Tag: Russie

  • Olivier Galzi s’inquiète du contexte belliqueux

    Olivier Galzi s’inquiète du contexte belliqueux

    Jour de fête et de souvenir, ce mardi à Avignon. Une journée consacrée au 82e anniversaire de la Libération de la Ville. Pour l’occasion, un grand défilé et exposition de véhicules d’époque et reconstitution de costumes d’Alliés ont animé les rues pour faire revivre l’ambiance de 1944 qui mettait fin à deux ans d’occupation. « En voyant cette reconstitution depuis mon bureau de maire, qui avait déjà ce rôle en 1944, cela reste une immense joie que d’imaginer cette Libération », confie Olivier Galzi, à l’issue d’un hommage rendu dans le péristyle de l’Hôtel de ville.

    Le maire (DVD) participait en tant que tel pour la première fois à cette cérémonie. Avant de grimper dans une Jeep et défiler, il apprécie « cette réunion de générations qui permet de perpétuer le souvenir, avec des jeunes ou une Avignonnaise, là aujourd’hui et qui était présente place de l’Horloge le jour de la Libération ».

    La « vieille histoire » proche de se répéter ?

    Mais Olivier Galzi n’y voit pas un passé lointain à jamais oublié. « Cette journée n’est pas seulement un souvenir mais aussi une projection sur l’avenir en particulier dans l’époque actuelle, met-il en garde. Ce qu’il se passe avec la Russie en Ukraine démontre que la vieille histoire n’est pas forcément une histoire qui ne se répéterait jamais, sans parler des totalitarismes et des différents fascismes. »

    Dans ce contexte belliqueux, alimenté aussi par le chef de l’État et le gouvernement à coups de renfort budgétaire pour le ministère des Armées ou tentative de résurrection du service militaire, le maire y voit « une forme d’inquiétude, quand on voit les mots, les menaces, et que l’on aime l’histoire, il y a un certain nombre d’ingrédients réunis pour une grande division qui débouche sur la violence ». Olivier Galzi, à son « niveau de maire », plaide « pour un devoir de cohésion et d’unité quelle que soit notre vision politique ». Du moins sur ce genre de cérémonie, « moment où quoi qu’il arrive on peut se réunir entre Avignonnais ». Chose souvent moins favorable lorsqu’il s’agit de politique municipale.

  • [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    Pour Lyudmyla Tsivka, le temps s’est arrêté le 24 février 2022. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, la présidente de SOS Montpellier-Ukraine distingue toujours deux périodes : « Il y a un avant et un pendant. Il n’y a toujours pas d’après ». Avant, elle était une mère de famille d’origine ukrainienne installée en France, assistante maternelle et étrangère au monde associatif. Puis son pays a été attaqué et elle n’a pas pu « rester à côté ».

    Les premiers jours demeurent noyés dans un brouillard. « J’étais perdue. Je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon pays. La vie s’est arrêtée. » Depuis, l’engagement a rempli presque tout l’espace. La guerre a endurci Lyudmyla, mais elle l’a aussi privée d’une part d’elle-même. « Je ne me permets plus de vivre. J’existe, je subsiste », confie-t-elle. Les anniversaires, les fêtes ou les éclats de rire de ses proches lui rappellent qu’au même instant, en Ukraine, d’autres familles pleurent leurs morts. Elle participe, sourit parfois, puis préfère s’isoler. À la maison, ses enfants la voient rester devant son téléphone et fondre en larmes au fil des nouvelles. « C’est compliqué de leur expliquer que ce n’est pas à cause d’eux, que cela ne les concerne pas complètement, alors qu’ils ont aussi des origines ukrainiennes. » Une angoisse qu’elle refuse pourtant de transmettre aux autres.

