Tag: ruralité

  • [Entretien] Florence Bouis : « Ce n’est pas par le chaos qu’on trouve des solutions »

    [Entretien] Florence Bouis : « Ce n’est pas par le chaos qu’on trouve des solutions »

    La Marseillaise : Pourquoi vous être engagée et quel bilan tirez-vous de ce premier mandat ?

    Florence Bouis : Je n’étais pas du tout issue d’un milieu politique. À la base, c’était un constat : un village qui se dépeuplait, qui s’endormait, après la fermeture de la dernière usine il y a une vingtaine d’années. À un moment, soit on râle, soit on agit. Le mandat a commencé dans des conditions compliquées, avec le Covid, sans formations possibles. On a appris sur le tas. . Notre priorité a été de redresser les finances, de désendetter la commune et d’agir sur le quotidien : un village propre, entretenu, sans grands projets coûteux. Aujourd’hui, avec l’expérience et des formations dédiées aux élus ruraux, je me sens plus solide pour la suite.

    Quels sont vos grands axes de travail pour Molières-sur-Cèze ?

    F.B. : Le cœur du projet, c’est l’habitat. Molières est une ancienne commune minière avec beaucoup de logements sociaux. Les bailleurs se désengagent et cela crée des logements vacants au cœur des quartiers. Il faut redynamiser pour attirer des couples d’actifs avec enfants. La mobilité est l’autre enjeu majeur : tout le monde n’est pas véhiculé, on est à trente minutes d’Alès, et on mise beaucoup sur la réouverture de la ligne ferroviaire Alès-Bessèges et sur les mobilités douces. Notre projet s’articule autour de quatre axes : habitat, mobilité, transition énergétique et bien-vivre ensemble, avec aussi un volet sur la souveraineté alimentaire et le lien social.

    Comment analysez-vous la montée de l’extrême droite dans le Gard et localement ?

    F.B. : Oui, c’est un vrai risque. On assiste à une banalisation, parfois cachée derrière des listes dites “sans étiquette”. Pourtant, localement, les enjeux ne sont pas l’immigration ou l’insécurité, mais le logement, le travail, la mobilité. Ce qui me frappe, c’est le paradoxe : Molières est une commune de brassage depuis plus d’un siècle, avec une histoire minière, des Italiens, des Espagnols, des Polonais, des réfugiés bosniaques. Malgré cela, l’extrême droite progresse sur les scrutins nationaux. On joue sur la peur, sur le sentiment de perte. Moi, je ne crois pas que ce soit par le chaos qu’on trouve des solutions. Je crois au local, aux initiatives de terrain. Tant que je resterai positive, je continuerai.

  • Gard : Domessargues, la petite commune qui voit grand

    Gard : Domessargues, la petite commune qui voit grand

    À Domessargues, on comprend vite que le mot « ruralité » ne rime pas avec sommeil. Ici, ça bouge, ça s’organise, ça s’entraîne, ça répète, ça se retrouve. « Le mercredi, le village grouille d’activité », sourit Bernard Clément, maire depuis 1989. À 800 habitants, la commune nichée entre Nîmes et Alès a le tempo d’une petite ville. Une énergie qui ne doit rien au hasard.

    À Domessargues, on compte plus de 400 adhérents associatifs, soit la moitié de la population. Foot, danse, musique, arts martiaux, pétanque, chasse, théâtre… « Toutes les associations sont subventionnées, sans exception. Et elles disposent gratuitement de tous les locaux », souligne l’édile. Résultat : des habitants des villages voisins viennent s’inscrire ici, faute d’équipements chez eux. Et des équipements, Domessargues en regorge. Deux stades éclairés, un city stade, un court de tennis flambant neuf, trois foyers communaux, une bibliothèque rénovée, une école de musique, une maison des jeunes, une maison des chasseurs. Une école maternelle neuve, une crèche communale, un centre de loisirs en régie publique. « Sur les vingt dernières années, nous sommes la commune de notre taille qui a réalisé le plus gros volume d’investissement… avec une dette quasi nulle », insiste Bernard Clément.

