« Nous avons été traités comme des criminels, je voulais m’intégrer et ne pas vivre aux dépens des Français mais on ne m’en a pas laissé la chance. » C’est le message qu’a envoyé A., Arménien qui résidait dans le département depuis plusieurs années, aux bénévoles de la Cimade de Gap, association de solidarité aux migrants réfugiés. Alors que ses filles étaient scolarisées en France, ce juriste de formation prenait des cours de français et cherchait du travail pour pouvoir obtenir sa régularisation, sa femme également. Mais d’après le récit fait aux bénévoles, cette dernière a été arrêtée à l’automne, à 7h du matin au domicile familial, et contrainte de repartir le jour même en avion dans un pays voisin à celui dont elle est originaire. Son mari et ses deux enfants, qui désiraient pourtant rester, ont été contraints de la rejoindre.
Des épisodes qui se multiplient, d’après Michèle Clamens et Élodie Para. Comme chaque mercredi, ces deux bénévoles de la Cimade de Gap, tiennent une permanence juridique d’aide aux démarches administratives auprès des personnes étrangères en situation irrégulière ou qui doivent renouveler leur titre de séjour. « Désormais, la préfecture ne laisse plus de deuxième chance, tout refus de titre de séjour ou de renouvellement est accompagné d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Même quand les personnes travaillent et sont installées depuis plusieurs années. Elles peuvent perdre tout ce qu’elles ont construit du jour au lendemain », explique Michèle Clamens. Elle affirme que la sévérité de la préfecture est devenue « draconienne » depuis la « loi immigration » portée par Gérald Darmanin en janvier 2024 et la « circulaire Retailleau », transmise aux préfectures l’année suivante.
« C’est un parcours du combattant, il faut désormais justifier de 12 bulletins de salaire à temps complet sur les deux années écoulées, et être en activité au moment de la demande de régularisation. Sauf qu’en situation irrégulière, c’est très difficile puisque c’est illégal d’être embauché. » S’ouvre alors un « cercle vicieux », dont la seule issue consiste à trouver ce que les associations appellent un « patron solidaire » qui accepte d’attendre la fin des démarches et qui accorde une promesse d’embauche. « Cela reste soumis au bon vouloir de la préfecture, qui peut exiger un CDI, et il faut une autorisation de travail que le patron doit demander. Elles sont délivrées au compte-goutte », explique Élodie Para.
Parmi les personnes accompagnées par la Cimade de Gap, M., qui a souhaité rester anonyme, est arrivé en France à 16 ans en situation irrégulière. Reconnu comme mineur pris en charge par l’association sociale à l’enfance (ASE), il obtient un diplôme de peintre qualifié. Mais au moment de demander son renouvellement, son CDD vient de se terminer, il perd donc son titre de séjour. S’il trouve un CDI dans les jours qui suivent, la préfecture maintient son refus. Il se retrouve en situation irrégulière, sans droit au chômage, après avoir cotisé pendant trois ans et sous le coup et sous la menace constante d’une OQTF. « On constate que depuis la circulaire de 2025, des OQTF sont presque automatiquement associées au refus de titre de séjour. Or, les démarches peuvent échouer pour des motifs dérisoires. Une personne que nous accompagnons a vu son dossier refusé car elle avait fourni sa copie de livret de famille en couleur et pas en noir et blanc, déplore Élodie Para. C’est une charge de stress énorme pour les personnes concernées, qui peuvent terminer à la rue ou renvoyées pour une erreur dans un dossier. » Une situation complexe pour des personnes souvent en situation de grande précarité. La hausse des frais de titre de séjour, de 250 à 350 euros, annoncée en mai, ne va pas leur simplifier la tâche.



