Tag: Rosans

  • Loi parité : des maires témoignent

    Loi parité : des maires témoignent

    Lionel Tardy, maire de Rosans (05)

    « Ce qui fait réagir, c’est la fin du panachage »

    Dans le village de Rosans, de 511 habitants des Hautes-Alpes, comme dans toutes les communes de moins de 1000 habitants, il a fallu s’adapter aux nouvelles réglementations. Le maire sortant, et candidat pour sa réélection, Lionel Tardy, a par exemple dû renouveler sa liste municipale. « En plus on a dépassé les plus de 500 habitants, donc on passe de 12 conseillers municipaux à 15. J’ai donc commencé dès l’automne à aller voir beaucoup de monde », explique le maire. « J’ai eu beaucoup de contacts avec des femmes que je souhaitais investir. Et la plupart d’entre elles, après réflexion, tout en mesurant l’intérêt, ont finalement décliné la proposition par souci de se concentrer sur leurs activités professionnelles, familiales », se désole le maire.

    Des refus que le maire explique par le fait que trop souvent encore, ce sont les femmes qui assurent une grande part du travail familial, tout en ayant une profession. Malgré ces quelques freins, il félicite l’aspect paritaire de cette réglementation et affirme ne pas avoir eu trop de mal à créer sa liste sans étiquette, composée de huit hommes et sept femmes, et de deux remplaçants.C’est surtout la fin du panachage qui l’inquiète. « C’est une tradition qui est bien ancrée dans nos villages. Beaucoup vont continuer à rayer les noms sur les bulletins. Je pense qu’il faudra être attentifs aux votes nuls que cela va engendrer. » En effet, des bulletins annotés seront dorénavant considérés comme invalides.

    Eva Janus

    Fabienne Quiévreux, maire de Saint-Estève-Janson (13)

    « Les femmes plus âgées acceptent plus facilement ce mandat »

    Successeure de Martine Cesari depuis le mois de juin, Fabienne Quiévreux, ancienne cadre d’hôpital, a décidé de se présenter pour les municipales de 2026 dans son village de Saint-Estève-Janson. Une première campagne municipale qui doit s’organiser avec les nouvelles réglementations pour les communes de moins de 1 000 habitants.

    Le respect de la règle de la parité a notamment ralenti la formation de sa liste complète. « J’ai commencé à chercher vers la fin de l’année, explique Fabienne Quiévreux. Je pense que sans cette contrainte, la liste aurait été bouclée plus vite. Car les femmes sont moins disponibles. Certaines auxquelles j’avais pensé ont refusé. L’une ne voulait pas se représenter, l’autre était déjà beaucoup engagée dans une association et une dernière a refusé par rapport à ses enfants. » Pour la candidate, attirer des femmes encore dans la vie active est assez difficile car elles ont moins tendance à accepter de s’investir sur les listes par rapport aux hommes. « C’est plus facile chez les femmes plus âgées, sans enfant, ou sans responsabilité. Elles acceptent plus ce type de rôle. Alors que chez les hommes, j’ai réussi à recruter des jeunes très volontaires, c’est plus facile pour eux. »

    C’est finalement à la tête d’une liste, sans étiquette, composée de 6 femmes et 5 hommes, que Fabienne Quiévreux se présente donc à ce scrutin proportionnel. Un changement de mode de scrutin qui pose toutefois des questions à la candidate. « Je me demande comment on va pouvoir calculer à la proportionnelle, mais je pense que c’est une bonne chose. Ce sera plus réglementaire parce qu’avant, on pouvait rajouter les noms qu’on voulait. »

    Eva Janus

    Éric Massot, maire de Saint-Léger-du-Ventoux (84)

    « On cherche à éliminer les petites communes »

    Avec Lagarde d’Apt, Saint-Léger-du-Ventoux dispute le titre de village le moins peuplé de Vaucluse avec à peine une trentaine d’habitants. Deux communes qui doivent élire 7 conseillers municipaux. Conséquence cocasse, Lagarde d’Apt devra faire un peu de place aux hommes puisqu’ils ne sont que 2 à siéger aux côtés de 5 femmes, dont la maire Maryse Bonnet. Équilibre totalement inverse à Saint-Léger-du-Ventoux où le maire, Eric Massot, siège avec 4 hommes et 2 femmes. Le premier magistrat de 60 ans, qui aspire à un « 4e et dernier mandat » conduira une liste de 4 hommes et 3 femmes.

