Tag: sauvetage en mer

  • Un exercice de sauvetage de force majeure sur un ferry

    Un exercice de sauvetage de force majeure sur un ferry

    « Mayday ! Mayday ! Nous signalons un départ d’incendie dans la salle de barre avec des blessés. Et nous avons perdu notre capacité de manœuvre ! » Aux alentours de 9h, dans la salle de pilotage du ferry, le commandant Nicolas Chatot contacte le centre de contrôle de la préfecture maritime. Le préfet déclenche alors le dispositif de sauvetage Orsec de niveau 3, c’est-à-dire le niveau maximal. Dans quelques minutes, des renforts humains et matériels vont arriver de la mer et des airs. Tout ceci pour un exercice grandeur nature.

    Conditions réelles

    Mais les conditions, elles, sont quasi réelles. Dans le garage qui fait office de théâtre d’un feu, des mannequins entassés et des marins-pompiers, acteurs d’un jour, recouverts de faux sang, certains plâtrés, d’autres sous perfusion. Dans ce scénario, vingt victimes sont à déplorer, certaines gravement blessées. Trois nécessitent une évacuation d’urgence. L’atmosphère de grande concentration des équipes de pompiers contraste avec le chaos des corps au sol. Mais il faut du renfort pour maîtriser le feu (fictif) qui se déploie tout en secourant les victimes. Les pompiers vêtus de lourds uniformes (20kg au total) éteignent le feu et évacuent les blessés, qui sont pris en charge par des soignants au Point de rassemblement des victimes (PRV) improvisé sur place, dans une zone du parking. Le temps presse, l’exercice demande une grande coordination entre les différentes équipes, afin de sauver tous les passagers.

    En parallèle de l’action dans le garage souterrain, des équipes de renfort arrivent de toutes parts. Et là encore, la coordination prime. Une embarcation du bataillon des marins-pompiers de Marseille s’approche du ferry. Au même moment, un hélicoptère de la Marine nationale, avec à son bord l’Équipe d’évaluation et d’intervention (EEI), arrive depuis Hyères. Il tourne plusieurs longues minutes autour du Paglia Orba. L’hélicoptère se rapproche à grand bruit du point d’hélitreuillage et fait descendre un à un les membres d’équipage, créant des rafales de vent. Il repart au bout d’une dizaine de minutes. Quelques instants plus tard, un deuxième hélicoptère du Samu fait descendre des soignants. Tous se rendent en courant sur le lieu de l’incident. En une trentaine de minutes, le feu est éteint et les blessés sont pris en charge. Une victime se fait hélitreuiller en civière par le Samu, pour être emmenée à l’hôpital d’urgence.

    Au même moment, une deuxième action a lieu. En effet, le ferry a besoin d’assistance pour être remorqué jusqu’au port maritime de Marseille, son point de départ. C’est la mission de l’Abeille Méditerranée. Ce bateau est un remorqueur d’intervention d’assistance et de sauvetage (Rias). Son petit volume contraste avec l’immensité du ferry, de plus de 200 mètres de long. Mais il ne faut pas s’y fier : sa puissance de tractage lui permet de remorquer les plus gros navires. Pour l’exercice, le tractage ne s’effectuera pas sur tout le trajet du retour.

    Un exercice nécessaire

    La situation est maîtrisée, les derniers blessés légers sont pris en charge. C’est au tour de l’Équipe d’évaluation et d’intervention de jouer, afin de contrôler l’état du navire. La pression peut enfin se relâcher. « Sur ce genre d’exercice, les conditions sont réalistes. C’est nécessaire de s’entraîner sur des missions de cette ampleur pour travailler la coordination entre les équipes », explique Tony, matelot des marins-pompiers de Toulon. « Comme en conditions réelles, on doit faire face à des imprévus et réagir en conséquence. » Ce type d’exercice est exceptionnel par le nombre d’équipes déployées. Il est réalisé une fois par an. « Mais évidemment, nous nous entraînons toute l’année sur des missions de sauvetage en mer de plus petite ampleur. »

    En passerelle, le commandant du ferry, Nicolas Chatot, se réjouit du déroulement de l’exercice : « On a observé une réactivité sans faille. C’est important avant la saison qui arrive. » Emmanuel, capitaine de corvette et représentant de la Marine nationale, ajoute : « Nous nous entraînons aussi sur des missions de crash aérien, c’était le cas l’an passé, mais aussi à du contre-terrorisme. » Les professionnels se préparent au pire pour le jour J, tout en ayant conscience que chaque situation reste imprévisible.

