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  • L’aéroport de Montpellier va-t-il décoller aux dépens de Béziers et Nîmes ?

    L’aéroport de Montpellier va-t-il décoller aux dépens de Béziers et Nîmes ?

    C’est une petite phrase répétée trois fois qui n’est pas passée inaperçue chez ceux qui connaissent les enjeux aéroportuaires en Occitanie.

    Lundi 14 septembre, lors de la conférence de presse de signature du protocole d’accord visant à amener le tramway à l’aéroport de Montpellier, Michaël Delafosse (PS) a déclaré : « Je suis pour la rationalisation de la carte aéroportuaire. »

    Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien que le président de la Métropole de Montpellier, pour des raisons « d’attractivité touristique » et de « développement économique », est désormais ouvertement favorable au projet d’expansion de l’aéroport Montpellier Méditerranée. Et ce, même s’il devait en coûter aux voisins nîmois et biterrois.

    Pour la première fois, M. Delafosse brise un tabou dans l’aérien et reprend l’idée que Georges Frêche avait fait germer dès 2008. À savoir qu’il y aurait dans la région trop d’aéroports (10 précisément), dont la plupart sont des petites structures sous perfusion d’argent public. « Le Languedoc-Roussillon a la plus forte concentration d’aéroports de toute l’Europe [5 entre Nîmes et Perpignan, Ndlr.] », assure M. Delafosse. Qui plaide pour l’envol de la plateforme de Montpellier. « On a besoin de conforter cet aéroport d’État. » Lequel plafonne à 1,8 million de passagers annuels (contre 7,6 millions à Toulouse) et en vise 2,5 d’ici 2030 voire 3 millions à terme.

    S’il ne discute pas avec le président de l’Agglo de Béziers, Robert Ménard (EXD), et qu’il assure avoir d’excellentes relations avec le nouveau maire PCF de Nîmes, Vincent Bouget, l’élu PS critique ouvertement la gestion aéroportuaire dans ces deux territoires voisins. « L’argent public ne doit pas servir à alimenter les compagnies low cost. » Un message adressé aux plateformes de Nîmes et Béziers, où Ryanair est la principale compagnie.

    Delafosse veut de l’État plus de parts au capital

    De là à dire qu’il faudrait fermer l’aéroport de Béziers et concentrer celui de Nîmes-Garons sur la spécialité de l’aviation civile, il y a un pas que M. Delafosse ne franchit pas (encore). Son message est toutefois reçu cinq sur cinq par Emmanuel Brehmer, pour qui Nîmes et Béziers sont deux concurrents. « On va finir par devenir l’aéroport de l’Est de l’Occitanie. On pourrait récupérer 100% du trafic de Béziers et 40% de celui de Nîmes. Le 2e avion de Transavia est conditionné à l’arrêt de Ryanair à Béziers et Nîmes. On rentre dans un cercle vertueux qui nous permettrait de faire des économies d’échelle sur les postes de sûreté. »

    La Métropole étant très minoritaire au sein de l’aéroport de Montpellier (à peine 0,5% des parts), M. Delafosse souhaite obtenir de l’État, actionnaire majoritaire (60%), davantage de parts* au sein du capital. Une demande qu’avait déjà formulée son prédécesseur Philippe Saurel… sans succès. « Il appartient à l’État de dire un certain nombre de choses. La rationalisation aéroportuaire, qui est une ambition écologique, doit avoir lieu. Ne pas décider c’est fragiliser », insiste M. Delafosse. C’est ce qui s’appelle un coup de pression.

    * La CCI a 25%, la Région 12,5%, le Département de l’Hérault 1% et l’Agglo du Pays de l’Or 1%.

  • Le kérosène s’envole et l’aérien bat de l’aile

    Le kérosène s’envole et l’aérien bat de l’aile

    Il y aura-t-il des avions à un prix abordable pour les vacances d’été ? Ou même des avions tout court ? La question aurait pu paraître saugrenue il y a quelques semaines, mais elle devient très sérieuse pour beaucoup de futurs vacanciers au regard du blocage du détroit d’Ormuz et du conflit irano-américain.

