Tag: Scène nationale

  • Les rois présidentiels sur les planches de Châteauvallon

    Les rois présidentiels sur les planches de Châteauvallon

    On les appelle les rois présidentiels, ou les monarques républicains. Favorisés par une constitution qui leur confère de (trop) larges prérogatives, les présidents de la Ve République n’ont, de De Gaulle à Macron, jamais cessé d’être remis en question par les observateurs de la vie politique et les citoyens pour leur dimension autocratique, plus ou moins assumée, plus ou moins revendiquée.

    C’est ce « régime très vertical », qui a pour effet « d’imprimer la figure présidentielle dans l’inconscient collectif », qui a donné à Léo Cohen-Paperman l’idée d’en faire une série de spectacles : « Le fil rouge de ma carrière, c’est la question du théâtre populaire. Et je me suis dit que les présidents, c’était un support génial pour ça, parce que tout le monde a un affect. On les déteste, on les adore, on a éprouvé des choses pour ces gens », décrit le metteur en scène de 38 ans. Deux autres motivations plus personnelles : la « forte volonté » d’écrire avec l’acteur Julien Campani [qui incarne Jacques Chirac], et celle de rendre hommage à son père, « décédé il y a une petite quinzaine d’années. Il était journaliste, et c’est une manière de poursuivre les discussions que j’avais avec lui », précise-t-il.

    Un projet débuté en 2019 avec le spectacle sur Jacques Chirac, et qui doit s’achever d’ici deux ans par une œuvre finale dédiée à Charles De Gaulle et Georges Pompidou.

    « Traduire l’incarnation du pouvoir en esthétique »

    Cet ensemble prévu pour 2028 racontera l’histoire de « Pompidou jouant sur les ruines de De Gaulle, qui se casse la gueule (sic) en mai 1968. Il y a l’idée que Pompidou a été le premier président après le Général, et qu’il doit donc porter ce costume trop grand ». Si l’Élysée a compté « huit rois » depuis 1958, la série ne comptera, ainsi, que six pièces. « Je mets aussi Hollande et Sarkozy ensemble », explique Léo Cohen-Paperman. « Je trouve qu’ils se répondent bien. Ils n’ont pas été réélus, ce sont les derniers présidents de l’alternance gauche-droite, avant les dix ans de Macron. Et parce que je trouve qu’ils ont tous deux ouvert la page de la question identitaire sur le plan politique. »

    Chaque pièce, indépendante des autres, même s’il existe « des échos entre chacune d’entre elles », possède son propre style, dans une volonté de « traduire une incarnation du pouvoir en esthétique artistique », appuie l’auteur. « J’ai choisi, de manière très instinctive, car ça correspondait à leurs mandats selon moi, l’opéra pour De Gaulle et Pompidou, la tragi-comédie pour Mitterrand, le stand-up pour Sarkozy, le clown pour Hollande, la comédie onirique pour Chirac, le théâtre de vaudeville pour Giscard, la science-fiction pour Macron. Ce sont des genres populaires, des comédies accessibles et humoristiques. »

    La dernière citée, intitulée La thérapie d’Emmanuel Macron, connaîtra ses premières représentations du 3 au 9 novembre à Toulon, où l’artiste et ses comédiens seront en résidence jusqu’à la fin du mois d’octobre. Avant cela, La Vie et la mort de J. Chirac, roi des Français et Génération Mitterrand sont jouées au théâtre Liberté en cette fin de semaine, avec une intégrale, ce samedi (18h). En espérant que le neuvième roi (ou reine) élu en 2027 puisse aussi nous faire rire.

    Programmations et réservations sur chateuvallon-liberte.fr

  • Châteauvallon-Liberté s’exporte dans le quartier de la Beaucaire

    Châteauvallon-Liberté s’exporte dans le quartier de la Beaucaire

    Dans un monde idéal, l’art n’a pas de frontières. Dans le monde réel, il ne parvient pas toujours jusqu’à une part de la population. Le décloisonner est donc l’une des principales missions de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, la culture se voulant être, par essence, un prérequis à la démocratie.

