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  • Rue d’Aubagne à Marseille, l’émotion ouvre le lieu ressources

    Rue d’Aubagne à Marseille, l’émotion ouvre le lieu ressources

    Pour les familles des victimes, les larmes coulent, les mains se serrent lorsque s’élève la chanson de Rino Gaettano, Ma Il Cielo è Sempre Più Blu – Mais le ciel est toujours plus bleu. « Qui vit dans un taudis, qui transpire son salaire. Qui aime l’amour et les rêves de gloire », entame en italien la chanteuse Giulia David. « Cette chanson, c’était l’hymne de la vie de Simona, souffle sa mère, Maria Carpignano. Elle a toujours lutté dans sa vie pour la dignité humaine et cette chanson représente exactement son essence, son être. »

    Les familles des huit victimes des effondrements de la rue d’Aubagne – Julien Lalonde, Taher Hedfi, Chérif Zemar, Fabien Lavieille, Simona Carpignano, Pape Magatte Niassé, Ouloume Saïd Hassani et Marie-Emmanuelle Blanc – étaient toutes présentes ce vendredi matin pour inaugurer le lieu ressources construit sur les lieux du drame. « Faisons de ces lieux une occasion de construire autrement, avec davantage d’écoute, de respect, de solidarité et de responsabilité, appelait la mère de Julien, Liliana Lalonde. Ainsi la mémoire de ceux que nous avons perdus ne sera pas seulement douloureuse, elle pourra aussi contribuer à faire grandir le bien commun. » Face à elle, la nouvelle cour aménagée dans la dent creuse est noire de monde, derrière cette façade ouverte qui reprend les numéros des 63, 65 et 67, rue d’Aubagne. Des anciens immeubles ne restent, pour la mémoire, que les traces des pans de mur. « Ce que nous voulons, c’est que ça n’arrive plus jamais », partage le frère de Pape, Djidack Gueye, promettant de rester mobilisé avec les autres familles, « pour lutter contre les inégalités qui peuvent exister partout ailleurs ».

    Besoin de justice

    « C’est un soulagement psychologique d’avoir ce renouveau face à nous », témoigne aussi la tante de Cherif, Saida Larbi, la voix coupée par l’émotion. C’est sa fille, Linda Larbi, qui doit continuer pour elle et remercier les militants, les collectifs, la municipalité pour le soutien qu’elle leur a apporté.

    Ce sont les collectifs et associations de Noailles qui ont ouvert la cérémonie, par une prise de parole commune. « La violence de ces morts et ce qu’elles ont révélé ont provoqué un immense soulèvement à Noailles et bien au-delà, dans tout Marseille. Depuis leur mémoire nous accompagne et nous oblige », rappelle le militant Kevin Vacher. Ils évoquent l’émotion après l’effondrement d’un immeuble rénové par la société publique locale d’intérêt national (Spla-IN), rue Halle-Delacroix, le 18 juin dernier, et le décès de Mohamed El Khalfioui, le 9 août, qui avait respiré les poussières du sinistre. « Ce lieu devra donc être aussi celui dans lequel les habitants et les personnes délogées pourront s’organiser par elles-mêmes, selon leur choix », insiste Kevin Vacher.

    « Ce n’est pas un lieu de pouvoir, c’est un lieu de mémoire, de partage et de douceur », rappelle de son côté la maire (GRS) de secteur Sophie Camard, qui souhaite mettre en place un comité des usages associant les familles pour superviser cet espace. Les salles qui côtoient la cour doivent accueillir leurs premières activités dès la semaine prochaine, tandis que la municipalité de secteur souhaite y installer des permanences toutes les deux semaines, et des « cafés causés » pour y créer de la convivialité. « Ce que nous ont demandé les familles, c’est de faire vivre la mémoire de ceux qui ne sont plus pour penser à ceux qui viendront », résume le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan. à moins d’un mois du début du procès en appel des effondrements, le 2 novembre prochain, il attend de la justice « qu’elle condamne avec la fermeté la plus grande celles et ceux dont elle aura établi les responsabilités ». « Il y a des gens qui sont morts dans cette histoire, on ne peut pas faire comme si les responsabilités se diluaient », explose-t-il. « Nous gardons espoir, parce que c’est la dernière chose qui se perd. Nous espérons, à la fin, pouvoir être enfin en paix et avoir la satisfaction que la justice fasse son travail », partage pour sa part Liliana Lalonde.

