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  • Renaud Muselier : « Notre pays dysfonctionne, il faut un fédéralisme à la française »

    Renaud Muselier : « Notre pays dysfonctionne, il faut un fédéralisme à la française »

    Ce week-end, Renaud Muselier, président Renaissance de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Le Macronisme
    Didier Gesualdi : Quelle triste fin pour le macronisme nous sommes en train de vivre. Qu’en pense le président de Région Renaissance que vous êtes encore ?
    Triste fin… je ne sais pas comment ça va finir en fait. Je ne suis pas pour son départ, je pense que ça ouvre la porte à d’autres problèmes pour l’avenir. On a un Parlement, il faut qu’il trouve des solutions. Le problème, c’est que les parlementaires n’arrivent pas à s’entendre. Le fait qu’on ait voté le non-cumul des mandats fait que les députés sont aux ordres de leurs chefs de parti. Certains demandent le départ du président de la République, on en a eu quelques-uns avant lui. Avec des hauts et des bas. Quand ça va pas, si on fait partir le président de la République, qu’est-ce qui va se passer pour le prochain ?
    Didier Gesualdi : On a l’impression qu’il joue un peu avec les Français non ?
    Léo Purguette : Il y a de la colère dans le pays !
    Ce sont deux choses différentes. La colère est réelle, les incertitudes sont nombreuses, dans toutes les couches sociales. Du patron au salarié tout le monde déteste ce contexte d’instabilité donc il y a une sourde colère mais ce qui me gêne le plus, au-delà de ce sentiment que je partage quelque part, je n’arrive pas à comprendre que les parlementaires ne s’entendent pas. Ça m’énerve ! Leur façon de se comporter, de s’exprimer, de voter… Un jour je suis pour, un jour contre…
    Léo Purguette : C’est particulièrement caractéristique dans votre ancienne famille politique, LR, avec l’exclusion de 6 ministres qui viennent d’être nommés.
    Ils ne sont pas exclus… Je regarde ça avec un peu de sidération aussi. Je regarde la totalité du schéma là-haut qui est assez incroyable. Vous avez le RN, l’extrême droite, qui demande absolument la dissolution non pas pour régler nos problèmes collectifs mais pour voter une loi d’amnistie pour Mme Le Pen. C’est ça son problème à elle. Quant à M. Mélenchon, il veut absolument faire partir le président parce que des socialistes qui arrivent à vivre sans lui, reprennent du poids. Les communistes sont tiraillés là-dedans, je ne les vois pas trop au niveau national. Et vous avez le bloc central, où vous avez des trucs incroyables. M. Bayrou qui dit « c’est moi ou le chaos » en rentrant de vacances. On lui a dit, ben c’est toi. Au revoir et merci…
    Le bloc central

    Léo Purguette : Édouard Philippe d’Horizon qui demande le départ du chef de l’État, c’est assez significatif des dissensions qui règnent dans ce bloc central.

    Ou des stratégies complexes. Il a vu que dans les sondages, il était en train de s’effondrer donc il prend un autre chemin. Moi j’essaye d’être plus raisonnable. D’abord parce que je ne suis pas candidat à la présidence de la République. Quand on veut le devenir, si on peut gagner, on ne déstabilise pas la fonction.

    Léo Purguette : Êtes-vous favorable à la concession faite avec la suspension de la réforme des retraites et en cohérence avec le budget qui continent un certain nombre de reculs sociaux dénoncés par la gauche et les syndicats ?

    C’est deux questions en une. Sur la première, je pense que la réforme des retraites est indispensable. Il y a de moins en moins d’actifs, de plus en plus de retraités. Ce sont les jeunes qui payent pour les vieux et les vieux veulent partir de plus en plus tôt. C’est une inégalité sociale incroyable. Je suis pour la réforme des retraites. Une fois que j’ai dit ça, je ne suis pas pour la dissolution parce que c’est le chaos dans le pays. Donc chacun doit faire des efforts. Il y a une démarche à l’Assemblée nationale, s’il n’y a pas un mouvement sur la réforme des retraites, le gouvernement saute. Ça coûterait encore plus cher que de lever la plume de la réforme. Il faut que chacun fasse un effort. Sur la physionomie du budget, il faut laisser une chance au débat parlementaire. Je souhaite que chacun soit capable de discuter avec son voisin.

    Dissolution

    Didier Gesualdi : Certains ont peur de repasser devant les urnes, pourtant la dissolution pourrait clarifier les choses, non ?

    Moi, je n’ai pas peur des électeurs. J’ai fait 17 campagnes, j’en ai gagné 15. En général, c’est ceux qui ont été candidats une fois ou deux qui ont peur, ou ceux qui se disent « j’ai pas reçu les gens, j’ai traîné tout le temps à Paris parce que j’étais tranquille sans électeurs pour m’ennuyer ». Il n’y a pas à avoir peur du peuple mais quand vous faites une dissolution, tout s’arrête au niveau national. Donc ce qui pose question, c’est que pendant un moment bien particulier, plus rien ne bouge.

    Les municipales

    Léo Purguette : Vous êtes partisan de ce qu’on pourrait appeler un « socle commun » au niveau marseillais. Peut-il tenir localement alors qu’il a volé en éclat au plan national ?

    L’unité c’est toujours difficile. Quand les états-majors sont loin d’être exemplaires, forcément ça a des conséquences au niveau local. Mais ici je pense quand même que chez Renaissance, les LR, chez Horizon, chez les divers droite, les écologistes raisonnables, tous ceux qui composent ma majorité en réalité, il y a des gens qui se respectent, qui fonctionnent assez bien.

    Didier Gesualdi : En face, c’est qui l’ennemi ?

    Tous ceux qui sont candidats contre nous. Le RN s’est uni. LFI veut y aller et déteste le Printemps marseillais et Benoît Payan. Il y a les Verts qui ont décidé de soutenir le Printemps marseillais mais chez les Verts, je connais plutôt M. Barles qui était le chef des Verts depuis longtemps et qui était candidat la dernière fois, même s’ils s’étaient mariés entre deux tours. Aujourd’hui, il est plutôt proche de LFI. Chacun a ses problèmes et son histoire. Moi je trouve que cette mairie est mauvaise. Je disais à l’un de vos confrères de me dire ce que Benoît Payan a réussi. Il m’a répondu les JO ! Mais vous rigolez ou quoi ? ! C’est moi qui suis allé les chercher à l’époque quand il y avait Jean-Claude à la mairie. Et eux, ils votaient toujours contre !

    Léo Purguette : Benoît Payan a décroché le plus grand plan d’aides de l’État de l’histoire de Marseille.

    Vous me reprochez à moi d’être Renaissance et quand le président de la République Renaissance donne à Marseille, vous dites que c’est lui. J’espère que vous rigolez ! Ou alors c’est lui qui ment. Soyons sérieux.

    Léo Purguette : M. Sarkozy, ne vous avait pas beaucoup aidé quand vous étiez aux responsabilités.

    C’est pas parce qu’ils nous ont aidés ou pas beaucoup aidés qu’il faut donner la paternité de la victoire à l’adversaire.

    Léo Purguette : La maire de Marseille a récemment inauguré un parc Jean-Claude Gaudin. Quel regard avez-vous porté sur cela ?

    Je suis un peu mort de rire et triste à la fois. Mort de rire parce que c’est la honte absolue. Quand il y a eu la rue d’Aubagne, c’est lui qui organisait les trucs en criant « Gaudin assassin » et maintenant, c’est lui qui va nous expliquer que Gaudin était un homme merveilleux ? J’ai travaillé avec Gaudin suffisamment longtemps, j’ai eu une proximité avec lui que personne n’a eu dans cette ville, j’ai eu des difficultés avec Jean-Claude que personne n’a eu dans cette ville…

    Didier Gesualdi : …Est-ce que le Printemps marseillais n’a pas fait sortir Marseille de sa torpeur ?

    Non mais ça va bien là ? Pourquoi, il dormait ? On a eu Euroméditerranée, un certain nombre de choses quand même ! Et maintenant ça irait bien ? On connaît pas la même ville alors…

    Léo Purguette : Dans les enquêtes d’opinion, les Marseillais semblent dire que cela va plutôt mieux…

    Le dernier sondage on avait un point d’avance sur le Printemps marseillais, vous l’oubliez ?

    Léo Purguette : Comment analysez-vous le rapprochement Allisio-Ravier ? À moi la mairie, à toi le Sénat ?

    Vous avez M. Ravier qui représente le plus extrême de l’extrême et M. Allisio qui ne voulait pas lui parler. Donc oui, ils lui ont promis le Sénat.

    Didier Gesualdi : La droite va-t-elle courir après le RN dans cette campagne ?

    D’abord, c’est pas la droite, c’est une addition de forces pilotée par des gens comme Romain Simmarano, Mme Blanchard qui sont des jeunes, la génération pour Marseille. C’est la droite et le centre élargi.

    Décentraliser

    Didier Gesualdi : Il faut un geste de décentralisation ?

    Il faut aller beaucoup plus loin que ça. La loi 3DS, c’était des ajustements législatifs et réglementaires des dysfonctionnements français, ce n’est pas ça la décentralisation. Il faut faire ce que propose M. Borloo : un fédéralisme à la française où les territoires ont la capacité de faire et l’État s’occupe du régalien.

    Léo Purguette : Ça veut dire une autonomie fiscale pour les Régions ?

    Oui. Regardez on s’occupe bien des lycées, on les a tous refaits, ils étaient tous pourris, c’est la Région qui l’a fait, pas l’Éducation nationale. Là, c’est la Région qui paye le nouveau Samu qui arrive à Marseille. Est-ce que c’est dans notre mission ? C’est plutôt à l’État non ?

    Léo Purguette : Justement, ça ne vous fait pas craindre qu’avec une nouvelle décentralisation, il y ait une nouvelle déresponsabilisation de l’État ?

    Pourquoi on ne pourrait pas nous faire confiance à nous les élus locaux. On pleure pour avoir 4 euros 50 et quand on les a, on nous prend 1 euro 50…

    Personnalité régionale

    Didier Gesualdi : Vous avez été désigné personnalité régionale de l’année par le Trombinoscope. Il n’y a pas beaucoup de macronistes qui remportent des prix dans la période…

    Oui, ça m’a fait vraiment plaisir. J’ai passé ma vie et je passe ma vie à essayer de développer, de valoriser ce territoire, à trouver des solutions. J’ai amené les Jeux olympiques, je suis allé chercher les fonds européens, je travaille contre la désertification médicale… Là c’est un panel de journalistes qui s’est prononcé et j’ai gagné, moi le Marseillais, le bébé Chirac, un amoureux de la vie qui essaye d’aider son pays. Ou alors peut-être que les autres sont très très mauvais et que c’est pour ça que j’ai gagné.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Nathalie :

    Bonjour. Pourquoi s’obstiner sur la privatisation du rail alors que ça a été une catastrophe partout en Europe ?

