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  • [C’est l’été] En mission avec l’équipage du Dragon

    [C’est l’été] En mission avec l’équipage du Dragon

    Le Dragon de la Sécurité civile est encore bâché en ce premier matin de juillet mais Michel Romani, copilote et mécanicien (MOB), est déjà sous l’appareil, aidé de Sébastien, secouriste chez les marins-pompiers, pour brancher le « bambi bucket ». Un gros sac de 800 litres, accroché à un long câble, qui s’ouvre et se ferme comme une corolle, et permet d’intervenir en cas d’incendie. Il s’agit ce jour-là d’aller le tester sur le plateau de l’Arbois dans le cadre d’un exercice avec les pompiers 13. « On l’a reçu il y a 15 jours, nous sommes les seuls à l’avoir avec Bastia » nous explique Thierry Cacherat, pilote, chef de base de Marignane et de la zone Sud. C’est lui qui a élaboré ce test avec le Détachement d’intervention héliporté des pompiers. L’idée : travailler de conserve pour transporter l’eau depuis la « berce » (un conteneur transportable par camion) jusqu’à un réservoir dans la colline. Même si, en pratique, le Dragon sert plutôt à la reconnaissance du commandement du centre opérationnel de zone pour évaluer le comportement du feu et à guider le largage des Canadairs. « On se pré-positionne, on allume le phare, ils nous voient et peuvent y aller » précise Thierry. De quoi gagner une à deux norias par heure, soit 24 tonnes d’eau.

    Mais il est temps de décoller. Trois boucles de contrôle récalcitrantes plus tard, c’est parti. Casque sur la tête, en dialogue permanent, MOB et pilote ne font qu’un. « Contact dans 5 mètres, tu peux reculer, c’est bon, je suis avec toi » indique Michel tandis que Thierry assure le vol stationnaire. Porte ouverte, le guidage se fait aussi visuellement. Passé l’atterrissage impeccable dans la garrigue et le brief avec les pompiers, c’est reparti pour l’entraînement. Le Dragon effectue des virages précis pour se positionner et remplir le sac. L’appareil des sapeurs lui, transporte le réservoir. Le tout dans un ballet impressionnant de dextérité. Thierry aux manettes, Michel à la porte, assis les jambes dans le vide. Le vent ne facilite pas la tâche. Durant plus d’une heure, les mouvements s’enchaînent. « On est en plein dans les turbulences avec un pendule, il faut calculer » commente Thierry.

    Faux départ

    Retour à la base. On retrouve là le reste de l’équipage du jour, Hugues, médecin militaire, un pro de la gestion de crise, et Nahiti, infirmier à l’AP-HM et sapeur-pompier volontaire. Le temps que pilote et MOB notent scrupuleusement leur compte rendu de vol, on se prépare à déjeuner… Ou pas. L’alerte est donnée, un arrêt cardiaque sur le port de Carro. En 15 minutes à peine, le Dragon redécolle. « Quel âge ? » s’enquiert Hugues qui prend des notes, « personne d’autre ne peut y aller, on va essayer de le sauver ». En vol, Nahiti prépare une seringue, Hugues a sorti le stéthoscope. Dans l’appareil règnent calme et concentration. L’hélico posé à deux pas de l’eau, l’équipe de secours saute à terre. La réanimation est « compliquée » nous détaille le médecin, où il faut faire avec les moyens du bord pour s’abriter du soleil et pouvoir intuber le patient dans une relative obscurité. Une « intervention de haute technicité » pour Hugues mais qui ne permettra pas de sauver le presque sexagénaire. Accepter de ne pas réussir à tous les coups fait aussi partie du job, « il se sera bien battu » estime-t-il. « Notre équipe est formée à travailler dans cet environnement particulier, le plus dur c’est d’être confronté à la détresse humaine » nous confie Thierry. Avec Michel, ils sont restés en retrait, disponibles pour transporter les appareils nécessaires.

    Le repas expédié, commence l’attente. « Il y a des jours où on n’arrête pas, d’autres où il ne se passe rien… » raconte Michel. Tout le monde suit avec attention les départs de feu, un peu partout. L’hélico des « copains du Var » a été appelé en renfort.

    18h. Nouvelle alerte, deux kayakistes en difficulté. Le Dragon passe en mode nautique, tout le monde en gilet de sauvetage. Une consigne : tirer sur la manette rouge si l’appareil s’abîme en mer, mais « seulement une fois qu’on est dans l’eau ». Rassurant. Un plongeur, déjà équipé, est embarqué au centre de secours de la Côte bleue. Tandis que le vent a forci, brinquebalant le Dragon, l’équipage, toujours zen, cherche des yeux les imprudents. Faux départ : un bateau de secours est déjà là. On n’aura pas le plaisir de se frotter aux vagues… Au retour, mauvaise surprise, l’électricité est coupée. Le vent qui forcit encore inquiète tout le monde. « Au-delà de 50 nœuds, on ne peut pas décoller » explique Thierry. À 21h, il faudra pousser les lourdes portes du hangar à la main pour rentrer l’hélico sur sa palette à roulettes téléguidée. Bien qu’indispensable au secours, la base ne dispose pas de groupe électrogène… Au loin, un énorme nuage de fumée obscurcit le ciel. Le feu a démarré à Rognac. Hugues, pompier volontaire sur la commune, se prépare à enchaîner sur une longue nuit…

  • [C’est l’été] La ligne des Alpes à l’aube du renouveau

    [C’est l’été] La ligne des Alpes à l’aube du renouveau

    À 8h30, lorsque le train quitte la gare de Briançon, à 1 300 m d’altitude et s’élance à travers la vallée de la Durance dans la fraîcheur du matin, nul besoin de roman ou de série, le spectacle se déroule derrière les larges vitres du TER. Aux cimes qui culminent à plus de 3 000m du massif des Écrins, succèdent les écluses et méandres de la Durance. Dans les allées, on voit de nombreux randonneurs aux sacs à dos chargés, la tête enfouie dans leurs bras croisés, rattraper une nuit de montagne pas tout à fait complète. Beaucoup sont des touristes intrarégionaux, comme Sam, venu de Marseille pour arpenter la montagne : « Je suis arrivé il y a quatre jours à Briançon. De là, j’ai randonné en Italie et je suis revenu par le Queyras, en prenant le train à Guillestre. Là, je fais un saut à Décathlon à Gap pour acheter des chaussures puis je prends le bus pour Barcelonette. C’est super chouette ! Moi, je fais sans voiture, je n’en veux absolument pas ! »

