Tag: républicains espagnols

  • [Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »

    [Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »

    La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence FM 93.9, participe à l’émission politique « Quoi de neuf ? » .

    Cette semaine,
    notre invité est Manuela Parra, présidente de l’association Voix de l’extrême.

    Du 19 au 25 novembre, se déroule à Montpellier la 6e édition des Rencontres franco-espagnoles, portée par l’association Voix de l’extrême. Conférences, films, lectures, pléthore d’événements culturels sont programmés pour ne pas oublier ignominie de la dictature franquiste. Sa présidente, Manuela Parra, revient sur cette édition particulière, cinquante après la mort de Franco.

    Louis Dupin : Ces rencontres sont un événement culturel mais également mémoriel puisque vous revenez sur la période sombre de la dictature franquiste. Aujourd’hui, ce devoir de mémoire est-il d’autant plus important à l’heure où on voit le retour de l’autoritarisme de l’extrême droite un peu partout dans le monde ?

    Manuela Parra : Bien sûr qu’il est important. Il est nécessaire de réveiller ou de réactiver les consciences et de transmettre ces valeurs républicaines aux jeunes qui, contrairement à ce que l’on peut penser, comprennent rapidement et s’impliquent. Dans les rencontres franco-espagnoles, on s’adresse à tout public, mais une large partie est basée sur la transmission à la jeunesse. L’année dernière, nous avons eu, durant les rencontres, 480 lycéens qui ont participé. Cette année, je pense qu’on va doubler. Mais si les lycéens s’impliquent, c’est parce qu’il y a des professeurs qui s’impliquent avec eux, pour eux. Et c’est extraordinaire, c’est une belle récompense.

    Olivier Nottale : Et puis cette jeunesse va peut-être être aussi touchée parce que vous racontez des histoires de très jeunes gens qui ont été victimes du franquisme…

    Manuela Parra : Certains ont été notamment fusillés parce qu’ils militaient en distribuant des tracts pour la République espagnole. C’est vrai que c’était des jeunes qui croyaient en l’avenir de liberté, comme des jeunes peuvent le faire aujourd’hui. C’est comme les 13 Roses, des jeunes femmes qui ont été d’abord jugées par un tribunal militaire parce qu’elles étaient mineures, donc elles ne pouvaient pas être jugées par un tribunal civil. Elles ont été fusillées, il y en avait même qui avaient 16-17 ans. On ne se rend pas compte de la répression qu’il y a eu en Espagne, c’est quelque chose d’effarant, certaines statistiques montrent que pour les crimes hors conflit armé, l’Espagne arrive en deuxième position après le Cambodge.

    Louis Dupin : Pour illustrer cette répression, vous mettez à l’honneur plusieurs militants notamment Pablo Casals, un violoncelliste humaniste qui fera l’objet d’une conférence animée par Jean-Jacques Bedu…

    Manuela Parra : Jean-Jacques Bedu a écrit une biographie sur Pablo Casals. Sa mère était de Prades et donc elle a bien connu Pablo Casals quand il vivait à la Villa Colette avec Joan Alavedra. C’est un homme qui a refusé de jouer dans des pays qui n’ont pas soutenu la République espagnole et il a fallu vraiment qu’il y ait beaucoup de diplomatie pour qu’il crée en France le festival Pablo Casals. C’est pour ce festival que Jean-Jacques Bedu a écrit ce livre qui nous sera présenté à la maison des relations internationales, le 19 novembre.

    Louis Dupin : La période qui a suivi la mort de Franco s’est caractérisée par une faible présence de l’extrême droite en Espagne. C’est ce devoir de mémoire réalisé après la mort du dictateur qui a permis de l’endiguer ?

    Manuela Parra : Elle s’est peut-être mise en retrait, s’est fait oublier. Dans les gouvernements démocratiques de gauche espagnols, il y a eu des efforts énormes pour reléguer le patrimoine laissé par les fascistes et les franquistes en Espagne. Pour mémoire, la première loi sur la mémoire et a été promulguée en 2007. À ce moment-là, ils ont commencé à vouloir déboulonner les statues, gommer les plaques, essayer de remettre en scène la démocratie. Je pense que le fascisme n’a pas de frontières, comme la liberté et on voit aujourd’hui en Espagne le retour de l’extrême droite avec le parti Vox. Sauf que le gouvernement espagnol actuel de Pedro Sanchez ne se laisse pas intimider. Si on regarde les récentes initiatives qu’il a prises avec la loi de mémoire démocratique et les réouvertures de fosses communes pour identifier, le fait de sortir Franco du Valle de los Caídos. C’est très symbolique pour continuer le nettoyage de cette période horrible.