    « Faisons
    de ces lieux une occasion de construire autrement. »

  • [Tribune] Au sujet de la Protection fonctionnelle de Julien Ruas

    [Tribune] Au sujet de la Protection fonctionnelle de Julien Ruas

    Le 7 juillet 2025, le tribunal judiciaire de Marseille a reconnu Julien Ruas coupable des huit homicides involontaires de la rue d’Aubagne. Le jugement retient à son encontre une « faute de négligence caractérisée qui exposait autrui à un risque d’une particulière gravité », relevant que cette négligence, « au cœur de sa mission politique », s’était étalée sur plusieurs années malgré des alertes répétées. Le tribunal a notamment souligné l’incapacité de Julien Ruas à expliquer pourquoi seuls 350 000 des 6,5 millions d’euros votés dès 2013 pour des travaux d’urgence sur les immeubles en péril avaient été effectivement dépensés. Cette condamnation lui vaut deux ans de prison avec sursis et une interdiction d’exercer une fonction publique pendant cinq ans.

    La Marseillaise révélait fin 2024 que la protection fonctionnelle pour sa défense avait déjà coûté aux Marseillais 365 000 euros, hors amendes, frais du procès et indemnités aux victimes. Nous avons obtenu de vous, après demande écrite, les conventions d’honoraires encadrant cette prise en charge, dont le taux horaire nous a été caviardé.

    Nous notons que la Ville ne garantit pas, une nouvelle fois, un accès libre et éclairé à l’information sur sa gestion et ses choix. Sur les 522 000 euros consacrés depuis 2021 à la protection fonctionnelle de l’ensemble des élus marseillais, qui doit pourtant servir autant aux élus attaqués qu’aux élus poursuivis, le seul dossier de M. Ruas en première instance en représente 70%, une proportion appelée à croître encore avec les frais d’amendes, de procès, d’indemnité… et pour l’appel.

    Nous ne contestons pas le principe de cette protection, ni la légitimité d’une défense présente à l’intégralité des six semaines d’audience. Nous contestons l’absence de tout plafond fixé par la Ville dans la convention d’honoraires, alors que la jurisprudence l’y autorise (CE, 23 décembre 2009, n° 308160). Les 130 000 euros facturés pour la présence de deux avocats à l’audience représentent, sur 26 jours, 2 500 euros par jour et par avocat : ce montant nous interroge, tout comme l’absence apparente de toute dégressivité tarifaire pour une mission aussi longue, au regard de la clause de « nombre d’heures facturées ou déjà réglées (…) manifestement excessif » prévue par la convention elle-même. Dans le même esprit que ce qu’a pu rappeler le Conseil d’État s’agissant d’honoraires manifestement supérieurs aux pratiques tarifaires habituelles (CE, 22 décembre 2021, n°438918), ou le refus des frais liés au recours à deux avocats (CE, 19 octobre 2016, n° 389624).

    D’autres communes ont su faire face autrement. Dans l’affaire de la tempête Xynthia, la commune de La Faute-sur-Mer, moins de 1 000 habitants, a refusé en 2016 de payer une note d’honoraires de 240 000 euros jugée disproportionnée pour la défense de son ancien maire, condamné pour homicide involontaire en raison de sa négligence dans la gestion du risque d’inondation, s’ajoutant à 105 000 et 106 000 euros déjà réglés à des phases antérieures de la procédure, et a fait supporter le coût par son assurance. Marseille, qui pratique l’auto-assurance, ne dispose d’aucun filet de sécurité comparable : chaque euro pèse directement sur le budget communal, donc sur les Marseillais.