    Ça n’a pas été une catastrophe dans toute l’Europe et ça a été très instructif d’arriver les derniers dans l’appel à manifestation d’intérêt, justement parce qu’on a vu là où ça ne marchait pas et là où ça marchait. Ça a été une catastrophe en Angleterre, un semi-succès en Italie, plutôt un échec en Espagne, un semi-succès en Allemagne, d’ailleurs parce que Transdev s’en occupe chez eux. En arrivant les derniers, on a vu ce qu’il ne fallait pas faire. Globalement, c’est plutôt un très gros succès. Sur les trains -à la louche- on perdait 365 millions d’euros par an, un million par jour ! On avait 80% de trains à l’heure. Aujourd’hui on est à l’équilibre et on a 97% de trains à l’heure. On a fait trois lots. Un a été gagné par la SNCF, l’autre par Transdev, ça marche plutôt bien. On vient d’attribuer le troisième, ce vendredi, pour le train des Alpes. C’est la SNCF qui a gagné, loin devant. Donc quand ils veulent, ils peuvent.

    Par ailleurs, on a diminué de 20% le prix des abonnements, parce qu’on a bien réalisé qu’il y a une gare à moins de 10mn de chaque habitation. Comme on ne peut pas faire de routes, d’autoroutes supplémentaires, on refait les gares.

  • [Rue de la République] Marc Pena : « Emmanuel Macron imagine une République sans le peuple »

    [Rue de la République] Marc Pena : « Emmanuel Macron imagine une République sans le peuple »

    La situation politique

    Didier Gesualdi : M. le professeur de Droit, puisque c’est votre profession d’origine, quelle confusion politique ! Comment continuer à intéresser les Français à la chose publique ?
    Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on vit une crise politique grave qui peut déboucher sur une crise de régime. Ce n’est pas rien. Puisque vous parlez de ma profession de juriste, Emmanuel Macron a réuni ce vendredi les formations politiques, hormis le RN et LFI, or dans la Constitution l’article 20 nous dit que c’est le Premier ministre qui forme le gouvernement qu’il propose au président de la République. Ce n’est donc pas son rôle. Il y a de la confusion. Ce qui m’inquiète, c’est qu’en définitive, les citoyens ne comprennent plus rien. Il y a des problèmes de pouvoir d’achat, des difficultés à finir les fins de mois, 10 millions de pauvres dans ce pays… Et pendant ce temps, ils ont le sentiment d’une classe politique qui se chamaille pour des places. C’est plus complexe que ça mais il est évident que le pouvoir exécutif ne prend pas ses responsabilités, ne joue pas son rôle et imagine une République sans le peuple. Nous sommes là pour rappeler que les parlementaires, qui sont les représentants du peuple, sont bien là et doivent trouver la solution politique.

    Didier Gesualdi : Autrement dit toute l’addition est à présenter à Emmanuel Macron et à lui seul ?
    Il a fait son œuvre. C’est pour ça qu’il est aussi faible dans les sondages. Il s’entête à vouloir poursuivre la même politique, alors qu’elle a été désavouée plusieurs fois, que trois Premier ministres ont échoué, l’instabilité vient d’abord du cœur du pouvoir, d’Emmanuel Macron en particulier.

    Léo Purguette : Si Emmanuel Macron porte toute la responsabilité de la crise, doit-il partir ?
    Non. Pas par rapport à lui mais par rapport à l’institution. Il faut faire très attention aux institutions. On peut être d’accord ou pas. La fonction présidentielle est pivot. Pensez à une destitution improbable ou une démission me paraît dangereux pour la suite. Maintenant, la démission lui appartient. C’est à lui de voir.

    La Ve république

    Léo Purguette : L’hyper-présidence et des dispositions comme le 49.3 ont asphyxié la vie démocratique. Faut-il s’engager vers une VIe République ?
    Je n’ai jamais été favorable à ces institutions qui ont été faites pour un homme, le général De Gaulle, dans des circonstances exceptionnelles. L’équilibre dans cette République est largement en faveur de l’exécutif, parfois est une monarchie républicaine, et on a un Parlement, la plupart du temps, qui suit la direction du chef de l’État et donc une seule élection décide de tout. Il a vraiment des questions à se poser sur – au moins – une réforme de ces institutions. En même temps, ce sont les hommes et les femmes qui font vivre les institutions et nous avons un problème aussi de ce côté-là.

    Didier Gesualdi : D’autres pays connaissent un champ politique éclaté mais fonctionnent. On n’arrive pas à trouver des compromis en France ?
    C’est aussi dû aux institutions qu’on vient de décrire. Le chef de l’État devait avoir une majorité confortable, stable, à travers le scrutin majoritaire. Il y a eu des discussions sur la proportionnelle. Pour un véritable changement de régime, ce n’est pas le seul élément mais c’est un élément. Il faut réfléchir aux modalités, ce n’est pas pareil une proportionnelle intégrale et une proportionnelle à l’allemande, mais si on demandait aux Français de revoter, il se pourrait qu’ils élisent à nouveau trois blocs.

    Léo Purguette : Si on leur demande de revoter, êtes-vous prêt ?
    Nous, on est prêt à aller devant les Français. On ne pense pas que la dissolution soit la première solution mais on n’a jamais peur d’y aller. À nouveau, on se rassemblerait, on se mobiliserait pour éviter d’abord et avant tout l’extrême droite au pouvoir. C’est d’abord l’union de la gauche qui l’a empêché il y a un an et ensuite, le front républicain.

    Les lignes rouges

    Didier Gesualdi : Chacun a des lignes rouges mais personne ne semble se rendre compte qu’il n’a pas la majorité.
    Il y a trois blocs politiques mais 11 groupes à l’Assemblée nationale, donc il faut que chacun soit humble. Maintenant ce n’est pas parce qu’on est humble qu’on n’est pas capable de proposer, en tant que parlementaire, ce que l’on croit bon pour le pays. Je vais parler au nom du Parti socialiste : pendant que M. Macron veut se perpétuer, pendant que les Premiers ministres tombent les uns après les autres, nous, on fait des propositions pour la vie des Français, on ne reste pas les bras croisés. C’est ça un parti politique, ce n’est pas jouer les places.

    Léo Purguette : Sébastien Lecornu a reconnu que le dossier des retraites était « bloquant », Elisabeth Borne se dit ouverte à suspendre sa propre réforme. Qu’est-ce que ça dit de la situation du bloc central ? Il est en déshérence ?
    Je vais aller plus loin : il n’est plus un bloc et il n’est plus central dans la vie politique. On a des gens qui s’affolent aussi, qui se rendent compte de la réalité. Quand sur un totem comme celui-ci, la réforme des retraites, qui est la seule réforme structurelle d’Emmanuel Macron, celle qui l’a porté est capable de l’abandonner en chemin, c’est bien que ce bloc n’est plus en capacité de gouverner. Notre rôle est d’obtenir le plus possible pour le budget à venir.

    La fonction de maire

    Didier Gesualdi : Dans un contexte de crise généralisée de la politique, le lien est-il rompu aussi entre les maires et la population ?
    Je ne le crois pas. Il y a une crise de vocation des maires devant les difficultés et l’isolement qui est parfois le leur. La commune a été maltraitée dans le paysage institutionnel local. Elle devrait pouvoir retrouver plus d’autonomie, de capacité de faire. Elle est indispensable dans un certain nombre de domaines. Je crois que les Français continuent de s’identifier à leur maire. Les municipales sont une élection très importante, je crois même que la démocratie se recoudra, se reconstituera à partir du local. C’est notre histoire depuis 1789. J’en suis persuadé. Il faut pour cela, non pas des mairies d’autocrates qui se perpétuent au pouvoir mais des mairies qui ouvrent l’espace aux citoyens, où la proximité est la chose la plus importante. Ça doit permettre de proposer une autre perspective que le spectacle que l’on a au plan national.

    Les municipales

    Léo Purguette : En tant que chef de file de l’opposition de gauche à Aix, vous êtes pressenti pour conduire une liste d’union. La gauche a été en tête dans la commune aux législatives, Aix peut-elle basculer ?
    Je suis persuadé que c’est possible. Si nous sommes en capacité d’être unis, rassemblés, capables de porter un projet alternatif à celui qui est en place depuis 25 ans, cela est même, d’une certaine manière à portée de main. Si je m’engage dans cette campagne, ce n’est pas pour faire un tour de piste et témoigner ou penser, comme certains, qu’Aix serait une ville de privilégiés, immanquablement à droite… L’histoire a prouvé qu’il était possible de faire différemment à Aix-en-Provence. Les Joissains ont quand même 25 ans de pouvoir au compteur, ça use. Je suis convaincu que nous serons la seule alternative.

    Didier Gesualdi : Comment définiriez-vous ce pouvoir ? Autocratique ?
    Oui, quand vous avez eu le père, la femme et la fille, on a là une dynastie qui n’a rien à voir avec la République.

    Didier Gesualdi : Les Aixois ont voté quand même…
    Oui, enfin Sophie Joissains, n’a pas été élue directement. Elle n’est pas la seule dans le département mais c’est sa mère qui a conduit la liste. Elle n’est arrivée qu’après donc il y a un problème de légitimité. Je suis convaincu que les Aixois ont besoin d’une autre perspective. Cette ville qui a l’air d’aller bien quand on y va juste pour faire les courses ou manger au restaurant, est une ville chahutée, en difficultés par bien des aspects.

    Léo Purguette : Avec qui entendez-vous gagner ? Les difficultés de la gauche au plan national existent aussi localement ?
    Au plan local, comme national, LFI s’est mise de côté. Toutes les autres formations de gauche peuvent le dire, ce sont les insoumis qui se sont mis eux-mêmes de côté et qui, cette fois-ci, n’ont pas voulu l’union. C’est un constat que nous faisons mais on a un arc de forces très riche et très divers. Vous avez des gens de l’Après jusqu’à Place publique qui font partie de notre coalition, c’est un éventail large qui est proposé. Une gauche qui devient le centre de la vie politique aixoise. C’est autour de cela que nous travaillons à une liste représentative, pas seulement des partis mais aussi de la diversité citoyenne d’Aix-en-Provence.

    Le risque RN

    Didier Gesualdi : Le RN est très haut dans les sondages. Pourquoi est-ce pour vous un risque pour la France ? Après tout, certains disent qu’on ne l’a jamais essayé.
    On les a essayés dans l’histoire, dans les périodes les plus sombres. Le RN reste un parti profondément d’extrême droite. On a d’ailleurs une internationale d’extrême droite qui se constitue avec des régimes comme ceux de M. Orban, Mme Meloni ou M. Trump.

