Tag: Robert Guédiguian

  • Le Festival cinématographique de Gardanne de retour

    Le Festival cinématographique de Gardanne de retour

    « Quand on est passionné de cinéma, vous ne pouvez qu’applaudir. Les spectateurs l’attendent vraiment. » Signés de Laure Gonzalès, présidente de Gardanne action cinéma, l’association qui le porte, des mots qui traduisent l’impatience du public pour le retour, après quatre ans de sommeil forcé, du Festival cinématographique d’automne de Gardanne. Fermé depuis fin 2022, son épicentre, le cinéma 3 Casino, a été inauguré en mai dernier après de lourds travaux de rénovation. « On a vu revenir des habitués, mais aussi plein de nouvelles têtes, tous ravis d’avoir un cinéma de proximité. En plus, nos prix permettent à une famille de venir sans s’arracher un bras », rappelle-t-elle au sujet de ce cinéma dont les prix oscillent entre 4,50 euros et 8,50 en tarif plein. Désormais, place à trois salles flambantes, la plus grande pouvant accueillir « 1 171 spectateurs plus 5 personnes à mobilité réduite » pour y guetter le 35e festival Cinématographique d’automne de Gardanne. Une 35e mouture pour autant d’avant-premières, dont celle, en ouverture de la manifestation, jeudi 15 octobre, du nouveau film de Robert Guédiguian, parrain du 3 Casino. Aux côtés de son acteur de toujours, Gérard Meylan, le réalisateur viendra présenter Une femme aujourd’hui, comédie dramatique sur le quotidien bourgeois d’une trentenaire marseillaise travaillant dans la finance, jusqu’à ce que son monde bien rangé ne s’effondre suite à son agression par un collègue de boulot.

    De Kervern à El Yousfi

    Au programme du festival, un certain nombre de films « autour de la condition féminine », observe Anaïs Rinaldi, l’une de ses programmatrices, pointant Les fraises de Laïla Marrakchi, dans les pas de travailleuses saisonnières marocaines en Andalousie « confrontées à la dure réalité de leur situation » ou Les femmes de la station de Sara Ishaq, histoire d’une « station-service réservée aux femmes, havre de paix dans un Yémen déchiré par la guerre ». De guerre, justement, il sera aussi beaucoup question au 3 Casino comme dans Les braves de Lukas Dhont, autour d’un soldat de 14-18 qui « organise des spectacles pour maintenir le moral » des troupes. De nombreuses rencontres de réalisateurs avec le public auront également lieu. Gustave Kervern viendra présenter Voilà c’est fini, son nouveau film sur l’Ile Maurice, « où il est né. Un film toujours un peu barré mais très intime dans lequel il aborde des thèmes comme l’anorexie ou les relents colonialistes », indique Anaïs Rinaldi, avant d’énumérer d’autres rencontres du festival : avec Stéphanie Pillonca et François Busnel, invités pour respectivement présenter Les jours d’après et On était des loups. De jeunes réalisateurs seront aussi conviés dans ce cadre pour leurs premiers longs-métrages : Khalil Cherti pour Ce qui nous mène à toi et Hanaël El Yousfi pour Les filles d’Abraham, qui raconte l’histoire de « Myriam, jeune femme de culture musulmane ayant grandi à Marseille, qui renoue pendant l’été avec Eva, issue d’une famille juive, après plusieurs années de rupture ».

  • Robert Guédiguian, un cinéaste d’aujourd’hui, primé à la Mostra

    Robert Guédiguian, un cinéaste d’aujourd’hui, primé à la Mostra

    « Prendre pour personnage une femme, c’est vouloir parler du monde dans son exhaustivité », résume avec fulgurance Robert Guédiguian. Sélectionné dans la section « Giornate degli autori » à la Mostra de Venise, le cinéaste français repart avec une belle distinction grâce à Une femme aujourd’hui. Un succès vénitien amplement mérité pour le 24e long-métrage du Marseillais. Mais au-delà des récompenses, ce film marque le retour d’un regard engagé qui refuse de céder au cynisme ambiant.