  • Catherine Chabaud inaugure la salle opérationnelle du Cross Med et annonce un décret sur la sécurité maritime

    Catherine Chabaud inaugure la salle opérationnelle du Cross Med et annonce un décret sur la sécurité maritime

    La campagne de sécurité des loisirs nautiques a débuté il y a trois semaines en Méditerranée. Et comme chaque année, les enjeux sont importants dans une zone de 115 000km² et de plus de 2 000km de côtes qui connaît une recrudescence des opérations (+13% l’été dernier, +6% sur l’année) et des alertes en mer (5 700 en 2025, année record) eu égard à l’augmentation du nombre d’usagers et de pratiques.

    C’est pourquoi le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Méditerranée (Cross Med) renforce ses capacités de surveillance avec la création d’une nouvelle salle opérationnelle, inaugurée par la ministre de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaud, mardi. Un outil doté d’un « espace dédié à la gestion de crise et à la décision, permettant d’être en lien avec les différents échelons et les préfectures », et « de garantir la continuité opérationnelle en menant de front plusieurs opérations », explique Christophe Lenormand, directeur interrégional de la mer Méditerranée.

    Priorité à la prévention

    Grâce à cette salle, dotée de 8 postes, il devient possible de traiter jusqu’à 60 opérations par jour. Et les capacités peuvent augmenter si besoin grâce à une seconde salle – affectée en temps normal à la formation – dotée de trois postes, qui prend le relai des opérations courantes en cas de passage en plan d’organisation de la réponse de sécurité civile (Orsec), en situation d’urgence.

    Après cette inauguration et une démonstration d’hélitreuillage par la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), Catherine Chabaud s’est exprimée au sujet des grandes priorités de la saison. Avec, comme premier volet, celui de la prévention et du développement de la « culture du risque », particulièrement d’actualité après un week-end de la Pentecôte marqué par au moins sept décès dus à des noyades. Objectif : sensibiliser aux dangers et aux bonnes pratiques (connaissance de son matériel, surveillance météo, moyens de secours à bord…). Pour prendre conscience que « le risque zéro n’existe pas », mais aussi pour prévenir la saturation des équipes de secours « pour des situations qui ne nécessitent pas qu’on mobilise ces moyens, alors qu’à côté, il va peut-être y avoir des gens vraiment en danger ».

    Une démarche largement déployée par la campagne de sécurité des loisirs nautiques à travers plusieurs modalités (patrouilles en mer et auprès des commerçants du domaine tels que les loueurs de bateaux, messages préventifs sur différents supports comme les panneaux d’affichage municipaux et autoroutiers, guides de bonnes pratiques…), et la coopération de nombreux acteurs (collectivités, services de sécurité…).

    Un décret avant une loi

    Après la prévention, la sanction. La ministre a annoncé la promulgation prochaine (pour application cet été) d’un décret relatif, entre autres, à la consommation d’alcool, de stupéfiants, et aux défauts de maîtrise des engins. En substance, il s’agit d’un durcissement et d’une multiplication des contrôles, qui seront déclenchés à la vue « d’un bateau dont la trajectoire laisse penser qu’il n’y a pas une totale maîtrise de l’engin », y compris des dépistages drogues et alcool, pour l’instant trop rares.

    Dans cette optique, Catherine Chabaud prévoit d’aller plus loin, en étendant ces dispositions au projet de loi Ripost, contre les incivilités du quotidien, voté ce mardi au Sénat. La députée de Gironde Sophie Panoncle (Ren.) porte aussi ce combat en proposant la création d’un crime d’« homicide maritime », après la mort de Benjamin, 8 ans, l’an dernier à Arcachon, fauché par un pêcheur positif aux stupéfiants alors qu’il pratiquait la planche à voile. Un projet de loi en procédure accélérée qui pourrait être adopté d’ici décembre.