    Didier Gesualdi : Ça parle aux Français ça ?
    Le RN, que propose-t-il ? Notamment de revenir sur l’Aide médicale d’État au nom de la lutte contre l’immigration. Il ne va accroître que la précarité. C’est un parti qui discrimine constamment pour asseoir une politique qu’il présente comme sociale mais qui ne l’est jamais. Le RN n’a jamais été au rendez-vous des manifestations du monde du travail ni des propositions que nous avons pu faire en matière d’amélioration de la vie des Français. Il reste un parti dangereux

    Didier Gesualdi : Ça surprend qu’il n’y ait pas d’incidence des décisions de justice concernant Marine Le Pen sur le vote RN ?
    Non, c’est un vote structurel qui s’inscrit dans une crise européenne et mondiale.

    La gauche

    Léo Purguette : La gauche aussi est en crise. Il y a un an, elle était unie sans être majoritaire. Aujourd’hui, le contact est-il rompu avec la FI ?
    Il est évident qu’aujourd’hui LFI fait cavalier seul. Mais c’est de leur responsabilité. Les autres partis peuvent ne pas être d’accord sur tout mais nous discutons avec l’Après de François Ruffin, Clémentine Autain, les communistes, les écologistes et les socialistes. Les ponts ne sont pas rompus. Je pense que LFI enjambe toutes les élections en vue de l’élection présidentielle. Ce que les insoumis regardent, ce sont les sondages de Jean-Luc Mélenchon et ils mettent toutes leurs forces dans cette bataille-là, alors même qu’ils prétendent à une VIe République, ils sont dans la culture du chef à 200%. Après, si nous devons retourner aux urnes, nous verrons bien si la gauche dans son ensemble n’a pas la responsabilité très forte de se rassembler. Regardez dans les Bouches-du-Rhône, je suis le seul député non-RN hors Marseille. La gauche laissera-t-elle la main au RN ? Je n’ose y penser un seul instant.

    La question des lecteurs

    Sorf : Que proposez-vous sur les transports et en particulier pour les personnes handicapées qui manquent de mobilité pour pouvoir se déplacer ? C’est très important.
    Les personnes en situation de handicap sont des personnes comme les autres. On le dit constamment. Les choses se sont améliorées mais pas suffisamment, notamment en matière de transports en effet. À Aix, lorsqu’il s’agit du BHNS qu’il m’arrive de prendre et qui est un transport nouveau, les éléments d’accessibilité sont là. Mais en revanche, le réseau de bus aixois géré par Keolis demanderait à être rénové dans le sens de l’accessibilité. Il y a encore beaucoup à faire je crois. Il faut voir cette question de manière plus large. Les discriminations liées au handicap touchent les personnes concernées avec la même violence que les discriminations liées à l’origine, à la classe sociale, à l’orientation sexuelle… Elles doivent toutes disparaître dans notre société, c’est un combat que la gauche doit mener tous les jours. Une personne en situation de handicap qui ne peut pas accéder aux transports en commun est en réalité considérée comme un sous-citoyen. Ce n’est pas acceptable. Et puisque vous êtes lecteur de La Marseillaise, je dois dire que ce journal représente bien cette exigence d’égalité, embrasse bien l’ensemble des problèmes de la société. C’est cela que nous avons à traiter dans une République moderne, dans une démocratie mature. La gauche a la responsabilité de contribuer à émanciper les citoyens.

  • [Rue de la République] Anthony Gonçalves : « Nous mettrons les intérêts du monde du travail au cœur des municipales »

    [Rue de la République] Anthony Gonçalves : « Nous mettrons les intérêts du monde du travail au cœur des municipales »

    Sa candidature

    Didier Gesualdi : Les communistes de Marseille viennent de vous désigner chef de file. C’est un peu tôt alors que le maire n’est toujours pas déclaré ?

    Les communistes sont des gens organisés qui aiment anticiper. Nous avons eu jeudi une assemblée générale des communistes de Marseille. Nous sommes nombreux, motivés et engagés dans cette ville. Nous avons traité plusieurs questions : quelle stratégie ? Quel programme nous souhaitons mettre en débat ? Et quel chef de file ?

    Didier Gesualdi : Benoît Payan a-t-il raison de ne pas se dévoiler alors qu’on sait qu’il sera la tête d’affiche ?

    Vous lui poserez la question. Il est maire de Marseille, il fait du bon travail. Il a encore des choses à faire avant la fin de son mandat. Ça ne nous pose pas de problème dans cette phase de réflexion et de propositions. Nous initions le débat et nous serons heureux quand chacun nous rejoindra dans ce débat.

    Léo Purguette : Vous êtes professeur de médecine, cancérologue réputé, ce n’est pas le profil habituel d’un candidat communiste et pourtant vos camarades vous ont désigné à l’unanimité. Qu’entendez-vous incarner dans cette campagne ?

    C’est vrai. Je suis en effet professeur de médecine, cancérologue, je suis aussi un enfant des milieux populaires, de la classe ouvrière et je n’oublie pas d’où je viens. Enfant, j’ai été marqué par une chanson de Jean Ferrat, l’un des artistes qu’on écoutait beaucoup à la maison, dans laquelle il disait « je rêve d’un monde où on n’est pas toujours du côté du plus fort ». C’est ce qui m’anime. Je suis heureux de participer à l’effort collectif des militants d’un parti qui a toujours été du côté de ceux qui n’ont pas grand-chose et qui cherche à améliorer leur quotidien. C’est dans cet esprit que je me trouve et c’est pour ça que je suis candidat à la demande des communistes. Qu’ils me demandent d’être leur chef de file à l’occasion des élections municipales, c’est un grand honneur qu’ils me font.

    LE MOUVEMENT SOCIAL

    Léo Purguette : Quand vous entendez Sébastien Lecornu parler de rapprocher le salaire net et le salaire brut, que répondez-vous ?

    Je tremble parce que je vois bien que cela signifie saper le financement de la Sécurité sociale. On en fête le 80e anniversaire. C’est une avancée majeure. La plus grande avancée médicale que l’on ait connue car elle met à disposition de chacun les soins dont il a besoin. N’importe quelle innovation thérapeutique n’a aucune valeur si elle n’est pas accessible. Ce que propose le Premier ministre, c’est exonérer les patrons de leur responsabilité dans l’augmentation des salaires et une façon de saper la Sécurité sociale.

    Didier Gesualdi : La rue est en train d’imposer un débat sur la taxation des hauts revenus mais elle a régulièrement perdu ces dernières années. Que faut-il faire ?

    Il ne faut pas se décourager. C’est un combat éternel qui a commencé avec Spartacus, il s’est poursuivi pendant la Révolution française dans notre pays. Je mets en garde les ultra-riches de notre pays qui s’efforcent de ralentir toute tentative de partager un tout petit peu leur richesse. Je leur dis : un jour, il y a eu la nuit du 4 août, et les privilèges de l’ancien régime ont disparu en fumée. Leur attitude est totalement indécente. La taxe Zucman, c’est une taxe très sociale-démocrate, pas une taxe révolutionnaire. Si les communistes étaient au pouvoir, c’est d’autre chose dont on parlerait. Là il s’agit de prendre à 1 800 milliardaires 2% de leur richesse.

    Léo Purguette : Ça vous inquiète le rapprochement RN-socle commun pour se répartir des postes à l’Assemblée nationale ?

    Oui, lorsque le pouvoir de l’argent se sent menacé il est capable du pire. La réponse, c’est la mobilisation populaire pour remettre les questions de classe au cœur du débat.

    LA MÉTHODE

    Léo Purguette : On entend vos propositions, vous êtes là pour les incarner, quelle sera votre méthode pour les faire cheminer dans le rassemblement de la gauche ? Vous allez dialoguer avec le maire de Marseille ?

    D’abord, nous mettons nos propositions en débat avec la population. Elles ne sont pas à prendre ou à laisser. Notre parti politique est un intellectuel collectif. D’où l’intérêt d’avoir des structures organisées qui permettent aux gens de réfléchir ensemble. Ces propositions, les communistes eux-mêmes les ont travaillées collectivement. Nous espérons qu’elles seront discutées, probablement amendées avec la population et avec nos partenaires. Tout fait l’objet de discussion. Nous voulons construire, nous voulons rassembler. Vous savez, la radicalité pour nous, ce n’est pas se positionner dans un coin de la pièce en répétant des mantras qui ne deviendront pas réalité. Nous voulons le rassemblement, c’est pour nous la manière d’accéder à la radicalité.

    Léo Purguette : Vous avez été élu chef de file sans jamais avoir exercé de mandat. Est-ce un signal envoyé en pleine crise de confiance vis-à-vis de ce que d’aucuns appellent la « classe politique » ?

    C’est une observation qu’on peut faire. Je suis professeur de médecine et oncologue médical mais je suis surtout le salarié d’un hôpital. Je travaille, je me lève le matin, je trouve que c’est plutôt pas mal que des gens qui sont engagés dans le combat politique y compris dans un mandat électif puissent être de plain-pied dans les réalités du monde du travail. On parle de moi parce que je suis chef de file mais dans le vivier des candidats communistes, il y aura toutes les composantes du monde du travail représentées.

    LA PAIX

    Léo Purguette : Les communistes prônent la paix mais comment y parvenir ?

    La paix, c’est un marqueur de notre parti. Nous voulons que Marseille joue un rôle majeur dans le combat pour la paix, du fait de son histoire, de son brassage de population, de sa position en Méditerranée…

    Léo Purguette : Vous avez apprécié le jumelage avec Bethléem ?

    Bien sûr, nous avons félicité le maire pour cette initiative qui rapproche les peuples. On est tous dégoûtés par les massacres qui se passent à Gaza, nous demandons le cessez-le-feu immédiat, la libération des otages des terroristes du Hamas, des sanctions contre le gouvernement israélien… Il faut aller plus loin que la reconnaissance d’un État palestinien et rester unis ici. Le racisme et l’antisémitisme sont des poisons qui divisent les peuples. C’est inacceptable. Pendant la Seconde guerre mondiale, nous avons été ceux qui ont organisé la Main-d’œuvre immigrée (MOI) y compris juive qui a lutté contre l’occupant. Des dizaines de héros communistes issus de cette communauté sont tombés. Nous ne laisserons jamais rien passer en matière d’antisémitisme.

    L’EXTRÊME DROITE

    Didier Gesualdi : Le climat de la campagne est-il de nature à mobiliser les électeurs ?

    La politique c’est sérieux. Il ne faut pas montrer des exemples qui ne sont pas toujours les plus attractifs. La quasi-fusion entre le RN et la composante ignoble constituée par Stéphane Ravier est de nature à inquiéter les citoyens de cette ville, les démocrates. Il va falloir réfléchir à construire un grand front démocratique contre la menace du RN.

    Didier Gesualdi : Que dites-vous à ses électeurs ? Vous les considérez comme des nazis ?