    Pendant ce temps, les 103 parties civiles de ce dossier se partagent 665 000 euros de frais irrépétibles pour leurs avocats, 6 450 euros en moyenne par personne, une somme mise à la charge des personnes condamnées, et non de la Ville. De nombreuses parties civiles ont dû, en parallèle, recourir à une aide juridictionnelle que plusieurs de leurs avocats ont publiquement qualifiée de dérisoire, ou régler elles-mêmes tout ou partie de leurs frais d’avocat faute d’éligibilité.

    À l’approche de l’appel, nous vous demandons :

    1. De réexaminer si le maintien de cette protection reste justifié dans son principe (CE, 1er octobre 2018, n°412897). La jurisprudence relève que la faute personnelle détachable, qui fait obstacle à la protection fonctionnelle, peut résulter de faits d’une particulière gravité, sans que leur caractère intentionnel soit déterminant (CE, 28 décembre 2001 n° 213931, TC 30 décembre 2015 n° C4036). La négligence caractérisée retenue par le jugement, étalée sur plusieurs années malgré des moyens disponibles et des alertes répétées (CE, 14 mars 2025, n° 489123 et CAA Marseille, 12 octobre 2021, n° 19MA04128), nous semble relever de ce cas de figure.

    2. De fixer et justifier a minima un plafond explicite dans les nouvelles conventions à conclure pour la phase d’appel.

    3. D’évaluer si le montant journalier/nombre d’heures facturé et l’absence de dégressivité légitiment une limitation de la prise en charge au titre de la clause conventionnelle prévue à cet effet et de rendre publique une comparaison avec les frais d’avocat engagés par la Ville de Marseille elle-même en tant que partie civile, et pour la défense de la SAEM Marseille Habitat mise en examen ;

    4. De rendre publique une évaluation actualisée et complète du coût total de cette protection fonctionnelle, passé et à venir.

    Un tel plafonnement et réduction des frais déjà réglés libérerait un budget qui pourrait être à son tour alloué aux victimes, ainsi la ville leur ferait un acte réel et concret de soutien. Il serait profondément injuste que les Marseillais continuent, huit ans après le drame, à payer deux fois : d’abord dans leur chair, puis dans leur portefeuille, pour la défense de celui dont la négligence a été judiciairement reconnue.

    Cordialement,

    Signataires

    Assemblée Des Personnes Délogées, ATTAC Marseille, ASF Marseille, CVPT, C5N, CeM, CC 1er/6e, DONUT, LDH Marseille, RESF 13, SYLM, Liliana LALONDE (Famille de Julien), Léo LAVIEILLE (Famille de Fabien), Mariella et Domenico CARPIGNANO (Famille de Simona)] Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne, Architectes Sans Frontières Marseille, Centre-Ville pour Tous, Collectif du 5 Novembre, Collectif des Écoles de Marseille, Conseil Citoyen 1er/6e arr, DONUT InfoLab, Ligue des Droits de l’Homme Marseille, Réseau Éducation Sans Frontières des Bouches-du-Rhône, Syndicat du Logement de Marseille, Liliana LALONDE (Famille de Julien), Léo LAVIEILLE (Famille de Fabien), Mariella et Domenico CARPIGNANO (Famille de Simona)]

  • Un décès ravive les colères suite aux effondrements

    Un décès ravive les colères suite aux effondrements

    Après l’effondrement de l’immeuble sur lequel la SPLAIN menait un gros chantier de réhabilitation, ce riverain de 67 ans avait inhalé des poussières. Il avait été pris en charge, ainsi que 7 autres personnes, par les marins-pompiers. Il était locataire du 29 rue d’Aubagne, un immeuble frappé de péril irrémédiable, où un locataire avait trouvé la mort en 2007 suite à une chute dans l’escalier, du 5e étage.

    Ce nouveau décès « nous rappelle ce que cet événement a été : un drame du mal-logement, un de plus qui a touché notre quartier » écrit Le Collectif du 5 novembre où la plaie des effondrements de la rue d’Aubagne en 2018 reste ouverte. Le 3 Halle Delacroix était frappé d’un arrêté de mise en sécurité urgente en octobre 2024 après l’incendie du commerce de légumes. La SPLAIN projetait la fin des travaux pour aménager 13 logements, trois commerces et une surface de locaux d’activité à l’automne 2028. Au lendemain de ce nouvel effondrement, le C5N interrogeait déjà : « Comment un immeuble intégré à une opération urbaine de rénovation peut-il finir par s’effondrer ? ». Il avait exigé que l’ensemble des expertises et autres documents utiles concernant les travaux sur l’immeuble « soient rendus publics, particulièrement quant aux poussières de l’effondrement et aux opérations de désamiantage ».