    Transformer la douleur

    en action

    Dès les premiers jours de l’invasion, la Ville de Montpellier, l’avocate Sophie Mazas et des habitants se mobilisent. Dans l’urgence naît SOS Montpellier-Ukraine. « C’était vital. Il y avait une solidarité immense. Les gens arrivaient avec des dons, proposaient des logements. Dans toute cette douleur, cela faisait chaud au cœur. Je ne pensais pas que c’était possible. »

    L’association accueille d’abord les Ukrainiens qui fuient la guerre, à une période où aucun dispositif institutionnel n’est encore réellement organisé. Deux mois plus tard, lorsque l’État et les collectivités mettent en place des circuits plus administratifs, les bénévoles se tournent vers l’aide humanitaire, sans abandonner l’accompagnement des réfugiés installés à Montpellier. Grâce aux donateurs et aux bénévoles, 38 camions de matériel ont été envoyés en Ukraine. Aujourd’hui, l’association ne dispose plus de lieu de stockage et ne peut plus organiser des convois de la même ampleur. Elle poursuit néanmoins ses collectes pour financer des générateurs, du matériel de première nécessité ou soutenir les soldats ukrainiens accueillis en France pour leur rééducation.

    Parmi eux, Lyudmyla n’oublie pas un jeune homme de 1,89 mètre, amputé des deux jambes après l’explosion d’une mine. Des doigts sectionnés, un fauteuil roulant et une vie entière à reconstruire. « Il ne regrettait rien. Il ne se considérait même pas comme handicapé. Moi, je suis entière et je suis complètement à la ramasse », souffle-t-elle. Son optimisme, comme celui d’autres blessés âgés d’à peine 23 à 40 ans, lui interdit de baisser les bras. « Quand je les regarde, je me dis que je n’ai pas le droit de dire que je ne peux plus. Leur joie de vivre me dépasse. »

    Cette force n’efface pas l’essoufflement de la solidarité. Depuis un an et demi, les dons diminuent et l’Ukraine disparaît des conversations, malgré des attaques presque quotidiennes. Lyudmyla souffre aussi des discours qui présentent les réfugiés comme des privilégiés. Elle rappelle les familles séparées et les jeunes revenus combattre une fois majeurs : « Il ne faut pas envier cette vie-là ». Elle préfère retenir les gestes d’entraide, comme celui des pompiers ukrainiens venus soutenir leurs collègues français en Gironde. Lyudmyla dit continuer pour les enfants d’ici et de là-bas. Tant qu’il n’y aura pas d’« après », elle poursuivra son engagement.

  • [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, une visite jugée « absolument inacceptable » par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Cette polémique n’a rien d’anodine, Tokyo étant l’un des soutiens de Kiev dans la guerre déclenchée par la Russie en 2022. Désormais, tous les alliés des Ukrainiens sont ciblés d’une façon ou d’une autre par le pouvoir russe. Sur le front, les deux pays s’épuisent ; si Kiev peut compter sur ses drones, elle peine à intercepter les missiles russes, et demande, aux États-Unis de lui vendre au moins 5% de ses missiles Patriot.

    La Marseillaise : La visite de Vladimir Poutine sur les îles Kouriles a provoqué l’ire du Japon. Cet acte est considéré comme une « escalade », Tokyo soutenant Kiev. Qu’en dîtes-vous ?

    Jean de Gliniasty : Le sort des îles Kouriles devait être négocié entre le Japon et la Russie à l’occasion du traité de paix en 1945. Il n’y en a pas eu, justement parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les Kouriles du Nord [considérées par le Japon comme occupées depuis 1945 par l’Union soviétique à l’époque et désormais la Russie, ndlr]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un chef d’État russe vient solennellement dans les îles Kouriles. Dmitri Medvedev n’y est pas allé en tant que chef d’État. Poutine y a visité une usine de poissons et pas d’installation militaire. Pourquoi il l’a fait ? Le Japon a, depuis longtemps déjà basculé dans le camp des pays occidentaux qui appliquent des sanctions contre la Russie, pratiquement les mêmes que les Européennes ou les Américaines. Le deuxième élément, c’est qu’il y a une discussion en cours au Japon sur le resserrement d’alliances avec les États-Unis et l’éventuel stationnement d’armes nucléaires.