    Nous n’avons jamais fait partie de ceux qui considèrent les électeurs du RN comme des nazis. C’est totalement déplacé. Beaucoup de ces électeurs sont issus des classes populaires, nous ne pouvons pas mener la lutte pour la transformation sociale en méconnaissant cette réalité. Comment fait-on ? On parle des questions sociales, on répond aux questions que se posent les gens, on affronte le sujet de la sécurité et on ne renonce jamais sur l’égalité, sur la justice.

    LE PRINTEMPS MARSEILLAIS

    Didier Gesualdi : Vous prônez l’union autour du Printemps marseillais qui a connu un certain nombre de dissensions. Est-ce encore possible un « Printemps marseillais 2026 » ?

    C’est une des questions débattues à l’assemblée générale des communistes de Marseille jeudi soir. Est-ce qu’on doit renouveler la stratégie du Printemps marseillais ? Nous avons répondu massivement oui à cette question avec deux raisons principales. La première, c’est qu’il y a un danger réel à Marseille avec un RN qui est en train de solidifier ses positions et qui avance ses pions petit à petit. Dans cette situation, les communistes ont un rôle à jouer pour alerter du danger et pour organiser la résistance. La deuxième, c’est que nous faisons partie des premiers initiateurs du Printemps marseillais, en 2019 avec ce qu’on appelait le « mouvement sans précédent » et donc c’est un peu notre propriété aussi. Nous avons des droits sur cette construction de partis politiques et de citoyens et nous avons forcément des améliorations à apporter. Il faut tenir compte du bilan que nous jugeons bon et aussi de ce qu’il faut faire pour à nouveau convaincre les Marseillais que nous avons besoin d’un mandat supplémentaire pour continuer de transformer la ville.

    Léo Purguette : Quel bilan tirez-vous de l’action des communistes dans le Printemps marseillais ?

    Les communistes qui ont débattu jeudi, considèrent que le bilan des élus communistes et notamment des adjoints est bon, très bon. Il a contribué à transformer la ville. Je pense à l’action de Jean-Marc Coppola dans le domaine de la culture, à celle d’Audrey Garino, dans le domaine de la Solidarité, à celle d’Aurélie Biancarelli pour l’amélioration des conditions de vie étudiantes. Je pense aussi au rôle fantastique joué par Nathalie Tessier dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, le combat pour l’égalité femme-homme. Je pense enfin à Marie-Josée Cermolacce qui était en charge de l’accueil des nouveaux habitants et qui a pu démontrer au cours des dernières années que la population de la ville augmente. C’est le reflet de nos acquis en matière de politiques publiques si Marseille attire de nouveaux habitants.

    Léo Purguette : Il reste encore beaucoup à faire dans une ville traversée d’inégalités.

    Le bilan n’est jamais la raison pour laquelle on gagne. Ce qui va emporter la décision, c’est ce qu’on propose. Nous les communistes avons un apport original : nous voulons que se trouvent au cœur de la campagne, les intérêts du monde du travail. Dans cette alliance que nous allons construire avec d’autres partis politiques et citoyens, nous voulons incorporer ces aspirations. En matière de santé, nous proposons par exemple de construire avec l’AP-HM des centres de santé répartis partout sur le territoire, dans chaque arrondissement.

    LA SÉCURITÉ

    Didier Gesualdi : On ne vous entend pas parler de sécurité. Ce n’est pas important pour le PCF ?

    Pas du tout. Nous ne sommes pas de ceux qui la mettent de côté. Nous avons lancé, à l’initiative du sénateur Jérémy Bacchi et d’un certain nombre de personnalités marseillaises, ce qui s’est appelé « l’appel de Marseille » pour pointer l’urgence qu’il y avait à mener la lutte contre les narcotrafics de manière implacable. En donnant les moyens à la police, à la justice, à la lutte contre le blanchiment, en allant chercher les trafiquants. Et en même temps en développant la justice sociale, l’égalité républicaine dans les quartiers populaires. Les communistes ont été dans le siècle précédent, avec François Billoux, de grands artisans de la lutte contre le crime organisé. Nous pouvons aujourd’hui prendre la tête d’une grande coalition citoyenne qui se donnera l’objectif de débarrasser les quartiers des mafias.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Gabriel :

    Bonjour, qu’allez-vous faire pour le logement ? Il faut construire massivement des logements sociaux dans tous les arrondissements comme à Paris.

    Bonjour. Oui je suis d’accord, il faut construire massivement comme à Paris. Dans les priorités que les communistes ont adoptées jeudi, il y a un grand programme de logements publics qui soient accessibles, de haute qualité environnementale et implantés dans un cadre doté en services publics car on ne fait du logement dans un désert. Nous voulons aller jusqu’à 40% de logements publics à l’échelle de la ville. Je parle de logements publics, c’est une autre façon de parler de ce qu’on a appelé le logement social et qui est devenu connoté. Nous, par ce terme de logement public, nous voulons affirmer que le logement public, ce ne doit pas être considéré comme du logement pour personne dans la grande misère. C’est le logement des gens qui travaillent, qui ne peuvent pas passer des milliers d’euros dans leur loyer. C’est le logement des infirmières, des ouvriers, des policiers… C’est aussi une manière de souligner l’effort public qui doit être mis en œuvre pour construire ce type de logements en s’appuyant sur les bailleurs sociaux notamment.

  • Sophie Camard : « Martine Vassal, c’est la candidate du retour en arrière »

    Sophie Camard : « Martine Vassal, c’est la candidate du retour en arrière »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h30 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    La campagne des municipales

    Léo Purguette : Est-on déjà dans la campagne ?

    Pour nos adversaires oui. De notre côté, ce qui compte pour moi, c’est qu’on a fait le démarrage de campagne du Printemps marseillais avant les candidats. Samedi matin dernier, 1 500 personnes à la maison de l’Arménie, c’était un signal positif. On revient aux sources de ce qu’a fait le Printemps marseillais en 2020, dans un autre contexte. C’est-à-dire qu’on remobilise notre base militante et les habitants. On revient au message de base du Printemps marseillais : transformer la ville avec un mouvement citoyen et ce mélange un peu particuliers de partis politiques et de citoyens.

    Didier Gesualdi : 5 ans après votre opposition ne cesse de dire que Benoît Payan a volé l’élection de Michèle Rubirola.

    Pour moi, celle qui a volé l’élection, c’est Martine Vassal puisqu’elle oublie à chaque fois de dire que c’est elle qui a perdu. Elle a perdu la mairie des 6-8, elle a perdu le conseil municipal et elle s’est ensuite présentée à la Métropole par revanche politique. Je rappelle que Benoît Payan a gagné les 2-3, Michèle Rubirola les 4-5, Olivier Fortin les 6-8 et moi les 1-7. Ça me rappelle un peu Trump face à Biden. On est face à une droite tellement traumatisée de perdre le pouvoir en 2020, qu’elle a fait un arrêt sur image. Ils n’ont jamais accepté les résultats et là, ils font un redémarrage de campagne où on a l’impression qu’ils ont réappuyé sur la touche de 2020 et on les voit revenir avec les mêmes candidats que ceux qui ont perdu en 2020. Ils reviennent avec la même communication « Marseille à feu et à sang avec le Printemps marseillais » On est seulement au mois de septembre, on se demande ce que ça sera en mars. Et puis, un climat d’affaires judiciaires, et une annonce de campagne où je me suis demandé si c’était Martine Vassal ou Marine Le Pen qui se lançait.

    Léo Purguette : À ce point ? Oui, faire sa rentrée politique en disant « la cause de tous les problèmes, c’est l’immigration », c’était assez spectaculaire.

    Léo Purguette : Elle a fait ce lien sur un fait divers de votre secteur sur lequel vous avez fait le choix d’assez peu vous exprimer.Ah si ! J’ai fait des déclarations claires et nettes. Lorsque la situation était parfaitement maîtrisée et que tout s’est transformé en bad buzz sur les réseaux sociaux, j’ai vraiment réagi très formellement. On est en République. L’état de droit, c’est juger les individus sur les actes qu’ils commettent, pas sur leurs origines ou leur nationalité. J’ai rappelé que Belsunce était un quartier avec beaucoup de personnes d’origine étrangère qui sont aussi les premières victimes de ce qu’il s’y passe. On pourra en reparler.

    La candidature de Martine Vassal

    Didier Gesualdi : Que pensez-vous de ce démarrage de campagne ?

    Pour moi, Martine Vassal, c’est la candidate du retour en arrière. C’est-à-dire que ses soutiens veulent reprendre là où ils en étaient en 2020. Qui veut revenir en arrière ? Qui veut revenir à la situation de 2020, où il y avait une crise humanitaire due à l’évacuation des personnes délogées et où il n’y avait même pas de direction de lutte contre l’habitat indigne ? Qui veut revenir avant 2020 où on avait une adjointe aux écoles qui ne savaient même pas combien Marseille comptait d’écoles et qui disait que si les écoles étaient dégradées c’était la faute des enfants ? Aujourd’hui on a un plan écoles d’un milliard, on est passé de 20 ans de retard à 10 ans d’avance dans les nouvelles écoles. Qui veut revenir à avant 2020, où les musées, les bibliothèques, les cantines, les crèches étaient en permanence en souffrance et parfois fermés par manque de personnel ? Qui veut revenir avant 2020 où on nous prédisait la tutelle de l’État sur les finances de la Ville ? Ce n’est pas assez signalé mais nous avons non seulement recruté, renforcé les services publics mais aussi diminué la dette de Marseille. Martine Vassal dirige la Métropole – 5 milliards d’euros -, le Département – 3 milliards d’euros – avec des finances qui vont très très mal. On n’a pas de leçon à recevoir.

    Léo Purguette : Quand elle dit sur ce plateau que dans le magazine bilan de la majorité 80% des réalisations sont dues à la Métropole, vous n’êtes pas d’accord ?

    Quand ça va bien, c’est le bilan de Martine Vassal, le reste c’est Benoît Payan ? Il faut rester sérieux 5mn. Je peux confirmer que, quand l’État, la Métropole et la Ville font ensemble, oui ça permet d’avance. Mais dans ce cas-là, pourquoi dit-elle que Marseille va si mal ?

    Les liens avec la métropole

    Didier Gesualdi : Vous travaillez avec la Métropole…

    La Métropole a beaucoup d’argent et beaucoup de pouvoir. Martine Vassal termine son mandat sur ses grandes compétences avec un fiasco total dans les transports. Les déchets, la propreté, ça remonte de partout, ça ne va pas. Encore trop souvent, elle bloque un certain nombre de demandes que nous lui faisons. Elle a même refusé de mettre une maison des projets dans un immeuble de la Métropole pour expliquer aux Marseillais tout ce que nous faisons ensemble avec la rénovation urbaine sur le centre-ville. Comme si ça devait nous bénéficier à nous, alors que c’est juste l’intérêt commun. Il y a un récit qui ne fonctionne pas. Si elle a tant d’argent et de pouvoir, pourquoi elle critique la situation de Marseille ?