  • Soirée de soutien à SOS Méditerranée, « un acte de résistance »

    Soirée de soutien à SOS Méditerranée, « un acte de résistance »

    Un acte de résistance face à la banalisation de la violence. » Samedi soir, Pierre Micheletti, médecin et
    administrateur de SOS Méditerranée, et Jean-Luc Pesle, médecin responsable de la mission frontière transalpine pour Médecins du Monde, sont intervenus aux côtés d’artistes et de militants pour une soirée de soutien à l’association de sauvetage en mer au tiers lieu la Maison commune, à Château-Arnoux-Saint-Auban. La soirée a commencé par la lecture musicale de textes d’un roman de Pierre Micheletti. Chantal Lemarchand, l’une des trois fondatrices de la maison d’édition Langage Pluriel, organisatrice de la soirée, a lu l’histoire de Younis Ibrahim Jama, inspirée du fiasco humanitaire de l’Arche de Zoé. Un enfant rescapé du Darfour, dont la mère a été tuée par des soldats, est arraché à son père et adopté par un couple français. La lecture était accompagnée par le musicien Olivier Vauquelin à la contrebasse.

    « Inflation du besoin d’assistance »

    Le médecin administrateur de SOS Méditerranée a ensuite déploré la « multiplication par cinq du nombre de personnes en besoin d’aide humanitaire ces dix dernières années, et par deux des personnes déplacées de force ». Il a insisté sur le besoin de « faire en sorte qu’elles n’aient pas à fuir leur pays », et rappelé une citation de la poétesse Warsan Shire : « Personne ne pousse ses enfants sur un bateau, à moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre ferme. » Selon lui, « l’UE développe des stratégies d’épuisement », « tolère des blocages des humanitaires et pénalise les secours ». Il a notamment rappelé que des garde-côtes libyens avaient tiré sur l’Ocean Viking en 2025, engendrant une immobilisation de trois mois.

    Jean-Luc Pesle a lui aussi déploré la « militarisation », « les pressions, intimidations, obstacles aux soins, le harcèlement » et la « criminalisation des actions de solidarité ». Le refuge solidaire que son équipe a ouvert à Briançon a largement dépassé sa capacité d’accueil. Les deux humanitaires ont par ailleurs constaté une évolution du public secouru et accueilli : il y a plus de femmes, enceintes ou encore victimes de violences sexuelles, de familles et d’enfants.

    La soirée de soutien s’est terminée par un repas solidaire et par un concert a cappella de Lison David et Juliette Delhommeau.

  • Marseille, collectivité la plus engagée pour l’ONG SOS Méditerranée

    Marseille, collectivité la plus engagée pour l’ONG SOS Méditerranée

    À jamais la première : avec 130 000 euros de subventions, Marseille est la collectivité qui soutient le plus SOS Méditerranée. C’est dans la cité phocéenne que se trouve son siège et que l’Ocean Viking effectue ses départs en mer. La Ville signait, dès 2021 une tribune réunissant 28 collectivités, appelant à soutenir l’association. « Tant que les États européens se soustrairont à leurs devoirs, nous serons là pour nous mobiliser et les rappeler à leurs responsabilités, nous serons aux côtés des citoyennes et des citoyens de SOS Méditerranée pour faire vivre sa mission vitale de sauvetage en mer », écrivaient-ils alors. Cette plateforme rassemble désormais 143 collectivités qui contribuent à financer 9% des missions de l’ONG, le reste étant issu de dons privés.

    C’est ainsi que le Département d’Ille-et-Vilaine a réaffirmé son engagement en votant, le 14 février dernier, une subvention annuelle de 50 000 euros pour l’association, adoptée de façon transpartisane, par 40 des 54 conseillers départementaux. Une subvention de 10 000 euros est également octroyée chaque année, depuis 2021, par le Département de Meurthe-et-Moselle.