    « Chaque projet est un combat »

    Le cœur ancien a été entièrement réaménagé : rues pavées, plantations d’oliviers, abords de la chapelle romane du XIe siècle soigneusement valorisés. En flânant, on traverse la rue Jean-Jaurès, on longe Louis-Aragon, on coupe par la rue du 21 septembre 1792, comme un fil républicain inscrit dans l’espace public. Autour du village, la ceinture verte de 11 hectares -rebaptisé parc Ghyslaine Papa, du nom d’une ancienne adjointe disparue- forme un véritable écrin. Théâtre de verdure, parcours de santé, aires de jeux pour enfants, plantations récentes… « Des urbanistes étrangers sont venus voir notre démarche. Le dernier en date est un néerlandais », affirme le maire, pas peu fier. Côté transition écologique, tous les bâtiments communaux, dont les 28 logements sociaux de la commune, sont désormais équipés de pompes à chaleur. L’éclairage public passe intégralement en LED. Les réseaux seront entièrement enfouis d’ici fin 2026.

    Mais le chantier le plus stratégique est invisible au premier regard : l’eau potable. Président de deux syndicats intercommunaux, Bernard Clément pilote un investissement de 3 millions d’euros, qu’il qualifie lui-même de « chantier du siècle ». Nouveau forage, sécurisation de l’alimentation, modernisation des réseaux, futurs châteaux d’eau… « Nous venons de recevoir les analyses ARS : pas de PFAS. C’est une très bonne nouvelle. » Dans un contexte de sécheresses à répétition, plusieurs communes voisines pourraient rejoindre le dispositif.

    Rien de magique, selon lui : « Chaque projet est un combat. On a passé un temps fou à aller chercher les subventions, à monter les dossiers. » Une ténacité qui porte ses fruits : Domessargues figure même, selon ses calculs, parmi les toutes premières communes de France en part de budget consacrée à la politique enfance-jeunesse. À 72 ans, après un cancer dont il est aujourd’hui guéri, Bernard Clément a choisi de se représenter. « La fonction rime avec passion. Si on n’a pas la passion, ce n’est pas la peine. » À Domessargues, la passion a laissé des traces très concrètes dans le paysage.

    Maxime Clément, éducateur football au FCOD

    « Je suis originaire du village et le club fait partie de mon histoire familiale. Mon grand-père, Raymond Barlaguer, a fondé le club en 1970, et mon père faisait partie des premiers joueurs. J’ai repris le flambeau en 2020, après l’arrêt des équipes seniors, en relançant le club autour des jeunes. Aujourd’hui, nous comptons près d’une centaine de licenciés. Tous les éducateurs sont bénévoles, personne ne touche d’argent ici, et c’est une valeur à laquelle on tient. Le FCOD organise aussi la fête de Paquettes, la plus grande festivité du village, ce qui permet de faire vivre le club. Ici, le foot, c’est d’abord une histoire de transmission, de lien et de village. »

    Frédéric Dumont, président de la STE de chasse « La Protectrice »

    « On chasse sur la commune, gros et petit gibier, et on est aussi très attentifs à ce qui se passe dans les bois. Quand on voit quelque chose d’anormal, on le signale. On travaille avec l’ONF, on participe aux réunions sur l’aménagement du territoire. La mairie nous a prêté un local et nous a aidés à l’aménager : salle de découpe, chambres froides, sanitaires. On partage même le matériel avec d’autres assos. Il y a un vrai respect entre tout le monde. On s’est aussi regroupés avec quatre autres villages pour mieux gérer les battues, renforcer la convivialité. Ici, il y a une bonne mentalité. Si le village est aussi vivant, c’est aussi grâce au boulot du maire et de son équipe. »

    Marie-Madeleine Ranc, asso de sauvegarde de la chapelle St-Étienne

    « Je fais partie de l’association depuis mon arrivée au village, il y a une quarantaine d’années. Notre église romane du XIe siècle a une particularité rare : elle est partagée entre protestants et catholiques. Une fois par an, nous organisons une célébration œcuménique qui rassemble les fidèles des paroisses voisines. L’offrande est intégralement reversée à l’entraide œcuménique, qui soutient aujourd’hui près de soixante familles. Le mot d’ordre ici, la solidarité entre toutes les assos impulsée par le maire : on se soutient, on participe aux événements des autres, on partage les locaux quand il le faut. »

  • [Entretien] Bernard Clément : « Être maire rural, c’est être disponible 365 jours par an »

    [Entretien] Bernard Clément : « Être maire rural, c’est être disponible 365 jours par an »

    La Marseillaise : Après plus 36 ans de mandat, pourquoi repartir en 2026 ?