    Louis Dupin : La jeunesse est également au centre de ces rencontres puisque plusieurs actions dans des établissements scolaires ont été réalisées pour inculquer cette histoire, ce devoir de mémoire ?

    Manuela Parra : Ce sont des petits groupes de professeurs qui travaillent collectivement au sein de leur établissement et ensuite font appel à nous. Par exemple, le lycée Jean-Mermoz à Montpellier, où les élèves – en partenariat avec un lycée madrilène – ont réalisé un projet autour de la mémoire historique de la guerre au chemin de l’exil. Ils partiront prochainement en Espagne pour travailler sur les fosses communes d’Alcalá-de-Henares. Il y a aussi la soirée « Graines de résistance », le 24 novembre, où le grand public pourra observer ce travail extraordinaire des professeurs et des élèves sur des faits de résistance passés à Montpellier.

  • Au Mémorial, la tolérance pour ADN

    Au Mémorial, la tolérance pour ADN

    Aux abords du Mémorial de Rivesaltes, une succession de barbelés et de baraquements délabrés parcourt la garrigue. Ici, entre 1941 et 2007, la France a interné de force près de 60 000 personnes au total. D’abord les Juifs et les Nomades, puis les Républicains espagnols exilés lors de la Retirada. Ensuite les Harkis et les Guinéens… Dès 1982 et jusqu’à sa fermeture en 2007, le camp Joffre est transformé en centre de rétention où sont alors confinés l’ensemble des migrants en cours d’expulsion…

    C’est donc ici, sur le site du camp Joffre, que le gouvernement de Vichy puis l’État français plus largement ont entassé les « indésirables » dans des conditions indignes, et c’est à l’ensemble de ces peuples que le Mémorial d’aujourd’hui, abrité dans un immense bloc à moitié enterré, souhaite rendre hommage. Graver dans le marbre. Raconter. Et surtout réparer.

    « Toutes ces personnes étaient très différentes. Mais elles avaient un point commun : elles ont été enfermées ici sans avoir commis ni crime ni délit. Elles n’ont pas été enfermées pour ce qu’elles ont fait mais pour ce qu’elles sont », analyse Nicolas Serpette, directeur de la communication du Mémorial, bien déterminé avec l’ensemble de l’équipe à veiller à l’équilibre des mémoires.

    Éclairer, rayonner, éduquer…

    Ces dix dernières années, le site s’est donné pour mission de plancher sur trois axes essentiels. D’abord « éclairer » en participant à faire avancer la connaissance historique et scientifique, « notamment sur des périodes ou des groupes encore peu explorés, comme les populations de tirailleurs sénégalais, ou encore les femmes et les enfants internés dans les camps de Vichy, un thème que nous avons abordé récemment à l’occasion d’un colloque ».

    Le deuxième grand axe consiste évidemment à éduquer, le Mémorial accueillant de nombreux groupes scolaires tout au long de l’année. « Nous sommes un lieu de transmission, qui inclut tous les publics, dont un visiteur sur deux a moins de 18 ans », ajoute Nicolas Serpette. Doté d’un conseil pédagogique dirigé par Benoît Falaise depuis 2023, le Mémorial accueille de nombreux projets scolaires autour de l’écriture, de l’histoire et de la laïcité. « L’idée, c’est de contribuer à faire de ces élèves les citoyens éclairés de demain. Avec ces témoignages, nous voulons les préparer à faire face au monde d’aujourd’hui, qui n’est pas toujours facile à décoder et qui voit un retour en force des discours dangereux. »

    Mais l’équipe s’échine aussi à faire rayonner cette structure, pour en développer la portée. « Nous avons une programmation culturelle très active et nourrie. Nous essayons toujours d’associer un temps de réflexion historique avec un temps artistique. Nous sommes convaincus que la transmission de l’histoire ne peut pas être que savante », détaille Nicolas Serpette. Actuellement, elle se révèle notamment via l’exposition « Objets de mémoires », de l’artiste Nicole Bergé, à voir jusqu’en février 2026.