    Léo Purguette : Ça, ce sont vos rapports tendus, mais les Marseillais que vous rencontrez comme maire de proximité, vous disent-ils que tout va bien ?

    Ils me disent que Marseille change, qu’ils ne veulent pas revenir en arrière. Ils me disent qu’ils ont conscience qu’il a de grands sujets qui nous dépassent. Accuser Benoît Payan ou Sophie Camard de la drogue ou des coups de couteau, c’est quand même un peu ridicule. Nous avons libéré beaucoup de projets et d’énergie dans cette ville. Ce n’est pas anecdotique d’avoir remis beaucoup de culture dans l’espace public, d’avoir redressé les écoles, les crèches, la police municipale aussi. Les gens m’en parlent. Après, ils ont bien compris qu’il y a un débat politique qui leur échappe et dont ils ne veulent plus entendre parler, c’est cette opposition Métropole-Ville, Vassal-Payan. C’est pourquoi l’élan transformateur du Printemps marseillais devra, demain, s’étendre à tous les secteurs de la Ville et à la Métropole. Nous voulons l’alignement de la chaîne de commandement.

    Le Premier ministre

    Léo Purguette : La situation nationale est très bloquée. On a un Premier ministre sans gouvernement, un mouvement social qui se déploie. Quelle issue possible ?

    Ce qui m’intéresse dans la situation actuelle, c’est que pour une fois, comme on n’a plus de gouvernement, on a un mouvement social qui met des sujets sur l’agenda politique. Habituellement, on fait des manifestations contre ce que le gouvernement cherche à imposer. C’est un moment très particulier, le mouvement social qui fixe les grands sujets : la Palestine, l’injustice fiscale, les privilèges des milliardaires, l’idée d’aller chercher l’argent là où il est…

    Léo Purguette : Cela débouchera-t-il sur une dissolution ?

    Je m’en méfie car derrière, c’est l’extrême droite. Il faut maintenir la mobilisation. La situation doit se résoudre par des mesures fortes que le mouvement social exige.

    La sécurité

    Didier Gesualdi : Parmi les reproches faits à Marseille, il y a les incivilités et l’insécurité. La réponse est du côté de l’État mais pas seulement. N’avez-vous pas mis un peu trop de temps à vous préoccuper de la question ?

    Je rappelle que dès 2020 nous avions inscrit le doublement de la police municipale dans notre programme. C’est un engagement tenu. Quand nous sommes arrivés aux manettes, nous avons constaté qu’il y avait à peine une équipe de nuit de police municipale pour toute la ville, que pour les fameuses caméras dont on parle, il n’y avait pas les ressources humaines pour exploiter les images et le centre de supervision urbain était insuffisamment doté. C’est nous qui avons recruté, rajouté des brigades maritimes et équestres, qui avons ouvert le poste de police de proximité sur la Canebière, qui avons fait refluer les difficultés à Noailles de manière spectaculaire. Je ne trouve pas du tout qu’on a été aux abonnés absents sur le sujet, bien au contraire. Je pense même que cela a surpris et mis en difficultés nos adversaires qui ne s’y attendaient pas.

    Les forces en présence

    Didier Gesualdi : Vous tapez beaucoup sur Martine Vassal mais quid du RN dont on vous entend peu parler ?

    On en parle de manière indirecte parce que, oui, ça nous inquiète cette fusion de discours entre LR et l’extrême droite. Très clairement, il y a une question qui est posée sur des éventuelles fusions de liste au second, au troisième tour ? On n’en sait rien. Il y a un vrai problème de repérage des forces politiques en présence. Qu’est-ce que ça veut dire la droite à Marseille aujourd’hui par rapport à l’extrême droite ? Je me pose vraiment des questions sur le discours. L’extrême droite est très présente sur le terrain. On peut se retrouver avec un duel gauche-extrême droite.

    Didier Gesualdi : Pourquoi les Marseillais votent pour elle selon vous ?

    Je ne pense pas que Marseille soit isolée des grandes tendances mondiales, nationales, de tout ce climat de fachosphère qui règne dans le pays… Je mesure l’utilité des élus de proximité. On est sans cesse au corps à corps sur des fausses rumeurs, des propos qui n’ont pas lieu d’être… Il y a beaucoup d’angoisse qui s’exprime, beaucoup de peur dans la tête des gens.

    Léo Purguette : Parmi les forces en présence, il y a la FI. Vous étiez suppléante de Jean-Luc Mélenchon, en 2020 vous aviez fait partie de ceux qui ont voulu le Printemps marseillais. N’y a-t-il pas ici aussi une touche pause actionnée ? C’est définitif ?

    Du côté de la France insoumise, pour le moment, je ne vois pas trop de son pas trop d’image. Ce ne sont pas juste des déclarations sur les réseaux sociaux qui manifestent une entrée en campagne. Une campagne, c’est un programme, des candidats, des débats… Effectivement, ils ne veulent pas faire de liste avec nous. Nous sommes les élus sortants, le Printemps marseillais, on va mettre un bilan en débat pour aller plus loin. Qui va nous aider ? Nous renforcer ? Je fais un appel aux citoyens. Je me méfie des étiquettes politiques, surtout à Marseille, l’électorat de gauche peut évoluer d’une élection à l’autre. Je fais confiance aux électeurs de gauche pour faire les bons choix aux bons moments.

    Léo Purguette : On ne sait pas si certains vous rejoindront mais d’autres semblent vouloir vous quitter comme l’écologiste Sébastien Barles. C’est définitif ?

    Je rappelle qu’il avait fait une liste autonome en 2020.

    Léo Purguette : Vous n’aviez pas géré 5 ans ensemble…

    Didier Gesualdi : Il veut être calife à la place du calife ?

    Je ne sais pas, il faut lui demander. Il a été adjoint au maire tout le long, chargé de la transition écologique, il a eu un certain nombre de moyens à sa disposition. Il lui appartient de s’exprimer mais au départ, il était déjà sur une liste qui n’était pas celle du Printemps marseillais.

    Nicolas Sarkozy

    Didier Gesualdi : La condamnation de Nicolas Sarkozy n’est pas de nature à rapprocher les électeurs de la politique…

    Ça c’est sûr. En 2007-2008, c’est ce qui m’a fait reprendre un engagement politique. J’étais déjà à Marseille, c’était le grand début de la brutalisation de la vie politique. On dirait que tout le monde réalise maintenant la gravité des faits qui lui ont été reprochés. Il y a depuis des années, une certaine bienveillance à ne pas mesurer le caractère historique de ce qui se passe avec M. Sarkozy. Quand on dit « c’est la première fois qu’il y a une peine de prison ferme », ce n’est pas vrai. Il a été condamné dans l’affaire Bismuth, il a eu le bracelet électronique, puis l’affaire Bygmalion et là, c’est la troisième affaire avec le financement libyen. Il a en fallu du temps !

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Karim Bendjaballah : Bonjour, qu’est-ce que vous faites pour améliorer Noailles ?

    Je suis très fière de ce qu’on a fait à Noailles. J’ai été élue sur les sujets de la rue d’Aubagne. On a eu la chance de pouvoir installer une Société publique d’intérêt national. Énormément de changements se voient à Noailles, il y a des travaux de voirie dans tout le quartier, tous les réseaux électriques ont été refaits. L’équipement de proximité qui sera un lieu ressource sur le lieu de l’effondrement va s’ouvrir au printemps. Le centre social, promis depuis 10 ans est en travaux. Il devrait pouvoir ouvrir en 2027 et en attendant, l’année prochaine on va pouvoir ouvrir un équipement associatif au 44, rue d’Aubagne. Il y a eu les opérations de police de proximité qui ont énormément soulagé et qui tiennent dans le temps. J’ai commencé le mandat en sentant mes adversaires politiques qui se frottaient les mains sur Noailles en se disant « ils ne vont pas y arriver ». Aujourd’hui l’ambiance a changé à Noailles. Karim, si vous habitez Noailles vous pouvez le voir tous les jours dans votre rue. On est en train de changer d’ère. À tel point que les prix remontent. C’est pour ça qu’on avait prévu, sur le foncier public qu’on va réhabiliter, des logements sociaux qui correspondent aux besoins des habitants. On va essayer de tout mettre en œuvre pour qu’il n’y ait pas d’emballement à la spéculation. On va maîtriser cela.

  • [Rue de la République] Martine Vassal : « Je veux que Marseille devienne la capitale de la réussite »

    [Rue de la République] Martine Vassal : « Je veux que Marseille devienne la capitale de la réussite »

    Sa déclaration de candidature

    Didier Gesualdi : C’est la désormais candidate officielle à la mairie de Marseille que nous recevons. Pourtant, vous nous aviez dit ici que vous aviez été très marquée par la défaite de 2020.
    Oui, 2020 m’a marquée. J’en ai tiré les leçons. Je n’ai eu de cesse d’essayer de faire mieux que précédemment. Et puis, il y avait beaucoup d’incertitudes. D’abord savoir ce que Renaud Muselier voulait faire. Ensuite, savoir si la loi PLM allait passer. Jusqu’à début août, on n’avait pas de mode de scrutin, pas de date non plus. On sait que ça sera les 15 et les 22 mars. Enfin, quand je vois ma ville, la façon dont elle est et dont elle décline, eh bien je m’engage. On ne peut pas continuer comme ça. Quand j’entends des tas de gens dire qu’ils veulent la quitter parce que ça ne va pas du tout sur l’espace public, la sécurité, l’attractivité, je me dis, « j’y vais, je fonce ». J’ai l’honneur et la chance d’être présidente d’institutions, de faire beaucoup de choses, d’accomplir nos engagements de campagne. Je vois bien que ça ne va pas.

    Didier Gesualdi : Votre première motivation, ça serait l’échec du Printemps marseillais ?
    C’est surtout que je constate depuis ces 6 années que la gauche, le Printemps marseillais, a fait de Marseille un laboratoire de l’idéologie. Moi, je veux en faire une capitale de la réussite. Nous avons tellement d’atouts.

    Léo Purguette : La majorité sortante communique autour de « Marseille réussit », vous n’êtes pas d’accord ?
    Oui, grâce à la Métropole. Quand on voit ce qu’il y a dans le magazine, 80% de ce qui a été fait l’ont été par la Métropole, et c’est une fierté.