    La ligne est presque une activité en soi, tant elle chemine entre les sites spectaculaires à explorer dans le département. « Par exemple, en train, on a plusieurs tunnels successifs, un coup on découvre la Durance, un coup on découvre autre chose, alors qu’en voiture sur les rampes de l’Argentière, on va passer complètement au-dessus, témoigne Vincent Guazzi, directeur de la ligne pour la SNCF. Quand on part de Marseille, du littoral et qu’on arrive à Briançon, la ville la plus haute de l’Union européenne, ça fait quand même de sacrés changements. » Côté négatif, un chemin de fer de haute montagne est plus complexe à exploiter. « Il n’y a qu’une seule ligne, donc si un train a du retard pour arriver à son point de croisement où l’autre train l’attend, ça fait qu’en cascade, les retards peuvent vite augmenter », explique-t-il.

    À Embrun, un petit garçon, accompagné de sa mère, a même le droit de visiter brièvement la cabine du conducteur. « Vous voyez, on ne voit pas ça partout. Les agents qui travaillent sur cette ligne y sont très attachés », commente Vincent Guazzi. Passé Embrun, le lac de Serre-Ponçon offre à la vue ses eaux bleu turquoise dominées par le pic Morgon baignant dans la lumière encore timide du soleil matinal. À bord, Malika, Embrunaise, emmène ses deux garçons chez le coiffeur à Gap. « C’est plus agréable que la voiture et c’est surtout moins cher, rappelle celle-ci. C’est pratique, mais par contre quand il faut aller à Marseille, c’est long, c’est plus de 4 heures… »

    Avant les JO, un an et demi de chantier

    Pour rallier Marseille et la mer Méditerranée, il faut en effet compter en moyenne 4h53, une durée que l’État, la Région et la SNCF ont promis de raccourcir à 3h40 d’ici 2030. Car la ligne des Alpes vit peut-être son dernier été sous sa forme actuelle. En 2027, des travaux à hauteur de 327 millions doivent débuter pour l’adapter à l’arrivée des JOP d’hiver 2030. Avec, à la clef, la promesse d’une ligne rénovée à hauteur des besoins du territoire.

    Un défi sur lequel les élus se savent attendus. « Les travaux pour les JO 2030 permettront d’avoir des conditions considérablement améliorées, des trains plus souvent et plus rapides. Ceci doit être complété par des parkings à proximité des gares, on travaille aussi avec la SNCF pour avoir plus d’abris vélo, il y a une demande forte à ce niveau, constate Chantal Eymeoud, maire d’Embrun et 2e vice-présidente de la région Paca. La population des Hautes-Alpes attend aussi qu’on désengorge les flux routiers, surchargés pendant l’été et l’hiver. Sur l’axe Briançon-Tallard, on a des kilomètres de bouchon durant les week-ends de neige. » Pour voir advenir cette nouvelle ligne, il faudra passer par une période délicate. De 2028 à 2030, pendant un an et demi, plus aucun train ne circulera sur la ligne des Alpes. « On travaille avec le conseil régional pour mettre en place une desserte de substitution avec des bus. En sachant qu’il y aura aussi d’importants chantiers sur les routes, ça va être un an et demi-compliqué, concède Vincent Guazzi. Mais c’est un mal pour un bien. »

  • [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    Reportage

    Entré au Panthéon en 1964, honoré en Provence, Jean Moulin est le grand oublié de la cité phocéenne. Marseille a bien consacré au chef de l’armée des ombres le nom d’un collège, d’une avenue, mais rien du niveau de « la première capitale de la résistance » suivant la formule de Maurice Chevance-Bertin (1910-1966) dirigeant du mouvement Libération Nationale né rue de Rome à l’été 1940.

    Dans les Bouches-du-Rhône, l’unificateur de la Résistance, enfant du midi né à Béziers en 1899, est surtout commémoré dans les lieux phare de son épopée. D’abord, le berceau familial à Saint-Andiol dans la maison de ses parents, 55, Route Nationale, pavoisée de drapeaux tricolores. Après son parachutage le 1er janvier 1942, il avait installé au fond du jardin une échelle en cas d’urgences et confié à sa sœur Laure un double de son ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qu’elle avait caché dans un tube d’aspirine dans l’interstice d’un mur du cimetière.

    Fausse moustache

    et lunettes fumées

    Un musée Jean Moulin installé dans son école rend hommage à l’enfant du pays propulsé à 25 ans sous-préfet d’Albertville. Il a été inauguré en juillet 2018 par Daniel Cordier, son secrétaire et biographe avec les descendants de Jean Moulin. Des photographies, ses lettres, ses dessins car c’est un artiste aussi, des documents racontent comment après un séjour chez sa mère et sa sœur à Montpellier, le préfet d’Eure-et-Loir limogé le 2 novembre 1940 par Vichy, s’installe comme agriculteur à Saint-Andiol. Le haut fonctionnaire a 41 ans et mûrit son départ clandestin pour Londres. « Il circule beaucoup dans la région, sous sa fausse identité de Joseph Mercier, un chapeau rabattu sur les yeux, affublé d’une moustache et de lunettes fumées » écrit l’historien Robert Mencherini.

    Créée en 1978, une route « Jean Moulin, chemin de la liberté », suit ses pas depuis le Mémorial de Salon-de-Provence inauguré en 1969, quatre ans après son entrée au Panthéon et l’oraison d’André Malraux qui ont définitivement inscrit Jean Moulin dans l’histoire de France. Il a 41 ans, multiplie les contacts et rencontres à Marseille, devenue la plaque tournante des premiers noyaux d’organisations clandestines. Il repère ainsi le mouvement de Libération nationale de Henri Frenay, Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy.

