Débouté par la juridiction administrative qui a considéré qu’une loi de 1951 avait déjà statué sur les « personnes contraintes au travail en pays ennemi », le Marseillais Albert Corrieri, 104 ans, un des derniers survivants des 800 000 déportés du Service du travail obligatoire (STO) instauré par le régime collaborationniste de Vichy, a saisi, vendredi, la Cour européenne des Droits de l’homme pour être indemnisé.
« Ce combat est pour la mémoire, l’Histoire et l’honneur. Le STO a été le plus grand déplacement de travailleurs forcés de la Seconde Guerre mondiale. Il est temps que l’Europe des droits de l’homme l’admette et en tire les conséquences », déclare son avocat, Me Serge Pautot, qui a posté vendredi la saisine officielle dans laquelle il demande à l’État français 43 200 euros au titre des heures de travail forcé accompli par Albert Corrieri, au camp 6, baraque 2 023 à Ludwigshafen, en Allemagne, du 13 mars 1943 jusqu’au 15 avril 1945, jour de sa libération.
L’avocat se fonde sur l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme qui énonce que « nul ne peut être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » et sur l’article 4 qui pose que « nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude, nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire ».
« J’attends ce moment depuis des décennies. En vérité, j’ai été réduit à l’état d’esclave contraint d’effectuer les travaux les plus pénibles sous la menace des armes », a dit ce lundi Albert Corrieri, un centenaire qui frappe par la ténacité et la résilience qu’il a chevillées au corps. « Par miracle, j’ai survécu à ce traitement inhumain qui constitue un crime contre l’humanité, puisque je l’ai subi en groupe et parce que c’est l’État français qui l’a provoqué et qu’il n’est pas prescrit. »
« Albert mène ce combat pour l’Histoire et la mémoire. Albert n’attend pas seulement une réparation financière, il attend que la Cour européenne valide sa dignité avant qu’il ne soit trop tard, soulignait lundi son avocat. L’État français aurait dû créer un Fonds d’indemnisation pour les rescapés comme Albert qui se comptent sur les doigts d’une main ! La Cour est donc notre ultime espoir. »
Albert Corrieri avait 21 ans, quand il a été raflé le 13 mars 1943. De garçon de cuisine au restaurant La Daurade, rue Fortia, il se retrouve dans le complexe chimique d’IG Farben. « J’ai vu de mes yeux des gars brûler vivants, touchés par des crayons au phosphore. Ce sont des images qui m’ont hanté », avait relaté cet invisible, dont La Marseillaise a été le premier média à relater sa vie et son combat (La Marseillaise, 3 août 2019, « Travail forcé : à 97 ans, Albert ne lâche pas l’affaire »). 95 de ses camarades seront tués dans le long bombardement du 6 septembre 1943. « J’ai un ange gardien qui m’a sauvé plusieurs fois », dit celui qui rappelle que 60 000 des 800 000 travailleurs forcés du STO sont morts en Allemagne. Ni le président de la République, ni le Chancelier fédéral d’Allemagne, n’ont répondu à ses requêtes.