    Didier Gesualdi : On vous a longtemps présenté comme un bébé Gaudin. C’est fini, cette page est tournée ?
    En réalité, je suis l’héritière d’un papa Mazarguais et d’une maman fille d’immigré. C’est le seul héritage que je reconnais. Je n’ai pas l’habitude de regarder derrière. J’avance. Je fais. Le Printemps marseillais a été 6 ans en responsabilité, on voit tout ce qui s’est mal passé. Je suis depuis 10 ans à la tête du Département, de la Métropole, on a fait des bilans de mi-mandats, on a tenu nos engagements. Aujourd’hui, ce qui est important, c’est d’expliquer à la population marseillaise ce que l’on veut faire, où on veut aller. Je n’ai pas les yeux derrière la tête, je les ai devant.

    La droite et le centre

    Léo Purguette : Une des leçons que vous aviez tirées de 2020, c’était les dangers de la division de votre camp. Est-ce que ça va tenir entre une Sabrina Agresti-Roubache et une Valérie Boyer ? Est-ce que Frédéric Collart sera votre Bruno Gilles 2026 ?
    Oui j’ai tiré des leçons. Je n’ai eu de cesse de travailler à cette union. Vous savez, c’est comme un mariage, il faut l’entretenir. Si vous n’entretenez pas le lien entre toutes ces personnes qui étaient là samedi dernier pour ma déclaration de candidature, eh bien ça se casse. Donc une union, c’est toujours fragile. Rien n’est acquis, mais il y a un fil qui nous relie, c’est qu’on aime Marseille.

    Léo Purguette : Au moment où on se parle, vous êtes confiante sur le fait d’être la seule candidate de droite et du centre ?
    Au moment où on se parle, j’arrive à avoir les investitures des différents partis de cet espace politique de la droite, du centre, des écologistes raisonnables. On a un éventail très large. Après, chacun est libre d’avoir des aventures personnelles. J’ajoute que l’on a ces gens qui viennent de la société civile, de la jeunesse, qui nous disent « on veut s’engager, on veut aller de l’avant dans cette ville », parce qu’elle compte des talents et des potentialités.

    Léo Purguette : Vous parlez de « méthode Vassal », qu’est-ce que ça veut dire ?
    C’est « je fais ce que je dis et je dis ce que je fais ». Sur les principes, c’est très clair, je n’ai pas de temps à perdre. C’est la façon dont je fonctionne : je prévois des actions et après je les réalise. Et si je ne peux pas, je dis pourquoi. Je suis claire, j’avance. Ce territoire, on l’a transformé. C’est une fierté.

    Les secteurs, le RN

    Léo Purguette : La réforme PLM est assez défavorable à votre camp, qui compte des notables implantés dans les secteurs. Comment allez-vous vous y prendre tactiquement ?
    Ce que je trouve dommage, c’est qu’on éloigne les habitants. Je ne parle pas de Paris ou de Lyon, je ne connais pas assez bien. Mais Marseille, c’est huit secteurs dont chacun représente l’équivalent d’une ville d’Aix. Comment voulez-vous arriver à gérer la proximité ? Il faut des maires de secteur. Si j’ai l’honneur d’être choisie par les Marseillaises et les Marseillais, je travaillerai avec tous les maires de secteur. Il y aura une liste mairie centrale et des listes pour chaque secteur avec deux urnes.

    Léo Purguette : Vous serez candidate dans quel secteur ?
    Moi je conduirai la liste sur Marseille.

    Léo Purguette : Dans les 6-8, vous ne serez pas tête de liste ?
    Je ne suis pas candidate d’un secteur, je veux représenter tous les Marseillais.

    Léo Purguette : Ce scrutin moins ancré dans la proximité donne une prime à l’extrême droite. Est-ce que ça vous fait peur ? Est-ce que cela explique votre prise de position vigoureusement contre l’immigration après le fait divers de Belsunce ?
    Non, non et non. En vérité, ce n’est pas d’aujourd’hui que je m’occupe de sécurité. Je vais vous rappeler ce que j’ai fait au Département : le 100% sécurité dans les collèges, l’aide que nous apportons à la police nationale, les gendarmeries que nous refaisons, les pompiers… Je finance 80% de la vidéoprotection des communes qui le souhaitent. Par rapport au RN, c’est un peu notre faute la situation dans laquelle on est. Pendant trop d’années, on a laissé la bien-pensance imposer qu’il ne fallait pas parler de sécurité, rien dire sur l’immigration. Le RN a pris cet espace.

    Le climat politique

    Léo Purguette : Vous avez dit « Marseille je t’aime ». Est-ce que ça suffit ? On n’arrive pas à accrocher le débat de fond avec des invectives sur les réseaux sociaux. Regrettez-vous ce climat ?
    Oui je le regrette…

    Léo Purguette : Est-ce que ça ne va pas mettre du vent dans les voiles à l’extrême droite et à l’abstention ?
    Ce que je vais faire, c’est regarder devant.

    Didier Gesualdi : Mais quand on dit « Benoît Payan a perdu mon numéro », ça sert à convaincre qui ? Les militants ?
    Non… J’ai voulu faire un trait d’humour. Mais, franchement, ce qui m’intéresse, c’est de faire. Le bilan que j’ai depuis 10 ans à la tête des institutions que j’ai l’honneur de présider le prouve. Regardez les transports, c’est une révolution ! Les gens en ont ras le bol d’entendre « c’est pas moi c’est l’autre ». Moi je suis dans l’action.

    Les axes de propositions

    Léo Purguette : Vous dites qu’à Marseille, ça ne va pas. Quelles sont vos propositions structurantes pour la Ville ?
    D’abord, on va rentrer dans le détail dans les semaines à venir, puisqu’on a fait des ateliers, que les différentes composantes ont travaillés. Je suis pour être simple : avoir un programme efficace et qui soit réalisable. Je veux avancer sur la sécurité, sur le bon sens et sur l’action. La sécurité, c’est quoi ? Mettre des policiers municipaux dans tous les quartiers…

    Léo Purguette : … Il y en a quand même eu beaucoup plus avec l’actuelle majorité.

    Didier Gesualdi : Ils ont doublé selon le Printemps marseillais.
    Il suffit d’ouvrir les yeux sur l’espace public. Où sont les policiers dans le 12e ? Dans le 15e ? Dans le 11e ? Il y a peut-être une ligne pour mettre une intention de postes et après, il y a la réalité dans l’espace public. Il faut plus que doubler les effectifs de police et surtout faire de la vidéoprotection, avec des gens derrière, pour gérer l’espace public. Là, il y a une chose que je reconnais au Printemps marseillais, c’est d’avoir tenu ses promesses : suppression de la vidéoprotection…

    Léo Purguette : … il a nettement évolué sur cette question avec Marseille en grand.

    Didier Gesualdi : Le Printemps marseillais dit que durant l’époque Gaudin, la moitié des caméras étaient débranchées.
    Oui c’est ça ! C’est pour ça qu’il y a nettement moins d’insécurité dans les rues maintenant… Je continue sur le bon sens. Enfin… On ne peut pas laisser l’espace public comme il est maintenant. Oui, la Métropole est responsable de la collecte et du nettoyage dont la Ville n’a pas voulu entre parenthèses. Le matin, on nettoie et eux, ils permettent de salir. C’est acceptable ça ?

    Didier Gesualdi : C’est si schématique que ça ? Ils permettent de salir ?
    Oui parce que quand vous avez des gens, des restaurateurs qui traînent la poubelle en laissant des traces d’huile partout… parce qu’on ne les contrôle pas, on ne leur explique pas. Le laisser faire tout et n’importe quoi, ça suffit, les enseignes qui ne sont pas conformes… La liste est très longue. Le bon sens, c’est de mettre l’espace public en ordre. La dernière chose, c’est l’action. Attirer ici des belles enseignes, des entrepreneurs. Ils les ont fait partir ! Les galeries Lafayette ferment, la villa Valmer à grands coups de procès, on abouti à ce qui était prévu au départ avec quatre ans de retard… J’aime cette ville, j’y ai grandi, fait mes études, élever mes enfants. Je veux que ce soit la capitale de la réussite.

    La justice
    Didier Gesualdi : Une procédure judiciaire est lancée par un de vos anciens collaborateurs qui dénonce un « système Vassal », que répondez-vous ?

    D’abord, je suis l’objet d’un maître chanteur. Un directeur que nous n’avons pas gardé. Et lorsque nous avons voulu mettre fin à son contrat, il nous a menacés de révéler un tas de choses qu’il a énuméré. Je n’ai pas l’habitude de céder au chantage, ce n’est pas maintenant que ça va commencer. J’ai porté plainte. Je ne suis pas assez bonne en communication, mon tort, c’est au mois de novembre quand j’ai porté plainte de ne pas avoir crié que j’étais victime d’un chantage. À la fin de son contrat, il a porté plainte également donc c’est une plainte conjointe et il faut savoir qu’après mon dépôt de plainte, une enquête a été ouverte qui ne me concerne pas et que j’ai déclenchée. Je veux bien tout, mais lancer des fausses rumeurs… Je m’excuse de vous dire qu’en 2015, j’ai mis fin à un système. Nous étions bien seuls avec Renaud Muselier à le décrier. Donc le système Vassal… J’aimerais plutôt parler de la méthode Vassal.
    La situation nationale

    Léo Purguette : Souhaitez-vous que le socle commun reste ensemble ? Ce n’est pas si simple. Et qu’avez-vous à dire aux gens qui descendent dans la rue et qui sont en colère par rapport à la situation sociale ?
    Je les comprends. Il n’y a rien qui avance. On a l’impression de reculer. La moitié des Français sont à découvert le 15 du mois. Quand un retraité à travaillé toute sa vie et n’a droit à rien. Ce n’est pas acceptable.

    Léo Purguette : Donc, il faut que M. Lecornu lâche sur la justice fiscale ?
    Il faut qu’il lâche sur la justice sociale, sur la justice fiscale. Un chef d’entreprise, vous ne croyez pas que ça lui ferait plus plaisir de donner à son salarié plutôt que de donner à l’État ?

    Didier Gesualdi : Ça sert aux services publics, ce n’est pas rien.
    Il faut de l’exigence sociale, que la solidarité aille à ceux qui en ont vraiment besoin. Il faut tout remettre à plat. Je crois au courage et à la décentralisation. Je crois qu’on va pouvoir sauver la France par les territoires.

    Léo Purguette : Encore faut-il qu’ils aient des moyens.
    Bien sûr, c’est pour ça qu’il faut attirer des richesses.

    La question des lecteurs

    Miseviciute : Quelle est la position de Marseille vers l’international ?
    Mon projet pour Marseille prend en compte la dimension internationale, je pense que la position de Marseille est essentielle. Marseille doit être la capitale de la Méditerranée, la capitale de l’ouverture vers le continent africain, qui connecte au reste de l’Europe. C’est un niveau essentiel. Il faut continuer à tisser des relations avec l’ensemble des villes qui le souhaitent pour continuer à en améliorer la qualité. Et avoir des échanges avec d’autres, les faire venir sur notre territoire, permettre à nos entrepreneurs d’aller chez eux. Dans ce domaine, Marseille à un rôle central à jouer.