    Durant six mois, Jean Moulin parcourt la région, va d’Orgon à Miramas en bicyclette, ausculter les réseaux naissants. « Je me souviens de cette rencontre à Avignon car il portait toujours un grand foulard » écrit Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969). Un tissu qui cache le coup de rasoir qu’il s’est donné à Chartres pour ne pas signer un écrit des Allemands accusant à tort des tirailleurs sénégalais de massacres. Il multiplie les séjours à Marseille (page suivante) qui grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa. Jean Moulin rencontre les hommes des premiers réseaux émergents dont Henri Frenay qui à l’été 1940 avec Berty Albrecht (1893-1943) a créé le Mouvement de Libération Nationale (Combat). Il observe le bouillonnement contestataire qui se traduit par la première manifestation hostile à Vichy. Elle a lieu le 28 mars 1941 au bas de la Canebière en face de l’hôtel où il descend.

    « Je vous garantis, j’en ai eu les larmes aux yeux »

    De cette exploration, Jean Moulin fera à De Gaulle le portrait de cette résistance intérieure qui s’invente. Le 9 septembre 1941, il prend le train en gare Saint-Charles pour aller à la rencontre du chef de la France libre. Un périple clandestin de Barcelone à Lisbonne, avec un faux passeport au nom de Joseph Mercier. Il touche l’Angleterre en hydravion le 20 octobre 1941 et reçu par De Gaulle à qui il remet un « rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération nationale ». De Gaulle, 50 ans, voit un préfet de 42 ans « rempli jusqu’au bord de l’âme de la passion de la France ». Il en fait son représentant et délégué du Comité national français pour la zone sud. « M. Moulin a pour mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. M. Moulin me rendra compte directement de l’exécution de sa mission ». La Mission Rex est lancée.

    Le musée de Saint-Andiol a reconstitué la carlingue du bombardier de la RAF d’où Jean Moulin a sauté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 300 mètres d’altitude. « Rex » saute en premier et atterri dans un marais, puis ses deux officiers et enfin le parachute bleu pour la valise radio. Le « point de tombé » a été identifié en 2022 par les historiens Jean-Marie Guillon et Benoit Senne (page suivante). « Quand Benoît est venu m’annoncer ça dans mon bureau, je peux vous garantir que, pour quelqu’un de ma génération et jeune maire d’Aureille, j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était historique. La mission Rex avait démarré à Aureille ! » se souvient encore ému Lionel Escoffier. L’itinéraire de la mémoire commence désormais par la borne du kilomètre zéro inaugurée en janvier 2025, et se poursuit à la bergerie d’Eygalières où « Rex » a trouvé refuge.

    La mission de Jean Moulin accomplie jusqu’au sacrifice suprême a permis de fédérer les forces combattantes, de créer les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et une Armée secrète. Le 27 mai 1943, « Rex » réussit le tour de force de convaincre les représentants de 8 mouvements de Résistance, de 6 partis politiques et de 2 centrales syndicales, de se réunir au 48, rue du Four à Paris. Le Conseil National de la Résistance (CNR) est né. C’est l’« embryon de la représentation nationale » qui allait légitimer De Gaulle auprès des Alliés. On connaît la suite, la trahison de Caluire le 21 juin 1943, son supplice dans les mains du SS Klaus Barbie à Lyon, le dernier souffle de Jean Moulin, le 8 juillet 1943, dans un wagon à Metz qui partait en Allemagne. Les lèvres du « chef d’un peuple de la nuit » n’avaient pas parlé.

  • Les supporters entre inquiétude et espoir

    Les supporters entre inquiétude et espoir

    Tic-tac. Une trentaine de supporters attendent devant le centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille, ce mercredi, sous un soleil brûlant. Ils espèrent rencontrer les joueurs, une fois leur séance terminée, pour leur demander autographe et photo. « Kondogbia m’a donné son maillot il y a trois ans », se vante un jeune homme, arborant fièrement le drapeau de la Centrafrique, pays d’origine du milieu de terrain olympien. D’autres supporters patientent à l’ombre, assis ou adossés contre un mur tagué aux couleurs de l’OM. Mais ce qu’attendent surtout ces fans, venus des quatre coins de la France, c’est la reprise de l’OM en Ligue 1. Le club phocéen débute le championnat ce vendredi à 20h45 contre Strasbourg. Après « une saison catastrophe », les attentes pour la saison prochaine sont grandes. « J’aimerais qu’on se qualifie en Europe », exprime Angelo, 12 ans, vêtu d’un maillot de l’OM, lunettes de vitesse bleues sur le nez et casquette jaune fluo vissée sur la tête.

    Les impératifs raisonnent aussi dans les discussions et sur les réseaux sociaux. « Je pense que cette équipe va agréablement nous surprendre. Dans l’histoire du club, il y a rarement eu deux mauvaises saisons consécutives. Nous venons d’en vivre une », souligne Gilbert Deukmedjian, ancien membre du Club Central des Supporters, la plus ancienne association de supporters de l’OM, qui n’est plus un groupe officiel depuis 2016. « Pour le moment, c’est la grande expectative. ajoute de son côté l’ultra marseillais Thierry Mode, plus connu sous le nom de Titi c’est toi le boss. Les résultats vont dépendre du groupe qui va rester. S’il reste en l’état, je pense que cela peut tenir la route en Ligue 1 », considère-t-il. « Comme à chaque inter-saison, je ne lis pas et n’écoute pas ce qui se passe à l’OM. Mais cette fois, je dois reconnaître que je m’inquiète un peu. Il n’y a pas eu le moindre recrutement », se désole Gilles, supporter de la Vieille Garde Ultra, premier groupe d’ultras français.

    L’absence de recrue inquiète

    À dix jours de la fin du mercato, qui se clôture le 1er septembre, l’Olympique de Marseille n’a en effet recruté aucun joueur. Une première dans l’histoire du club, qui inquiète les supporters. « J’ai peur de la saison qui arrive. On vend tout le monde, on achète personne. Il y a un problème », regrette Adonis, 14 ans, devant les grilles de la Commanderie, pour qui son meilleur souvenir restera une victoire contre l’OL, il y a deux ans. De son côté, Soraya, 50 ans, supportrice de l’OM « depuis toujours », relativise. « Faisons avec l’équipe qu’on a. N’essayons pas encore d’acheter pour acheter et derrière, creuser la dette. Essayons d’être à l’équilibre et après on verra », soutient celle qui se souvient encore des papinades de Jean-Pierre Papin.