    La Région Occitanie, la première et l’une des seules à être mobilisée, avait accueilli à l’automne 2024 les premières assises du droit de la mer et des solidarités maritimes, en partenariat avec le Département de l’Hérault et la Métropole de Montpellier. L’objectif était alors d’« envoyer un message politique fort aux nouveaux élus de la Commission européenne et rappeler qu’il est de notre responsabilité collective de sauver les vies humaines en Méditerranée. Parce qu’il ne saurait y avoir de délit de solidarité », martelait sa présidente, la socialiste Carole Delga.

    Pendant ce temps, le navire poursuit sa mission en Méditerranée. L’Ocean Viking est actuellement en route vers le port de Livourne, dans le nord de l’Italie. À bord, 147 rescapés mis en sécurité à l’issue de deux sauvetages. Autant d’enfants, de femmes et d’hommes qui auraient pu mourir noyés s’ils n’avaient pas été sauvés.

  • [Entretien] Jean-Pierre Lacan : « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire »

    [Entretien] Jean-Pierre Lacan : « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire »

    La Marseillaise : Quels seraient vos souhaits pour cette année 2026, vos attentes ?

    Jean-Pierre Lacan : Que cette année soit moins meurtrière, évidemment, en Méditerranée et notamment en Méditerranée centrale, qu’elle ne l’a été en 2025. Aussi, que les actions de sauvetage de la société civile au travers des ONG ne soient plus entravées comme elles le sont aujourd’hui. C’est essentiellement ça que je souhaite pour cette année 2026, qui est, faut-il le rappeler, l’année des 10 ans opérationnels de
    SOS Méditerranée.

    Justement, quel regard porter sur le chemin parcouru en 10 ans ?

    J.-P. L. : C’est un chemin qui n’a pas été pavé de roses. Quand on est né en 2016, 2015 juridiquement, il y a beaucoup de morts en Méditerranée, on parle de 46 000 depuis 2000. On se dit alors qu’il va y avoir une prise de conscience des États. Nous sommes deux ans après le terrible naufrage de Lampedusa en octobre 2013. Quelques semaines après, est lancée l’opération Mare Nostrum par le gouvernement italien mais les États européens ne le soutiennent pas. L’UE explique que ça va créer un appel d’air qui attire l’immigration, que ça coûte très cher et qu’il faut arrêter. Et les choses s’arrêtent. Nous avons donc pris le relais car les naufrages continuent. C’est là que l’Europe va mettre en place cette politique d’externalisation de la frontière. On va confier aux Libyens le soin de verrouiller la frontière maritime de l’Europe et on arrive aujourd’hui à une situation absolument catastrophique, avec ces morts qui s’ajoutent aux morts en Méditerranée, on en dénombre 33 231 depuis 2014. C’est l’axe migratoire le plus mortel du monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Dix ans après, on n’est pas très optimiste et on souhaite que ça s’arrête, que les choses évoluent dans le bon sens, qu’enfin la Méditerranée soit reconnue comme un espace humanitaire.

    D’autant que la situation empire avec cette attaque des garde-côtes libyens qui criminalisent encore plus les actions des ONG…

    J.-P. L. : Oui, le 24 août 2025, notre navire – battant le pavillon norvégien – était sur une opération de sauvetage et s’est fait tirer dessus par des garde-côtes libyens, une centaine d’impacts ont été relevés sur le navire sans que ça provoque la moindre émotion. L’attitude libyenne est probablement expliquée par le fait que les Libyens appliquent de manière zélée les termes de l’accord d’externalisation de la frontière avec l’UE. C’est-à-dire que l’objectif est chiffré, on empêche les gens de passer, de franchir la Méditerranée par tous les moyens, y compris en allant jusqu’à tirer. Il faut impérativement, pour les Libyens, rendre étanche la frontière. Ils n’y sont pas parvenus, ils n’y parviendront jamais. C’est ça le drame dans cette affaire.

