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  • [Entretien] Carole Delga : « Il faut une nouvelle politique de “l’attention” »

    [Entretien] Carole Delga : « Il faut une nouvelle politique de “l’attention” »

    Bram accueille samedi 19 septembre, la 6e édition des Rencontres de la gauche initiées par Carole Delga. L’élue socialiste, présidente de la Région Occitanie, y convie militants de tous horizons, personnalités de toutes disciplines, élus locaux, nationaux et européens. Une édition particulière comme elle l’explique à La Marseillaise dans cet entretien exclusif.

    La Marseillaise : Avant les rencontres de Bram, vous avez dit : «À 200 jours du premier tour de l’élection présidentielle, notre responsabilité collective est immense. » Au regard du nombre des candidatures à gauche, comment proposer un grand projet progressiste qui permette à la gauche de l’emporter ?

    Carole Delga : La France est un peuple politique, mais sur le terrain les Français n’ont franchement pas encore la tête à la présidentielle, préoccupés par la rentrée, le prix de l’essence et les difficultés à la fin du mois. Donc il est toujours temps de débattre à gauche et dans l’immédiat pour ma famille politique, ses militants, ses sympathisants de désigner notre candidat. J’appelle d’ailleurs tous les citoyens intéressés, particulièrement celles et ceux qui ont pu s’éloigner de la politique ces dernières années, à s’inscrire sur la plateforme Choisir 2027 avant le 5 octobre. D’autres partis ne prennent pas cette peine, sans aucun processus démocratique. Nous, même si j’ai conscience que rien n’est parfait, nous débattons. Et nous choisirons dans 20 jours celui ou celle qui, au lendemain de la primaire, devra rassembler le plus largement possible.

    Après bientôt 10 ans de présidence Macron qui ont tant abîmé notre société, je suis convaincue que les Français n’ont jamais eu autant besoin de la gauche. Et pour moi, celui qui a le projet le plus crédible, à la fois pour redresser la France, pour porter sa voix à l’international et battre le RN, c’est Raphaël Glucksmann.

    Bram est à la fois un moment convivial et de débats. Est-ce que justement ce n’est pas ce qui fait défaut à la gauche, ces temps de débats sur le fond ?

    C.D. : Dans l’histoire de la gauche, il y a toujours eu des débats engagés, parfois vifs, et tant mieux. Hélas, ces dernières années, le débat d’idées a trop souvent laissé sa place à la politique du spectacle, aux petites phrases médiocres, parfois aux invectives, à des mises en scène désastreuses sur les réseaux sociaux. C’est la triste représentation de responsables politiques qui ne parlent plus qu’à eux-mêmes. C’est cruel, mais c’est ce que j’entends tous les jours sur le terrain. C’est aussi pour cela que j’ai voulu lancer les Rencontres de la gauche, à Bram. Parce que nous avons besoin de parler à tous les Français. Je suis fière d’amener ces débats de fond dans un petit village, loin de Paris, et de permettre aux gens d’ici de débattre de l’avenir de la France avec des personnalités reconnues au niveau national.

    À Bram, on ne donne pas de grandes leçons. On construit ensemble. C’est comme ça qu’avec ma majorité à la Région, socialistes, communistes, radicaux, écologistes, place publique, citoyens, on propose depuis 10 ans, avec travail et humilité, des solutions pour les Occitans et les Catalans.

    La Nupes puis le NFP ont permis de susciter l’espoir à gauche et d’obtenir un nombre conséquent de députés. Le refus de tout accord électoral de Raphaël Glucksmann -que vous soutenez- avec Jean-Luc Mélenchon et LFI n’hypothèque-t-il pas les chances de la gauche aux législatives qui suivront la présidentielle ?

    C.D. : Ma conviction, c’est que ce type d’accord, en vérité plus technique que politique, ne fonctionne pas bien longtemps. Certes, cela permet à certains de sauver quelques circonscriptions. Mais à terme, on ne construit pas son parcours politique avec des alliances contre nature. Nous l’avons vu dans de nombreuses villes, lors des élections municipales. Pour ma part, je n’ai jamais transigé et je ne transigerai jamais. Il faut une rupture claire avec la direction de LFI, sans quoi nous perdons notre raison d’être. Le populisme, c’est non. Le communautarisme, c’est non. Les dérives antisémites, jamais de la vie. Sans clarté, comment voulez-vous que les gens nous fassent confiance ? La moindre des choses, quand on s’engage en politique et qu’on sollicite la confiance de nos compatriotes, c’est d’être sincère et cohérent.

    Nous célébrons les 90 ans du Front populaire. À l’époque, les gauches avaient d’énormes différents, des conceptions très clivantes. Mais face à la montée du fascisme, ces formations ont su s’unir. Ne peut on pas en tirer des leçons pour aujourd’hui quand les extrêmes droites menacent ?