    Bernard Clément : J’ai beaucoup réfléchi. J’ai eu un cancer du sein, dont je suis guéri aujourd’hui, mais cette épreuve m’a obligé à me poser les bonnes questions. Et parmi les objectifs que je me suis fixés, il y avait celui-là : continuer à servir. Tant qu’il y a du travail à faire, je considère qu’il faut être là.

    Vous parlez souvent de passion pour définir votre fonction…

    B.C. : Oui, parce que sans passion, on ne peut pas tenir. Être maire d’un village de 800 habitants, c’est être au contact quotidien des gens. On ne fait pas de la politique politicienne, même si chacun a ses idées au sein de l’équipe municipale. On est dans quelque chose de profondément humain : se rendre utile, construire avec les habitants, accompagner leurs difficultés comme leurs projets.

    Être maire, concrètement, ça ressemble à quoi au quotidien ?

    B.C. : C’est être joignable tout le temps. Tout le monde a mon numéro de portable. Je ne fonctionne pas avec des permanences. Si quelqu’un appelle à 22h ou 23h, c’est qu’il a un problème. Être maire rural, c’est être maire 24 heures sur 24, 365 jours par an. Ce n’est pas une contrainte que je subis : c’est un engagement que j’assume.

    Le métier de maire a-t-il changé depuis 1989 ?

    B. C. : Énormément. Ce qui a le plus changé, c’est la disparition progressive des services publics de proximité. À la fin des années 1980, on avait encore des subdivisions locales de la DDE, d’EDF, de France Télécom, des perceptions de la DGFIP, des ingénieurs de l’État qui connaissaient le territoire et accompagnaient concrètement les communes. Quand il fallait refaire une route, réparer un réseau ou monter un dossier, un simple appel suffisait et tout s’enchaînait : diagnostics, devis, marchés, demandes de subventions. Aujourd’hui, tout a été centralisé, externalisé, parfois privatisé. Nous devons faire appel à des bureaux d’études privés, multiplier les procédures, gérer une technicité de plus en plus lourde. Résultat : les petites communes doivent fonctionner comme de grandes collectivités, avec beaucoup moins de moyens humains et financiers, et beaucoup plus de responsabilités sur les épaules des élus.

    Justement, comment un village comme Domessargues parvient-il à investir autant sans s’endetter ?

    B.C. : C’est vrai que la question peut se poser quand on connaît les difficultés économiques des communes rurales, qui se sont creusées au cours des dernières années. Pour nous, c’est simplement parce qu’on a fait le choix d’aller chercher toutes les recettes possibles, notamment les subventions. Chaque projet a été construit sérieusement, avec rigueur. Et surtout, nous avons toujours donné la priorité à ce qui est utile aux habitants : l’enfance, la jeunesse, les équipements, la vie associative.

    Vous revendiquez aussi un rôle politique au-delà de la commune.

    B.C. : Évidemment. Les décisions nationales ont un impact direct sur nos finances locales. La suppression de la taxe d’habitation, la fin de la gestion de l’assainissement, la disparition de la taxe professionnelle et, demain, celle de la CVAE ont profondément modifié l’autonomie financière des communes. Aujourd’hui, il ne reste quasiment plus que la taxe foncière sur les propriétés bâties, qui pèse essentiellement sur les habitants. C’est une évolution que je juge dangereuse, car elle fragilise durablement les collectivités et crée une forme d’injustice. Je demande donc une révision forfaitaire d’environ 20 000 euros par an pour les plus petites communes. Pour l’agglomération, c’est une goutte d’eau. Pour nous, c’est vital.