    Filmer, pour Guédiguian, ce n’est jamais isoler un individu. C’est toujours le saisir au cœur des tensions et des contradictions de son époque. Il nous en donne la preuve éclatante ici. Le récit suit Juliette, trente ans, incarnée avec une justesse impressionnante par Marilou Aussilloux. Cadre brillante dans la finance, propriétaire, libre d’aimer et de voyager, elle coche toutes les cases de la réussite contemporaine. Mais ce vernis vole en éclats lorsqu’elle est violemment agressée à son travail par un collègue. En
    filmant cette trajectoire, Guédiguian ne réalise pas un simple fait divers. Il pose un regard lucide sur une dérive très actuelle : nous croyons être totalement libres, mais cette liberté s’avère souvent bien fragile dès que ressurgissent des formes anciennes mais tenaces de domination.

    « La bonté, mère

    de toutes les vertus »

    Ce qui frappe chez le réalisateur phocéen, c’est ce refus catégorique de laisser ses personnages s’enfermer dans le statut de victime. L’espoir chez lui n’a rien de naïf. Il ne s’agit pas d’effacer le malheur, mais d’observer ce qui surgit après le choc : cette capacité très humaine à se relever et à réinventer son existence.

    Loin de céder au misérabilisme ou au simple récit de fait divers, Guédiguian pose une question proprement philosophique : que vaut notre liberté lorsque nous découvrons qu’elle repose sur un équilibre bien plus vulnérable qu’on ne le pensait ? « La bonté est pour moi la mère de toutes les vertus. Je déteste le cynisme. La bonté envers les autres est l’alpha et l’oméga de ma vie. »

    Chez le cinéaste de Marius et Jeannette, la catastrophe n’a jamais le mot de la fin. Fidèle à un humanisme ardent, le réalisateur refuse le désespoir et la complaisance victimaire. L’espoir surgit dans les interstices du quotidien, dans la reconquête de la parole… La blessure devient ainsi le point de départ d’un éveil des consciences.

    Le scénario fait ainsi glisser le drame intime vers une véritable quête de sens. Juliette doit réapprendre à vivre, mais surtout comprendre ce qu’elle veut faire de sa propre vie. Autour de Marilou Aussilloux, on retrouve la « bande » historique du cinéaste : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. Cette fidélité d’acteurs apporte une authenticité folle au film. Et pour porter ce récit, le cinéaste fait une nouvelle fois de Marseille un personnage à part entière.

    En récompensant ce film, le jury du Label Europa Cinemas ne s’y est pas trompé. Une femme aujourd’hui évite soigneusement les pièges du discours moralisateur ou dogmatique. Il préfère soulever des questions essentielles et laisser le public poursuivre la réflexion bien après que les lumières de la salle se rallument. En croisant destin intime, Histoire et regard social, Robert Guédiguian rappelle avec force ce qui fonde son engagement d’artiste : même au milieu des ruines, il reste la solidarité et surtout cette obstination à demeurer debout.

  • [Entretien] Cyril Zimmermann : « Marseille devient une capitale du cinéma »

    [Entretien] Cyril Zimmermann : « Marseille devient une capitale du cinéma »

    Les deux journées du festival Marseille fait son cinéma, créé par la Plateforme en association avec l’Alhambra, mettent à l’honneur le cinéma phocéen, une filière en pleine évolution. Au programme : conférences, projections et ateliers participatifs. Des rencontres avec des professionnels auront lieu, permettant aux visiteurs de se familiariser avec le processus de création d’un film.

    La Marseillaise : Pourquoi mettre à l’honneur le cinéma marseillais ?