  • [Rue de la République] Robin Renucci : « Le désordre social est le témoin de mal-être et de malaises individuels et collectifs »

    [Rue de la République] Robin Renucci : « Le désordre social est le témoin de mal-être et de malaises individuels et collectifs »

    Programmation

    Didier Gesualdi : Donnez-nous envie de venir à La Criée cette saison. Il y a des créations, des résidences, des spectacles hors les murs ?

    C’est une maison du peuple et de la langue. Le Centre dramatique national est une maison de création théâtrale où on construit des spectacles, et on s’attelle à la rencontre de ces œuvres avec le public, en les appelant à venir à La Criée, ce beau théâtre au 30 quai de Rive Neuve à Marseille, mais aussi en allant à la rencontre des publics dans les quartiers plus lointains, à l’Astronef (15e), dans les maisons de quartier, dans les centres culturels, les centres sociaux…

    Christophe Casanova : Qu’est-ce qu’on va y trouver ?

    Beaucoup de rencontres, avec des spectacles, des créations. La première ce sera La Leçon que je mets en scène. C’est une œuvre d’Eugène Ionesco, une pièce qui a beaucoup de drôlerie et qui est très riche politiquement puisqu’elle parle de la domination, de la toute-puissance, notamment masculine. Le thème de la saison est autour des dérives autoritaires, de la jeunesse, de la transmission.

    Didier Gesualdi : Comment travaille-t-on pour répondre aux attentes d’une ville que vous commencez à connaître ?

    Marseille est riche dans son nombre d’habitants et sa diversité, et ça nécessite que ces publics soient représentés sur les plateaux. Donc, de parler de notre quotidien. Par exemple, 65 rue d’Aubagne est une création qui racontera une partie de l’histoire d’un point de vue très singulier des personnages mais portera aussi l’attention de toutes celles et ceux qui ont travaillé à la reconnaissance de ce drame et au devoir de mémoire.

    Christophe Casanova : Que signifie « communes paroles », le thème de la saison ?

    C’est mettre en commun les langages, le langage théâtral, et notre parole. Il y a beaucoup de débats comme le 6 octobre sur la question des services publics et la nécessité du soutien à ce service public de la culture, mais pas seulement. On parlera beaucoup de l’hôpital. On entrecroise à la fois cette expérience esthétique, voir des spectacles et aller à la rencontre des publics, et cet aspect discursif où on vient parler, raconter ce que l’on vit autour de sujets comme la rue d’Aubagne qui nécessitera des échanges après le spectacle.

    Publics
    Didier Gesualdi : Tout est bon pour ouvrir les portes, rencontrer les publics, être dans Marseille ?
    Notre première mission est de créer des œuvres et de faire en sorte qu’elles soient vues par toutes et tous, d’élargir la base sociale. Ce sont très souvent les mêmes personnes qui ont le désir de venir, c’est ce qu’il faut travailler dans une éducation artistique et culturelle depuis l’enfance, en allant là où ils vivent, dans leurs difficultés de vie, apporter cet élément de respiration à des publics qui pensent qu’ils n’en ont pas le besoin, ni le désir.
    Didier Gesualdi : Comment vous réduisez cette difficulté et faites venir ces publics à La Criée ?
    Par le choix des sujets : parler de la rue d’Aubagne par exemple, c’est parler de nos vies. Par un grand travail de tout un service de relations avec les publics, et puis par la tarification. Les places sont l’objet d’un service public, un peu comme l’hôpital, au fond. C’est ce qu’il faut maintenir, ce coût le plus bas possible, aux alentours d’une dizaine d’euros et parfois des places gratuites.
    Christophe Casanova : Et ça marche ?
    Avec 95% de fréquentations, c’est un des théâtres les plus fréquentés dans les centres dramatiques nationaux. Nous avons cette attitude attentive et généreuse pour que les publics se sentent chez eux. Le hall va devenir un lieu de vie, par exemple, où on va pouvoir se rencontrer, se parler. Toute la journée, c’est 1 000m2 qui sont offerts pour qu’on puisse échanger, venir faire ses devoirs, jouer aux cartes. C’est une autre façon de raconter le théâtre.
    Moyens

    Didier Gesualdi : On parle d’austérité et en général, c’est la culture qui est en première ligne ? Avez-vous des craintes ?

    C’est souvent la variable d’ajustement. Des régions ont supprimé la culture parfois pour des raisons budgétaires mais aussi idéologiques. On sait que la culture est émancipatrice. Voir un spectacle, change quelque chose dans votre vie, surtout si l’angle proposé est un angle de réflexion, de distance avec les choses. Donc ça fait peur aussi de ce point de vue. Quand on rentre dans des périodes autoritaires, où l’on sait qu’il vaut mieux manipuler les masses que de créer de l’échange individuel qui offre à chacun un plus grand discernement, dans un monde où on rabaisse beaucoup le cerveau, notamment de la jeunesse, on peut dire qu’idéologiquement, la culture est en danger.

    Christophe Casanova : Cette idéologie autoritaire qui traverse La Leçon d’Eugène Ionesco est aujourd’hui, la question principale ?

    Oui. Les dérives autoritaristes, on le voit aux États-Unis, dans cette toute-puissance d’un pouvoir écrasant, le masculinisme, revendiqué pleinement par certains chefs d’État, dans cette capacité à réduire par le pouvoir la personne et à la mobiliser de manière moutonnière… C’est parti aussi de toutes les industries de programme, de la publicité, les réseaux sociaux. Donc il y a à lutter pour avoir plus d’esprit critique, notamment chez la jeunesse.

    Social

    Didier Gesualdi : Avec le mouvement Bloquons tout où des gens qui n’ont pas souvent la parole l’ont prise. Quel regard l’artiste porte sur ça ?

    Le désordre social est le témoin de mal-être et de malaises individuels et collectifs. Parfois certains ne peuvent pas mettre de mots dessus, c’est pourquoi le théâtre est très utile. Quand on vient au théâtre et qu’on discute autour d’une pièce, ça fait parler de justice, d’autorité… Ce travail de soin, un peu comme le champ de l’hôpital, est essentiel. Même si on est parfois des ambulances qui arrivent un peu tardivement parce que les corps et les cerveaux sont abîmés.

    Christophe Casanova : Si c’est un peu trop tard, en quoi est-ce utile, alors ?

    C’est plus qu’utile, c’est nécessaire. On ne sait plus vivre bien ensemble, on cherche les raisons de nos mal-être, on pense que le mal-être c’est l’autre, celui qui est différent. Alors que la différence est une possibilité de se transformer soi-même. Les communautarismes sont néfastes avec derrière cette confusion du pouvoir et d’une autorité qu’on ne sait même plus reconnaître, fait qu’on n’a plus confiance en nos leaders politiques. Il faut retrouver ce sens par tous les outils.

    Marseille

    Didier Gesuadi : Vous êtes à la tête de La Criée depuis 2022, vous êtes un vrai Marseillais maintenant. En quoi cette ville vous marque ? Est-ce qu’elle vous agace quelquefois ?

    Elle me marque beaucoup par sa clarté, sa lumière. J’ai la possibilité d’habiter pas trop loin du Vieux-Port, de voir cette beauté lumineuse, tous les matins, autour de moi, et des gens que je trouve extrêmement épanouis, au fond. Je ne vis pas dans des endroits qui sont sans doute extrêmement complexes et difficiles, et où le droit est difficile pour soi et pour les autres à mettre en place. Mais c’est une ville qui est enthousiasmante par sa richesse d’histoire, ses capacités justement ethniques, par le millefeuille qu’elle représente. Et aujourd’hui, dans le cadre politique dans lequel on est, elle représente beaucoup, parce qu’on y vit bien, à Marseille, globalement. Je déplore les médias de sensation qui vont chercher toujours l’endroit où, le drame, et il y en a absolument dans toutes les villes de France. Mais dans la ville de Marseille, il y a aussi beaucoup de gaieté, de vie, nous sommes enviés, en fait.

    Didier Gesualdi : Vous n’êtes pas agacé quelques fois quand même ?

    Parfois, ce n’est pas lié ni à la propreté jamais, ni à l’éducation des gens. Moi, je trouve que je n’ai jamais eu de soucis, ni sensation de gens qui étaient mal éduqués… Ce qui m’agace sur Marseille, c’est la vision qu’on en a. Je suis Corse en partie, et j’ai vécu pendant des années le fait que la Corse était stigmatisée comme étant problématique, comme étant toujours un mouton noir de la République, et Marseille a un peu cette coloration de temps en temps. ça, ça m’agace beaucoup sur ce qu’on dit de Marseille.

    Christophe Casanova : Pourquoi de l’extérieur porte-t-on ce regard sur cette ville ?

    Parce qu’elle cristallise toutes les tensions aujourd’hui qui sont celles de l’immigration, par exemple. Puisque certains font leur miel de cette question du « problème » de l’immigration. Alors que l’immigration c’est une solution à trouver à chaque fois, comment on vit ensemble bien. Et Marseille, sur ces millénaires nous raconte comment l’immigration s’est toujours très bien résolue, puisqu’à chaque fois la mixité, la créolisation et le métissage ont fait que cette ville a vécu des transformations dans laquelle, puisque je parle de beauté, elle est aujourd’hui. On le voit dans les regards des enfants qui sont liés à ce métissage culturel, ethnique. Donc, voilà, c’est là qu’elle est stigmatisée, principalement, parce qu’elle fait peur, aux portes de l’Europe, la ville la plus basse d’Europe, la plus haute pour l’Afrique… et ceux qui ont peur, qui théorisent sur la peur en général, ont un bel objet autour de Marseille, alors que pour moi c’est une grande liberté.

    Jeunesse

    Didier Gesuladi : Vous allez à la rencontre des scolaires, vous allez même dans les crèches… ça paraît incroyable ?

    Le spectacle Oka, par exemple, va à la rencontre des tout jeunes publics. De même qu’à La Criée, il y a des garderies pendant les spectacles où l’enfant, même en très bas âge, a un moment de partage autour du spectacle qui permettra de discuter ensuite de la soirée. Il est très important d’aborder tous les publics, dans les crèches, les centres sociaux, à l’hôpital, ou les centres pénitentiaires… Dans le Hall de La Criée, à tout moment, vous verrez la diversité des publics. Il y a quand même 175 levers de rideaux, c’est une offre très importante qui crée une demande, ça fait 49 œuvres qui sont travaillées, près de 70 000 spectateurs, notre travail se porte sur cette question : élargir cette base sociale et pouvoir voir que la couleur des publics change.

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jeanne Franchi :

    Est-ce que la programmation de votre théâtre n’est pas un peu trop politique ?