    Pourtant il est impossible d’empêcher ces exilés de venir…

    J.-P. L. : Bien évidemment, malgré les efforts que déploient les garde-côtes libyens, les gens continuent à franchir la Méditerranée. Les arrivées en Europe ont un peu baissé par rapport à 2024, en Italie très précisément. Mais de peu. Cette année, à peu près 66 000 personnes sont arrivées en Italie par les voies maritimes. En 2024, on était à 66 600… La différence n’est pas significative, tout ça est très conjoncturel, ça dépend des périodes, des moments. On connaissait les départs depuis la Tunisie et la Libye vers l’Italie. Mais il faut ajouter une autre route qui a émergé ces derniers temps. C’est une route au départ de l’Est libyen, de la région de Tobrouk vers la Crète. En 2025, on était à un peu plus de 18 000 arrivées en Crète.

    Pour pallier l’absence de réaction des pouvoirs publics, il y a tout le travail des bénévoles. Quelque chose à encourager ?

    J.-P. L. : Oui, la mobilisation citoyenne, c’est quelque chose de majeur à SOS Méditerranée. Aujourd’hui, on est à plus de 900 bénévoles partout en France, dans une trentaine d’antennes. L’antenne Hérault-Gard est l’une des plus importantes et des plus actives, étant présente dans de nombreux événements pour porter l’image et le plaidoyer de SOS Méditerranée. On fait également beaucoup d’interventions auprès des écoles, des lycées, des collèges pour porter cette parole, qui est le fruit de notre expertise en matière de témoignages à bord des navires. Cette réalité est bien souvent ignorée de bon nombre de gens. Et donc ça, c’est notre boulot de bénévoles. Alors, oui, c’est terriblement important. On fête cette année nos 10 ans d’opérations en mer, on n’aurait jamais pu continuer à vivre, à franchir cette décennie s’il n’y avait pas eu derrière une forte mobilisation citoyenne. L’essentiel de notre budget est apporté par la mobilisation citoyenne.

    * À l’occasion des 10 ans de SOS Méditerranée, un ciné-débat autour du film de Jean-Paul Marie, « Les migrants ne savent pas nager », est organisé le 29 janvier, à Castelnau-le-Lez avec l’association Les Amis de la Vie.

  • Claire Juchat : « Le risque zéro n’existe pas en mer Méditerranée »

    Claire Juchat : « Le risque zéro n’existe pas en mer Méditerranée »

    La Marseillaise : L’Ocean Viking reprend la mer après 120 jours d’arrêt forcé. Comment cette attaque a impacté vos missions ?

    Claire Juchat : On a dû complètement stopper les opérations après l’attaque du 24 août. C’était une attaque inédite, d’une violence extrême, où les garde-côtes libyens financés par l’Union européenne ont tiré pendant 13 minutes sans relâche sur le bateau avec des impacts de plus de 100 balles. On a encore récemment retrouvé des balles qui étaient logées dans certaines parties du bateau. Suite à cela, on a dû réparer le bateau dans son ensemble, il y avait énormément de dégâts matériels sur la coque, sur les fenêtres de la passerelle dont quatre ont complètement explosé. Les gardes-côtes libyens s’étaient particulièrement acharnés sur nos canots de sauvetage d’intervention rapide qui étaient complètement hors d’usage. Tout le système de communication a été impacté, nous avons dû tout racheter. On a ensuite fait les débriefings psychologiques et une analyse poussée des risques sécuritaires encourus en Méditerranée centrale pour adapter nos protocoles. On a dû se retrouver en tant qu’équipe pour se préparer à tous les niveaux, mentalement et psychologiquement, à repartir dans ce contexte-là, en sachant que le risque sécuritaire est toujours aussi persistant. Il y a eu d’autres attaques depuis celles de l’Ocean Viking en Méditerranée centrale, moins violentes, mais toujours à l’arme à feu. On est conscients que le risque zéro n’existe pas.

    Qu’avez-vous dû faire pour assurer la sécurité de l’équipage ?