    Cyril Zimmermann : Marseille est une ville où, historiquement, il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans le domaine du cinéma. Elle est devenue une ville de tournage dans les vingt dernières années et, plus récemment, s’est dotée d’écoles dans la filière du cinéma : Kourtrajmé, CinéFabrique, la Satis, les AIS. Il y a eu une croissance de l’offre de formation pour les jeunes. Il y a aussi de nouvelles infrastructures qui se sont créées, avec la base logistique de Gèze, ou Provence Studio à Martigues. La cinémathèque française va aussi bientôt s’installer à Marseille. On est donc, collectivement, en train de s’équiper en talents, en formations, en infrastructures. Avec Marseille fait son cinéma, nous voulons faire un état des lieux de Marseille, qui devient une capitale du cinéma, française, européenne et méditerranéenne. Il y a à la fois une évolution assez monumentale ces dernières années, couplée à notre envie, en tant qu’établissement d’enseignement supérieur, de fédérer autour de nous les acteurs de l’univers du cinéma. Nous voulons nous regrouper ensemble pour nous donner, collectivement, le maximum de visibilité vis-à-vis des publics informés, des professionnels, de façon à ce que cela crée un effet cumulatif, un cercle vertueux.

    Comment avez-vous pensé la programmation ? À quoi peuvent s’attendre les visiteurs ?

    C.Z. : On a bien choisi notre nom : la programmation est pensée pour mettre à l’honneur Marseille et le travail qui y est fait dans la filière du cinéma. On a monté la programmation en trois parties : dans l’espace Plaza, il y aura des activités pédagogiques plutôt pour les jeunes publics. Les écoles de cinéma, notamment les AIS ou la Satis, vont délocaliser des ateliers pour montrer à des adolescents comment on crée l’image, comment on monte un film, comment on produit du son. Dans la salle des sucres, seront diffusés en permanence des films réalisés par des élèves des différentes écoles de cinéma de la métropole. Dans l’espace cabaret, il y aura, le vendredi 27 et le samedi 28, des rencontres menées par des professionnels de l’univers du cinéma. Robert Guédiguian va raconter sa relation avec Marseille et les tournages. Seront aussi présents Karim Dridi et Margaux Fournier, qui vient de recevoir un César pour Le bain des dames. L’idée est de réunir des personnes importantes du paysage du cinéma marseillais. Nous voulons donner aux gens l’envie d’essayer de faire du cinéma, montrer que ce n’est pas inaccessible. L’idée est d’être aspirant et enthousiasmant.

    Après cette première édition, souhaitez-vous réitérer ces journées de rencontres ?

    C.Z. : Nous voulons créer un rendez-vous du cinéma marseillais, une fois par an. Notre volonté est d’attirer de plus en plus de curieux et de passionnés dans ce lieu festif.

    12 rue Urbain V, 13002 Marseille.
    Entrée gratuite.

  • [Entretien] Robert Guédiguian : « J’appelle à voter Payan face à un risque majeur »

    [Entretien] Robert Guédiguian : « J’appelle à voter Payan face à un risque majeur »

    La Marseillaise : Quel est votre regard sur la campagne municipale, particulièrement à Marseille ?

    Robert Guédiguian : J’ai beaucoup de mal avec la désunion de la gauche. Je suis de la génération du Programme commun, je me suis battu pour qu’il existe et je continue à être persuadé qu’il n’y a pas d’alternative sans une union de ces deux gauches nées dans les suites de la révolution russe. Ni à Marseille, ni à l’Estaque, ni à Paris, ni en France, ni dans le monde occidental. En Occident, et là, très fortement à Marseille, on assiste à une montée des extrêmes droites. Je le déplore et je pense que le seul moyen d’y résister, c’est d’avoir une gauche unie. Et si cette droite-là se renforce, c’est qu’il n’y a pas d’alternative à gauche depuis des années.

    Que vous inspire un Rassemblement national à 35% dans cette ville que vous avez dépeinte dans vos films ?