    Dans cette optique, et car Châteauvallon, comme le théâtre Liberté, ne sont pas des lieux faciles d’accès, tant géographiquement que symboliquement, c’est la scène nationale qui doit parfois venir à la rencontre des habitants de son territoire. Depuis trois ans, elle organise l’opération « Quartiers en liberté ». Après une première édition à Sainte-Musse, puis une deuxième au Pont-du-Las, c’est à la Beaucaire qu’elle a lieu, cette année. Depuis mardi, la compagnie arlésienne de cirque aérien Gratte ciel, qui a notamment participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, y a posé ses valises pour une résidence artistique d’une semaine.

    Déambulation artistique et spectacle dimanche

    Un rendez-vous préparé en amont. « Avant d’arriver, les artistes ont assisté aux réunions de quartier, rencontré les associations, se sont rendus dans les écoles, explique Tiphaine Samson, directrice des programmations de Châteauvallon-Liberté. Ensuite, pendant une semaine, ils organisent ateliers et rencontres pour aboutir à un grand rendez-vous, un spectacle préparé avec une vingtaine d’habitants, dimanche, auquel tout le monde est convié. »

    Depuis mardi, des mats culminant à plusieurs mètres de haut, des cerceaux et des draps suspendus côtoient des ateliers peinture et chants dans les jardins désaffectés de l’ancienne CAF, avec en toile de fond les immeubles qui se fondent parfaitement dans ce cadre vertical. Tout en préparant la déambulation artistique qui aura lieu en amont du spectacle dominical, petits et grands se rompent aux joutes de disciplines spectaculaires. « Ce sont des publics a priori non conviés, dans des espaces non dédiés, avec des dimensions non conventionnelles. La grande hauteur n’existe pas dans les espaces intérieurs comme les théâtres. Donc l’espace public, c’est une autre relation au public », décrit Camille Beaumier, codirectrice de la compagnie Gratte ciel. Une façon, aussi, de sortir de sa zone de confort pour Stéphane Girard, l’autre codirecteur, qui y voit une métaphore puissante : « Le cirque veut aussi dire prendre des risques et avoir peur. Et cela est éminemment politique, c’est un business pour ceux qui voudraient faire croire que, parce que nous avons peur de l’autre, il faut fermer les frontières. Or, ici, on ouvre les portes parce que la peur fait partie de l’apprentissage citoyen. »

    Naoufel, animateur dans un centre aéré de la ville, qui observe les enfants prendre de la hauteur tels des circassiens de la première heure, acquiesce : « D’habitude, on leur propose plutôt des activités sportives. Là, ils découvrent des activités auxquelles ils ne sont pas habitués, et se rencontrent, créent du lien par la même occasion car ils ne se connaissent pas forcément. » Il a déjà eu l’occasion de participer à des ateliers de Châteauvallon hors les murs étant plus jeune. « J’habitais à Sainte-Musse. Chaque année, il y avait un événement, et on l’attendait avec impatience, se rappelle-t-il. Mais le plus souvent, c’était nous qui allions à Châteauvallon. C’est un grand du quartier qui organisait cela. Ce sont de bons souvenirs, et aujourd’hui, c’est moi qui fais découvrir ça à mes enfants. »

    Gageons que la transmission continuera de se faire, et que cette bulle artistique de quelques jours suscitera l’envie de monter quelques centaines de mètres plus haut, encore, pour prendre place dans le mythique amphithéâtre de pierre de Châteauvallon.

    Rendez-vous devant les anciens Jardins de la CAF – la Beaucaire, à Toulon, dimanche à 15h30, pour la déambulation artistique, suivie du spectacle intitulé « Tawa en Liberté »

  • Sur la scène du Zef, saison contrainte mais combative

    Sur la scène du Zef, saison contrainte mais combative

    « Comme bien d’autres lieux culturels, on a aujourd’hui beaucoup moins de moyens. Nous avons donc dû resserrer la programmation, aller à l’essentiel », amorce Francesca Poloniato lors de la présentation de saison 2026-27 du Zef. Résultat : « 70 à 80 000 euros en moins sur le budget », notamment induits par la Région et l’État, et « 10 spectacles en moins », résume la directrice de cette scène nationale de Marseille, en poste depuis 2015, qui a annoncé partir à la retraite à l’issue de cette saison. « Je partirai avec le sentient d’avoir donné le meilleur de moi-même », rappelle-t-elle avant que des applaudissements nourris ne saluent son dévouement de 12 ans. Loin de se satisfaire des baisses de subventions, Francesca Poloniato estime que ces contraintes budgétaires « nous ont poussés à nous interroger sur ce que nous avions vraiment envie de défendre ». Illustration dès les 7 et 8 octobre au Merlan avec Le paradoxe de John. Conçue et mise en scène par Philippe Quesne, dans le cadre du festival Actoral, une pièce qui se demande « à quoi sert l’art dans notre vie ».