    Appel à témoignages

    « Nous attendons toujours », déplore le C5N qui interpelle les services de l’État et de la métropole Marseille-Provence, actionnaires de la société aux côtés de la Ville de Marseille et renouvelle son exigence de transparence sur ce dossier. Par ailleurs, sa fille, Nadia, assurant que son père ne souffrait pas de pathologie, appelle « toutes celles et ceux qui étaient sur place ce soir-là » à lui « transmettre des photos et vidéos de l’effondrement » via le C5N.

    La SPLAIN avait mis en place, pour les personnes ayant subi des dommages ou préjudices consécutifs aux effondrements des planchers, une adresse e-mail leur donnant la possibilité de signaler et de transmettre les informations nécessaires au traitement assurantiel de leur dossier. « Les personnes prises en charge sont ressorties de l’hôpital sans problème signalé, indique Audrey Gatian, présidente de la SPLAIN, nous avons transmis aux riverains les certificats du 22 juin qui montrent qu’il n’y a pas eu de présence d’amiante dans les poussières ». Par ailleurs, le directeur général de la SPLAIN, Franck Caro, précise : « sur la partie du bâtiment côté 16 rue d’Aubagne, un désamiantage était déjà intervenu fin juillet ». Quant à la Ville, qui s’associe au deuil des proches, ayant suivi l’évolution de l’état de santé des huit personnes hospitalisées, elle précise « ne pas avoir eu de nouveau signalement ».

  • À Marseille, une nouvelle alerte pour la Splain et évacuations rue d’Aubagne

    À Marseille, une nouvelle alerte pour la Splain et évacuations rue d’Aubagne

    La tension est remontée jeudi soir vers 19h, rue d’Aubagne, autour du chantier de la Société publique locale d’aménagement d’intérêt national (Splain) Aix-Marseille-Provence où, devant un risque d’effondrement, les marins-pompiers ont procédé à l’évacuation de trois immeubles en vis-à-vis ou bien voisin du 16 rue d’Aubagne, de nouveau au centre de toutes les inquiétudes.

    L’évolution des fissures sur ce dernier immeuble pourtant fortement renforcé, très étayé et très surveillé depuis l’effondrement, le 18 juin, de tous les planchers et de la toiture côté Halle Delacroix, a déclenché l’ordre de retrait des ouvriers et l’arrivée d’une trentaine de marins-pompiers pour évacuer le secteur.

    Vendredi matin, la rue d’Aubagne était de nouveau coupée à hauteur des rues Rodolphe-Pollak et Vacon. Dans ce périmètre de sécurité, les marins-pompiers ont évacué en soirée, parfois par la grande échelle, les occupants des immeubles et des rez-de-chaussée des 21, 23 et 25 rue d’Aubagne, pour mener des vérifications sur le 16 rue d’Aubagne. « Par précaution, une dizaine de personnes ont été évacuées », expliquait Audrey Garino, adjointe en charge du logement. « Par mesure de précaution, un périmètre de sécurité a été établi. Toutes les équipes compétentes sont mobilisées afin d’évaluer la situation et garantir la sécurité des personnes impactées par la situation », ajoutait la Ville de Marseille sur son compte X. « Les dix personnes ont été accueillies et orientées vers des hôtels », ajoutait de son côté la maire de secteur sur X. Cinq habitants ont demandé à être relogés par la Ville.

    à l’évidence, l’effondrement du 18 juin a ébranlé l’îlot ou, à tout le moins, la parcelle sur un bâti très dégradé et remanié au cours des siècles par des surélévations pour y créer des logements supplémentaires. « Sur le plan structurel, les ouvertures de commerces ont fait l’objet de plusieurs transformations, pour s’agrandir, qui ont sensiblement modifié la composition architecturale et les descentes de charges originelles », peut-on lire dans le permis de construire.