    C.J. : Nous avons dû faire une analyse de nos pratiques qui ont été confirmées comme étant bonnes par les experts extérieurs. On est désormais encore plus conscients des zones plus faibles et plus fortes du bateau, celles considérées comme étant pare balles ou pas. Ce qui nécessite pour nous ensuite d’adapter nos protocoles pour être sûrs que – même si on espère que ça n’arrivera jamais – si une attaque de la sorte a lieu à nouveau, qu’on soit sûr de se protéger au mieux. Le fait qu’il n’y ait pas eu de blessés, voire de morts le 24 août montre que nos protocoles étaient bien en place et suffisants, car ils visaient vraiment pour tuer. Cela reste un miracle que personne n’ait été blessé. Après une attaque pareille, on a été obligé de prendre du temps pour s’assurer qu’on fait le maximum pour garantir la sécurité de nos équipes et des rescapés.

    Dans une tribune publiée dans Le Monde, des parlementaires français ont demandé au président de réagir à cette attaque. Avez-vous eu des retours au niveau national voire européen ?

    C.J. : Non, à ce jour, la seule réponse que nous avons eue c’est celle de la Commission européenne disant qu’ils continueront à financer les pays tiers, car cela, pour eux, fait partie de la stratégie de réduire le nombre de personnes noyées en mer. Malheureusement, on sait que la réalité est tout autre. Il y a eu deux immenses naufrages, dont un, il y a quelques jours, de potentiellement plus de 100 personnes qui auraient disparu. On voit bien que quand il n’y a pas de moyens de sauvetage en mer, qu’ils sont arrêtés à cause d’attaques ou d’autres barrières administratives et juridiques, la conséquence directe c’est l’augmentation des noyades. Malheureusement, et malgré nos appels, la coopération avec la Libye ne fera que continuer en dépit des violations flagrantes du droit maritime international.

    L’équipe à bord est 100% SOS Méditerranée, qu’est-ce que ça signifie ?

    C.J. : On repart en équipe 100% SOS Méditerranée parce que le partenariat avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge a malheureusement pris fin à cause de coupures budgétaires sévères. Nous repartons en équipe réduite, avec 21 personnes de SOS Méditerranée, mais les quatre personnes de la Croix-Rouge n’ont pas pu être remplacées, ce qui modifie nos protocoles.

    Dix ans après sa création, l’ONG a plus que jamais besoin d’aide ?

    C.J. : Dans le monde actuel, la solidarité est cruciale parce qu’on se rend compte que les États se défaussent complètement de leurs responsabilités en terme de sauvetage et de protection des vies humaines. C’est assez incroyable de se dire que, depuis 10 ans déjà, c’est grâce aux citoyens par milliers qu’on peut continuer. Mais c’est vrai que là, plus que jamais, avec toutes les coupures budgétaires dont on est indirectement touchés par les autres organisations, et directement aussi par une baisse de la solidarité, il est crucial de continuer à avoir le soutien individuel de chacun et de chacune. C’est que comme cela qu’on arrive à être en mer.

    L’Ocean Viking a repris la mer après 120 jours où le navire de SOS Méditerranée aura été contraint à l’arrêt. Le 24 août dernier, les équipes ont été violemment attaqué par des garde-côtes libyens qui ont directement visé le navire d’une centaine de coups de feu. Si aucune victime n’est heureusement à déplorer, cette attaque marque un tournant pour l’association citoyenne européenne de recherche et de sauvetage. Au delà du coût des réparations estimé à plus de 130 000 euros, l’impact psychologique est là. Et le drame se poursuit, avec près de 300 disparus en Méditerranée centrale entre octobre et novembre.

  • Le chantier naval Gatto contribue à renouveler la flotte de la SNSM

    Le chantier naval Gatto contribue à renouveler la flotte de la SNSM

    « Tout ça pour que la mer n’ait pas le goût des larmes », glisse Patrick Gatto dans un élan de poésie, le regard planté sur la vedette blanche et orange amarrée à quai, sur le canal de Caronte. Le petit bateau de 12 mètres vient de sortir de son chantier naval. « Ça commence avec des fûts de résine, puis il faut cinq mois et sept hommes et ça donne ce bateau en polyester ! », résume le chef d’entreprise.

    Destiné à la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM), ce bateau conçu pour des interventions rapides dans la bande des 10 milles nautiques a plus de caractéristiques que simplement celle d’être en polyester : il est « insubmersible et auto-redressable ». À l’intérieur, les technologies de pointe ornent les postes de commandement, entre caméras thermiques et logiciels de dernière génération.