    Multiplicité des arts

    Fidèle à son ADN, le Zef suit toujours le fil rouge de la danse. Des Murmures de la forêt chorégraphiés par Nathalie Pernette aux danses altruistes d’Ambra Senatore (Le moulin des autres), en passant par les Braises sur lesquelles souffle Michel Kelemenis ou Lullaby shot, « lâcher prise militant et libérateur » de Leïla Ka, en collaboration avec l’Association de promotion de l’Espace culturel Busserine. La saison sera aussi traversée par le cinéma et la musique, mais surtout le théâtre. Parmi les propositions, des créations de « la bande du Zef » comme Le rituel du verre d’eau, enquête d’Anaïs Allais Benbouali autour des couples franco-algériens dont elle est elle-même l’un des fruits, ou encore la comédie musicale de Myriam Marzouki, Violetta ne veut plus mourir dans la dernière scène.

  • Le Cratère sort de la Prairie pour animer la ville

    Le Cratère sort de la Prairie pour animer la ville

    Après une saison passée sous un chapiteau, travaux sur le bâtiment du Cratère obligent, la scène nationale relance son festival hors les murs Cratère Surface avec trois jours de spectacles dans les rues d’Alès. Si le but est d’animer la ville et d’apporter la culture au plus près des habitants, Cratère Surface se voit aussi comme « une plateforme de visibilité et d’export de la création régionale et nationale des arts de la rue », dixit Olivier Lataste, directeur du Cratère.

    Ce sera notamment le cas pour le spectacle de danse Amin de la compagnie Dyptik, place de l’Hôtel de Ville (les 3 et 4 juillet), où six danseurs vont s’exprimer autour d’un radeau échoué, entre hip-hop et musique traditionnelle.

    Autre moment fort : la compagnie Out of the blue, qui avait installé son aquarium dans la grande salle du Cratère en 2022 revient, non pas à deux mais à quatre, pour deux représentations au bord du Gardon. Entre les traditionnelles animations de fanfares, le cirque sera aussi à l’honneur sur les berges du Gardon (3 et 4 juillet), entre danse au bout d’une perche et acrobaties à plusieurs mètres de hauteur. Toujours impressionnants, les spectacles sur la roue giratoire seront à découvrir au parc du Colombier (3 et 4 juillet).

    Pays basque à l’honneur

    Chaque année, Cratère Surface met aussi la tradition des arts de rue d’un pays à l’honneur. Cette année, c’est le Pays basque qui a été choisi, avec la présence de sept compagnies dont trois qui effectueront leur première en France et deux présenteront une nouvelle création. Elles allieront ainsi cirque, danse, musique live, bal traditionnel, marionnettes, théâtre, mapping vidéo et même pyrotechnies. « Le Pays basque a une vitalité d’arts de rue très forte. L’Allemagne ou les Pays-Bas par exemple n’ont pas le niveau de la Catalogne ou du Pays basque concernant les arts de rue. C’est pour cela que nous voulions les mettre à l’honneur », explique Olivier Lataste.

  • Châteauvallon va tourner une page pour sa saison 2026-2027

    Châteauvallon va tourner une page pour sa saison 2026-2027

    Un parfum inhabituel flottait sur Châteauvallon lundi soir, lors de l’annonce du programme de la saison culturelle 2026-2027. Celui de la fin d’un règne qui lui a permis d’obtenir le titre de scène nationale en 2015 et de devenir la deuxième plus importante du pays. Cela, quatre ans après la création du théâtre Liberté, dans le centre de Toulon, un pourvoyeur de culture dont la 12e ville de France avait cruellement besoin.