    R. G. : Une immense tristesse. ça me peine et me désespère. Après… « quand je t’aurai appris à désespérer, je t’apprendrai à vouloir » ! Ma volonté reste la même, mais je suis au fond du trou. C’est pour cela que dans cette situation particulière, j’ai appelé à voter Payan au 2nd tour. C’est une évidence, quoi que je pense des positions de Payan et Delogu. Je me fous de savoir qui a tiré le premier, je sors de la ridicule cour d’école, et j’appelle à voter, pas que Payan d’ailleurs, mais à voter Printemps marseillais face à un risque majeur.

    Vous ne votez pas à Marseille, mais si c’était le cas, ce serait un vote par défaut pour vous ?

    R. G. : Ce n’est pas par défaut. Au 1er tour, on m’a sollicité un peu partout, mais j’ai eu une position sur ces élections très cohérente : j’ai appelé à voter pour des candidats où la gauche entière était réunie. Toute la gauche, y compris les insoumis. C’était le cas à Fontenay-sous-Bois ou à Mouans-Sartoux. Parce qu’évidemment que la gauche, sans les insoumis, n’existe pas. Les insoumis représentent, grosso modo, ce qu’était le Parti communiste dans les années 50 à 70. Ce sont des anticapitalistes, enfin je ne saurai pas les qualifier, mais des gens sans qui on ne peut pas faire une gauche. Et c’est une chance qu’on ait, en France, cette résistance idéologique au capitalisme.

    Les insoumis ne sont pas non plus révolutionnaires, ils sont dans une logique d’adaptation au capitalisme.

    R. G. : C’est vrai que les insoumis, par rapport à des choses qu’on a pu dire il y a 50 ans, sont accommodants avec le capitalisme. Mais bon, c’est un débat philosophico-historique… Après, ça fait belle lurette que je ne rêve plus d’une révolution de 17, le monde a changé, il faut trouver des formes nouvelles de socialisme.

    Certains ont réclamé cette union au 2nd tour, mais elle ne se fera pas. Vous pouvez le comprendre ?

    R. G. : Non, je ne le comprends pas et des deux côtés, évidemment. On va dire que je jette la pierre à tout le monde. C’est devenu d’ailleurs insupportable : machin a dit ça, truc a dit ci, l’autre a voté tel budget, pas l’autre… Au fond, et je le regrette, ça commence à me dégoûter.

    Ce dégoût amène aussi cette montée de l’abstention et du…

    R. G. : Je ne veux pas rentrer dans ces débats, ce n’est plus de la politique comme je l’ai toujours entendu, liée à une vision du monde, à des alternatives, à une morale. C’est la politique, comme on dit aujourd’hui, des réseaux sociaux, des petits mots. Il n’y a aucun contenu et ça devient absurde. Le monde occidental est bouffé par ça. Il existe des penseurs pourtant. Si on va au collège de France, il y a des choses exceptionnelles, y compris des propositions pour des alternatives au monde capitaliste.

    … et j’allais dire, la montée du RN ?

    R. G. : Parce que c’est le seul pôle de stabilité, non ? Le RN est stable, la gauche ne l’est pas. Quand on entend Hollande, Valls, c’est à se plomber. Mais j’avoue que quand j’entends Mélenchon faire des lapsus sur Epstein, ça me dégoûte. Et pourtant, c’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration et que j’ai souvent soutenu. Mais quand on joue là-dessus, il n’y a pas d’excuse. C’est indigne et dégueulasse. Pour autant, les gens qui votent France insoumise votent pour un programme qui n’a rien à voir avec cela…

  • [Entretien] Robert Guédiguian : « Je raconte ce qui est préoccupant »

    [Entretien] Robert Guédiguian : « Je raconte ce qui est préoccupant »