    Un état bâtimentaire préoccupant

    Preuve que l’état bâtimentaire de cette rue reste toujours aussi préoccupant, un arrêté de mise en sécurité, procédure d’urgence, a été publié vendredi. Il concerne le 21 rue d’Aubagne et fait suite à un rapport de visite du 17 juin, suite à l’effondrement partiel du plancher bas du palier au 1er étage, avec risque imminent de chute de personnes. La forte corrosion des aciers des voûtains entraîne un risque imminent d’effondrement partiel du plancher haut, qui justifie l’interdiction d’occupation du sous-sol.

    Autre signe que l’éradication de l’habitat indigne est un combat sur le temps long, le préfet a prorogé de 5 ans la déclaration d’utilité publique de juin 2021 au bénéfice de Marseille Habitat, en vue de créer des logements sociaux au 6 rue d’Aubagne. La SEM de la Ville n’est pas parvenue, en cinq ans, à acquérir la totalité des lots.

  • Un si grand besoin de réparation

    Un si grand besoin de réparation

    Sept ans. Le même silence, la même souffrance. Lors de l’hommage rendu aux victimes des effondrements de la rue d’Aubagne, à l’heure du drame, la plaie est toujours béante.

    Les familles des huit Marseillais décédés sous les décombres le 5 novembre 2018 n’ont pas trouvé la paix après un procès tant attendu mais qui s’est soldé par un jugement très en deçà des réquisitions du procureur de la République.

    Ce mercredi, s’ajoutait à ce sentiment douloureux, une injustice supplémentaire : celle de l’expulsion de Reda Manaa, ressortissant tunisien, partie civile au procès, victime des effondrements de la rue d’Aubagne, malgré la demande de grâce adressée par sept parlementaires des Bouches-du-Rhône et le maire de Marseille, au président de la République.

    Enjeu de l’année à venir

    La Marseillaise, s’associe à l’hommage rendu aux victimes et à toutes celles et ceux qui réclament justice à l’occasion du procès en appel qui se tiendra dans un an.

    Engagée pour le droit au logement, elle avait lancé l’opération de #BalanceTonTaudis qui a provoqué des dizaines de révélations sur les profiteurs de misère et des milliers de délogements, avec la conviction qu’il fallait faire changer la honte de camp.

    Marseille, elle-même, a été touchée au cœur par ce drame et ses habitants doivent pouvoir se loger dignement avec des loyers abordables. La clé réside dans la rénovation et la construction de logements sociaux du XXIe siècle.

    Beaucoup a été fait mais beaucoup reste à faire. C’est l’un des grands enjeux de l’année à venir.

  • Pour la libération d’une victime de la rue d’Aubagne

    Pour la libération d’une victime de la rue d’Aubagne

    Reda Manaa, ressortissant tunisien, est menacé d’expulsion. Détenu au centre de rétention administrative du Canet (14e), il est l’une des victimes directes des effondrements des 63 et 65 de la rue d’Aubagne, desquels il a miraculeusement survécu, mais où huit personnes ont perdu la vie en cette matinée tragique du 5 novembre 2018.

    Voilà des jours que le collectif du 5-Novembre, pour ne citer que lui, alerte sur cette détention où « la justice n’a même pas tenu compte de son statut de victime reconnue – une décision inacceptable et illégale », écrit-il. Et pour cause, Reda Manaa a été reconnu partie civile au procès hors-norme qui s’est tenu du 7 novembre au 18 décembre 2024, résultant de six relaxes et dix condamnations, en première instance.

    Nuñez interpellé

    Dans un courrier daté du 21 octobre adressé au ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, les sénateurs communistes Ian Brossat (Paris) et Jérémy Bacchi (Bouches-du-Rhône), réclament la levée de la mesure de rétention. Ils invoquent la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration, dont un amendement porté par l’élu parisien consacre « le droit à la régularisation des victimes de marchands de sommeil dès lors qu’elles engagent une démarche judiciaire ». Dès lors, ils demandent au locataire de la place Beauvau, son intervention « dans les plus brefs délais » : « sa présence libre au procès nous semble indispensable à la justice et au respect de la dignité due à toute victime », assurent-ils. Le procès en appel se déroulera du 2 novembre au 19 décembre 2026.