    Dans le décor gréco-gallo-romain de l’emblématique amphithéâtre extérieur, Charles Berling, directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, a ainsi procédé à sa dernière ouverture de saison culturelle, devant une foule digne de ses plus belles soirées, venue saluer celui qui rendra les clés de ce haut lieu de la culture française en août, après 16 années de bons et loyaux services.

    « C’est une décision mûrement réfléchie, difficile, mais profondément sereine », assure le principal intéressé, dont on ne connaît pas encore le successeur, mais qui reviendra sur ses terres le 7 octobre, pour jouer et mettre en scène Lost and Found, une pièce du dramaturge suédois Lars Norén. « Difficile car ces 16 années ont constitué une des aventures les plus passionnantes de ma vie. Sereine car l’institution doit se renouveler et se transmettre aux générations qui viennent. » Cet infatigable perfectionniste s’en va avec le sentiment du devoir accompli : « En fondant le Liberté en 2010, avec mon frère Philippe, nous avions une ambition simple : faire une maison en centre-ville, populaire, artistiquement exigeante, mais ouverte à tous. Aujourd’hui, en regardant derrière, je vois des milliers de spectateurs, des centaines d’artistes. Je vois des salles pleines de vie, des moments de partage. Je vois surtout une aventure collective. Rien n’aurait été possible sans les équipes qui m’ont accompagné. »

    « La culture est une nécessité démocratique »

    Mais plus que les concrétisations matérielles, Charles Berling retiendra l’engagement, dans la droite lignée de l’esprit historique des lieux : « Ce dont je suis le plus fier, c’est ce que nous avons défendu. Dans une époque souvent traversée par les peurs, les replis, nous avons essayé de faire vivre ici les valeurs qui font notre République. Nous avons défendu la diversité des points de vue, nous avons défendu et voulu le dialogue, la création, l’idée que la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité démocratique. Je crois profondément que cette mission demeure plus essentielle que jamais. »

    Un postulat que Châteauvallon-Liberté continuera d’affirmer cette saison. Tout d’abord grâce à la reconduction du programme « Quartiers en Liberté », lancé il y a trois ans en partenariat avec la Ville de Toulon pour « apporter la culture dans la métropole et montrer que ce n’est pas un truc élitiste et barbant », appuie Charles Berling. Après Sainte-Musse et le Pont du Las, c’est la Beaucaire qui bénéficiera d’un projet participatif porté par la compagnie Gratte Ciel, intitulé « Tawa en Liberté ». Deux ateliers auront lieu les 29 septembre et 2 octobre, pour une restitution le 4.

    Ensuite, par la poursuite de son soutien à l’Opéra de Toulon, en travaux jusqu’à fin 2027. Une manière, par la même occasion, de décloisonner cet art, avec l’accueil de plusieurs représentations, dont Madame Butterfly de Puccini, les 26, 28 et 30 juin, en inauguration du Festival d’Été, et Don Giovanni de Mozart en juin 2027.

    Enfin, à travers ses « thémas » et festivals comme toujours éclectiques, mais surtout engagées et pédagogiques. La théma « Le Pouvoir ? », d’octobre à décembre, interrogera sur cette notion et son exercice. Avec au programme, entre autres, la saga Huit Rois, de Léo Cohen Paperman, qui met en scène avec humour et différentes formes théâtrales les présidents de la Ve République. La pièce Magistral.e.s d’Alexandra Cismondi offrira quant à elle une grande fresque judiciaire participative invitant à imaginer la dialectique homme-femme de demain, à travers un procès fictif dont les spectateurs seront les jurés. Citons également le festival In&Out, du 24 novembre au 4 décembre, qui incarnera, comme chaque année, un espace de réflexion des luttes féministes, antiracistes et LGBTQIA+.

    Programmation complète sur chateauvallon-liberté.fr

  • Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Nouvelle saison, nouvelle programmation, mais toujours la même exigence. Alors que le Théâtre des Salins, qui fait partie des 78 établissements labellisés « scène nationale », ferme ses portes pendant l’été, sa secrétaire générale, Joanna Boutté, se réjouit des résultats de l’année écoulée, avec près de « 90% de remplissage sur l’ensemble des spectacles ».