    La Marseillaise : Présentez-nous les grandes lignes de votre prochain film…

    Robert Guédiguian : Comme toujours, je cherche à raconter ce qui est le plus préoccupant aujourd’hui. Et ce qui nous préoccupe aujourd’hui, ce sont souvent des questions ignorées ou minorées en tout cas. Pendant deux générations, on ne s’est pas trop occupé d’identité, d’ethnie, de féminisme, de violences sexuelles. C’étaient des questions qui existaient, certains y travaillaient évidemment, mais ça apparaissait très secondaire quelque part dans le débat public. Par exemple, en politique, dans la prise en compte de ces questions dans les programmes, on en parlait très peu. Bien sûr, les uns et les autres avaient des propositions plus ou moins féministes, plus ou moins anticoloniales, plus ou moins antiracistes. Cela existait, bien entendu. Mais on ne mesurait pas à quel point ces questions demeuraient capitales, et pas secondaires du tout. Et aujourd’hui, on se prend une explosion suite à plusieurs dizaines d’années de sous-estimation de ces questions.

    Vous dites, dans le synopsis, que les questions d’origine, de religion, de genre ou de couleur de peau semblaient dépassées mais qu’on s’aperçoit que nous avions tort…

    R.G : C’est-à-dire qu’il faut prendre ces questions à bras-le-corps. Ce sont des questions auxquelles il faut apporter des réponses, qui peuvent être d’ordre institutionnel, politique, sociétal… Mais il faut les traiter car elles déterminent la vie des gens autant que leurs conditions matérielles d’existence, à mon sens. On s’est peut-être trop préoccupé des questions matérielles, je pense. La vie ce n’est pas qu’avoir le Smic qui augmente… C’est évidemment très important mais la vie n’est pas que matérielle. D’un point de vue anthropologique, elle est aussi spirituelle. Et dans le spirituel, il y a les mœurs, les rapports hommes-femmes, les rapports amoureux, les questions de genre… Ces questions développent des clivages assez fous dans les pays occidentaux. Trump a été élu sur une base « anti-changement civilisationnel ». Je ne dis pas « anti-progrès »

    Vous partez quand même d’une femme qui se pense « émancipée » mais qui change suite une agression ?

    R.G : Le film essaie de parler de toutes ces questions évoquées précédemment. Mais comment le faire ? C’est toujours la problématique : Parler du monde contemporain dans un film de fiction. Théoriquement, je pourrais écrire un texte, faire une conférence et avoir un discours rationnel sur ces sujets, sur la forme des luttes aujourd’hui. Mais dans un film, il faut que cela s’incarne dans des actions, des événements. Donc je pars d’une femme qui pense que tout va bien. Elle gagne bien sa vie, elle est heureuse et émancipée, y compris sexuellement. Elle a une très bonne situation mais elle vient d’un milieu populaire. Cette situation génère quelques frictions avec sa famille : les parents sont modestes et habitent dans une cité, alors qu’elle habite dans une villa au Roy d’Espagne. Elle est le stéréotype de la réussite. On ne précise pas sa profession dans le détail mais on suppose qu’elle est dans les fusions-acquisitions, des actions de boursicotage. C’est lié au capitalisme financier… Assez vite, elle est agressée sexuellement. Évidemment, cela l’atteint physiquement et psychologiquement. À tel point que cela va remettre peu à peu en cause son rapport au monde. Et pour faire de la fiction, elle va avoir un accident, par hasard, devant un foyer de jeunes mineures enceintes… On passe donc des bureaux de la tour Nouvel à une maison qui accueille des filles mineures de toutes origines. C’est là qu’elle va rencontrer d’autres mondes, d’autres univers, d’autres pauvretés, d’autres rapports sexuels. Il y a aussi le décès d’un oncle qui implique des révélations familiales, puisque la mère de notre personnage est née en Algérie. Elle découvre des choses difficiles sur ce qui s’est passé là-bas. À travers tout cela, on parle d’immigration, de mineures enceintes, on parle de notre rapport aux colonies… Ce n’est pas un film sociologique mais on fait attention à ne pas être en contradiction avec le réel.

    Votre traitement de ces questions est en lien avec la montée d’une internationale d’extrême droite dans le monde ?