    La vedette fait partie d’un lot de douze bateaux inscrit dans un « plan de renouvellement de notre flotte vieillissante », explique Martin Louchart, responsable du soutien technique de la SNSM. Pour une vedette comme ça, « le prix de base est d’un million d’euros », assure Patrick Gatto.

    Pour son financement, l’association a pu compter sur la CMA-CGM, engagée pour la sécurité maritime, particulièrement depuis le drame des Sables-d’Olonne qui avait coûté la vie à trois sauveteurs en 2019, détaille Xavier Leclercq, vice-président du groupe, qui ne souhaite pas préciser le montant du don. Quoi qu’il en soit, cette générosité est « vitale » pour la SNSM, qui fonctionne à 60% grâce à cette solidarité des particuliers et des entreprises. Pour rappel, les dons sont défiscalisés à hauteur de 66%.

  • Plus de 110 000 euros récoltés pour sauver des vies en mer

    Plus de 110 000 euros récoltés pour sauver des vies en mer

    Un moment de solidarité et de sensibilisation sur le sauvetage en mer, c’était l’ambition du concert organisé samedi au Dôme (4e), à l’initiative des Mutuelles de France. Et l’objectif est presque atteint, en chiffre au moins : 111 000 euros ont été récoltés, contre 150 000 espérés. Le Projet Aquarius, qui aide les jeunes rescapés à reconstruire leur rapport à l’eau, la Société nationale de sauvetage en mer, qui officie au large de toutes les côtes françaises, et le bateau de sauvetage Louise Michel, qui se concentre sur la Méditerranée, sont trois des quatre associations bénéficiaires. La quatrième, Aide aux populations précaires et immigrées, est basée à Marseille et accompagne les personnes exilées dans leurs recours aux droits et démarches administratives.

    De 19h à 00h, 16 artistes se sont succédé sur scène. Parmi eux : Rim’K, interprète de Tonton du bled avec le 113 et Alonzo, célèbre rappeur marseillais. Zamdane, rappeur à l’origine de l’événement, est lui aussi monté sur scène, malgré la polémique liée aux accusations d’agressions sexuelles que portent à son encontre plusieurs collectifs féministes.

  • Un festival pour prôner la paix au Mucem

    Un festival pour prôner la paix au Mucem

    En réponse à un appel du pape François lancé lors du discours de clôture des rencontres méditerranéennes de 2023, à Marseille, le Bel Espoir Med25 est parti en mars pour un voyage de huit mois en Méditerranée. Un voilier de 29 mètres sur lequel 200 jeunes, issus des cinq rives de la mer du milieu, ont successivement embarqué pour recevoir une formation au dialogue à la paix. Après une trentaine d’escales, l’odyssée se termine ce samedi à Marseille, avec le festival Med 25. Un rendez-vous organisé toute la journée au Mucem (2e) par les associations Mar Yam, Bel Espoir -AJD, qui met en œuvre les « intuitions du père jésuite Michel Jaouen », et le diocèse de Marseille.

    En parallèle de la parade de 25 voiliers mise en place entre 9h30 et 12h pour accueillir le Bel Espoir, qui accostera dans l’anse du Pharo, le programme sera chargé entre les murs du musée de la Méditerranée. De 10h30 à 12h, quatre invités échangeront avec les jeunes du Bel Espoir autour de l’art, du dialogue et de la relation. Parmi eux : Julien Loizeau, membre fondateur du Collège de Méditerranée, historien et chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans (Iremam, Aix-en-Provence) et Yaël Gronner, docteure en sociologie de l’EHESS et cofondatrice du collectif Tisseuses de Paix, qui regroupe des femmes juives, chrétiennes et musulmanes en France pour parler et tisser des liens au-delà des divisions. Deux autres créneaux de dialogues seront organisés dans l’auditorium, de 15h à 16h30, sur les thèmes de l’éducation, l’intégration et l’environnement et, de 17h30 à 19h, autour de la construction de la paix, avec des personnalités conviées pour chacune des thématiques.