    C.D. : L’an prochain, ce n’est pas une élection présidentielle comme les autres. Nous sommes à un moment de bascule pour la France et l’Europe. Dans ce monde dangereux, avec les bouleversements internationaux et la multiplication des conflits, l’urgence climatique qui nous prend à la gorge et le déclassement qui mine notre pays, les Français sont inquiets et parfois découragés. Les populistes, et en particulier l’extrême droite, sont les champions pour profiter de ces peurs et de ces colères. Et je le dis à tous ceux qui seraient tentés : le projet du RN est mortifère. Un programme de haine contre l’étranger, contre l’immigré, contre la femme voilée. Un programme qui s’assied sur la Justice et l’État de droit. Un programme qui nous mettrait au ban de l’Europe. Cela ajouterait du chaos au chaos. Mais je garde une conviction profonde, de mon expérience des dernières campagnes que j’ai gagnées largement contre le RN : on ne combat pas Marine Le Pen avec des tambouilles électorales. On la combat avec une candidature crédible, un récit positif et des solutions apportées aux Français.

    Vous avez consacré un ouvrage à Léon Blum intitulé « Quand Vichy jugeait le Front populaire ». C’est un des visages, si ce n’est l’incarnation du Front populaire. C’est un parcours qui vous inspire humainement et donc politiquement ?

    C.D. : Humainement et politiquement, ça a été toujours pour moi un repère, un exemple. Léon Blum, c’est la droiture d’un véritable homme d’État, pétri de courage, d’humilité, de sincérité et de volonté. Il était à la fois intellectuel et proche du peuple, aussi à l’aise dans les cercles littéraires parisiens que dans les vignes de sa circonscription à Narbonne.

    Blum est resté debout alors qu’il était une cible : tant pour sa politique de justice sociale qui a transformé le pays que parce qu’il était juif. J’ai voulu raconter le procès de Riom. Un procès fait non seulement à un homme, mais au Front populaire et surtout à la République que le régime de Vichy et les nazis voulaient abattre. En somme, un procès contre la démocratie et la souveraineté du peuple. C’est un moment décisif de notre histoire que doivent connaître les nouvelles générations.

    À travers le procès de Riom, j’ai voulu raconter la victoire de la conviction, de la force des faits face à l’injustice. C’est un formidable message d’espoir, la vérité peut triompher.

    Vous vous êtes engagée, avec votre majorité du conseil régional d’Occitanie, pour l’industrie et notamment pour que l’usine Fibre Excellence continue son activité en portant un projet de reprise. En quoi ce combat est essentiel ?

    C.D. : Fibre Excellence, c’est le dernier fabricant de pâte à papier en France. Concrètement, il produit de l’emballage papier – une alternative incontournable à l’emballage plastique – et aussi du matériel sanitaire – nous avons vu pendant le Covid combien il était primordial d’avoir une production française . C’est un combat à la fois économique, social et écologique, pour ne pas dépendre à 100 % des importations nord-américaines, chinoises ou brésiliennes.

    C’est aussi un combat politique que je mène face à ceux qui, parfois obnubilés par la start-up nation, délaissent la France des usines, des ouvriers, des territoires. Fibre Excellence, ce sont des salariés avec un savoir-faire unique. J’ai défendu jusqu’au bout auprès du tribunal la solution des deux sites. Aujourd’hui je pense aux salariés de Tarascon qui ont perdu leur emploi. On ne les laissera pas tomber : pour garantir la sécurité du site, pour empêcher son démantèlement et proposer un nouveau projet avec la Région Sud.

    À Saint-Gaudens, 270 salariés attendent toujours d’être fixés sur leur sort depuis plusieurs mois. Avec mes équipes, nous travaillons d’arrache-pied pour trouver des industriels en capacité de bâtir un modèle économique robuste. Les deux investisseurs intéressés doivent maintenant finaliser leur projet de reprise. Nous avons jusqu’au mois de décembre pour convaincre le tribunal de commerce.

    Les actions du conseil régional que vous présidez sont importantes pour la vie quotidienne des habitants. Les Régions ne devraient-elles pas avoir encore plus de leviers budgétaires ? Une fiscalité « de combat » ? Faut-il une nouvelle étape dans la décentralisation ?

    C.D. : Je suis convaincue qu’il faut renforcer les pouvoirs locaux et laisser l’État se concentrer sur le régalien. Les Français aussi, puisqu’ils sont 75% à demander plus de prérogatives pour les Régions. Ils sont même 2 sur 3 à être favorables au fédéralisme. Pourtant, Emmanuel Macron a clairement mené, avec mépris, une politique de recentralisation ces dix dernières années. Il a sciemment asséché les budgets des collectivités, et en particulier des Régions. En 2026, l’État les a ponctionnées d’un milliard d’euros. Je refuse la logique qui affaiblit les échelons de proximité, alors même qu’ils portent majoritairement l’investissement public et des politiques utiles au quotidien : école, transports, santé, etc.

    Demain, si on veut retisser du lien social et territorial, il faudra engager un nouvel acte de décentralisation, fondé sur une répartition claire des compétences, la confiance et l’efficacité de l’action publique. C’est une réponse nécessaire au sentiment d’abandon que ressent une partie de la population qui doit s’accompagner par une nouvelle politique de l’attention que je présenterai, dans le cadre des Rencontres de la Gauche, demain à Bram.

