Cité la Marie, au fin fond du 13e arrondissement à l’Est de Marseille. Sur les hauteurs de la colline en surplomb, le paisible village d’Allauch lui fait face. Le cadre est verdoyant. C’est ici au terminus de la ligne 2, un seul et unique bus tous les quarts d’heure dans le meilleur des cas, qu’une quinzaine de militants du Printemps marseillais se sont donnés rendez-vous, mercredi en milieu d’après-midi, pour un porte-à-porte.
Tina Biard-Sansonetti, leur candidate sur le secteur, a quelques minutes de retard. À quatre jours du second tour des municipales son emploi du temps est serré. Elle vient de la Paternelle, à l’autre bout du secteur dans le 14e arrondissement, et devra filer ensuite à la Simiane à quelques centaines de mètres de la mairie Saint-Joseph qu’elle convoite.
Arrivée dimanche en deuxième position (26,4%), derrière la candidate de l’extrême droite, Sandrine D’Angio (39,7%), maire RN des 13-14 de 2016 à 2020, la cheffe de file du Printemps marseillais a fait un pas important pour rendre ce secteur, le plus peuplé de la ville, à la gauche. Marion Bareille, la maire (DVD) sortante est distancée (12,1%) et le candidat insoumis, Mohamed Bensaada (13,1%), s’est retiré. Chaque voix désormais va compter.
Et le choix de la Marie n’est pas anodin. Sur ce bureau de vote installé dans l’école la Croix Rouge posée en contrebas, l’abstention a atteint 57,4%. Sur les 1 594 inscrits, seulement 679 se sont rendus aux urnes. Pour beaucoup, les habitants des 480 logements de cette cité 13 Habitat formée d’une quinzaine d’immeubles de huit étages chacun, se sont abstenus.
Ici, la question d’un logement digne est prégnante. Les tracts ont d’ailleurs été ciblés. Karim répète les consignes avant de partir à l’assaut des escaliers : « On rappelle les arrêtés qui ont été pris par la mairie et les contrôles pour contraindre le bailleur du Département à prendre ses responsabilités. Il va y en avoir de nouveaux et le RN, lui, ne fera rien… »
On retrouve dans l’équipe Rébecca Bernardi, la conseillère municipale (PM) et candidate dans les 11-12, venue prêter main-forte, et Audrey Gatian (PS), présidente de Marseille Habitat, le bailleur social de la Ville. « On a besoin que les logements sociaux soient exemplaires. Là, on est avec 13 Habitat sur le cas d’un bailleur qui n’investit plus dans son parc, on le voit sur toute la ville », déplore cette dernière, présente sur la liste de Tina.
À leurs côtés aussi, Julien Rossi, Antoine Cortes ou encore Farida, une figure de la cité. Maria, militante du 1er arrondissement, est aussi venue en renfort. Elle tente de convaincre chaque porte qui s’ouvre. « J’apprécie Tina », explique-t-elle, « elle vit dans ce secteur, c’est une femme de terrain exceptionnelle, pragmatique, accessible ». « Et elle donne suite aux choses », poursuit Farida. Elle habite à la Marie depuis plus de vingt ans. Elle connaît tout le monde et se bat contre les moisissures, fuites d’eau, fissures… Elle assure avoir trouvé en « Tina » une oreille attentive aux problèmes de sa résidence.
Une femme combative et pugnace aussi. Au pied du bâtiment 4, une mère avec sa fille a fait une boule du tract que lui ont donné les militants. Amère, elle n’a pas voté dimanche. Un sentiment d’abandon, pour cette maman qui cherche un logement et un cadre adapté au handicap de sa fille. Tina Biard-Sansonetti a pris la discussion en cours. L’échange est direct. Fort. Il dure de longues minutes.
« Mme Tina, je mise sur vous ? J’essaie d’y croire ? », demande-t-elle en saisissant un nouveau tract après leur discussion. « Je ne fais pas de promesses en l’air sur la misère des gens », lui répond la candidate du Printemps marseillais. « Moi, je ne prends pas votre numéro mais je vous dis que quand je serai élue, il y aura un défenseur des droits des locataires en mairie de secteur et on va se battre avec vous. » Sans doute une voix de gagnée.
« Il y a beaucoup de résignation, y compris ici à la Marie, la résidence d’un bailleur social public où les locataires se battent pour vivre dans des conditions dignes sans aucun retour. C’est complexe de montrer la puissance et l’utilité de l’intervention publique, quand ce travail n’a pas été fait correctement. Mais on est ici pour ça », observe Tina Biard-Sansonetti dont l’engagement a déjà convaincu de nombreux militants associatifs du secteur. « On veut montrer aux habitants que la parole et l’action publique ont du sens et peuvent avoir des répercussions. C’est un travail de fourmis, il faut convaincre les personnes une à une, leur dire qu’il n’y a pas de fatalité. »
Le travail fait sur les écoles durant le mandat est en ce sens porteur. Mais ce genre de porte-à-porte qui a tout du corps à corps, reste nécessaire. Il n’est pas toujours simple d’ailleurs. Dans un couloir où l’eau fuit d’étage en étage, une porte ouverte se referme sur son nez. En face, une voisine ouvre. Elle, ne vote pas mais ses enfants oui… « On est venu leur dire : vous n’êtes pas seuls. On veut vous défendre, porter vos revendications, améliorer votre quotidien, et pour cela on a besoin de votre aide : votre vote dimanche ».