    R.G : Par capillarité oui. Shakespeare disait que les auteurs sont des éponges de leur époque. Je suis surinformé, j’ai toujours aimé me préoccuper des autres, de ma rue ou du monde entier. Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza, au Soudan ou au Congo m’intéresse. Quand j’écris, j’écris forcément avec tout ça. C’est de manière naturelle, je ne fais pas ça pour ça. Dans ce monde de confusion, avec Trump, Meloni, Erdogan, Orban, des figures émergent et ressemblent à des dictateurs élus. Évidemment, cela me préoccupe. Et ça nous pend au nez ici en France.

    Dites-nous en plus sur le casting, le tournage à venir…

    R.G : Il y a un petit décentrement. Le film s’appelle Une femme aujourd’hui. Pour rire, en général, j’ajoute : « Et ce n’est pas Ariane Ascaride ». Elle joue la mère, Gérard Meylan le père, Jean-Pierre Darroussin joue le voisin, les frères sont Robinson Stévenin et Adrien Jolivet. Il y a aussi Géraldine Loup et Sophie Payan. Il y a tout le monde, ou presque. Et le personnage principal est Marilou Aussilloux, de La Pie voleuse.

    Depuis « Twist à Bamako », vous êtes revenu à Marseille, c’est un retour aux sources naturel ?

    R.G : Je tourne des histoires à Marseille et pas sur Marseille. Pour moi, Marseille est une forme, c’est mon théâtre. On tourne rarement dans les mêmes quartiers, sauf à l’Estaque. Mais là, on n’est pas dans un conte comme d’habitude. On est dans un film beaucoup plus dur, plus « réaliste ». Et ce type de récits, je peux les tourner où je veux. Et où je veux, ça peut être ici. Je me dis que toutes les histoires du monde peuvent se passer n’importe où, y compris à Marseille. Je n’ai pas un regard sur la ville mais sur le récit. Toutes les histoires que je raconte peuvent se tenir ailleurs. Elles tiennent debout sans Marseille. Mais le film n’aura pas la même couleur, pas la même lumière, pas les mêmes matières. La forme change, mais le contenu reste. C’est mon regard sur le monde en général qui compte, pas sur Marseille. Et là, c’est les questions qui préoccupent l’occident dont je veux parler. Je pourrais en parler depuis Hambourg, Barcelone ou Liverpool.

    « Je tourne des histoires à Marseille et pas sur Marseille. Marseille est une forme, c’est mon théâtre »

  • Un cinéaste artisan de notre époque

    Un cinéaste artisan de notre époque

    Les œuvres de Robert Guédiguian ne sont jamais anecdotiques même celles qui semblent les plus légères. Elles nous accompagnent et nous nourrissent, elles nous heurtent et nous saisissent. De Marius et Jeannette, – au succès populaire qui a permis au cinéaste de construire un parcours artistique solide, en amitié et en fraternité avec le public – on retient souvent l’histoire d’amour formidable, ce miracle de la vie. Mais aussi, en filigrane, en sachant saisir un regard ou des mains qui économisent le reste d’un tube de sauce tomate, l’âpreté de la condition des femmes ouvrières, leur pugnacité aussi. D’autres figures féminines seront au cœur de son prochain film intitulé Une femme aujourd’hui. Un titre simple pour nous raconter une réalité complexe.

    Guédiguian élargit la question sociale

    En se saisissant toujours de la question sociale, Robert Guédiguian l’élargit à nos enjeux contemporains. Ici, les questions d’identité, de féminisme, d’immigration. Il entend les révéler au grand jour, avec les outils qui sont les siens, ceux du cinéaste, de l’artiste : un scénario, des actrices, des acteurs, des costumes, des décors, de la lumière et des couleurs. Georges Simenon écrivait des « romans durs » au sens où il était le conteur de son époque et de sa réalité crue, invisible à ses contemporains. C’est la fonction de la culture : être révélatrice de notre vie et nous offrir des clés pour s’émanciper.

    Impossible de dire si Une femme aujourd’hui va s’inscrire dans les films « durs » de Robert Guédiguian. Une chose est sûre : ce film, son 25e, est attendu avec impatience.