Tag: résilience

  • Une revanche pour ces jeunes adultes en rémission de cancer

    Une revanche pour ces jeunes adultes en rémission de cancer

    « Ce n’est pas parce qu’on a eu un cancer que la vie s’arrête », martèle Alexis. Ce père de deux enfants, originaire de Pourcieux, dans le Var, a été touché à l’âge de 13 ans par le lymphome de Hodgkin, un cancer des ganglions lymphatiques, organes du système immunitaire, dont le rôle est de protéger l’organisme contre les infections virales et bactériennes. Mais à 34 ans, ce passionné du ballon rond va troquer sa paire de crampons contre des baskets confortables, afin de se lancer dans le défi de sa vie : être au départ du plus célèbre semi-marathon de l’Hexagone, le Marseille-Cassis.

    Fatigue et résilience

    « Je vois cette course comme un moyen de nous faire gagner en confiance en soi, de pouvoir avoir conscience que l’on peut franchir des étapes comme ça », souligne celui qui a fait deux rechutes après son premier passage à l’hôpital de la Timone, pour ses 21 ans et ses 30 ans. « Et surtout, par rapport à ce qu’on a vécu, on a quand même affronté le cancer. On a réussi à s’en sortir. Et en fait, faire cette course, c’est montrer que même les bonnes choses, on arrive à les franchir. Du moment qu’on arrive, qu’on est en bonne santé, qu’on arrive à marcher, qu’on arrive à se déplacer », poursuit-il, conscient que sa participation au Marseille-Cassis, avec cinq autres jeunes adultes en rémission de cancer, également suivis par le dispositif CAP’AJA (Cellule d’accompagnement personnalisé pour les adolescents et les jeunes adultes) de l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille, envoie un message d’espoir à ceux qui sont en train de lutter contre la maladie. « On veut démontrer qu’il y a un après. La vie ne sera pas normale. On a eu un cancer, donc elle ne sera pas proprement pareille, mais on continue à vivre. »

    « Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort », rappelle Cédric. Cet Avignonnais de 36 ans a été diagnostiqué d’un cancer du testicule en 2017. « Et après, tout s’est enchaîné très vite, parce qu’après, une fois l’opération et la biopsie terminée, j’ai subi trois cycles de chimio. Et les traitements se sont arrêtés en février 2018, avec un suivi, derrière, régulier, de scanner et de prise de sang », raconte-t-il avec beaucoup de recul, persuadé que le sport lui a permis de s’extirper de cette maladie. « Je ne vis qu’à travers le sport. J’adore ça. J’ai intégré un club de course à pied cette année. C’est quelque chose dans lequel je m’épanouis vachement », ajoute celui qui se fixe l’objectif d’aller au bout du Marseille-Cassis, « peu importe le rythme ». Mais pour ces jeunes adultes à la résilience remarquable, la fatigue apparaît plus rapidement qu’auparavant. « C’est l’une des séquelles qui peut être la plus durable, qui peut durer des années après la rémission, et qu’il faut bien sûr prendre en compte dans ce genre de défi, c’est-à-dire adapter les entraînements », explique Chloé Pérez, étudiante en deuxième année de master activité physique adaptée et santé (APAS) à la Faculté des sciences du sport de Marseille. Elle collabore avec l’Institut Paoli-Calmettes sur ce projet sportif qui met en avant la détermination de ces « survivants ». « Dans le sport, j’ai toujours combattu. En gardant ce secret. En montrant aux autres que j’étais capable de faire des choses », souligne Cédric.

    « D’être passé par cette étape-là, c’est très douloureux. Ça m’a rendu plus fort. Et ça m’a donné envie de combattre encore plus que les autres. Quand j’ai une petite baisse, je repense à l’hôpital, aux piqûres qu’on me faisait quand j’étais en traitement. Ça me booste direct. Je me dis à moi-même que j’ai vécu pire. »

  • Ces femmes que l’on aide à reprendre la barre de leur vie

    Ces femmes que l’on aide à reprendre la barre de leur vie

    « C’est quelqu’un qui m’a laissée comme un chien écrasé au bord de la route », témoigne Dominique, 61 ans. Assise salle Marceaux, hier, où l’association Fifrelin- Femmes à la Barre en collaboration avec Cloud 9 a organisé le forum, Dominique fait référence à son divorce « très catastrophique » d’avec son ex-mari, avocat de métier. « Alors que je suis coach en développement personnel, je me suis retrouvée avec une perte d’estime de moi. Je n’avais plus de jus », image-t-elle.

    C’est à ce moment-là qu’on l’oriente vers « Femmes à la Barre ». C’était au printemps dernier. « Grâce à cette association, j’ai trouvé un repère, une bulle. Un environnement extrêmement bienveillant. Cécile Poujol, la présidente de l’asso, est profondément humaine. Elle aime profondément transmettre ce qu’elle a pu apprendre pendant ses courses au large », explique Dominique. Arrivée en 2004 à La Ciotat, Cécile Poujol, originaire de l’arrière-pays, y vit toujours. La navigatrice a réalisé sa 1ère course en solitaire La Rochelle-Salvador de Bahia à l’âge de 23 ans… Et en a fait bien d’autres. En 2018, elle crée « Femmes à la Barre ». « L’idée, c’est d’ouvrir les possibles. Rompre l’isolement. Retrouver la confiance en soi en faisant. C’est reprendre la barre de sa vie. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de tempêtes, mais au moins c’est toi qui décides de devenir actrice de ta vie », déclare-t-elle. L’association est soutenue par la Ville, la Métropole, et travaille avec nombre de partenaires sociaux.