    Ateliers participatifs

    Trois salves de quatre ateliers seront également organisées. De 10h45 à 12h d’abord avec des réflexions sur l’identité méditerranéenne animés par Alexandre Pastor, fondateur de Melting Pot, association marseillaise dédiée à l’engagement citoyen des jeunes ; un atelier d’expression artistique sur le thème des migrations dirigé par un réfugié politique kurde ; un atelier de sensibilisation aux questions liées aux migrations avec la Cimade, association de défense des réfugiés et migrants et enfin jeu de carte spirituel, en lien avec les écrits bibliques.

    Quatre ateliers suivront, au Forum, entre 15h15 et 16h30 : Écritures méditerranéennes au pluriel, Dialoguer utilement et sereinement sur Israël Palestine et autres sujets difficiles, Apprendre à tisser la paix et enfin Coexister : déconstruire les préjugés.

    Entre 17h45 et 19h, les participants pourront choisir entre un atelier de « calligraphie partagée » autour du mot « paix », un moment de sensibilisation à l’éducation des jeunes migrants avec l’association Réseau d’éducation sans frontières (RESF), une présentation à quatre voix (prêtre, imam, rabbin et pasteur ) des rôles et défis des religions face à la violence et à la division ou encore un quiz sur la place des femmes dans les processus de paix.

    Enfin, entre 13h30 et 14h30, Sos Méditerranée, association citoyenne européenne de sauvetage en mer, engagée pour venir en aide aux personnes en détresse qui tentent la traversée de la Méditerranée, présentera ses missions et proposera une réflexion sur la question du vivre ensemble.

    En reliant Naples à Marseille, le Bel Espoir clôtura la 8e et dernière étape de son voyage en Méditerranée. Chaque session a permis à 25 nouveaux jeunes, issus de cultures, nationalités et religions différentes, de recevoir une formation au dialogue à la paix.

    Entrée gratuite sur inscription sur https://med25belespoir.org.

  • Des stars du rap pour un concert solidaire

    Des stars du rap pour un concert solidaire

    À l’initiative de la Fédération des mutuelles de France, et avec le soutien de la Ville de Marseille, une 3e édition du Concert solidaire pour sauver des vies en mer est organisé, samedi, au Dôme (4e), entre 19h et minuit. Plusieurs têtes d’affiche participeront à cet événement, qui a pour but de sensibiliser le public à la crise humanitaire en mer.

    Parmi elles, Alonzo, célèbre interprète marseillais, détenteur d’un disque d’or pour cinq de ses albums. Mais aussi Békar, rappeur auteur de Mirasierra et Plus fort que l’orage, respectivement certifiés disque d’or en août et septembre 2024. Rim’k, rappeur franco-algérien et interprète du morceau King lors de la cérémonie d’ouverture des JO en 2024 et enfin Kore, DJ, compositeur et producteur du premier album du rappeur SCH. Youssef Swatts, vainqueur de la 3e saison de la série Nouvelle école et Bianca Costa, chanteuse brésilienne, proposeront également une performance.

    Zamdane, chanteur marocain d’expression française, mis en cause par l’association féministe Nous Toutes « pour violences sexistes et sexuelles », passera lui aussi sur scène. Cible d’un appel à la déprogrammation lors de la Fête de l’Humanité en septembre, le rappeur avait reconnu, lors de son passage dans le festival, « amèrement regretter » des tweets « comportant des propos inacceptables » publiés il y a 8 ans et supprimés depuis les accusations.

    L’argent récolté sera reversé à diverses structures. Parmi elles, la Société nationale de sauvetage en mer. Sa mission est de secourir gratuitement les vies humaines en danger, en mer et sur les côtes. Le MV Louise Michel, bateau de sauvetage qui intervient en Méditerranée pour faire respecter le droit maritime et secourir toute personne en détresse, fera aussi parti des bénéficiaires, tout comme le Projet Aquarius, qui permet à des personnes issues d’un parcours migratoire de se réapproprier le milieu aquatique. Dernier bénéficiaire, Aide aux populations précaires et immigrées, association qui accompagne les personnes exilées dans leurs recours aux droits et démarches administratives.

    Billets disponibles en ligne à 15 euros.