Tag: riziculture

  • [Passerelle interculturelle] Quand les rizières chinoises se transforment en œuvres d’art à ciel ouvert

    [Passerelle interculturelle] Quand les rizières chinoises se transforment en œuvres d’art à ciel ouvert

    De la province du Shandong à celle du Guizhou, en passant par le Guangxi et Shanghai, ces créations végétales attirent les visiteurs et donnent un nouvel élan au tourisme rural. Dans la ville de Dongying, dans la province du Shandong, à l’embouchure du fleuve Jaune, une immense fresque multicolore s’étend au milieu des champs. Réalisée à partir de sept variétés de riz aux couleurs naturelles, elle évolue au fil de la maturation des plantes. Les visiteurs peuvent admirer ce paysage depuis une tour d’observation ou parcourir les rizières à bord de véhicules touristiques. Mais derrière cette œuvre se cache une transformation écologique remarquable. Autrefois abandonnées en raison de leur forte salinité, ces terres ont été progressivement réhabilitées grâce à l’amélioration des sols, à de nouveaux systèmes d’irrigation et à la culture de variétés de riz résistantes au sel. Une manière de conjuguer restauration écologique, production agricole et développement touristique.

    À Anshun, dans la province du Guizhou, les rizières deviennent également des toiles géantes. Sur une superficie de plus de 80 hectares, chevaux au galop, pivoines et Grande Muraille composent un vaste tableau visible depuis les hauteurs. Un petit train touristique permet de découvrir ce paysage au plus près. Les familles peuvent aussi participer à des activités pédagogiques, notamment la pêche dans les rizières ou la découverte des techniques agricoles traditionnelles.

    Rien ne se perd

    Plus au sud, dans la région autonome Zhuang du Guangxi, les célèbres rizières en terrasses de Longji offrent un autre spectacle. À l’automne, les montagnes se couvrent de vagues dorées, entrecoupées de maisons traditionnelles en bois. Cette beauté naturelle attire de nombreux touristes et stimule l’économie locale, notamment l’hébergement, la restauration et la vente de produits agricoles. À Shanghai, sur l’île de Hengsha, dans le district de Chongming, l’art des rizières prend une dimension plus contemporaine. Depuis 2018, les agriculteurs y réalisent chaque année de nouvelles compositions. Cette année, sur huit hectares, les visiteurs découvrent deux univers : l’un consacré à la réunion familiale, l’autre à l’innovation technologique, avec des astronautes, des fusées et des robots. Malgré une météo pluvieuse, près de 10 000 visiteurs s’y sont rendus pendant les vacances de la Fête nationale.

    Et une fois le spectacle terminé ? Le riz ordinaire est récolté puis commercialisé, tandis que les variétés colorées, moins appréciées pour leur goût, servent notamment à nourrir les animaux d’élevage. Rien ne se perd. Ces paysages racontent ainsi une nouvelle histoire des campagnes chinoises : celle d’une agriculture qui ne se limite plus à produire des céréales, mais qui associe créativité, écologie, transmission culturelle et nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • La Camargue lève les yeux vers l’Unesco

    La Camargue lève les yeux vers l’Unesco

    La Camargue ne veut plus seulement être regardée comme une carte postale. Marais, taureaux, chevaux, flamants roses, salins, rizières, roselières : derrière les images connues, c’est tout un territoire vivant, fragile et menacé qui cherche aujourd’hui une reconnaissance internationale. Portée par l’association « La Camargue à l’Unesco », créée fin 2023, la candidature du delta du Rhône au patrimoine mondial naturel se structure pas à pas. Avec une conviction martelée par ses promoteurs : il ne s’agit pas de mettre la Camargue « sous cloche », mais de mieux organiser sa protection.

    Réunis en avril à Vauvert, au siège du Syndicat mixte de la Camargue gardoise, les membres de l’association ont présenté l’avancée du dossier devant élus, associations et habitants. À leur tête, Stanislas Blohorn, président, et Véronique Jullian, vice-présidente, portent une ambition de long terme. « On avance », résume cette dernière. Une première étape a déjà été franchie avec un courrier adressé au ministère de la Transition écologique pour formaliser la démarche. Le territoire figure d’ailleurs depuis 2002 sur la liste indicative française de l’Unesco, passage obligé avant toute candidature officielle.

    Un delta, cinq arguments

    Pour convaincre, l’association a défini cinq grands axes. Le premier tient au delta du Rhône lui-même, l’un des plus vastes d’Europe, né d’un fleuve prenant sa source dans les Alpes suisses avant de rejoindre la Méditerranée. Un espace façonné par l’eau, les sédiments, les crues et les vents. Un « laboratoire à ciel ouvert » face au changement climatique.

    Le deuxième axe met en avant les processus naturels rares : lagunes, cordons littoraux, dynamique sédimentaire, interaction permanente entre le fleuve et la mer. Le troisième insiste sur la biodiversité exceptionnelle du territoire, tandis que le quatrième valorise son rôle de carrefour migratoire majeur. Quelque 350 espèces d’oiseaux y trouvent refuge ou passage, entre Afrique et Europe du Nord. Enfin, le dernier pilier du dossier concerne la relation ancienne entre l’homme et la nature : riziculture, salins, élevage de taureaux et de chevaux, récolte de la sagne. Ici, les activités humaines font partie du paysage.

    C’est un point sur lequel les porteurs du projet insistent. Une inscription à l’Unesco ne signifierait pas l’arrêt de la vie locale. « L’Unesco n’interdit pas, elle organise », rappellent-ils. L’enjeu est au contraire de concilier protection de la nature, agriculture, tourisme et activités économiques. Dans une Camargue déjà confrontée à la salinisation des eaux, à l’érosion du littoral, à la pression touristique, aux projets industriels ou d’infrastructures, la reconnaissance mondiale pourrait permettre de mieux coordonner les réponses.

    Une gouvernance

    à inventer

    Car le territoire souffre aussi d’un morcellement institutionnel. Grande et Petite Camargue, Gard, Bouches-du-Rhône, Occitanie, Paca, communes, syndicats mixtes, parcs, propriétaires privés, acteurs économiques : chacun gère une partie du puzzle. Pour l’association, la candidature doit permettre de dépasser ce millefeuille. Elle se présente comme un facilitateur et plaide pour une gouvernance partagée, autour d’un organe juridique nouveau et d’un plan de gestion sur dix ans. « On doit montrer qu’on est capable de fédérer tous les acteurs », insiste Véronique Jullian.

    Le chemin reste long. L’État devra actualiser l’inscription sur la liste indicative, puis décider de porter officiellement le dossier devant l’Unesco. Études, concertation, financements : plusieurs années seront nécessaires, avec un horizon de
    « 5-6 ans ». Mais pour ses défenseurs, l’enjeu dépasse le prestige. Il s’agit de faire de l’Unesco non pas une médaille, mais un outil : pour mieux protéger la Camargue, renforcer sa visibilité internationale et construire un développement durable à la hauteur de ses fragilités.