    Les Rencontres de la gauche 2026 : information et inscription sur caroledelga.fr

  • La présidentielle au cœur du débat à Bram

    La présidentielle au cœur du débat à Bram

    Cette sixième édition des Rencontres de la gauche, le 19 septembre, s’annonce exceptionnelle puisqu’elle se tient à huit mois quasiment jour pour jour du premier tour de l’élection présidentielle fixé au dimanche 18 avril 2027.

    Carole Delga, à l’initiative de ces rencontres, lancées en 2021, ne s’y trompe pas. À quelques mois de la présidentielle « notre responsabilité collective est immense », prévient l’ancienne ministre de François Hollande. Et de développer : « Car cette échéance décisive ne saurait se réduire à une confrontation de personnalités. Elle doit permettre aux Françaises et aux Français, au cours d’une véritable campagne électorale, de choisir entre des projets, des visions de la société, des chemins d’avenir clairement assumés. »

    Si Carole Delga a déjà choisi son candidat, Raphaël Glucksmann, député européen, et co-président de Place Publique, le débat prévu samedi après-midi sur la présidentielle sera ouvert aux autres candidats de la primaire des sociaux-démocrates. Ainsi sont annoncés parmi les participants, la présence de Ségolène Royal, Jérôme Guedj ou encore Emmanuel Maurel.

    Mais si la course à l’Élysée sera fort logiquement au cœur de cette édition 2026, ces rencontres ne perdent pas le fil des origines. « Depuis six ans, les Rencontres de Bram poursuivent cette ambition : contribuer à l’élaboration d’un projet de progrès pour notre pays. Un projet fidèle à nos valeurs sociales, républicaines, fraternelles, laïques, féministes, antiracistes, européennes, universalistes. Un projet qui refuse la brutalisation du débat public et oppose à la résignation une espérance crédible » développe Carole Delga en introduction d’un programme dense avec de nombreuses tables rondes et ateliers animés par des intervenants réputés à l’instar de l’économiste Jacques Attali, François Gemenne, politologue et co-auteur du 6e rapport du Giec ou encore la diplomate Laurence Tubiana et la philosophe Gabrielle Halpern.

    Côté personnalités politiques nationales et européennes, outre Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal, l’écologiste et sénateur de Paris Yannick Jadot sera là ainsi que Paul Magnette, président du PS belge.

    Pour le PCF, Léon Deffontaines, porte-parole du parti qui a élu Fabien Roussel comme candidat, fera le déplacement et Guillaume Lacroix, conseiller régional et président du Parti Radical de Gauche (PRG) est aussi attendu.

    Pour Carole Delga, « Bram est devenu le symbole de cette République en commun que j’appelle, que nous appelons de nos vœux. La seule réponse digne au conservatisme, au populisme et à l’extrémisme qui abîment notre démocratie. » Ce sera aussi sans nul doute une des étapes importantes dans la désignation du candidat de la gauche social-démocrate à la présidentielle.

  • Les rencontres de la gauche à Bram, à l’initiative de Carole Delga, font le plein

    Les rencontres de la gauche à Bram, à l’initiative de Carole Delga, font le plein

    Aujourd’hui, nous étions 2 500 personnes réunies pour faire vivre la gauche républicaine. Avec cette force collective, nous affirmons notre cap : redresser la France, rassembler et porter l’espoir d’un avenir plus juste. » Pour la cinquième année consécutive, la présidente de la Région Occitanie Carole Delga a organisé « les Rencontres de la gauche » samedi à Bram, dans l’Aude. Elle peut être satisfaite d’avoir réuni l’ensemble des forces des gauches à l’exception de la France insoumise. Les responsables du PS dont le Premier secrétaire Olivier Faure, qui n’est pourtant pas sur la ligne « Delga » et le président du groupe des députés à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, ont fait le déplacement et salué la réussite de cette journée comme Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, était représenté par le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi.

    Cette année, les débats se sont déroulés alors que le pays traverse une crise politique majeure. À ce titre, les propos du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a annoncé samedi dans Le Parisien refusé la taxation des plus riches, ont été vivement critiquée.

    Ce sont surtout les municipales de mars prochain qui ont occupé les esprits avec une ambition : l’unité à gauche. « Alors que les populations rejettent le libéralisme, l’extrême droite est vue comme la solution de rupture. C’est le défi de la gauche aujourd’hui » a souligné le sénateur Jérémy Bacchi lors d’un débat avec les autres représentants de la gauche.

    Le sénateur des Bouches-du-Rhône, qui a fait partie de la commission d’enquête sur le narcotrafic, une plaie dans tous les territoires a aussi exhorté à « cesser d’opposer la gauche et le régalien. L’AppeldeMarseille l’a prouvé : la sécurité dans nos quartiers est un marqueur de gauche et une question de classe. C’est notre responsabilité d’assurer la sécurité publique pour tous ». Le sénateur communiste a aussi réaffirmé « que la gauche est une force dans ses différences ! Elle a toujours su bousculer les politiques en plaçant l’humain en priorité. Elle a créé la Sécurité sociale, elle a su innover sans peur. Retrouvons cette audace ! »