  • Gard : Cendras, la culture du vivre ensemble…

    Gard : Cendras, la culture du vivre ensemble…

    À deux mois des municipales, Cendras semble à mille lieues des luttes politiciennes qui fracturent le pays. Niché au beau milieu d’un territoire composé de forêts à 85%, et situé à 10 minutes à peine de la ville d’Alès, il y règne une tranquillité singulière.

    Du haut de ses 1 600 habitants, ses multiples quartiers et hameaux, affichent aussi un dynamisme étonnant et une fibre sociale assumée. « Pour moi, un maire doit être l’animateur du vivre ensemble. On pourrait vite devenir une cité-dortoir parce qu’on n’est pas loin de la ville. Mais on cultive une vraie vie de village », résume Sylvain André, en poste depuis la démission de son prédécesseur Yannick Louche (en 2017). Ici, le jeune quadra n’a pas encore de concurrent déclaré. Acquise à la gauche depuis plus de 60 ans, la commune fait donc figure d’exception à l’échelle du Gard. Voire même de laboratoire…

    Dans les cuisines de la cantine municipale, située au beau milieu du centre socioculturel Lucie-Aubrac, Myriam s’affaire derrière une énorme marmite d’eau frémissante. « Le centre socioculturel, c’est le bijou de Cendras », confie le maire. Alors quand la structure a failli plier, asphyxiée par la baisse drastique des subventions de l’État, l’élu a mis toute son énergie de militant cégétiste au service de ce cœur battant. En décembre 2024, il a fléché 72 000 euros d’aides directes et presque autant en charges supplétives. « La mairie était un gros partenaire, elle nous a sauvés », explique Farida Ihamouchène, la présidente des lieux. Ici, 14 salariés et 54 bénévoles continuent donc de tisser du lien social à tour de bras, à l’occasion d’ateliers cuisine, de sorties, d’atelier couture, de séance de jardinage partagé, et de papotage à la friperie solidaire qu’ils chapeautent…

    Le long des ruelles proprettes du centre-ville, rénové à hauteur de 580 000 euros au fil du dernier mandat, l’ambiance est familiale. Une atmosphère que la charismatique Karine Tell, la gérante de l’épicerie-boucherie, ne quitterait pour rien au monde. « Cendras, c’est ma vie », souffle la native du cru qui accueille ses clientes comme elle accueillerait des amies dans son salon. Dernièrement, elle n’a pas hésité à interpeller le maire pour protester contre la mise en place d’une navette destinée à conduire les personnes âgées dans les hypermarchés de périphérie. Mais dans le fond, elle comprend la démarche. « Les gens ont moins d’argent. C’est compliqué pour tout le monde », concède la commerçante, qui n’a de cesse de s’inquiéter pour ses mamies, dont les conversations s’éternisent souvent dans les allées du magasin. « Ici on n’est pas là pour faire du cash, on fait un boulot humain », confirme le gérant du bar-tabac à quelques mètres de là.

    40% de logements sociaux

    Cité de mineurs par excellence, Cendras dispose de 40% de logements sociaux et a pris les problèmes de sécurité du quartier des Fonzeaux à bras-le-corps ces dernières années. Régulièrement, la commune accueille aussi des réfugiés ; syriens puis ukrainiens, victimes notamment des guerres. « Ça a pu faire débat, mais dès qu’on a des noms et des visages, cela ne pose plus de problème à qui que ce soit », raconte le maire. Des familles en exil dont les bambins se retrouvent aussi sur les pelouses du club de foot de l’AS Cendras, qui fait jouer ses 175 licenciés sans distinction de niveau de jeu, d’origine ou de classe. « Notre devise, c’est : si tu veux faire du foot, tu viens ! », résume son président Sébastien Fabre, qui bénéficie d’une enveloppe annuelle de 3 100 euros pour faire tourner ses équipes. « Toutes les associations n’ont pas autant… Nous avons décidé de privilégier le foot et le tennis, parce que ce sont les deux clubs qui accueillent les enfants », précise le maire, lui-même entraîneur à ses heures par le passé.