    Son équipe présente désormais la saison à venir. Dans le marasme ambiant, entre la précarisation des intermittents du spectacle, les difficultés auxquelles font face les productions, l’émergence ardue de nouveaux talents, elle « refuse de baisser les bras », fidèle à son engagement pour le « service public de l’art et de la culture ».

    En 2026-2027, le public pourra donc voir 40 spectacles, dont 15 créations, traversant le théâtre, la danse, le cirque, la musique et des formes hybrides. Comme toujours, une grande place est laissée à la jeunesse avec 12 spectacles accessibles aux enfants, à l’instar de Du bout des doigts, un ballet à quatre mains filmé en direct sur scène, ou des doigts traversent l’histoire de la danse ; ou de Frasques, où les acrobates de la compagnie Galactik Ensemble « chutent, se relèvent, dans un monde en perpétuel déséquilibre », raconte Joanna Boutté.

    Un focus sur la création grecque

    La saison s’ouvrira le 3 octobre sur une soirée cabaret, animée par quatre formations, entre effeuillage, cancan, paillettes et music-hall. En cette année de Biac 2027 (Biennale internationale des arts de cirque), le Théâtre des Salins propose d’explorer un large panorama de la création circassienne contemporaine. À l’affiche : les acrobates du collectif XY, reconnus pour leur spectaculaire maîtrise des portés, Nadine O’Garra, qui convoque le rapport aux écrans dans Amour au temps de l’algorithme, ou encore Cirque Le Roux, avec sa dernière création Nature morte, au croisement du cirque, du théâtre physique et la composition visuelle.

    Côté musique, Walid Ben Selim chantera de grands textes de la poésie arabe, en écho à l’exposition du musée Ziem consacrée à Ernest Pignon-Ernest dans l’écrin dans la chapelle de l’Annonciade, « avec une petite jauge » pour « un moment privilégié », souligne Joanna Boutté. Thibault Cauvin, guitariste le plus primé au monde à 20 ans qui a tourné avec M, présentera Alter Ego, inspiré de ses voyages aux quatre coins du monde.

    Au programme également, un focus sur le meilleur de la création grecque, qui mettra en valeur une nouvelle génération d’artistes : Mario Banushi avec sa pièce sensorielle d’une puissance rare Mami, salué au festival d’Avignon l’an dernier ; le chorégraphe Christophe Papadopoulos avec My Fierce Ignorant Step, interprété par dix danseurs qui feront corps dans leur pluralité ; et Anna Lemonaki avec son spectacle de théâtre performatif, à cheval entre cabaret et récit auto-fictionnel, Bleu.

    La danse occupera une place centrale, avec des artistes majeurs de la scène internationale, à l’instar de Wim Vandekeybus, qui viendra célébrer les 40 ans de sa compagnie Ultima Vez avec le spectacle qui a « révolutionné la chorégraphie contemporaine dans les années 1990 », What the body does not remember.

    Côté théâtre, enfin, les spectateurs pourront notamment découvrir Orlando, mis en scène par Katia Ferreira d’après le roman de Virginia Woolf ; le diptyque familial entre règlement de comptes et comédie romantique Fête des mères d’Adèle Royné et Vincent Gardet ; ou Tellement sympa, une pièce qui brise l’omerta autour des violences faites aux femmes au sein de la communauté sourde.

    Une nouveauté à noter : la première édition du festival Vice Versa. Pendant deux semaines, en mars, les spectateurs seront installés au cœur du plateau pour une expérience immersive au plus près des artistes, avec une jauge resserrée.

  • « Les petites filles modernes », conte fantastique à Martigues

    « Les petites filles modernes », conte fantastique à Martigues

    Elles ont tant fait parler d’elles au point de truster le plus de nominations à la 37e cérémonie des Molières, prévue ce lundi 4 mai, parmi lesquelles celles du Molière du théâtre public ou celui du metteur en scène. Signées Joël Pommerat, Les petites filles modernes (titre provisoire) étrenneront peut-être ces récompenses les deux jours suivants au Théâtre des Salins, où se déploie ce conte fantastique dans le sillage de deux jeunes filles « obligées de déjouer les lois du monde réel et de s’affranchir de celles des adultes pour vivre leur pacte d’amitié qu’elles veulent indestructible », comme le résume dans sa note d’intention l’homme de théâtre.