    L’attente s’éternisant, deux petits garçons en survêtement du club se réfugient sous l’ombre du seul palmier de l’entrée du centre d’entraînement. « Weah, Weah ! » s’écrient les supporters. La voiture du défenseur phocéen passe mais ne s’arrête pas. Seuls Ange Lago, attaquant réserviste et Jelle Van Neck, deuxième gardien, s’arrêtent pour passer un moment avec leurs supporters.

    Genesio inspire confiance

    Cette saison marque aussi l’arrivée de Bruno Genesio sur le banc phocéen. Et il a déjà gagné le cœur de certains supporters. « J’ai confiance en Genesio. Il va faire du bon travail, si les dirigeants lui laissent le temps. Cette saison, l’OM paye les erreurs de l’ancienne direction. Il faut faire avec et laisser Genesio travailler », assure Gilbert Deukmedjian. Un sentiment partagé par Thierry Mode. « C’est un très bon entraîneur, qui a déjà réalisé de bonnes choses avec Rennes et Lille. » Mais il est aussi attendu au tournant par certains. « Je dois avouer que j’ai du mal avec Genesio. J’ai le sentiment que l’OM passe d’un extrême à l’autre. J’attends de voir ce que cela peut donner », avance Gilles, de la Vieille Garde Ultra. Malgré une saison « très difficile » l’an dernier, la passion demeure chez les supporters. « En 1993, la ville s’est transformée, elle était bleu et blanc. Il y a un petit bout de tout ça qui est toujours là. C’est aussi pour ça qu’on continue à supporter l’OM, cette ferveur existe toujours », s’émerveille Soraya qui a vécu le sacre européen à Marseille.

    « Je pense que cette équipe va agréablement nous surprendre »

  • [C’est l’été] La Banque de France, thermomètre de l’économie

    [C’est l’été] La Banque de France, thermomètre de l’économie

    Une entrée dans les locaux de Banque de France à Marseille, ce n’est pas une entrée dans un coffre-fort sous haute surveillance mais presque. Situés sur la place Estrangin Pastré, dans le 6e arrondissement, les bureaux de l’institution bancaire sont le cœur battant des analyses économiques régionales. « Nous ne sommes pas une banque commerciale, nous avons des missions de service public : la stabilité financière, la stratégie monétaire et tout ce qu’on appelle les services à l’économie… », introduit Lise Hécart, cheffe du département des affaires économiques régionales. Ce monument de l’économie française est essentiel à plusieurs niveaux : « On essaie de faire en sorte qu’il n’y ait pas de crise financière, on préserve la valeur de la monnaie en luttant contre l’inflation, on imprime les billets, on fait de l’inclusion bancaire et de l’éducation financière des publics, contrôle des banques et assurance. » Parmi cette multitude de missions, Lise Hécart et son collègue Clément Dansel, analyste d’informations économiques, sont particulièrement chargés de « prendre le pouls » de la vie économique de la région. La première est au sein de l’institution depuis 2012, et est passée « par le service entreprises », le second n’est là que depuis une année et travaillé auparavant à l’IEDOM, filiale de la Banque de France pour les outre-mer. De quoi donner une idée du large champ d’étude possible au sein de la banque. Mais à Marseille, ce sont bien « les grandes tendances » de l’économie qui leur importent. « Le plus gros de notre travail, c’est l’interrogation de dirigeants d’entreprises. On a un panel de 520 dirigeants dans la région, 200 environ pour Marseille, 8 500 à l’échelle nationale, choisis selon leurs activités », développe la cheffe de service. Des échanges avec les patrons qui sont appelés « tests de conjoncture dans le jargon interne ». Objectif : « En tirer de grandes tendances », grâce aux informations collectées. Lesquelles éclairent sur la bonne santé, ou pas, des acteurs économiques locaux notamment sur trois secteurs majeurs : le bâtiment, les services marchands et l’industrie.

    Secret statistique et moulinette mathématique

    Concrètement, le processus est bien ficelé : « Il y a une partie de l’entretien qui est assez fixe : l’activité, le carnet de commandes, la situation de trésorerie. » Mais aussi une part d’adaptation : « On a aussi des questions d’actualité économique : quel impact de la hausse du carburant, le Covid ou la guerre en Ukraine. » À partir des informations relevées via cet « échantillon représentatif de la réalité », ils essaient d’en sortir des éléments éclairants sur les tendances économiques. « Le but n’est pas d’avoir des chiffres très précis mais plutôt un ressenti pour ensuite en faire une note », résume Clément Dansel. « On essaie de comprendre pourquoi son activité évolue, et pourquoi dans tel ou tel sens », développe Lise Hécart. Le tout étant soumis au « secret statistique », même principe que le secret professionnel. « Ce sont des informations stratégiques, elles doivent être confidentielles », insiste Clément Dansel, avant de préciser que ce travail de collecte les occupe tout de même pendant près de deux semaines par mois.

    Pour bien comprendre l’intérêt de la démarche, Lise Hécart prend un exemple. Face à un chiffre d’affaires en hausse : « Soit l’entreprise réalise plus d’activités, soit c’est lié à l’inflation. Le but est de mettre en perspective quelle pourrait être la part d’inflation par rapport à la progression d’activité. » En clair, une fois les « tests » réalisés, place à la partie analyse. « On agrège les résultats et on applique des pondérations pour que certaines entreprises n’emportent pas entièrement une tendance », explique-t-elle. Avec une « moulinette mathématique », c’est-à-dire des outils internes, pour mieux faire ressortir les données importantes. « On interprète ces résultats à la lumière de nos analyses économiques, de ce qu’on connaît de l’économie régionale, et on produit des tendances régionales, des publications entièrement accessibles sur notre site internet. » Autre gros morceau de la diffusion de leurs travaux, qui s’ajoute à la publication des notes : la conférence de rentrée de la Banque de France, cette fois basée sur les bilans de l’ensemble des entreprises. Mais sensiblement sur le même principe : « On a un volume de données économiques et financières assez important. On les exploite pour en tirer des enseignements sur la vie économique », abonde Clément Dansel. Avant de conclure : « C’est un peu de fierté de participer aux travaux de la Banque de France. »

    L’histoire de la Banque de France à Marseille

    La banque de France existe depuis 1800 mais n’apparaît à Marseille à partir de 1848. L’établissement national rachète alors la banque de Marseille, installée depuis 1836 dans la cité phocéenne.