    Car le kérosène qui sert de carburant aux avions voit son prix atteindre des sommets, comme le diesel à la pompe à essence. Une montée qui a de quoi inquiéter les acteurs du secteur aérien. « L’envolée du cours du pétrole fait qu’on a plus que doublé le prix du kérosène. Pour faire un Marseille-Athènes, sur une heure de vol, le coût du carburant, c’est 20% du coût total. Si c’est du long courrier, ça représente 35%. Imaginez maintenant que ça double : le 20% devient 40% et le 35% passe à plus de 50%… », campe Jean-François Dominiak, président du syndicat des compagnies aériennes autonomes (SCARA). Cette organisation professionnelle, qui regroupe la moitié des compagnies aériennes françaises, dont Air Corsica, tire la sonnette d’alarme sur la viabilité économique : « Le détroit d’Ormuz représente entre 40 et 50% de la production mondiale de kérosène. Et, au mieux, les bonnes compagnies dégagent entre 5 et 10% de résultat. En ajoutant 20% de coût, on gomme ce résultat. Non seulement il n’y a plus de marge, mais en plus, il y a une perte. »

    L’envolée de ces prix a déjà des conséquences concrètes avec des annulations en cascade et une répercussion sur les billets des passagers. C’est la filiale néerlandaise d’Air France-KLM qui a lancé l’une des premières charges, dès le 16 avril, avec une réduction de « 80 vols aller-retour » depuis l’aéroport d’Amsterdam, l’une de ses plateformes phares. Autre filiale du groupe, mais même raisonnement avec la compagnie low-cost Transavia qui, fin avril, annonce l’annulation d’environ 400 vols, « moins de 2% du programme ». La liste des entreprises qui annulent des vols s’allongent avec le temps : 20 000 pour Lufthansa d’ici octobre, 6% de liaisons en moins pour Air Transat, 10% de baisse pour Ryanair. Cerise sur le gâteau, la compagnie espagnole Volotea, en plus de réduire ses vols, réclame à ses passagers « un supplément (…) si les prix du carburant dépassent le niveau de référence ». Notons aussi que Transavia a augmenté le prix des billets de l’ordre de « 10 euros en moyenne par aller-retour », tandis qu’Air France a relevé ses prix de 70 euros sur les liaisons transatlantiques… Reste que, sur le terrain, ces annonces ne provoquent pas de séisme puisque l’aéroport Marseille-Provence constate un « trafic stable » et juge ces annulations « à la marge » (lire entretien ci-contre).

    « Il faut que l’État nous aide »

    S’engage alors un bras de fer entre les entreprises du secteur, les gouvernements européens et les associations de consommateurs. « Des compagnies ont de gros problèmes de trésorerie, certaines volent à perte. Il faut que l’État nous aide », plaide Jean-François Dominiak. Le SCARA réclame notamment un effort particulier pour les dessertes ultramarines, corses et celles relevant de délégation de service public (DSP), chères à de nombreux Provençaux. En réponse, le gouvernement dit préparer des mesures et réfléchit à « des reports de charge », mais rien d’acté pour l’heure.

    Et, au final, ce sont les passagers qui maronnent légitimement. « La volatilité du prix du carburant est un risque économique que les compagnies aériennes ne doivent pas faire peser sur les passagers », juge Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright, plateforme de défense des droits des passagers aériens. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a tenté d’éteindre les inquiétudes des acteurs aéroportuaires, ce mercredi 6 mai, à la suite d’une réunion avec les compagnies aériennes, en assurant n’avoir « aucune crainte » de pénurie entre mai et juin et « sans doute peu » pour l’après. Son homologue aux Transports, Philippe Tabarot, minimise la problématique : « Les cas d’annulation sont pour l’instant assez exceptionnels. »

    Vers des destinations

    plus proches ?

    De quoi rassurer les acteurs de l’aérien ? « Le gouvernement nous dit qu’il y a des stocks pour 2 mois et demi. Ça nous amène jusqu’en août, mais que se passe-t-il après ? Personne n’est capable de le dire », commente Jean-François Dominiak, qui participait à ladite réunion ministérielle. Il anticipe une autre problématique de fond : « Est ce que beaucoup de passagers voudront toujours prendre le risque d’aller passer des vacances lointaines dans ces conditions ? Est-ce que les gens ne préféreront pas aller faire du camping à côté de Marseille ? Juste après l’épidémie de Covid-19, les gens sont restés dans un périmètre proche. Pendant la crise de 2008, les gens ont pris des vacances, mais d’abord en France… »

    Illustration de ce report vers des destinations plus proches : la compagnie Volotea a lancé, le 7 mai, une nouvelle ligne au départ de Marseille vers Limoges. Rien d’anodin puisqu’elle propose « deux vols par semaine, les jeudis et dimanches » et entend augmenter la cadence pour la haute saison, jusqu’à « quatre fréquences hebdomadaires en août les lundis, mercredis, vendredis et dimanches ». Dans la même lignée, la compagnie TwinJet proposera une ligne « éphémère », du 22 juillet au 12 août, à destination d’Olbia en Sardaigne. Reste donc à voir si les passagers changent de braquet pour ces vacances.