    « Magie de l’enfance »

    Après son Petit chaperon rouge ou Cendrillon, le dramaturge « poursuit son exploration de l’enfance » avec Les petites filles modernes, indique le programme des Salins, au sujet de cette pièce qui raconte « la magie de l’enfance et puise dans le surnaturel la force d’aborder des réalités parfois inconcevables ». Récits enchevêtrés façon poupée russes autour de ces deux « très jeunes filles », « une histoire qui parle d’amour, au sens large, au sens où l’amitié serait de l’amour mais le vrai propos serait plutôt la peur et la colère », expliquait Joël Pommerat il y a un an, avant la première de son dernier-né. Selon lui, un spectacle « en contre-pied » de sa Cendrillon « qui déconstruisait franchement les notions de merveilleux et de surnaturel alors qu’ici, je les prends au sérieux sans parodie, au premier degré ».

  • Charles Berling : « La scène nationale doit rester un service public »

    Charles Berling : « La scène nationale doit rester un service public »

    La Marseillaise : Après 15 années passées à Châteauvallon, vous avez décidé de prendre votre retraite. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

    Charles Berling : Je pense que 15 ans c’est bien. Cela fait très plaisir d’avoir construit quelque chose, mais il est temps de passer la main. C’était en même temps une grande joie et une charge, avec plein de devoirs. Je n’étais pas directeur avant, je ne le serai pas après. Je veux continuer ma carrière artistique, ce qui était le deal au départ, même s’il a parfois fallu faire des choix. Je retourne à ma liberté, car quand on dirige une scène nationale, on a une responsabilité publique et sociale très forte. Quand on est artiste aussi, mais ce n’est pas la même chose. Je ne suis pas pour la direction à vie. Je crois qu’en démocratie, il faut que le pouvoir tourne.

    Quel bilan tirez-vous de votre gouvernance ?

    C.B. : On a commencé en 2010, on a créé le théâtre Liberté. On est devenu scène nationale en 2015, sous la direction de Christian Tamet. Je suis très heureux et fier, d’avoir noué une relation de confiance avec un large public. D’avoir participé à une sorte d’émancipation de la métropole toulonnaise, qui l’a vue sortir de son enclave entre Marseille et Nice depuis les années 2000. Et je suis très heureux d’avoir bâti, avec la soixantaine de personnes qui composent l’équipe, une hiérarchie plus horizontale qu’habituellement. Cette équipe est autonome, responsable, passionnée. Je suis également très heureux d’avoir été vers tous les publics, dans les quartiers, d’avoir rempli ce qu’est la signature d’un service public. On a aussi lancé le festival LGBT+ « In&Out », qui a ramené la gay pride à Toulon. J’ai connu Toulon il y a longtemps. C’était un désert culturel, on allait à Marseille, Avignon… Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

    Si vous ne deviez conserver qu’un souvenir, lequel serait-ce ?

    C.B. : Ce serait dommage de n’en garder qu’un, mais je dirais l’inauguration du théâtre Liberté, avec Fanny Ardant, le ministère de la Culture, Falco… Fanny m’avait dit : « La première chose que tous ces officiels vont faire, c’est regarder du théâtre et écouter Marguerite Duras. » Ça me restera, c’était une très belle inauguration, un très beau souvenir. Mais on en a tellement, un magnifique festival d’été, les 60 ans de Châteauvallon, avec le film réalisé par des enfants. Pour moi, la jeunesse d’aujourd’hui doit imaginer les 60 ans à venir de Châteauvallon-Liberté. Ça m’a bouleversé, et je crois que c’est ce qu’il faut que nous fassions plus dans la société : croire en les enfants.

    Comment voyez-vous en l’avenir pour Châteauvallon ?