  • [C’est l’été] À Martigues, de l’étang de Berre à la mer

    [C’est l’été] À Martigues, de l’étang de Berre à la mer

    Stationné sur l’un des quais du pôle d’échange multimodal de Martigues, le bus de la ligne 30 est déjà quasiment plein. Une trentaine d’arrêts et 44 minutes plus tard – c’est précisément ce qu’affiche l’écran au centre du véhicule – il arrivera au port de Carro après avoir desservi la plage prisée de la Couronne, ainsi que les hameaux de Saint-Pierre-les-Martigues et de Sainte-Croix.

    L’itinéraire côtier a tout pour être l’un des plus empruntés du secteur pour la RTM. Assis à l’avant du bus, le chauffeur Christophe confie : « Le samedi, c’est tellement plein qu’il faut un bus en renfort ». Une ligne détrône tout de même la 30 : c’est la 22, qui relie la commune de Port-de-Bouc à Martigues, du quartier des Aigues-Douces jusqu’au Parc de Figuerolles.

    C’est ce bus qu’ont d’abord emprunté Yanis et ses deux amis pour se rendre à la mer. Les lycéens prévoient de louer un pédalo pour l’après-midi, histoire de profiter des vacances même s’ils ne partent pas. Mais avant d’y arriver, il leur aura fallu près de deux heures. « Faut être patient, glisse l’un d’eux. On est juste à côté, mais on met mille ans. » Son téléphone sonne. À l’autre bout du fil, un quatrième copain qui a raté le bus. « Prends un Uber, ça ira plus vite », lui conseille le jeune Port-de-Boucain.

    Des chantiers sont prévus afin d’améliorer la mobilité des habitants de la commune ouvrière de 17 000 habitants. En août 2025, la Métropole a annoncé mener un projet de transformation de la ligne 22 en Bus à haut niveau de service (BHNS). La promesse faite est de « permettre la desserte de quatre quartiers politique de la Ville » avec « un accès à moins de 500 mètres à pied pour près de 70% des habitants de ces quartiers ». Le bus, qui fera un trajet de 13 km en passant par l’hôpital public de Martigues, les lycées et les collèges ainsi que le parc de Figuerolles, doit entrer en service en 2027. Les études de faisabilité sont en cours.

    Témoin de l’évolution du paysage… et des pratiques

    En attendant, les Port-de-Boucains s’en tiennent donc à la 22, puis la 30 pour profiter des plages de la Côte Bleue. Quelques minutes après le départ du second bus, la ville s’éloigne déjà et laisse place à la garrigue. Les pins et les herbes sèches défilent aux fenêtres. Les passagers ont quitté l’écran de leur téléphone des yeux pour profiter du spectacle. Un seul bémol : la clim qui fonctionne par intermittence. Prospectus, carnet, casquette… Les objets du quotidien se transforment en éventail. Sur les hauteurs de la colline de Saint-Julien, les passagers peuvent à la fois apercevoir l’étang de Berre et la Méditerranée. La petite mer, et la grande mer.

    En ralentissant à l’arrêt La Saulce pour laisser sortir une mère et sa fille parties faire leurs courses en ville, Christophe se remémore : « Quand ça a brûlé, en 2020, on était aux premières loges. On a vu les stigmates de l’incendie pendant longtemps. Tout était noir. Mais depuis, ça a bien repoussé. La nature est bien faite, il faut lui faire confiance ! » De sa cabine, le chauffeur est le témoin quotidien de l’évolution du paysage. Et ça lui plaît.

    Avant, le quinquagénaire était routier. Il sillonnait la France à bord de son poids lourd. Mais le contact humain lui manquait, alors il s’est reconverti dans les transports en commun. « La journée passe souvent très vite, on voit pas filer le temps. Même si parfois, en fonction des gens qui montent, la journée peut aussi être très longue. C’est beaucoup de social, de pédagogie. Parfois, on est le seul lien des personnes avec le monde extérieur. »

    Dans la quinzaine de lignes qu’il se partage avec ses collègues de la RTM, Christophe constate que les usagers sont de plus en plus nombreux. « Les gens n’ont plus les moyens de s’acheter et d’entretenir une voiture. L’assurance et l’essence coûtent tellement cher aujourd’hui… On voit bien la précarité qui augmente. »

  • À Bel Horizon, les ados rêvent d’ailleurs

    À Bel Horizon, les ados rêvent d’ailleurs

    Momo, y en a plus du thé ? Et ces trucs à manger là, c’est quoi ? » Deux tables, un banc, des cages de foot transportables et un ballon, le bus nomade de Mohamed Benmeddour, éducateur de l’association Apis, paré des couleurs de Marseille, s’est posé comme tous les vendredis soir cet été au pied de la tour Bel Horizon, dans le quartier Saint Lazare (3e). Une barre en béton de 60 mètres de haut des années 60, 19 étages pour 133 logements, posée au bord de l’A7, elle fait partie des copropriétés les plus dégradées de Marseille. Dans le hall d’entrée, le point de deal, signalé par des graffitis, qui tourne H24 et un petit parking jonché de poubelles et de débris. C’est là le terrain de jeu des petits et ados du quartier.

    L’occasion pour Mohamed d’engager la conversation. « Alors qu’est-ce que vous faites à la rentrée ? Le lycée ? » demande-t-il. « Moi je vais à l’école, mais je veux travailler parce que dans la France à Macron t’as besoin de beaucoup d’argent », balance Nassim, 15 ans, tout fiérot. « Mais enfin pas à ton âge, t’es chez tes parents, tu paies pas le loyer, si tu veux des sous c’est que tu fais des bêtises », rétorque l’éducateur. « Ouais mais mes parents, ils y arrivent pas », balance le gamin.

