. Jusqu’à ce que notre rétine, ne s’accommode difficilement d’une série de toiles qui paraissent être des photographies au réalisme invraisemblable. Mais quelques pas en avant, permettent de voir le détail de ces peintures, parmi lesquelles Damnatio memoriae #9 et Rebelle #1. En vis-à-vis, une statue masquée par des feuillages, et le même item entièrement drapé de blanc. Presque envie de soulever ce voile tant il paraît concret. Entre le fiel et le miel, elle est peut-être là, la pincée de sel.

    « Noirceurs et soleils »

    « Inspirée par des figures mythologiques ainsi que par des textes classiques de Platon et Ovide à Apulée », indique la commissaire de l’exposition, Amélie Adamo, « l’œuvre de Katia Bourdarel nous plonge dans une exploration intime et collective de la métamorphose. Elle résonne avec nos noirceurs et nos soleils, de l’amour à la mort ». Différentes Narcisse et odalisques sont encore bluffantes de détails, tout au long d’un parcours où les nus sont légion, dévoilant chaque pli des corps et du visage. Plus l’exposition se dévoile, plus la clarté laisse place à la noirceur, comme le suggère une nuée de corbeaux suspendus en l’air. Le chemin tout tracé vers les Nocturnes métamorphoses de Katia Bourdarel qui, au son d’une musique crépusculaire, dévoilent des beautés douces-amères, assaisonnées d’un sel qui nous comprime le cœur et les artères.