    C.B. : Dans des lieux où on fait du spectacle vivant, on peut faire du business. Mais la première chose, c’est qu’il faut qu’une scène nationale reste un service public, vecteur de lien social. Elle ne doit pas rentrer dans la violence du mercantilisme et du business. Avoir fait de la culture un service public, c’est l’exception culturelle française. À l’heure des réseaux sociaux, il est fondamental que nos lieux fassent la différence, car ce n’est pas du virtuel. Je veux que Châteauvallon-Liberté continue de se développer dans cette relation magnifique entre ville et campagne, mais au sein d’un service public. Il ne faut pas vendre son âme, il ne faut pas vendre Châteauvallon. Et aussi la Cité des sciences et de la Nature. On a besoin de marier les arts, les sciences et le soin de la nature. Châteauvallon doit rester au cœur de cette ambition, et que des jeunes s’en emparent pour continuer de défendre ce supplément d’âme, non pas comme un business mais comme un bien commun.

    L’avenir de la culture est menacé, avec des financements en chute libre et un mouvement réactionnaire qui vise à le défaire. Êtes-vous inquiet ?

    C.B. : Oui, car quelque chose de très irrationnel se produit. Des gens votent pour des politiques qui les arnaquent totalement. C’est un rapport au totalitarisme qui est délirant pour moi. Je ne comprends pas comment les Américains pauvres peuvent faire confiance à Trump, alors qu’ils sont en train de se faire voler comme le dit Robert de Niro. C’est pareil en France avec le RN, qui prétend s’appuyer sur le populaire, le social, mais qui est soutenu par des Bolloré, des Stérin, qui manipulent avec de l’information abominable. C’est comme un torrent de boue qui nous arrive dans la gueule (sic) et on a nos petits canoës pour essayer de remonter le courant. Mais en même temps, quand on mène des événements participatifs, et qu’on voit cette population française très diversifiée qui a la volonté de raconter la nation ensemble, ça donne du baume au cœur. Certaines chaînes TV font de la désinformation à dessein, ou en tout cas appuient sur les mêmes boutons à des fins électorales. La population est beaucoup plus unifiée et forte qu’on le dit. Mais il y a à nouveau un affrontement direct entre des forces réactionnaires, fascistes, et des forces progressistes. Il faut se battre de façon positive en essayant de bâtir ensemble.

    Quels sont vos projets pour les années à venir ?

    C.B. : Je suis Varois, Toulonnais, je vais continuer à l’être. Je vais continuer de traîner par là dans les deux ans qui viennent, y compris au théâtre, puisqu’on a produit des spectacles qui tournent beaucoup. Après, je vais pouvoir tourner un peu plus au cinéma et à la télé mais je vais travailler et rester dans la région tant que je le pourrai. Ce n’est pas une rupture, même si je laisse la place à d’autres pour la direction, en espérant que ce sera quelqu’un qui continuera à respecter le passé de l’institution, pas un Bolloré (rires).

  • Océan sensibilise les collégiens sur la question du genre

    Océan sensibilise les collégiens sur la question du genre

    Le sexe et le genre : deux choses très connexes mais qui ne sont pas exactement les mêmes. Le sexe est ce qui est déterminé biologiquement. Le genre, c’est la culture, l’ensemble des rôles, comportements et représentations d’une société. » C’est en ces mots qu’Océan introduit sa « Petite Conférence », que l’on pourrait qualifier d’ébauche de son futur spectacle (qu’il jouera à partir de mars 2026) adaptée à un jeune public sur proposition de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, coproducteur de son spectacle.

    Détruire les idées reçues

    Pendant près d’une heure, l’artiste de 48 ans, qui a fait son coming out trans en 2018, répond, dans un discours emprunt de sociologie, de biologie, d’histoire et d’anthropologie, à un certain nombre de questions liées au genre et à la transidentité, en se mettant à hauteur de vue d’un adolescent de 14 ans. Définition de termes tels que « LGBTQIA+ » ou « cisgenre », récits historiques concernant des personnes transgenres (à l’image de Jeanne d’Arc, pourtant « symbole de l’extrême droite », tel qu’il le souligne) et des sociétés non-binaires, transposition des questions de genre au milieu du sport… Océan a balayé un large spectre, terminant sa représentation par une comparaison entre animaux et humains, tant sur le plan biologique que sexuel, de nombreuses espèces (comme le lion, certains poissons, le manchot…) ne pouvant être considérées comme cisgenres et hétérosexuelles.