    En lutte contre

    les discriminations

    En 2006, Robert Badinter, dont la dépouille vient tout juste de faire son entrée au Panthéon, avait joué un rôle déterminant en mobilisant de nombreuses personnalités autour de lui, pour alimenter une pétition en faveur du projet de mémorial. « Je me souviens d’un discours tout à fait émouvant. C’était un homme très sensible à ces problématiques d’internement et de déportation. À l’époque, on lui avait remis une cuillère trouvée sur le site de Rivesaltes. Dans les camps, les gamelles et les cuillères en métal sont un symbole fort, ce sont des éléments de survie. Et Robert Badinter l’a conservée dans son bureau jusqu’à la fin de ses jours. »

    Tout comme l’avocat, le Mémorial s’inscrit dans une lutte sans faille contre le racisme et les discriminations. À l’image de Badinter dans ses mille combats, il s’est donc lui aussi attiré les foudres du RN (voir ci-dessous), mais qu’importe. En interne, on assume : « Nous, nous portons des valeurs de tolérance, d’ouverture, de respect et de fraternité. C’est dans notre ADN », martèle Nicolas Serpette.

  • Le Secours populaire expose 80 ans d’actions

    Le Secours populaire expose 80 ans d’actions

    Dans l’une des deux salles consacrées à l’exposition des 80 ans du Secours populaire français (SPF), Olivier Masini, membre de la direction de la fédération varoise et bénévole depuis plus de 20 ans, rappelle avec passion le parcours de cette association nationale d’utilité publique.

    Il rappelle sa création officielle le 15 novembre 1945, mais aussi les événements qui ont précédé cette date : « Il faut revenir à 1936, l’année du Front populaire et des congés payés. L’ancêtre du SPF s’appelait alors le Secours populaire de France et des colonies. » Et de préciser : « Il œuvrait déjà pour la solidarité, notamment en 1937 à la frontière espagnole, pour venir en aide aux Républicains fuyant le régime fasciste de Franco. » Dissoute en 1939, l’organisation voit ses responsables entrer en résistance. « Ça a été aussi le cas de notre président du secours populaire, Julien Loprêtre, qui s’était retrouvé – et il ne le savait pas au départ car il ne connaissait pas cette personne-là – dans la même cellule que Missak Manoukian, qui a été panthéonisé l’année dernière. »

    Une riche histoire sur laquelle le SPF continue de s’appuyer « pour faire tomber les barrières de l’enfermement social, de l’indifférence aussi, et lutter contre le rejet de l’autre ». « Avec les actes de racisme et de xénophobie auxquels on assiste aujourd’hui, il est important pour nous de rappeler les valeurs que nous véhiculons », tient à réaffirmer Olivier Masini.

    Parmi les dates importantes mises en avant dans cette exposition, parce qu’elle est fédératrice pour le Secours populaire, 1959 avec la rupture dramatique du barrage de Malpasset, à Fréjus. C’est en effet la première action du Secours populaire français sur le terrain pour porter assistance à des victimes d’une catastrophe naturelle, alors même que la fédération varoise n’était pas encore constituée. Elle le sera en 1968.

    Aujourd’hui, l’association continue de se battre sur tous les fronts et à faire face à l’urgence sociale. Le nombre de personnes accueillies dans ses permanences a presque doublé en quinze ans.

    Une structure engagée sur tous les fronts

    Présent à ce vernissage, l’adjoint à la culture, Yann Tanguy, a évoqué « un acteur incontournable de toute l’aide apportée aux gens qui sont dans le besoin, quelles que soient leurs difficultés. Ça fait partie de l’histoire française et de l’histoire du Var ! ».

    Et de poursuivre : « Par ces temps où les associations sont parfois un peu menacées par les problèmes budgétaires globaux, il est important de les soutenir. Et puis 80 ans, c’est un bel anniversaire ! »

    Plus loin, Magali Brunel, conseillère municipale et tête de liste pour 2026 de Toulon en Commun, souligne l’importance de ce moment de reconnaissance des problématiques sociales qui, loin de se résoudre, s’aggravent. « Nous avons de plus en plus besoin d’avoir des associations comme ça, engagées au service des plus fragiles et impliquées sur des problématiques qui nous touchent aussi territorialement : logement, alimentation et droit de vivre dignement. » Elle déplore toutefois leur mise en péril croissante, liée au désengagement de l’État.

    En somme, une exposition qui revisite dans le temps et dans l’espace les 80 ans mouvementés d’une solidarité plus que jamais essentielle et inspirante.