    Drone transportant des explosifs retrouvés en Allemagne, ingérences dans la campagne présidentielle en France, tous les alliés de Kiev sont ciblés ?

    J.d.G. : Dans la guerre hybride, tous les soutiens à l’Ukraine sont frappés. Tout dépend du niveau d’attaque : utilisation de l’intelligence artificielle, de fermes à trolls etc, cela fait longtemps que les Russes les emploient et cela s’intensifie en période électorale. Les Russes, comme tous les États dans les démocraties, soutiennent les partis qui leur sont favorables : l’AfD en Allemagne et d’autres formations politiques que je ne citerais pas en France, et s’attaquent à ceux qui soutiennent l’Ukraine. On est dans un moment d’intensification de la guerre hybride.

    Cela s’explique-t-il par les difficultés de la Russie sur le front ?

    J.d.G. : La situation est compliquée dans la mesure où les Ukrainiens ont fait des percées en matière de technologie et de fabrication de drones : ils peuvent frapper n’importe quelle partie du territoire russe. Mais c’est une phase qui se termine parce que les Russes ont mis au point des contre-mesures, attaquent l’Ukraine, bloquent les ports qui lui permettent d’exporter des céréales, ce dont elle est très dépendante. Nous sommes plutôt dans une phase d’escalade, où chacun a des atouts qu’il utilise. Les Russes ont les missiles et les Ukrainiens, les drones. Mais ils n’ont pas assez de Patriots et d’intercepteurs de missiles. On est dans une phase extrêmement dangereuse, d’escalade un peu sauvage. Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens et ils pensent pouvoir y arriver.

    N’est-ce pas l’opinion russe qui se lasse de ce conflit ?

    J.d.G. : Les bombardements sur les populations, en général, ça a l’effet totalement inverse. Si vous prenez le Blitz à Londres, l’effet des bombardements américains en Iran ou ceux contre les infrastructures avec des dégâts collatéraux des Russes en Ukraine, à chaque fois, ça a comme première conséquence d’accroître la cohésion de la population autour des dirigeants. Pour les Russes, c’est un petit peu différent car Poutine avait dit « c’est une opération militaire spéciale, ce n’est pas une guerre, on n’en subira pas les conséquences ». Il y a eu une première réaction de la population qui a été assez négative en disant « que fait le gouvernement ? C’est pas normal qu’on soit obligé de faire la queue aux stations d’essence ». L’Ukraine essaye de s’appuyer sur les mécontentements de la population russe pour déstabiliser le pouvoir, mais j’ai des doutes sur l’efficacité de cette méthode. Car l’autre réaction aux attaques, en général, c’est d’accroître la crédibilité du gouvernement qui ici dit « on est en guerre » avec l’Occident collectif, qui veut nous tuer, nous démanteler, nous dépecer. Je pense que la population russe et notamment la partie qui soutient Poutine, entre 50 et 60% de la population, seront galvanisés. On a déjà des articles, des tribunes, des chroniques. La pression de ceux qui veulent accroître la dimension de la guerre devient plus forte.

    Quid de la situation en Crimée ?

    J.d.G. : Le moment de l’annexion de la Crimée a été celui de la popularité maximale de Poutine. Et même s’il descend en ce moment, il n’est pas en dessous du niveau d’approbation de son action qu’il avait avant la Crimée, il en a gardé le bénéfice. Il est totalement exclu que les Russes rendent le territoire parce que c’est l’objectif principal de la guerre qui est soutenu par l’opinion. Le seul moment où il y a vraiment eu un risque nucléaire c’est quand les troupes ukrainiennes se sont approchées de la Crimée.

  • Fos-sur-Mer : le navire Deliver condamné pour défaut de pavillon

    Fos-sur-Mer : le navire Deliver condamné pour défaut de pavillon

    L’armateur a été condamné par le tribunal judiciaire de Marseille à une peine pécuniaire de confiscation pour avoir omis de justifier de la nationalité du navire.