    Depuis le mois d’avril, Mohamed a décidé de sillonner les quartiers : La Cayolle (9e), La Viste (15e), le complexe Vallier (4e) et Bel Horizon à la rencontre des gamins « livrés à eux-mêmes ». « Cela permet de les occuper, de les éloigner des mauvaises ondes… Je prends aussi leurs coordonnées pour leur proposer des activités et je transmets un rapport au service prévention de la Ville, dirigé par Amine Kessaci, qui les met en relation avec les services en fonction des besoins », explique-t-il.

    À ses côtés ce jour-là, Dimitri, éducateur lui aussi, dit « le colonel » par les petits « parce qu’il est carré et qu’il sait tout », de l’association Familles en action, implantée depuis plus de dix ans, avec un local à deux pas de la tour. « Nous, on fait un travail de fourmi, on crée du lien avec l’école, les institutions », analyse-t-il. Il a vu la dégringolade du quartier après le Covid, « pas que sur l’immobilier », et puis les effets du trafic de stupéfiants avec « une guerre entre clans, des morts », et le squat par « des gens là pour foutre le bronx ». La police est intervenue, ils sont arrivés après, en prévention.

    Le squat et les rats

    « On est là pour montrer le quotidien de ces familles, les rats, l’insalubrité », ajoute-t-il. Trouver des solutions aussi quand par peur des « zombies », en clair les consommateurs de crack, les petits n’osent plus sortir de chez eux pour aller à l’école. Quand cette dame dont le mari vient de décéder n’a plus d’électricité parce qu’on a volé son disjoncteur, quand un ascenseur sur trois seulement fonctionne… « Moi j’habite au 19e étage », nous raconte d’ailleurs Toufaï, 15 ans, « heureusement pour monter les courses dans ma famille, il y a plein d’hommes ».

    La présence des éducateurs en pied d’immeuble est un indispensable « premier contact ». Après, il faut s’armer de patience. « Le déclic peut prendre des années. On n’est pas là pour juger, on les prend comme ils sont, avec leurs difficultés et leurs compétences », poursuit Dimitri.

    Tandis que les clients venus acheter leur dose défilent, les gamins espèrent obtenir leur place à la sortie Aqualand ou en bouée tractée. Une bouffée d’air malgré les préjugés. « Quand on arrive à 60, que des renois et des rebeus, on le voit bien que les gens ont peur mais on se fait tout petits », raconte Toufaï avant d’embrayer sur « le séjour en Espagne ». L’éducateur expliquant qu’après un chantier d’insertion, il s’agissait là de se détendre. On cause aussi permis scooter, le passeport vers la liberté.

    Du coin de l’œil, Mohamed a remarqué que Mahmoud se fait tout petit derrière une voiture. « Il se cache de son père, parce que ce dernier a appris qu’il vendait à la Viste », nous explique-t-il avant d’aller discuter. Il faut dire que le « daron » en question a l’air passablement furieux, suivant son fils à la trace. « Il ne me fait pas confiance mais ici c’est pas plus dangereux qu’ailleurs, il peut m’arriver des trucs n’importe où », tente de se justifier l’ado. Mohamed réussira à le convaincre de rejoindre le « Snap » du groupe.

    « Araaah ! » Changement d’ambiance quand une voiture de police se gare. Une agression pour les gamins. « Regarde, ils nous admirent », se marrent-ils, mi-bravaches, mi-inquiets. « Aie, j’ai une interdiction [de paraître], faut pas qu’il me choppe », balance un autre qui vient d’arriver et tente de se confondre avec le banc sur lequel il est assis.

    Finalement, l’équipage repart. « En général, ils savent qu’on est là, on prévient », précisent les deux animateurs avant de replier, vers 21h. Les petits aident à charger la camionnette et promettent d’être au rendez-vous la semaine d’après. Histoire de changer d’horizon…

  • Après la terreur, Cotignac tente de reprendre vie

    Après la terreur, Cotignac tente de reprendre vie

    Labellisé « Plus beaux villages de France » depuis 2022, ce n’est malheureusement pas pour la beauté de ses ruelles et de son rocher que Cotignac a fait parler de lui ces dernières semaines, mais pour l’incendie du Gros Bessillon, qui l’a menacé plusieurs jours durant. « J’ai eu peur, surtout le 23 juillet, avec le feu qui arrivait dans la ville », avoue Jean-Pierre Véran, maire de la commune depuis 36 ans, qui n’avait « jamais connu rien de tel. En 1999, l’incendie était sur le flan est de la commune, et cela ne nous avait pas menacé. Là, les flammes montaient à 10-15 mètres. Le préfet était prêt à évacuer entièrement ». Trop compliqué au vu des difficultés d’accès de certains secteurs, et de la panique que cela aurait produit. Décision fut prise de confiner, et elle a porté ses fruits.

    Aujourd’hui, l’heure est à la renaissance, même si la prudence est de mise « jusqu’à ce que le feu soit complètement circonscrit. Mais les festivités à venir sont maintenues, il faut profiter, vivre. Les gens reviennent au village, les commerces retrouvent des clients, c’est important », clame Jean-Pierre Véran.

    Certains revivent,

    d’autres ont tout perdu

    Jeudi, au restaurant « Le Temps de pose », sur la place de la mairie, Sophie, qui commence son service du midi, a en effet pu le constater : « Il y a eu une forte baisse de fréquentation dans le village. Beaucoup de personnes sont parties, des locations annulées. L’ambiance était angoissante et l’air irrespirable. Là, c’est revenu et ça nous fait extrêmement plaisir », souffle-t-elle. Car l’activité touristique est un moteur à Cotignac. D’autant qu’avec « la canicule, on a eu beaucoup moins de monde. On était très inquiet pour la saison après les feux ».