    Objectif : faire comprendre que le genre est un construit social, et pas un fait uniquement biologique. « J’ai nourri cette conférence en écrivant mon spectacle. C’est de la vulgarisation scientifique, je voulais faire une sorte de boite à outils », détaille l’artiste. « L’idée est d’avoir un spectacle pédagogique et ludique, notamment dans des régions où on vote RN [sourire]. Et pour des jeunes aussi, qui n’ont pas accès au théâtre ou à ces infos. » D’autant plus intéressant pour détruire les préconçus : « On a pris des arguments récurrents : “c’est la mode”, “ça n’existait pas avant”… Vous voulez aller sur ce terrain ? Allons-y ! Cela donne aussi des ressources aux personnes queers, ce sont des discussions importantes pour leur donner de la force. »

    Du côté du collège, Céline Lico, professeure de français au collège et référente égalité et culture, se réjouit de cette intervention, qui « a confronté les élèves au spectacle vivant et aux questions de genre, abordées de manière très ponctuelles dans les programmes. C’était quelque chose qui n’était pas possible avant et qui a marginalisé beaucoup de monde. Les élèves ont besoin d’être représentés dans leur diversité. Nommer les choses c’est les faire exister ».

  • Les Atypiques : du théâtre là où on ne l’attend pas

    Les Atypiques : du théâtre là où on ne l’attend pas

    Fondé par les Amis du Théâtre Populaire d’Alès, en quelques années, le festival les Atypiques est passé maître dans l’art de dénicher les jeunes talents.

    « Nous programmons des compagnies qui ne pourraient pas être programmées par une scène nationale. Notre ambition a toujours été de nous démarquer du théâtre institutionnel pour montrer aux Alésiens et aux gens de la région quelque chose d’un peu différent, tant sur la forme que sur le fond », explique Michel Boissier, président des ATP, qui a souvent eu le nez creux. « Au fil des ans, on a eu les premières mises en scène de jeunes artistes prometteurs, comme Olivier Py, Jérôme Deschamps (les Deschiens), Sylvain Maurice, ou encore Jacques Osinski », ajoute le passionné.

    Avec huit de ses camarades, l’homme arpente les théâtres tout au long de l’année pour sélectionner, sur près de 120 représentations, les spectacles les plus adaptés à la ligne des ATP. Un travail pas si simple vu la conjoncture… « Les metteurs en scène hésitent à aller vers des productions irrévérencieuses ou en dehors des clous, parce qu’ils veulent être sûrs de pouvoir les jouer », confie Michel Boissier.

    En plus de ce flair remarquable, l’association s’est aussi donné pour mission de faire du théâtre hors les murs et de briser la distance entre le public et la scène. « Nous jouons dans les arrière-salles de café, à l’amphithéâtre de l’école d‘infirmière, dans le hall de la gare et les salles municipales… Tous les lieux où vont les gens qui ne vont pas au théâtre ! », détaille-t-il. Et à chaque fois, l’équipe fait en sorte de rester sous la barre des 130 places pour être certaine de conserver cette proximité entre les comédiens et leur public.

    Au programme

    Aidée par les moyens techniques de la scène nationale du Cratère, la 27e édition des Atypiques proposera donc sept spectacles du 7 novembre au 5 décembre.

    Les festivités démarreront avec « Les Cathares, un destin inachevé », par Olivier Robert (à l’espace Pelico, à Anduze). Le 12 novembre, l’auditorium de Rousson accueillera « Le retour aux souches », d’après Marc Favreau dit Sol. À Cendras, le 14 novembre, la salle Biosphera présentera « Rossignol à la langue pourrie », de Jehan Rictus. Suivront ensuite « On n’a pas pris le temps de se dire au revoir », de Rachid Bouali (le 19 novembre, à l’Espace La Fare Alais à Saint-Martin de Valgalgues), « Classement sans suite », de Luca Franceschi (Le 21 novembre à la Maison de l’eau, d’Allègre-les-Fumades), « Le repas des gens », de François Cervantes (les 27 et 28 novembre, deux dates exceptionnellement co-accueillies par le Cratère d’Alès), et « La dette », de Franck Chevallay (le 5 décembre au bar le Prolé).

    * Les spectacles ont lieu à 20h30. Billetterie disponible sur le site des ATP d’Alès. 6 à 10 euros.