    La féminisation du conseil s’est opéré en 2020, alors qu’en 2008 et 2014 la liste était 100% masculine. Si Éric Massot n’a pas eu de difficultés à tendre vers la parité, cette nouvelle loi « ne sert pas à grand chose, à part de mettre des contraintes supplémentaires », juge-t-il. « Je me demande si l’administration réfléchit aux petites communes rurales, parce qu’un jour ou l’autre, on n’arrivera vraiment plus à rien faire, mais ils cherchent peut-être à éliminer toutes les petites communes pour n’en faire que des grandes », redoute ce chauffeur de taxi. Natif de Saint-Léger, il vit à Mazan mais resté impliqué « dans [son] village, où [il a] grandi, pour le faire vivre ».

    Avec un budget de 50 000 euros, gare aux imprévus comme quand le système d’eau, vieillissant, a pris la foudre. « C’est 25 000 euros de travaux, où on n’est pas aidés, il a fallu prendre sur notre réserve », indique Éric Massot. Pour le reste, comme l’installation de toilettes sèches, la commune arrive à être subventionnée jusqu’à 80%. Saint-Léger compte surtout des résidences secondaires. « On a lancé une révision de carte communale pour faire quelques constructions nouvelles mais on nous a stoppés car il faut être en harmonie avec le Scot [schéma de cohérence territoriale] de l’intercommunalité Vaison-Ventoux », s’agace l’édile. En attendant, chaque année, à la fin août, la fête votive « fait le plein avec 250 personnes ».

    Florent de Corbier

  • [Entretien] François Balique : « La Marseillaise dans les Alpes, c’est une excellente nouvelle ! »

    [Entretien] François Balique : « La Marseillaise dans les Alpes, c’est une excellente nouvelle ! »

    La Marseillaise : Comment avez-vous reçu l’annonce de l’arrivée de « La Marseillaise » dans les Alpes
    du sud le 7
     février ?

    François Balique : C’est une excellente nouvelle ! Je trouve très courageux de la part de La Marseillaise, de s’engager de cette manière. C’est un moyen d’information supplémentaire et cela participe de la diversité des opinions. Dans le 04 et dans le 05, il n’y a qu’un journal par département. Plus il y a de presse, mieux c’est pour la démocratie, pour les communes, pour les citoyens.

    C’est-à-dire ?

    F.B. : J’ai vécu par le passé avec trois quotidiens : Le Provençal, Le Méridional et La Marseillaise. Chacun avec sa sensibilité politique distincte. Ça fonctionnait bien, chacun achetait le quotidien dont il se sentait proche. Je me réjouis qu’un journal porteur d’idées différentes soit bientôt présent à nouveau. J’espère qu’il sera proche de la population. On est un département, les Alpes-de-Haute-Provence, de tradition républicaine ancienne. C’est le dernier à avoir résisté au coup d’État de Napoléon III. Quand vous regardez les derniers résultats des élections, il y a de quoi se poser des questions et être inquiet quand on est démocrate et républicain comme je le suis. Les jeunes, notamment, sont sensibles aux solutions simplistes. J’espère que La Marseillaise contribuera à ouvrir les yeux de ces jeunes sur les dangers de l’extrémisme.

    Quelles sont les problématiques auxquelles une commune comme
    la vôtre est confrontée
     ?

    F.B. : Je suis le maire le plus ancien du département, j’ai été élu en 1977. J’ai une donc une vision rétrospective de l’organisation communale. J’ai beaucoup œuvré pour l’intercommunalité, j’ai été vice-président de la communauté du pays de Seyne et depuis 2020 j’ai été confronté à la suppression de cette intercommunalité avec son intégration dans la communauté de Digne dans laquelle les communes rurales comme la mienne n’ont pas voix au chapitre. C’est un réel problème quand vous êtes maire d’une commune de 130 habitants quand vous êtes dans une agglomération de 47 000 habitants, vous comptez pour zéro. Je pense qu’il faut mener le débat pour un rapprochement avec le Département.