    Le Deliver battait pavillon camerounais, bien qu’il figurait sur une liste de « navires radiés du pavillon camerounais » établie le 29 mai par le ministère des Transports de ce pays.

    Il est également sur la liste des navires sous sanctions de l’Union européenne depuis février 2025, et est le cinquième pétrolier soupçonné de faire partie de la flotte fantôme russe arraisonné depuis septembre 2025 par la France.

  • Le énième volte-face de Trump au sommet de l’Otan

    Le énième volte-face de Trump au sommet de l’Otan

    Le sommet de l’alliance transatlantique s’est clôturé hier à Ankara. Et, encore une fois, c’est Donald Trump qui a mené la danse, imposant son rythme aux 32 États membres. Dans la matinée, il lâche : « Je suis très en colère contre l’Otan parce qu’ils n’ont pas voulu nous aider face au principal État qui soutient le terrorisme, à savoir l’Iran. » Les États-Unis ont mené la veille une série de frappes sur la République islamique. « Le cessez-le-feu est terminé », proclame Trump, « nous allons frapper l’Iran ce soir », prévient-il, estimant qu’« il n’y a rien que les Iraniens puissent faire pour nous empêcher (…) ils méritent ce qui va leur arriver ». Et les Européens se couchent. Pour Emmanuel Macron, « les Iraniens ont eu tort de frapper ». Des tirs sont imputés à Téhéran sur trois navires commerciaux.

    À ce manque de soutien dans sa guerre lancée avec Israël au Moyen-Orient, Trump expose une autre de ses frustrations : « Le Groenland est très important pour les États-Unis, mais n’est pas important pour le Danemark », estime-t-il au sujet du territoire autonome danois. Forçant la Première ministre du Danemark Mette Frederiksen à réaffirmer que le Groenland « n’est pas à vendre ». Puis, le chef d’État étasunien s’en prend à l’un des rares gouvernements qui osent le défier : l’Espagne, qu’il qualifie de « cause perdue », assurant que Washington allait « cesser tout échange commercial » avec Madrid accusé de ne pas participer aux dépenses de défense de l’Otan. Face à ces pressions, le Premier ministre Pedro Sanchez calme le jeu et loue des relations « très positives » avec les États-Unis.

    Les alliés ont tout donné pour amadouer le milliardaire républicain, le convaincre de rester et éviter tout accès de colère dont il est coutumier. Dès lors, après les dorures du château de Versailles à la fin du sommet du G7, l’Otan sort cette fois le chéquier. Son secrétaire général, Mark Rutte a évoqué des contrats d’armement à hauteur de 50 milliards de dollars, entre les États membres « et des entreprises des deux côtés de l’Atlantique ». Les Européens veulent prouver aux États-Unis qu’ils investissent dans leur propre sécurité, craignant de voir Trump se retirer totalement du continent, ce qu’il a menacé de faire à moult reprises.

    À l’issue du sommet, les pays de l’Alliance atlantique ont confirmé leur engagement « indéfectible » envers la clause d’assistance mutuelle, consacrée par l’article 5 du traité.

    Déclaration commune autour de l’article 5

    « Une attaque contre un Allié est une attaque contre tous », est-il ainsi inscrit dans un texte commun, « notre unité, notre solidarité et notre force collective restent le socle sur lequel reposent la paix, la sécurité et la prospérité ».

    Les courbettes ont payé, le ton du président américain s’est apaisé. « C’était une très bonne rencontre, il y avait beaucoup d’amour dans la pièce, beaucoup d’unité », fait-il valoir. Aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, son homologue américain juge que les frappes sur la Russie, pourraient « aider » à mettre fin à la guerre. Et annonce autoriser Kiev à fabriquer des missiles Patriot, indispensables pour intercepter les missiles balistiques russes qui frappent l’Ukraine. Une demande de longue date. S’il ne change pas d’avis d’ici là.