    Oxygénée par la vallée du Galeizon -classée Natura 2000- la commune a fait de la transition écologique une autre de ses priorités. Ici, on mise sur la filière bois, dont les essences locales ornent le pôle de santé créé en 2016. C’est aussi par ce biais que la municipalité chauffe toutes ses structures. « Je me considère comme rouge et vert », résume le maire, qui a aussi activement favorisé l’installation et la diversification de deux agriculteurs sur le secteur. Pour l’heure, pour lui l’avenir semble assez clair. Ici, pas l’ombre d’une droite, ni d’un RN… Ciel dégagé à l’horizon.

  • DNC : la douleur des éleveurs et l’impasse politique

    DNC : la douleur des éleveurs et l’impasse politique

    C’est une colère qui ne cicatrise pas. Une colère rugueuse, enracinée dans la terre comme les bêtes qu’elle défend. Depuis l’été 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) s’est imposée comme un cauchemar pour les éleveurs. Apparue en Savoie avant de gagner le Sud-Ouest, la maladie bovine a entraîné une riposte sanitaire brutale : abattage total du troupeau dès le premier cas, même lorsque les bêtes sont vaccinées. Dans les campagnes d’Occitanie, ce protocole est vécu comme un couperet. Des fermes transformées en friches à bétail, des animaux abattus en masse, des familles économiquement étranglées.

    Alors que le ministère assurait que « l’épidémie est sous contrôle », les blocages ont fleuri : A64 à Carbonne, A75 à Sévérac ou en Lozère, RN88 en Aveyron, préfecture d’Auch. Partout, la même colère : la décision est tombée d’en haut, sans concertation et sans nuance. Les syndicats agricoles – de la FDSEA à la Confédération paysanne – ont fait front commun, revendication assez rare pour être signalée

    L’espoir d’un dialogue s’est rapidement évaporé. Une cellule scientifique était censée réexaminer le protocole. Elle a finalement confirmé l’abattage systématique. Pour beaucoup d’éleveurs, « la porte s’est refermée ». Dans les esprits, le fossé avec l’État s’est encore creusé. À cette violence symbolique s’ajoute une réalité économique : fermes à l’arrêt, trésoreries exsangues, aides jugées dérisoires. Dans le Gers, certains paysans disent vivre avec 300 ou 400 euros par mois. Comment tenir ?

    Un monde paysan

    qui ne veut plus plier

    Au cœur de l’hiver, les barrages ont tenu. « Il n’y a pas de Noël, pas de Premier de l’An ; on sera là », répètent les militants. Les routes du Sud-Ouest gardent les stigmates : pneus brûlés, paille, radars détruits. Les dégâts se chiffrent en millions d’euros. Les élus locaux s’interrogent : qui paiera ? Les communes ? L’État ? Les sociétés d’autoroute ? Mais derrière ces factures se cache surtout un sentiment d’abandon. Car la DNC n’est qu’un révélateur : concurrence internationale, prix tirés vers le bas, accords commerciaux décriés, charges en hausse. La crise sanitaire a simplement mis le feu aux poudres.

    Les scientifiques espèrent une décrue de la maladie, portée par une vaccination massive : dans plusieurs départements, plus de la moitié des bovins sont déjà protégés. Le gouvernement promet qu’« il sera temps de réévaluer » l’abattage lorsque l’immunité collective sera atteinte. Le Cirad a été missionné pour étudier cette piste. Mais pour les paysans, le mal est fait. Certains ont renoncé au Salon de l’agriculture pour protéger leurs bêtes. D’autres ne savent même pas s’ils pourront redémarrer. Et la confiance dans la parole publique est au plus bas.

    2026 ne sera donc pas seulement l’année de la sortie de crise sanitaire. Elle sera celle de la décision : continuera-t-on à piloter l’agriculture depuis les cabinets ministériels, loin des fermes ? Ou acceptera-t-on que les paysans soient des partenaires, pas des variables d’ajustement ? Ce qui est sûr, c’est que les croix blanches plantées le long des routes pour les vaches abattues resteront un symbole.