    Le Vernet a été tristement sous
    les feux des projecteurs avec la disparition du petit Émile, au-delà de cette actualité tragique qu’est-ce qui devrait selon vous intéresser
    un média de proximité dans votre commune
     ?

    F.B. : Nous donnons la priorité au pastoralisme, aux activités agricoles, à l’environnement et aux forêts. Il y a longtemps que la commune s’est engagée dans une politique de développement du tourisme vert avec la création de 7 emplois permanents et 7-8 emplois saisonniers. Tout ça fonctionne en harmonie, notamment sur le plan du logement permanent et des capacités d’accueil touristique et mériterait d’être mis en lumière.

    Quel regard portez-vous sur les JO qui arrivent ?

    F.B. : Ce que je crains, c’est que beaucoup de moyens soient mis pour un événement de quelques jours. J’espère que cela laissera des équipements pour les stations qui en ont besoin. S’il pouvait en sortir la continuité de l’autoroute entre Sisteron et Grenoble, et une amélioration des lignes de chemin de fer entre Aix-en-Provence et Briançon, ce serait déjà pas mal.

  • [Entretien] « Un apport précieux au débat démocratique »

    [Entretien] « Un apport précieux au débat démocratique »

    La Marseillaise : En quoi l’arrivée de « La Marseillaise » dans les Hautes-Alpes constituerait une bonne nouvelle pour vous ?

    Sophie Delfino : Ce serait une très bonne chose. Dans le 05, il n’y a qu’un seul journal. Avec tout le respect que j’ai pour ce journal d’ailleurs, il me semble évident que la pluralité de la presse favorise la démocratie. Cela diversifie les points de vue, les approches. Avec les municipales qui arrivent, la présence de La Marseillaise permettrait un apport précieux au débat démocratique.

    « La Marseillaise » est issue de la Résistance, vous reconnaissez-vous dans son histoire et sa démarche actuelle ?

    S.D. : Oui, il y a besoin de donner de l’écho à toutes les démarches progressistes. Dans notre département l’extrême droite prend de l’ampleur de façon inquiétante. La Marseillaise, avec les valeurs qu’elle porte, permet d’opposer publiquement une parole de progrès aux idées de régression.

    Dans un monde déchiré par les conflits, notre journal contribue-t-il, à vos yeux, à la bataille pour la paix ?

    S.D. : Oui, actuellement, et je l’espère à l’avenir dans les Hautes-Alpes. Le Parti communiste est depuis longtemps dans une démarche de défense de la paix. Nous avons besoin, ici, d’espaces pour exposer ce point de vue que je crois salutaire au regard de l’instabilité croissante du monde. De même, dans ce département, nos amis du Mouvement de la paix sont actifs mais rencontrent peu d’écho médiatique alors même qu’il y a plus que jamais besoin de visibilité pour ces combats-là.

    Quels enjeux spécifiques aux Hautes-Alpes vous semblent importants à prendre en compte pour un traitement utile de l’actualité ?

    S.D. : Il y a le thème des saisonniers qui est insuffisamment traité de mon point de vue, il est à la jonction de l’emploi, du logement et du tourisme. Ce serait intéressant d’avoir un point de vue différent sur le sujet, d’aller chercher la parole des saisonniers eux-mêmes, de recueillir le témoignage de celles et ceux qui, dans le 05, sont dans l’incapacité de se loger sur place. Ces sujets-là me paraissent vraiment prégnants et je sais que La Marseillaise les traite de bonne manière dans d’autres territoires.

    Les Jeux olympiques vont structurer l’actualité jusqu’en 2030, quelle est votre perception de ce sujet ?