  • Le énième volte-face de Trump au sommet de l’Otan

    Le énième volte-face de Trump au sommet de l’Otan

    Le sommet de l’alliance transatlantique s’est clôturé hier à Ankara. Et, encore une fois, c’est Donald Trump qui a mené la danse, imposant son rythme aux 32 États membres. Dans la matinée, il lâche : « Je suis très en colère contre l’Otan parce qu’ils n’ont pas voulu nous aider face au principal État qui soutient le terrorisme, à savoir l’Iran. » Les États-Unis ont mené la veille une série de frappes sur la République islamique. « Le cessez-le-feu est terminé », proclame Trump, « nous allons frapper l’Iran ce soir », prévient-il, estimant qu’« il n’y a rien que les Iraniens puissent faire pour nous empêcher (…) ils méritent ce qui va leur arriver ». Et les Européens se couchent. Pour Emmanuel Macron, « les Iraniens ont eu tort de frapper ». Des tirs sont imputés à Téhéran sur trois navires commerciaux.

    À ce manque de soutien dans sa guerre lancée avec Israël au Moyen-Orient, Trump expose une autre de ses frustrations : « Le Groenland est très important pour les États-Unis, mais n’est pas important pour le Danemark », estime-t-il au sujet du territoire autonome danois. Forçant la Première ministre du Danemark Mette Frederiksen à réaffirmer que le Groenland « n’est pas à vendre ». Puis, le chef d’État étasunien s’en prend à l’un des rares gouvernements qui osent le défier : l’Espagne, qu’il qualifie de « cause perdue », assurant que Washington allait « cesser tout échange commercial » avec Madrid accusé de ne pas participer aux dépenses de défense de l’Otan. Face à ces pressions, le Premier ministre Pedro Sanchez calme le jeu et loue des relations « très positives » avec les États-Unis.

    Les alliés ont tout donné pour amadouer le milliardaire républicain, le convaincre de rester et éviter tout accès de colère dont il est coutumier. Dès lors, après les dorures du château de Versailles à la fin du sommet du G7, l’Otan sort cette fois le chéquier. Son secrétaire général, Mark Rutte a évoqué des contrats d’armement à hauteur de 50 milliards de dollars, entre les États membres « et des entreprises des deux côtés de l’Atlantique ». Les Européens veulent prouver aux États-Unis qu’ils investissent dans leur propre sécurité, craignant de voir Trump se retirer totalement du continent, ce qu’il a menacé de faire à moult reprises.

    À l’issue du sommet, les pays de l’Alliance atlantique ont confirmé leur engagement « indéfectible » envers la clause d’assistance mutuelle, consacrée par l’article 5 du traité.

    Déclaration commune autour de l’article 5

    « Une attaque contre un Allié est une attaque contre tous », est-il ainsi inscrit dans un texte commun, « notre unité, notre solidarité et notre force collective restent le socle sur lequel reposent la paix, la sécurité et la prospérité ».

    Les courbettes ont payé, le ton du président américain s’est apaisé. « C’était une très bonne rencontre, il y avait beaucoup d’amour dans la pièce, beaucoup d’unité », fait-il valoir. Aux côtés du président ukrainien Volodymyr Zelensky, son homologue américain juge que les frappes sur la Russie, pourraient « aider » à mettre fin à la guerre. Et annonce autoriser Kiev à fabriquer des missiles Patriot, indispensables pour intercepter les missiles balistiques russes qui frappent l’Ukraine. Une demande de longue date. S’il ne change pas d’avis d’ici là.