    Ce qui me touche et que je trouve important dans cette question, merci de l’avoir posée Jeanne, c’est le mot « trop ». La programmation de notre théâtre est politique, oui, parce que le théâtre en soi est politique. C’est un art qui consiste à rassembler, à unir autant qu’on le peut, et surtout à éclairer, à émanciper, à donner de l’esprit critique, du discernement. Cette programmation est cependant aussi joyeuse car c’est un théâtre qui donne de la joie, on y voit des spectacles qui permettent de réfléchir collectivement mais toujours positivement. En revanche, elle n’est jamais politicienne, c’est-à-dire qu’elle n’est pas conçue pour créer des scissions ou apporter des choses qui favoriseraient certains partis ou une certaine pensée qu’elle soit de droite, de gauche ou autre… Non, cette programmation est politique en étant humaniste, en parlant de notre commune humanité, de notre commune socialité, de notre commune naturalité. C’est donc parler d’écologie, parler de l’humain, car il n’y a qu’une seule humanité ou bien du fait qu’on ne peut vivre bien qu’ensemble parce qu’on fait des choses ensemble. Donc, tous ces spectacles racontent le droit de chacun à mieux vivre ensemble. Elle est politique dans la chose commune, c’est-à-dire tout ce qu’on met en commun pour cela. Je dirais qu’elle est très ouverte et qu’elle est plutôt grecque en ce sens…

  • [Rue de la République] Laurent Lhardit : « Nous voulons gouverner avec nos partenaires naturels à gauche »

    [Rue de la République] Laurent Lhardit : « Nous voulons gouverner avec nos partenaires naturels à gauche »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie du territoire.

    Ce week-end, Laurent Lhardit, député PS de la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône.

    Le vote de confiance

    Didier Gesualdi : François Bayrou pose ce lundi la question de confiance pour son gouvernement. Allez-vous lui accorder la vôtre ?

    Non. Cette confiance, on ne peut pas lui accorder pour deux raisons essentielles. D’abord, la méthode qu’il a employée en annonçant des mesures budgétaires de 44 milliards d’économies d’euros sans jamais consulter personne. Ensuite parce qu’il a trahi les engagements qu’il a pris devant le Parlement. On ne peut faire confiance à quelqu’un qui ne respecte pas sa parole. Je pense que la décision de François Bayrou était prise depuis le début de l’été. C’est une manière pour lui de sortir du jeu de sa propre initiative.

    Léo Purguette : Et après ? Est-ce que cela va relancer le jour sans fin macroniste avec la nomination d’un nouveau Premier ministre issu du camp présidentiel ?

    Évidemment que je ne le souhaite pas. La problématique centrale, c’est de ne pas reproduire les erreurs qui ont été faites par le président de la République l’année dernière. Des secteurs entiers de l’économie ont souffert de cette attente. C’est au président de la République qu’il appartient de nommer un nouveau Premier ministre, rapidement.

    Didier Gesualdi : Ou alors on dissout pour redonner la parole au peuple.

    La dissolution, je n’y suis pas favorable et je ne pense pas que ce soit le scénario privilégié. Ce n’est que si on échoue dans le processus qui va s’engager à partir du vote de lundi, qu’il faudra retourner aux urnes.

    Léo Purguette : Olivier Faure propose que le prochain Premier ministre soit socialiste. Mais pour gouverner avec qui ?

    Avec les partenaires naturels que nous trouvons à gauche. On a déjà une réponse qui est négative de LFI donc on va mettre le cas de LFI de côté…

    Léo Purguette : … Ça réduit singulièrement l’assise d’un potentiel Premier ministre.

    Même avec LFI, il n’y a pas de majorité. Personne n’a de majorité et d’ailleurs en cas de nouvelle dissolution il est possible qu’on retrouve le même schéma. Donc les futures majorités ne peuvent être que des majorités de projets, sur des textes, c’est là qu’on arrive sur la méthode. La proposition que fait le PS, c’est de gouverner sans 49.3. Nous allons proposer une voie, un chemin.

    Les alliances de gauche

    Léo Purguette : On voit bien que la gauche est extrêmement divisée. Des invectives sont échangées entre socialistes et insoumis. Que répondez-vous à vos électeurs qui ne comprennent pas comment vous avez pu être unis il y a un an et pas capables de proposer un projet de gouvernement aujourd’hui ?

    Premièrement, je ne suis pas responsable de la décision de LFI de dire a priori « nous ne participerons pas à une expérience gouvernementale ». Et la deuxième chose, c’est que les invectives viennent d’abord et toujours de LFI. Au lendemain des élections législatives, LFI a en fait trahi le pacte et le programme du Nouveau front populaire dont le 4e paragraphe, parle de mettre fin à la brutalisation du débat public, aux invectives et à la diffusion de fausses informations. Or cela a démarré dans les jours qui ont suivi. Cela a été adressé à tout le champ politique et aussi aux socialistes, aux communistes, aux Verts, autant à la gauche qu’à la droite… Donc je crois qu’il faut remettre les choses en place, savoir qui est responsable d’un champ de discussion à gauche qui est pollué. J’espère que nous allons faire la preuve dans les jours qui viennent, à gauche, qu’il y a un certain nombre de personnes qui sont prêtes à discuter – peut-être durement – sur des sujets importants mais ensuite à se rassembler.

    La loi PLM

    Léo Purguette : Une réforme modifie le mode de scrutin à Marseille. Vous y êtes favorable, pourquoi ?

    Je rappelle que selon une enquête d’opinion faite en janvier 88% des Marseillais étaient favorables à cette évolution. On va pouvoir élire directement les 111 conseillers municipaux qui vont élire le maire, donc une élection beaucoup plus directe. On se rapproche du système qui fonctionne partout en France donc pour moi c’est un progrès démocratique.

    Léo Purguette : Les socialistes parisiens ne sont pas d’accord !

    Je sais mais attendez : je suis solidaire de l’ensemble des actions que nous menons au sein du parti socialiste mais je suis aussi un député de Marseille, je défends la démocratie à Marseille et je me suis opposé à mes collègues qui étaient beaucoup sous influence d’Anne Hidalgo qui ne voulait absolument pas de cette réforme. Je crois qu’à présent la gauche parisienne sera bien heureuse de travailler dans ce cadre.

    Les municipales

    Didier Gesualdi : On a vu fuser cette semaine des déclarations chocs de Martine Vassal et Benoît Payan. Ça annonce une campagne violente ?

    J’ai été surpris par les attaques de la droite sur le drame qui s’est déroulé à Belsunce. On est dans le discours du RN puisqu’on met en cause très directement à la fois la municipalité et les étrangers. Il faut avoir une explication de situation. La réalité, c’est qu’à Marseille, la droite est dans une situation désespérée. Je l’ai vu aux législatives dans un secteur où elle était extrêmement implantée, elle réalise des scores plus que réduits. C’était quand même le secteur de référence de Jean-Claude Gaudin, la circonscription bâtie pour la droite. On parlait de la « varisation » de la gauche, c’est-à-dire le phénomène de disparition de la gauche à l’image de ce qui s’est passé dans le Var. Et bien, je crois qu’à Marseille, c’est ce qui guette la droite. La réaction de la droite est d’autant plus violente qu’elle a du mal à se positionner vis-à-vis de notre bilan. Y compris sur les questions de sécurité, c’est nous qui doublons les effectifs de police municipale. La coopération entre police municipale et nationale est un modèle ici. C’est ce que me disait M. Darmanin, alors ministre de l’Intérieur après la réussite des JO.

    Didier Gesualdi : Selon votre opposition vous ne donnez pas les bons chiffres, vous n’installez pas les caméras de vidéosurveillance…

    C’est ce que racontent M. Muselier et ses porte-messages ou Mme Vassal qui a au moins le courage de se mettre en première ligne. Il y a des caméras dans la ville. Quand on arrive, la moitié ne fonctionne pas ou sont mal dirigées, fixes sur des points sans intérêt. Donc la coopération entre forces de police dont je parle doit aussi concerner ces caméras pour plus d’efficacité.

    Didier Gesualdi : À gauche, localement, la division existe aussi. Peut-elle vous faire perdre la Ville ?

    Vous aurez remarqué qu’on est exactement dans la même situation qu’au plan national. Il n’y a eu aucune discussion et c’est LFI qui a affirmé sa volonté nationale de présenter des candidats partout où il y a des maires de gauche.

    Didier Gesualdi : M. Delogu sera candidat.

    Tant mieux pour lui, c’est le jeu démocratique. Chacun a le droit de se présenter. La logique du Printemps marseillais, dans laquelle il s’est inscrit depuis 2020, c’est d’être le rassemblement le plus large, le plus complet de la gauche à Marseille.

    Les écologistes

    Léo Purguette : Vous parlez d’un rassemblement large pour les municipales de Marseille, écologistes compris ?

    Oui bien sûr. En 2020, les écologistes étaient en partie divisés puisque Sébastien Barles était parti de son côté avec ses propres listes et il nous avait rejoint au second tour.

    Léo Purguette : Il semble vous quitter à nouveau. Il a été suspendu de son parti de ce fait mais il est toujours adjoint au maire. N’y a-t-il pas d’incohérence ?

    Non. Je ne le vois pas critiquer ouvertement le bilan de la majorité municipale auquel il a contribué au cours des cinq dernières années.

    Les questions des lecteurs

    Bonjour j’ai vu que vous parlez sur le problème des ascenseurs. C’est des pannes sans arrêt dans mon bâtiment. Comment faire concrètement ?

    Aujourd’hui, il y a 4 à 5 boîtes européennes qui maîtrisent l’essentiel du marché. Là où ils sont malins, c’est que toutes les pièces détachées, c’est eux aussi, au travers de filiales dans lesquelles ils ont des participations croisées. Le marché est donc tenu par une poignée d’acteurs que personne n’était venu questionné depuis 25 ans. Lorsqu’un problème d’ascenseur dure six mois, c’est parce qu’il n’y a pas de pièce détachée disponible ou qu’elle coûte très cher et qu’on préfère attendre d’avoir 5 problèmes pour faire une commande groupée en Chine. Le premier objectif de la loi que nous avons porté avec Philippe Brun, c’est de dire que si l’ascensoriste est de bonne foi et n’arrive pas à obtenir une pièce détachée, il peut se retourner contre ceux qui tiennent le marché. Cette loi a été votée à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une niche parlementaire. Elle est aujourd’hui sur le bureau du Sénat pour être votée complètement. On va être sur la responsabilisation d’un secteur professionnel en visant les responsables. J’ajoute que l’évolution technologique des ascenseurs fait que dans de nombreux lieux la réponse à un problème, c’est « on ne fabrique plus ce type de mécanisme ». Ça n’est pas acceptable. La dernière nouvelle, c’est qu’à la suite du débat que nous avons ouvert, la ministre de la Ville, Juliette Méadel, a lancé un plan sur le sujet.