    À table, on retrouve Ben, Sybelle et leur bébé. Ces touristes venus du sud de Londres n’ont pas renoncé à leur séjour malgré la situation : « Nous venons souvent, l’endroit est très beau et les gens vraiment gentils. Cela n’a pas affecté nos vacances, il est juste plus dur de trouver du pain et des légumes car les agriculteurs ont malheureusement perdu leurs récoltes. On espère que cette triste situation va vite se résoudre ».

    Parmi eux, il y a Eva. Elle vend ce qu’il reste de ses plantes aromatiques et médicinales dans une boutique collaborative de la Grand Rue. Le 21 juillet, le feu a embrasé son terrain. Les sapeurs-pompiers ont pu sauver sa maison, mais pas ses 3 000 m2 de plantations. « Ça représente un an de récolte et de travail perdu, et des années perdues pour replanter, récolter à nouveau… Mon atelier a aussi brûlé, donc je n’ai plus rien pour transformer ce qu’il reste », se désole-t-elle, la gorge serrée. Cette perte n’est pas uniquement économique, car ces terres sont un héritage familial, sur lesquelles « chacun avait planté ses graines depuis des années ». Et au-delà de son cas personnel, la situation demeure difficile à accepter : « Les pompiers ont trop peu de moyens, tout ce que nos anciens ont fait, on l’a balayé pour des choses qui n’ont pas de sens, comme la loi Duplomb et les orientations politiques qui vont contre nos intérêts. On a besoin de sécurité, de ressources de biens communs préservés qui ne servent pas le profit », s’insurge-t-elle. Abasourdie, elle ne sait pas encore de quoi les prochains mois seront faits. Une amie a ouvert une cagnotte pour l’aider, tandis que des structures comme la Fédération familles rurales du Var et l’association Partageance, octroient des aides aux sinistrés, pour compléter l’action, bien minime, des assurances.

    Le feu n’a pas progressé jeudi

    Dans une journée annoncée risquée, avec un vent chaud et sec qui s’est levé en fin de matinée, et des rafales dépassant les 55 km/h, les 850 sapeurs-pompiers mobilisés et appuyés par des hélicoptères bombardiers d’eau jeudi dans le Gros Bessillon sont parvenus à contenir l’incendie. Ils ont poursuivi leur travail sur les lisières, alors que des moyens de lutte avaient été positionnés sur des points sensibles pour contrer les reprises de feu. Plus d’une dizaine se sont produites, et ont été rapidement maîtrisées. Vendredi, une journée similaire s’annonce, avec un vent et une chaleur soutenus. Les moyens pourront monter en puissance si besoin, avec notamment deux canadairs posés à Hyères, et l’avion Dash, en plus des hélicoptères bombardiers d’eau.

  • La nuit des étoiles se prépare à St-Michel

    La nuit des étoiles se prépare à St-Michel

    « C’est notre plus grande soirée de l’année » : au centre d’astronomie de Saint-Michel-l’Observatoire, salariés, renforts saisonniers et bénévoles recrutés spécialement pour l’occasion s’activent pour préparer la nuit des étoiles, qui rassemble chaque année de nombreux amateurs d’astronomie dans le village, situé près de Forcalquier. 70 personnes travaillent sur l’organisation de la soirée de samedi, pour laquelle ils attendent 1 200 visiteurs, explique Fabien Marquet, le directeur du centre d’astronomie. Après une ouverture des portes à 18h30, la soirée débutera à 19h avec « un apéro scientifique en plein air, sur le thème de comment les terriens essaient de communiquer avec les aliens », détaille Paloma Huppert, responsable pédagogique et médiatrice scientifique. À partir de 21h30, trois pôles d’animation se mettront en place : une lecture du ciel au laser, pendant laquelle les animateurs relieront les étoiles entre elles pour former les constellations ; une conférence de l’astrophysicien Guillaume Trap, qui parlera des voyages interstellaires ; et un spectacle de contes. À partir de 22h30, les visiteurs pourront se déplacer de télescope en télescope et observer des objets célestes.

    Une ribambelle de fidèles bénévoles vient prêter main-forte pour cette soirée exceptionnelle : « c’est la seule fois de l’année où c’est le cas. Je me bats tous les jours pour qu’on continue à donner des salaires », clarifie le directeur du centre. L’association recrute également quinze « jeunes passionnés d’astronomie » en renfort pendant l’été.

    Le centre d’astronomie de Saint-Michel-l’Observatoire est né en 1998 « d’un souhait du département et de l’Observatoire de Haute-Provence », explique Fabien Marquet. Le département a mis à disposition de l’association ses locaux et son terrain pour mener à bien ce projet. « Le département nous a confié une mission de diffusion de la culture scientifique au plus grand nombre, à des tarifs préférentiels », relate le directeur. La Région accompagne également le centre d’astronomie : les deux collectivités représentaient 14% de son budget de fonctionnement en 2025.

    Chaque année, le centre reçoit 5 000 scolaires, du CP à la terminale. « On colle au programme d’astronomie qu’ils ont à l’école. C’est pour cela que les enseignants viennent chez nous », explique Fabien Marquet. Le centre peut même les accueillir pour manger et dormir sur place pour des séjours d’astronomie, avec 80 lits à disposition. Des cousinades ou des séminaires d’entreprise peuvent également y être organisés. 34 000 visiteurs sont accueillis chaque année.

    « Notre mission est de susciter des vocations chez les plus jeunes, et plus particulièrement chez les jeunes femmes », avance le directeur du centre. « J’ai désormais plus de médiatrices que de médiateurs scientifiques : c’est une très bonne nouvelle pour la place des jeunes femmes dans notre société, encore plus sur le volet de la culture scientifique », se réjouit-il. « On n’encourage pas les jeunes femmes à faire des parcours scientifiques à l’école », regrette-t-il. Le centre est d’ailleurs en train de travailler sur une exposition mettant en avant les femmes scientifiques qui ont collaboré avec lui. « On va leur demander quel est le message qu’elles veulent passer aux jeunes filles, pourquoi c’est important d’être une femme scientifique aujourd’hui dans notre société… », détaille Fabien Marquet.