  • Au 40e congrès du PCF, des engagements pour une Europe de la paix

    Au 40e congrès du PCF, des engagements pour une Europe de la paix

    Tandis qu’au fil des débats du 40e congrès du PCF, à Lille, les délégués des fédérations ont pu débattre du refus des traités libéraux de l’Union européenne, c’est un message de refus du militarisme qu’est venu apporter le président du Parti de la gauche européenne, Walter Baier. « Nous vivons une époque dangereuse, plus de 150 guerres ravagent le monde », alertait-il sur la scène du Grand Palais. Et de dénoncer l’emprise des États-Unis de Donald Trump sur le Vieux continent. « L’Otan veut que l’Union européenne consacre 800 milliards d’euros au réarmement, mais une autre Europe est possible, espérait-il. Un nouveau mouvement contre le militarisme et l’austérité est en train de naître, et nous sommes fiers d’en faire partie. Nous disons stop au réarmement de l’Europe : construisons des écoles et des hôpitaux, pas des chars, ni des missiles ! » Il appelle ainsi à mettre fin à la course aux armements, en particulier à l’armement nucléaire : « La lutte pour la paix est aussi une lutte de classe. »

    Face au génocide à Gaza, il rappelle l’engagement du PGE pour la solution à deux États. Il apporte également au soutien à Cuba face au blocus, mais aussi aux déserteurs des deux camps, en Russie en Ukraine, qui refusent de tuer, au moment où la présidente de la Commission européenne appelle à renvoyer en Ukraine les Ukrainiens en âge de combattre.

    Face à la progression de l’extrême droite sur le continent, il tient à commémorer les 90 ans des Brigades internationales qui sont allées se battre en Espagne contre le général Franco, en particulier les 10 000 volontaires français. Et rappelant la réélection de la maire communiste de Gräz en Autriche, Elke Kahr, il sourit : « Même dans les temps les plus difficiles, le pire n’est jamais certain. »

    Après lui, la vice-présidente française du PGE, Hélène Bidard, souligne qu’avant même la création de cette coalition des partis de la gauche européenne, avant même Maastricht, le PCF avait dénoncé l’Europe telle qu’elle s’était construite. « Elle est aujourd’hui encore plus vassalisée que jamais, avec l’Otan », alerte-t-elle, en dénonçant les centaines de milliards d’euros consacrés à la remilitarisation du continent. Mais elle cible aussi les dumpings sociaux et fiscaux, la concentration de la production agricole jusqu’au brevetage du vivant, sur les semences, la « fuite en avant sécuritaire » de l’Union européenne en matière migratoire, avec une externalisation des expulsions à travers la création de camp dans des pays tiers. Et d’appeler à créer « de nouveaux espaces de démocratie » sur le continent européen.

  • La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    La France en première ligne de l’« Europe de la Défense »

    « Nous sommes prêts », affirme le chef de l’État sous le hangar de la base aérienne 125 d’Istres, ce jeudi. Emmanuel Macron a prononcé ses vœux aux armées dans un contexte international tendu marqué par le « retour des forces de déstabilisation ».

    Le président a cité parmi les sources d’inquiétude « la Russie sur le sol européen », des discours « qui sèment le doute, y compris chez les alliés », ou encore « un nouveau colonialisme à l’œuvre chez quelques uns ». Avec, pour éléphant dans la pièce, le sujet Groenlandais, pour lequel le chef des armées considère que « la France et les Européens doivent être là partout où leurs intérêts sont menacés, sans escalade, mais intraitables sur le respect de la souveraineté territoriale », de la même manière que pour l’Ukraine.

    « Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. Cela suppose que la nation consente à des efforts à la mesure de notre rude époque », a déclaré Emmanuel Macron. Il avait promis en 2017, lors de sa première visite sur la base, d’atteindre 2 % du PIB dédié à la Défense.

    64 milliards d’euros

    pour la Défense en 2027

    L’objectif de 64 milliards d’euros de budget annuel de la Défense, initialement prévu pour 2030, a déjà été avancé à 2027, comme annoncé par le Président le 13 juillet dernier. La loi de programmation militaire 2024-2030 va être actualisée en conséquence, avec un renfort de 36 milliards d’euros, dont 3,5 milliards en 2026 « pour préserver notre crédibilité et faire face, si nous y étions confrontés, à un engagement majeur d’ici trois à quatre ans », précise le locataire de l’Élysée.