  • Saint-Quentin : une école à l’avenir suspendu

    Saint-Quentin : une école à l’avenir suspendu

    L’école privée catholique Sainte-Famille, installée depuis 1971 au cœur de Saint-Quentin-la-Poterie, est menacée de fermeture depuis plusieurs mois. Avec seulement 45 élèves cette année – il en faudrait 64 pour atteindre l’équilibre financier – l’établissement sous contrat d’association dépend désormais largement du soutien de la tutelle diocésaine. « Pour l’instant, c’est le Diocèse qui nous permet de tenir », reconnaît le directeur Jérôme Goudon. En effet, près 36 000 euros ont déjà été injectés pour boucler l’année, dont près de 12 000 euros rien que pour le loyer. Mais « cette situation ne peut perdurer », martèle le directeur.

    Mobilisation

    avant la sentence

    Le 16 octobre, parents, enseignants, anciens élèves et représentants diocésains s’étaient retrouvés pour faire le point sur la situation devenue critique, et tenter de trouver le remède. Les années de baisse de natalité, la difficulté à se loger dans le secteur et un manque de visibilité locale ont été identifiés comme ayant fragilisé l’école.

    Plusieurs pistes ont été évoquées pour sauver l’établissement : facturation selon les revenus, cagnotte participative, parrainage d’élèves, fusion éventuelle avec une autre école, aide de la mairie, ou encore location des locaux hors temps scolaire. Les familles ont été consultées sur une hausse des frais de scolarité : sur 25 bulletins, 6 bulletins sont contre toute augmentation, 7 bulletins pour une augmentation de 25 euros, 7 bulletins pour une augmentation de 35 euros et 5 bulletins se sont prononcés pour une augmentation de 40 euros. Une manière de montrer l’engagement des parents, alors qu’une décision définitive du Comité directeur est attendue pour le 4 décembre.

    Le réseau autour de l’école s’est également mobilisé. Une lettre collective adressée à l’évêque a déjà réuni 80 signatures, témoignant d’un fort attachement à cette école familiale. Autrement, les anciens élèves ont aussi apporté leur soutien en remettant un récit retraçant l’histoire de l’établissement, accompagné de photos et témoignages. Un geste symbolique, alors que l’ensemble des acteurs de l’école s’accroche à l’idée de « faire pencher la balance » avant la décision de décembre. L’école espère encore que quelques nouvelles inscriptions et la mobilisation de tout un village suffiront à lui offrir un nouveau sursis.

  • Postes rurales : les maires du Gard montent au créneau

    Postes rurales : les maires du Gard montent au créneau

    L’Association des maires et des présidents d’EPCI du Gard (AMF30) tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié le 4 novembre, elle exprime sa « vive inquiétude » face à la réduction annoncée du financement de la présence postale territoriale dans le projet de loi de finances 2026.

    Le 6e contrat de présence postale territoriale, signé en février 2023 entre l’État, La Poste et l’Association des maires de France (AMF), devait garantir 174 millions d’euros pour assurer le maintien du réseau postal sur tout le territoire. Mais cette enveloppe risque d’être rabotée à 122 millions d’euros, selon les projections budgétaires. Cette chute s’explique par deux baisses conjuguées : la dotation annuelle de l’État passerait de 120 à 76 millions d’euros, et le produit des abattements fiscaux de La Poste (CFE, CVAE, taxe foncière) tomberait à 46 millions, contre 54 millions prévus.

    La fin d’un maillage

    postal équilibré ?