  • [Entretien] Mathilde Aurier : « Le moteur dramaturgique de la pièce est l’effondrement »

    [Entretien] Mathilde Aurier : « Le moteur dramaturgique de la pièce est l’effondrement »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui a vous a conduit à écrire un spectacle autour des effondrements de la rue d’Aubagne ?

    Mathilde Aurier : En tant que Marseillaise et autrice, cela faisait quelque temps que je voulais raconter ce drame dans toute son ampleur sociale, intime et politique. Je ne savais pas exactement par quels angles et points de vue l’aborder. J’ai rencontré ensuite celle qui m’a inspiré le personnage de Nina, une locataire et survivante des effondrements. Elle m’a livré sa bataille émotionnelle psychologique, administrative et juridique. J’ai décidé de faire de son parcours, avant, pendant et après les effondrements, le conducteur de toute la pièce. Toujours, dans cette volonté de conjuguer un récit intime avec une mémoire collective, je suis ensuite allée à la rencontre du Collectif du
    5-Novembre, d’associations, de riverains de la rue d’Aubage, de psychologues chargés du suivi des délogés… Il était important pour moi de retracer le drame des effondrements mais aussi tous les microdrames qui ont suivi. Pour retracer l’ampleur de cette catastrophe, j’ai décidé de faire une pièce avec un récit choral, même si le parcours de Nina se trouve en son centre.

    Vous écrivez dans votre note d’intention qu’une « dramaturgie en millefeuilles » s’est imposée…

    M.A. : Il y a beaucoup de personnages dans la pièce. Toutes les trajectoires des personnages principaux sont creusées. Avec plusieurs couches de dramaturgie. Mon moteur dramaturgique et scénique a été l’effondrement. Il se retrouve même dans l’écriture et la construction de la pièce, très fragmentée, chaotique. L’effondrement est un moteur qui se retrouve dans les personnages, physiquement et psychologiquement. Et aussi dans l’écriture, la scénographie, le son…

    Votre création s’articule autour de l’effondrement, mais aussi de la force des délogés ?

    M.A. : Cette force découle de l’effondrement. C’est-à-dire par quelle force commune on s’empare de cet effondrement pour reconstruire, même si je n’aime pas ce mot car il n’est pas vrai. Car ce qui s’est passé est encore à vif.

    En plus des trajectoires individuelles fracassées par cet effondrement, le 5 novembre 2018 est avant tout le résultat de l’incurie des responsables politiques de l’époque et des marchands de sommeil. Leurs fantômes habitent-ils la scène concrètement ou par des évocations ?

    M.A. : Les deux. Les figures politiques sont amenées via des métaphores animales. Quant au versant administratif, je l’ai traité d’un point de vue assez ubuesque et satirique, ce qui permet aussi de donner une respiration dans la trame principale. Dans mon écriture, j’aime bien vaciller entre plusieurs registres, dans la langue, les situations… le versant administratif a donc été abordé par des figures tournées en dérision car c’est comme ça qu’elles ont en fait traité la gestion de ce drame. Quand j’ai fait mon enquête, il faut rappeler que personne de la mairie des 1er et 7e arrondissements de l’époque n’a voulu me recevoir.

    Et qu’en est-il de la scénographie et de la bande sonore, autour de la musique techno ?

    M.A. : Le nerf de la scénographie est la dent creuse. La rue d’Aubagne est tarpin colorée et au milieu, il y a ce trou. On est parti de ça dans la texture, la couleur. Et vu que le cœur est la trajectoire de cette survivante, ce qu’il lui reste est un lit. Tout gravite autour de son lit qui est son dernier endroit de refuge. Pour la bande sonore, je voulais creuser la scène underground techno marseillaise. Avec cette pièce et son sujet, j’avais envie de sortir des lieux communs, assez faciles à traiter à Marseille comme si on écoutait que du Jul. La création sonore s’est donc orientée vers cet univers très présent à Marseille de scène électronique.