    Une immersion

    dans un vaisseau spatial

    Le planétarium, ouvert en 2022, permet d’être immergé
    « dans un vaisseau spatial, une machine à voyager dans le temps ». Les séances peuvent être sur le thème des trous noirs, des exoplanètes, ou encore adaptées pour les tout-petits. Mardi, c’était Maude Bodineau qui animait une séance pour les enfants, hilares et curieux de découvrir nébuleuses, cratères et constellations, après avoir visionné un film d’animation sur l’astronomie et l’exploration spatiale. Monique et Alain Troin y ont emmené leurs deux petits-enfants, Arthur et Océane Trébern, venus d’Eure-et-Loir pour les vacances. « Comme il y a l’éclipse solaire le 12, on voulait qu’ils comprennent comment cela fonctionne. On leur a acheté des lunettes pour l’observer », explique la grand-mère, venue spécialement de Marseille pour visiter le centre.

    Yaël Moussouni, grand passionné d’astronomie, vient chaque année depuis Strasbourg prêter main-forte au centre, en tant que salarié renfort d’été, puis bénévole. Le jeune homme a vu l’annonce sur un groupe WhatsApp d’astronomie amateur, alors qu’il possédait déjà un télescope. « Même en tant que passionné, on apprend toujours de nouvelles choses, notamment avec les questions du public », se réjouit-il.

    Le centre organise également une soirée à l’occasion de l’éclipse solaire mercredi, déjà complète depuis un mois, victime de son succès. Le 15 août, pour sa dernière grande soirée, le centre a invité Yaël Nazé, une astrophysicienne belge, pour « la conférence dont vous êtes le héros » : l’intervenante construira sa conférence en fonction des questions du public. De l’observation au télescope sera également à nouveau proposée.

    Le village de Saint-Michel-l’Observatoire héberge également l’Observatoire de Haute-Provence, où la première exoplanète a été découverte en 1995. « C’est l’un des seuls observatoires qui a une programmation de recherche scientifique aussi forte, très clairement », assure Fabien Marquet.

    Retrouver ici les rendez-vous en région.

  • Les sentinelles de la biodiversité sur le pont

    Les sentinelles de la biodiversité sur le pont

    Le vent se lève sur l’étang de Berre, mardi en début d’après-midi. Sur la plage de Champigny, à Berre-l’Étang, familles et habitués profitent d’une eau à 32 degrés. Ce couple et leur enfant venant d’arriver s’apprêtent à se mettre à l’eau. Mais juste avant… « Bonjour ! C’est la brigade littorale, est-ce qu’on peut vous poser quelques questions ? » demande Camille Moreti au couple. La volontaire en service civique du Gipreb, le syndicat mixte gestionnaire de l’étang, dispose d’un petit questionnaire. « C’est la première fois qu’on vient ici » avoue Issam Benabdelkrim, venu de Marseille. « On allait surtout au Jaï avant, mais on préfère ici car il y a plus de place et la plage est propre », remarque-t-il.

    Il n’y a pas que la baignade. « J’y pêche des loups grands comme ça ! », explique Didier Coulomb, en mimant la longueur d’un avant-bras. « Ça fait 20 ans que je suis parti dans les Alpes mais je reviens une semaine chaque été », explique le quinquagénaire. « J’ai connu l’étang pollué et sans poisson. C’est très bien ce que vous faites, il faut préserver et le montrer à nos petits-enfants ! », affirme-t-il.

    C’est justement la mission du Gipreb et de sa brigade, que les deux volontaires en service civique ont rejoint le premier mars dernier. « Sur les plages, on repère ceux qui ne respectent pas les règles : ceux qui amènent leurs chiens quand c’est interdit, ou qui ne mettent pas la laisse alors qu’il le faut quand c’est autorisé, ou le fait de fumer », détaille Martin de Fombelle, marseillais et étudiant l’aménagement du littoral à Toulon. Si la bonne entente est la règle, certains sont parfois réfractaires comme l’illustre Camille Moreti, venue des Alpilles et étudiante en bio-écologie à Montpellier. « Une fois, un mec pêchait la palourde un mardi, jour d’interdiction. On lui a expliqué que c’était interdit, qu’il fallait les relâcher, mais dans ce cas les gens se sentent vite lésés après avoir passé une heure ou plus à pécher, alors ils négocient, nous demandent de fermer les yeux… » Dans le pire des cas, c’est la police qui tranchera. « Notre travail s’arrête à la sensibilisation », reprend la volontaire. « Ceux qui veulent bien faire nous écoutent et changent, certains ne le feront pas, au détriment des autres », analyse son collègue.

    C’est la quatrième année d’existence de cette brigade. « Le dispositif découle de notre feuille de route. On ne pouvait pas créer de police spéciale pour l’étang alors on a embauché des saisonniers », retrace Raphaël Grisel, directeur du Gipreb. « Après deux ans, on s’est rendu compte que 90% des interventions ne nécessitaient pas d’être policier. On a étendu le service sur des périodes de six mois à partir de mars », complète le directeur. La brigade va aussi sur l’eau cet été. « La question se pose de créer une brigade sur l’eau supplémentaire », indique Raphaël Grisel. L’objectif est de protéger les zostères, une plante marine qui a repeuplé le milieu et atteint les 100 hectares. « Plus l’étang ira bien, plus il y aura de monde, plus il y aura de problème », anticipe Raphaël Grisel.

    LA BIODIVERSITÉ MÉDITERRANÉENNE EN CHIFFRES

    10%

    La Méditerranée abrite près de 10% des espèces marines connues dans le monde alors qu’elle représente 1% de la surface des océans. Parmi elles, le grand dauphin est inscrit sur la liste des mammifères marins protégés. Il peut mesurer jusqu’à trois mètres et vit proche des côtes.

    100 millions

    La posidonie, la plante à fleur de la Méditerranée, serait née il y a 70 à 100 millions d’années. Elle occupe entre 20 % et 50 % des fonds méditerranéens. La posidonie protège les animaux, stocke autant de CO2 qu’une forêt et protège de l’érosion côtière.

    80%

    En Méditerranée, les poissons sont surpêchés à 80% : 1,5 million de tonnes de poissons extraits des eaux. C’est la mer où la pêche excessive est la plus importante au monde. Les pêcheurs ont vu leurs prises reculer d’un tiers sur les cinquante dernières années.