    « Cette baisse compromettrait le financement des agences postales communales, intercommunales et des relais commerçants », alerte l’AMF30. Des structures pourtant au cœur de la vie des villages, assurant les services postaux, mais aussi un lien social indispensable. Les commissions départementales, chargées d’adapter localement le service, seraient elles aussi privées de moyens d’action suffisants. Pour Philippe Ribot, président de l’AMF30, l’enjeu dépasse le seul cadre budgétaire : « Sans rétablissement des crédits à 174 millions d’euros, c’est la mise en œuvre du contrat de 2023 qui serait menacée, et avec elle la cohésion de nos territoires ». L’association appelle désormais les parlementaires gardois à se mobiliser dans les débats budgétaires pour maintenir ce financement intégral. A.J

  • La maire d’Apt demande deux ans pour le bloc

    La maire d’Apt demande deux ans pour le bloc

    « Nous, les habitants d’Apt, sommes démoralisés et nous espérons que l’ARS va nous écouter, mais tout le monde répète la même chose. Il faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles », lâche, visiblement tendue, Véronique Arnaud-Deloy, maire (LR) d’Apt, après un entretien avec l’ARS Vaucluse à Avignon ce jeudi 6 novembre, à propos de la fermeture annoncée du service de chirurgie de l’hôpital de sa ville.

    Et ce, pendant que plusieurs dizaines de personnes manifestaient devant l’entrée de la cité administrative contre cet arrêt annoncé au 31 décembre prochain, notamment pour des raisons financières. « On nous parle de 13 millions d’euros. Mais ce sont eux qui ont laissé l’hôpital s’endetter à ce point-là. Le job n’a pas été fait, car c’est leur job ! C’est la ruralité qui est touchée et cela désertifie notre territoire. Je veux qu’ils nous laissent deux ans », pousse celle qui est également présidente du conseil de surveillance de l’établissement de santé. Un nouveau recours va être déposé par la mairie.

    Postes menacés

    Devant les portes fermées de la cité administrative se trouvaient également nombre d’élus locaux, tels que le sénateur Lucien Stanzione (PS), qui avance que « la santé a un coût, mais pas de prix » et qu’un déficit devrait être compensé. Mais aussi des employés désabusés, tels que Jacques Perez, infirmier depuis deux ans et demi et qui va perdre son poste. « On se sent abandonnés par tout le monde. J’ai 61 ans et je vais devoir finir ma carrière en intérim », regrette-t-il. Une douzaine de postes sont menacés.

  • Pour aller au travail, les Occitans fanas de voiture

    Pour aller au travail, les Occitans fanas de voiture

    En 2021, les 2,2 millions d’Occitans à prendre leur voiture pour aller au travail – les « navetteurs » – émettent en moyenne 0,66 tonne de CO2 par an. Ces derniers privilégient la voiture et la moto à 83,4 % (le reste se répartit entre transports en commun (6,9%), le vélo (3,6%) et la marche (6,1%). C’est ce qu’il ressort d’une étude de l’Insee publiée en septembre concernant les trajets domicile travail. Et l’Occitanie fait mieux que le reste de l’Hexagone (0,77 tonne de CO2 par an), ce qui en fait la quatrième région la moins émettrice des gaz à effets de serre (GES) pour ces trajets. « Pour atteindre les engagements climatiques de la France, chaque habitant devrait en moyenne émettre 2 tonnes d’équivalent CO2 par an en 2050, alors qu’il en génère 9,4 en 2023 », précise l’étude.

    Dès lors, réduire cette empreinte devient un enjeu environnemental majeur. Mais les navetteurs ne sont pas tous égaux. En effet, dans les zones rurales, l’offre de transports étant moins diversifiée, si bien que « 22 % des navetteurs parcourent au moins 20km pour se rendre sur leur lieu de travail. Ces trajets sont responsables de 55% des émissions de GES liées aux navettes domicile-travail », indique l’Insee. A contrario, les navetteurs résidant dans les pôles émettent moins (0,32 tonne pour le pôle de Toulouse, 0,3 tonne pour Montpellier) et prennent plus les transports en commun (22,3% à Toulouse, 19,5% à Montpellier).

    Si la géographie explique en grande partie ces différences, l’étude montre également que les femmes génèrent moins d’émissions que les hommes (0,57 tonne contre 0,75). Aussi, ces émissions varient en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des personnes. Les ouvriers émettent le plus (0,84 tonne) tandis que les agriculteurs sont ceux qui polluent le moins, suivi des cadres (0,54 tonne). L.D.