    La base aérienne 125 d’Istres en est « l’illustration même ». Avec ses 15 Airbus de ravitaillement et de transport stratégique, elle constitue « un vecteur polyvalent de projection de puissance » aux yeux d’Emmanuel Macron, notamment nucléaire, comme l’a démontré le récent déploiement nordique et celui à venir par le biais de ce « hub des armées ».

    Plus généralement, ces crédits serviront trois priorités. La première, au plan technique, à savoir augmenter les stocks de munitions, se doter d’une alerte avancée spatiale comme terrestre et renforcer l’ambition spatiale. « La France organisera dans quelques mois un sommet sur le spatial », annonce le président, qui souhaite « améliorer la résilience et la protection » dans ce domaine.

    Une ambition liée au deuxième objectif, celui visant à faire face au missile très longue portée russe Orechnik. « Nous sommes à portée de ces tirs affirme le chef de l’État. Nous devons nous saisir de ces nouvelles armes qui changeront la donne à court terme. » Même logique pour le système de défense aérienne SAMP/T nouvelle génération, « la meilleure au monde », selon le président, qui souhaite « accélérer la production et la capacité à déployer », cette arme.

    Enfin, le chef de l’État souhaite « améliorer et accélérer la capacité des armées à s’engager », notamment via l’utilisation des drones pour les trois armées, ainsi que par l’investissement dans « les innovations de rupture : le quantique, l’intelligence artificielle ».

    In fine, le président Macron place la France au centre de l’« Europe de la Défense », tant sur le plan des moyens, du complexe militaro-industriel que sur le plan décisionnel. La volonté répétée d’indépendance de la France entre en contradiction frontale avec les affirmations répétées d’unité européenne. La question se pose si le chef de l’Etat ne ferait pas de l’œil, en filigrane, à l’idée d’être le chef militaire de l’Europe entière.

  • Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Invité spécial du Soft 2025, l’ambassadeur d’Ukraine en France Vadym Omelchenko a délivré un message ambivalent. Questionné sur les négociations autour du plan de paix pour son pays élaboré par les États-Unis, il a d’abord fait part de son avis favorable : « On croit dans ce plan de paix. On n’a pas beaucoup d’options et il y a un besoin fondamental de paix pour mon peuple. »

    Avant de faire part de plusieurs nuances : « On est prêt à avoir cette paix mais pas à n’importe quel prix. Notre délégation, pendant les négociations, a souligné nos lignes rouges sur notre souveraineté. » Et de développer : « Pourquoi l’armée ukrainienne quitterait les territoires ukrainiens de l’Est ? Pourquoi l’Ukraine renoncerait à l’adhésion à l’Otan ? Imaginez-vous que quelqu’un dise à la France qu’elle n’a pas le droit de rejoindre un organisme international. » Plus clairement, il assure que la diplomatie ukrainienne « ne peut pas accepter » que son pays ait « une souveraineté limitée » à l’issue des négociations. Et affirme aussi que « la société ukrainienne » ne l’acceptera pas non plus. Plus éloigné de son message en faveur de la paix, il appelle aussi au « réveil » des Européens face à « la menace russe » : « Je crois que les pays baltes et nordiques sont déjà menacés […] par une guerre hybride. »

  • [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    [Entretien] Daniel Durand : « Le risque de guerre mondiale est réel, mais il faut garder son sang-froid »

    La Marseillaise : Ce 80e anniversaire est célébré dans un contexte inquiétant, de « menace existentielle pour l’Onu ». Faut-il craindre le pire ?