    S.D. : C’est un sujet extrêmement clivant. Souvent c’est tout pour ou tout contre. Nous on défend une position autre : pour des JO populaires, à la portée de tous, qui favorisent le sport scolaire. C’est très important pour nous de faire cheminer cette approche qui prend en compte les intérêts du monde du travail. Nous avions pu mettre en lumière ces aspects de la préparation des JO à l’occasion de la venue de Bernard Thibault, à l’invitation de la CGT à Gap. Mais c’est insuffisant. Si La Marseillaise réussissait son pari de venir dans les Alpes, elle serait un atout certain pour mettre au cœur de l’actualité cette préoccupation.

  • ” La ruralité a besoin de pluralisme de la presse “

    ” La ruralité a besoin de pluralisme de la presse “

    La Marseillaise : Comment percevez-vous la démarche impulsée par les Amis de La Marseillaise pour créer les conditions
    d’une arrivée de notre journal
    dans les Alpes
     ?

    Lionel Tardy : Je trouve ça bien ! Je suis agréablement surpris qu’il y ait un regain de dynamisme. Je suis ravi pour le journal, pour son histoire, pour les valeurs qu’il porte. Bravo ! J’ai appris aussi qu’il y avait eu l’ouverture d’une nouvelle agence en Occitanie, je ne peux que m’en féliciter au regard des difficultés de la presse. Je trouve ça encourageant. Que La Marseillaise, puisse aller sur l’ensemble de notre région, c’est bien, ça lui donne une dimension importante. Je trouve qu’apporter du pluralisme dans ces bastions où ça ronronne est une bonne chose. J’espère que les acteurs du mouvement social, écologiste, associatifs pourront s’en saisir.

    Que représenterait pour vous l’arrivée de « La Marseillaise » ?

    L.T. : Un journal qui donne de l’écho aux mouvements qui appartiennent au spectre du progrès social, ça apporte du pluralisme. C’est à la fois un journal qui apporte matière à réflexion au monde du travail et qui organise le Mondial La Marseillaise à pétanque, c’est un repère dans notre région. Je souhaite que votre journal progressiste trouve sa place dans les Alpes, apporte par sa présence une sécurité démocratique.

    Vous êtes maire d’une petite commune alpine, quelles sont les thématiques qui vous importent et que vous aimeriez voir traitées dans un journal différent ?

    L.T. : C’est vrai que dans la ruralité nous sommes relativement isolés, dépendants de la voiture, éloignés des bassins d’emplois, avec des personnes âgées ou des personnes en refuge socialement parce qu’elles cherchent des logements pas cher. C’est toute une réalité qui mérite d’être prise en compte. Et pour autant dans ma commune de 500 habitants, à notre échelle, on se démène pour rendre service au plus grand nombre. On est dehors, on est avec les gens. On organise nous-mêmes des services de transports, on bricole, mais si on ne le fait pas on ne peut pas regarder son voisin dans les yeux. On ne peut pas se satisfaire quand il y a des manques. Ce sont des batailles pour faire en sorte que tous les gamins puissent manger à la cantine, on fait le repas à 1 euro. On est les premiers à faire du logement locatif. Il y a un volet social important. Tout cela n’a pas forcément un grand écho. Ce n’est pas notre priorité de faire parler de nous mais ça aurait sa place dans un journal qui ne soit pas lisse, qui prenne en compte les personnes discrètes qui font des choses généreuses et fortes, aurait du sens.

    Comment voyez-vous la perspective des Jeux olympiques ?

    L.T. : Les territoires alpins sont coupés en deux depuis les années 1960 avec d’un côté les zones de développement du tourisme d’hiver et les autres. Il y a de grandes disparités entre les zones tirées par la neige et celles qui ne l’ont pas été. On vit la fin du ski pour tous parce que la neige va manquer et qu’il y a une orientation un peu élitiste de ce secteur. La question pour moi c’est comment ces JO vont-ils pouvoir accompagner la montagne dans sa bifurcation, dans son avenir. Ils peuvent redessiner l’avenir des territoires de montagne. J’espère qu’il y aura des retombées pour tous, notamment en matière de desserte ferroviaire et de grandes infrastructures, et pas que des promesses.