  • [Entretien] « À horizon 2050, un déficit de 90 millions de m3 dans les nappes de la Crau»

    [Entretien] « À horizon 2050, un déficit de 90 millions de m3 dans les nappes de la Crau»

    La Marseillaise : Quel est l’état de la nappe actuellement ?

    Céline Tramontin : La nappe se recharge à 70% par l’irrigation gravitaire nécessaire à la production de foin de Crau, donc de l’eau de Serre-Ponçon qui arrive par la Durance, et à 30% par les eaux de pluie. Elle se vidange l’hiver et se remplit l’été, avec l’arrosage des agriculteurs, de mars à octobre. Ce qui soutient l’étiage, c’est-à-dire le niveau minium pour assurer l’ensemble des usages sur le territoire, ce sont les eaux de pluie. Depuis Serre-Ponçon, il y a 1,5 milliard m3 d’eau dérivée vers les Bouches-du-Rhône, dont 420 millions vers la Crau. Cette année, il y a eu de l’eau, le barrage était plein. Par contre, on a eu un hiver relativement sec. On est donc partis en début de saison avec des niveaux très hétérogènes en fonction des secteurs, avec des zones comme les Coussouls qui étaient bien remplies, avec des niveaux supérieurs à la moyenne, et d’autres avec les niveaux historiques les plus bas qu’on ait jamais relevés depuis dix ans. On a pu stabiliser le niveau grâce aux eaux de la Durance.

    Avec le réchauffement climatique, la sécheresse des hivers risque de devenir monnaie courante. Comment y faites-vous face ?

    C.T. : On a mené une étude scientifique dont l’objet était l’évolution du changement climatique et des besoins en eau sur ce territoire, puisque la nappe alimente 300 000 habitants en eau potable, l’agriculture, l’industrie de Fos et les bases militaires d’Istres et de Salon-de-Provence. Le résultat est sans appel : à horizon 2050, on aura un déficit de 90 millions de m3 au niveau du remplissage de la nappe, si on continue comme ça. Pour ne pas en arriver là et devoir faire des choix qui auront des impacts sur notre cadre de vie et le développement du territoire, on a lancé un Schéma d’aménagement des eaux avec les collectivités locales et les acteurs qui est élaboré dans le cadre d’une Commission locale de l’eau, installée fin août.

    L’idée est de prioriser les usages ?

    C.T. : Non. Il faut réduire le prélèvement de la Durance, parce que les effets du réchauffement climatique se feront ressentir aussi au niveau de Serre-Ponçon. On a déjà vécu une situation de sécheresse en 2022. Eux ont élaboré un plan de résilience à leur niveau. Il faut qu’on soit plus résilients aussi de notre côté. Il y a des solutions, comme la réhabilitation des canaux, créés pour les premiers au temps d’Adam de Craponne au XVIe siècle, pour les derniers au XXe siècle. On a aussi lancé une grande étude pour aller chercher des sources profondes en sondant le sol. On a fait trois forages, à Istres, Salon et Saint-Martin-de-Crau avec des pièzomètres profonds, entre 80 et 100m. Les matériaux carottés sont désormais à l’analyse. On sait d’ores et déjà qu’on va laisser tomber le forage d’Istres. Les résultats devraient être connus d’ici la fin 2026.

    Vous réfléchissez aussi à un partage des coûts plus équitable.

    C.T. : C’est la deuxième équation à résoudre. Ce sont les Associations syndicales autorisées intervenant pour l’irrigation collective, donc les agriculteurs, qui payent actuellement l’eau et son transport sur le territoire pour assumer l’usage agricole, mais aussi d’eau potable, d’eau industrielle etc. Il faut que ça évolue, que chaque bénéficiaire supporte ce coût.

    Entretien réalisé par Alice Magar

  • La Commission locale de l’eau de la Crau est installée

    La Commission locale de l’eau de la Crau est installée

    « En 1554 Adam de Craponne obtenait l’autorisation de dériver les eaux de la Durance pour alimenter notre territoire. En 2025, Monsieur le préfet de Région Georges-François Leclerc installe la Commission locale (CLE) du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux de la Crau pour que, collectivement nous mettions en place un projet de territoire visant la résilience des usages de l’eau dans un contexte de raréfaction de la ressource. » Quelques jours après son élection à la tête de la nouvelle assemblée, Céline Tramontin, par ailleurs présidente du syndicat mixte de la nappe Symcrau, dit sa « détermination » à remplir sa mission.

    Les enjeux sont grands. Sur ce territoire de 52 000 hectares situés sur le paléo-delta de la Durance, la nappe phréatique de la Crau est vitale : elle alimente près de 300 000 habitants en eau potable et fournit chaque année près de 70 millions de mètres cubes aux nombreux agriculteurs et aux sites industriels. Seulement, le constat de l’étude prospective Sinergi, réalisée entre juin 2018 et septembre 2020, est sans appel : sans action, le territoire de La Crau pourrait faire face à un déficit en eau critique d’ici 2050. En cause : le changement climatique, le développement urbain et le vieillissement des infrastructures.

    Céline Tramontin l’affirme : « La résilience de la Crau vis-à-vis du changement climatique passera nécessairement par une réduction de la pression de prélèvement exercée en Durance. Nous devrons faire mieux avec moins ou tout du moins avec moins en été. »