    Daniel Durand : Nous sommes dans une période difficile, inquiétante à de nombreux égards où le risque de guerre mondiale est réel. Mais il faut garder son sang-froid. Il y a déjà eu, ces quatre-vingts dernières années, des périodes extrêmes : les années 1960, avec les missiles russes à Cuba, les années 1980, avec les euromissiles et les risques d’affrontements en Europe, pour ne citer qu’eux. Il y a 80 ans on crée les Nations Unies, on établit une charte qui est censée régir les rapports des nations. Dès le départ, il y a deux conceptions qui vont s’affronter. Il y a l’espoir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’idée qu’on peut essayer de construire une humanité débarrassée de la violence, qui se traduit dans le texte fondateur par ce magnifique préambule « Nous, peuple des Nations Unies ». Et puis, il y a une autre conception qui traverse la charte de manière souterraine, c’est l’accord entre les deux vainqueurs de la guerre, l’Union Soviétique et les États-Unis, qui, pour régler leurs relations, privilégient le plan des rapports de force, et donc négocient entre eux le règlement au Conseil de Sécurité. Ce qu’on appelle le droit veto et la création de membres permanents. D’un côté, on a « nous, les peuples », et de l’autre, on a « nous, les États ». Cette opposition traverse l’histoire des 80 ans qui viennent de s’écouler.

    Dans votre livre vous saluez la place que tient désormais le droit international grâce à l’Onu. Comment cela a été rendu possible ?

    D.D. : Dans les dernières années, il y a eu des évolutions profondes notamment concernant le droit international qui est devenu une question politique de premier plan. En 2024, à deux reprises, la Cour internationale de justice (CIJ) s’est prononcée sur le risque de génocide à Gaza et sur la légalité ou non de l’occupation israélienne. Ça n’avait jamais été tranché de manière claire depuis 1967. La CIJ a statué que « non », il n’y a pas de doute, l’occupation israélienne des territoires occupés est illégale et Israël doit s’en retirer. Ces décisions ou ces avis sont rejetés, contestés par les États-Unis, par Israël, mais elles posent un problème politique et c’est un appui pour tous ceux qui veulent construire un monde où il y ait des véritables normes. Donc, on est vraiment dans un débat.

    C’est par ailleurs la pression des ONG qui a permis la création de la Cour pénale internationale (CPI). Celle-ci peut lancer des mandats d’arrêt contre quelqu’un comme Vladimir Poutine, le dirigeant d’une puissance membre permanent du conseil de sécurité.

    Depuis trois ans [et l’invasion russe en Ukraine, Ndlr], Poutine ne peut plus se déplacer comme il le veut. Cela concerne aussi le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu qui a été contraint de modifier son itinéraire de vol en se rendant à Washington pour ne pas survoler des pays comme l’Espagne ou autres, où il risquait d’être arrêté.

    Vous appelez à une réduction drastique des dépenses d’armement dans le monde. C’est bien le contraire qui se déroule actuellement…

    D.D. : Il faut être extrêmement inquiet et mobilisé sur ce qui est en train de se passer, notamment sur l’augmentation considérable des dépenses d’armement. On va sans doute approcher à la fin de cette année des 3 000 milliards de dollars de dépenses d’armement. À la fin de la Guerre froide, en 1989, on était à 900 milliards de dollars. On sait que des armes, un jour ou l’autre, sont faites pour servir. On assiste à deux phénomènes inquiétants : l’accumulation d’armes dans de nouvelles parties du globe, par exemple au Moyen-Orient, dans les pays du pétrole et en Europe avec la volonté des différents pays européens maintenant de dépasser les 3% du PIB et d’aller à 5%.

    La semaine dernière, le secrétaire général de l’Otan, a lui-même dit que l’augmentation des dépenses militaires se fait aux dépens des dépenses de développement, des dépenses sociales, etc. C’est le danger principal et immédiat auquel il faut faire face. Il ne faut pas lâcher sur le renforcement et l’élargissement des traités.

    Comment rester optimiste ?

    D.D. : Il faut avoir un regard intériorisé par rapport à ce que représentent les Nations Unies. Les problèmes qui sont en face de nous que ce soit le climat, l’eau, les migrations, sont globaux et on ne les réglera que si on les ressent comme des problèmes touchant l’ensemble de notre communauté.